La Veuve

Forum consacré à l'étude historique et culturelle de la guillotine et des sujets connexes
 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 William Dorvillers - 1845

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
piotr
Monsieur de Paris
avatar

Nombre de messages : 2436
Localisation : Poland
Emploi : MD-but I'm not working in prison ;-)
Date d'inscription : 07/02/2006

MessageSujet: William Dorvillers - 1845   Mer 18 Jan 2012 - 21:34

http://archives.lesoir.be/guillaume-decapite-a-17-ans-pour-parricide_t-20080728-00H4Z7.html
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Benny
Monsieur de Paris


Nombre de messages : 532
Age : 46
Localisation : Yvelines
Date d'inscription : 06/04/2011

MessageSujet: Re: William Dorvillers - 1845   Mer 18 Jan 2012 - 22:43

Citation :
Guillaume, décapité à 17 ans pour parricide

METDEPENNINGEN,MARC

Page 41

Lundi 28 juillet 2008

Jeunes et Justice (1/6) Malheureuse ou délinquante, la jeunesse fait l’objet depuis toujours des préoccupations du législateur. En 1845, un jeune meurtrier est décapité à Namur.

En cette matinée glaciale du vendredi 3 janvier 1845, des cris s’élèvent des bords de l’Eau noire, à Couvin, dans le quartier du faubourg Saint-Germain. Des promeneurs ont aperçu, flottant entre deux eaux, le corps d’un homme bercé par le faible débit de la rivière. Sur la berge, alors que des hommes s’activent à ramener la dépouille, le brigadier champêtre Baudoux a déjà une certitude : l’inconnu n’est autre que Guillaume-Joseph Dorvillers, le riche fermier et bourrelier du faubourg Saint-Germain dont on est sans nouvelles depuis le jour de l’An.

Depuis la disparition du sexagénaire, signalée deux jours plus tôt, les ragots n’ont cessé de se répandre dans les estaminets de la ville. Il s’y dit que Guillaume, le jeune fils du bourrelier âgé de 17 ans, pourrait bien avoir attenté aux jours de son géniteur. Baudoux, lui-même, en sait plus que la rumeur. En octobre, Guillaume-Joseph s’était ouvert à lui : « Je viens vous annoncer, lui avait-il alors confié, que je suis instruit que ma famille a formé le projet de me tuer. Je crains qu’ils ne gagnent à leur projet mon fils Guillaume. »

Le champêtre Baudoux l’avait rassuré. Guillaume, certes, était un bon à rien. Depuis le départ de sa mère du toit conjugal, il demeurait seul chez son père qui l’avait formé au métier de bourrelier. Il lui avait appris tous les secrets de la sellerie, de la couture des coussins et des sangles servant à mettre au joug les bœufs, du maniement des alênes et de la maîtrise du fil poissé. Ce gamin-là, son fils préféré, il le voyait lui succéder. Six mois plus tôt, il l’avait même mis en possession par « preciput », d’un héritage anticipé, d’une partie de ses biens. Une lourde erreur ? Doté d’une belle bourse, Guillaume délaissait depuis l’atelier, préférant briller dans les bistrots plutôt qu’aux yeux de son père. Le patriarche lui reprochait ses beuveries, ces pintes d’alcool blanc qu’il vidait sans modération, cette paresse mâtinée de trop de gâteries paternelles. Un soir d’hiver, Guillaume-Joseph, dépité, s’était encore une fois ouvert de ses craintes à son ami, le cabaretier Hennevart. Celui-ci avait cru bon de rencontrer le jeune Guillaume à l’estaminet de la veuve Destrée. Il lui avait fait part des craintes de son père. Le ton était monté. Guillaume, en colère, s’était écrié : « Je ne me suis pas exprimé ainsi que mon père l’a dit ! »

Le cadavre de l’Eau noire est bien celui de Guillaume-Joseph. Le légiste est formel : « Il résulte que la mort de Dorvillers père ne peut être attribuée à un suicide. Les plaies avec fractures reconnues à la tête résistent à la supposition d’une telle mort. » Dans la cuisine du logis, le brigadier champêtre Baudoux retrouve un bouton arraché au pantalon du mort. Le sol est coloré de traces de sang maladroitement nettoyées. Le fils Guillaume semble indifférent au drame qui vient de se produire chez lui. Ce comportement étrange intrigue Baudoux qui se rappelle les craintes exprimées par le père quelques mois plus tôt. Le Guillaume, pressé de questions, finit par craquer. Il raconte : « Après avoir bu toute la matinée, je suis rentré dans l’habitation de mon père. J’y ai trouvé mon frère Alexandre et ma sœur Louise, qui étaient venus souhaiter une bonne année à mon père. Nous bûmes la goutte tous les quatre ensemble. » Au départ d’Alexandre et de Louise, Guillaume-Joseph reproche à son fils son ébriété. Il lui prépare une assiette de choux blancs que Guillaume, furieux des reproches de son père, arrose de « deux grands verres de genièvre d’une contenance d’une demi-pinte ». « Mon père, reprend Guillaume, me dit que

j’étais un cochon de boire du genièvre ainsi. » Il gifle son fils qui tombe de sa chaise. « Je me relevai, précise le meurtrier. Je saisis une bûche qui était derrière le foyer et lui assenai à deux mains un coup sur le derrière de la tête. » Le père perd connaissance. Il est agité de convulsions. Froidement, Guillaume décrit la scène finale au brigadier champêtre : « Voyant qu’il se mourait et pour abréger ses souffrances, je saisis de nouveau la bûche et lui portai un second coup sur le côté de la tête. Mon père rendit aussitôt le dernier soupir. » Et il raconte encore comment il se débarrassa du corps en le jetant « au bas du déversoir de l’usine d’Harpignies » avant de s’en aller « s’amuser à danser jusqu’à onze heures et demi » au cabaret d’Elisabeth Henri.

Dans le Namurois, et au-delà, l’émotion est immense. Le 26 février 1845, lorsque le président Crossée déclare ouverts les débats de la cour d’assises, la presse, le public et les jurés savent que l’horreur de ce crime peut ramener la guillotine à Namur, là où elle n’avait plus sévi pour parricide depuis 28 ans. La jeune Belgique souhaite adoucir le Code pénal qu’elle a hérité de Napoléon, mais la réforme tarde. Le roi gracie systématiquement les condamnations capitales prononcées contre les atteintes aux biens par les cours d’assises, comme le vol aggravé ou l’incendie, et même certaines atteintes aux personnes, tel l’infanticide. Le cas de Dorvillers est différent. Il s’agit d’un parricide, un crime contre le père ou la mère, qui porte en lui une menace contre l’ordre des familles, si cher à cette société du XIXe siècle.

Le jury est présidé par Jean-Jacques Omalius d’Halloy, l’ancien gouverneur de la province. A ses côtés siègent d’autres notables : le baron Jacquier de Rosée, bourgmestre d’Anhée, le brasseur namurois Isidore Wodon ou le notaire Balance de Beauraing. Me Bayet, l’avocat pro-deo de Guillaume, a beau plaider le jeune âge de l’accusé et implorer la clémence des jurés. Rien n’y fait. Le soir même, l’arrêt tombe. La lecture de l’article 13 du Code pénal glace d’effroi l’assistance : « Le coupable condamné à mort pour parricide sera conduit sur le lieu de l’exécution en chemise, nus pieds et la tête couverte d’un voile noir. Il sera exposé sur l’échafaud pendant qu’un huissier fera au peuple lecture de l’arrêt de condamnation. Il aura ensuite le poing droit coupé et sera immédiatement exécuté. » Guillaume Dorvillers ne bronche pas. Pas une larme ne coule de ses yeux gris.

A la prison de Namur, le grand adolescent n’a plus d’espoir que dans le Roi après le rejet de son pourvoi en Cassation . Le 13, Léopold Ier refuse la grâce du jeune condamné. Tout au plus lui est-il fait grâce, par arrêté royal, de l’amputation cruelle du poing droit. Il se dit que cette faveur résulte de l’intervention de la reine Louise-Marie ! L’exécuteur des hautes œuvres est mandé à Namur. La nouvelle se répand dans toute la province. Le jeune Dorvillers aura la tête tranchée le 18 avril à 6 h sur la Grand-Place !

Dans sa cellule, Guillaume est entouré des membres de la Confrérie de la Consolation, cette association charitable de notables qui veillent à la rédemption des condamnés. Les uns veillent aux dernières heures du condamné. D’autres sillonnent la ville, quêtant pour que la messe du Saint-Sacrifice accompagne les dernières heures de l’exécuté.

Dorvillers prend la plume. Il écrit au curé de la paroisse de Couvin auquel il demande « pardon du scandale que j’ai commis malheureusement. Je veux bien mourir pour réparer ma faute et pour servir d’exemple aux autres. Je meurs content et je meurs repentant. J’espère que dans le royaume céleste, j’irai me mettre auprès de (mon père) à genoux pour lui demander pardon ».

A l’aube du 18 avril, Namur frémit d’horreur et de curiosité. Les gendarmes et les cavaliers du 2e lanciers ont du mal à contenir la foule qui se presse sur le trajet du supplice. Sur la Grand-Place s’entassent les gens de ville et ceux des campagnes, venus de toute la province en chars à bœufs. Comme le veut la loi, Guillaume Dorvillers a la tête recouverte d’un voile noir. Le chanoine Pirsoul récite la prière des agonisants. La solennité morbide du moment fait taire les braillards venus comme à une fête à cette exécution.

Dorvillers monte à l’échafaud sans faillir. Le bourreau l’attache à la planche de souffrance. A 6 h 20, la lame sépare sa tête de meurtrier de son corps adolescent. Dans la foule, des femmes, mais aussi de solides gaillards défaillent. «C’estait one saquet d’triste à vôïe. Mais on bein fait di supprimer ci brigand-là!» (c ’était une chose triste à voir, mais on a bien fait de supprimer ce brigand-là !), commentera un des spectateurs.

Le parricide de Couvin alimentera les débats de la Chambre et du Sénat après 1848, lorsque sera venu le temps de la réforme du code pénal de 1810. Le projet de révision prévoit d’exempter de la peine de mort les jeunes de moins de 21 ans qui ont commis un crime capital. Mais l’horreur que suscitent les crimes de parricides entraîne des réactions très vives des parlementaires conservateurs. On opte pour le compromis : dans le code pénal de 1867, exemptera de la peine de mort les jeunes de moins de 18 ans. Le champ d’application de la peine capitale se restreignait plus timidement qu’espéré. Et trop tard pour Guillaume Dorvillers…

Dossier préparé par Jérôme de Brouwer, dans le cadre des travaux menés par l’action de recherche concertée Jeunesse et violence en Belgique 1880-2006 : approches socio-historiques (UCL)

Citation wallonne de J. Osselet et documents de Claude Hellas in Le Guetteur wallon, nº3, 1998.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
William Dorvillers - 1845
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» William Dorvillers - 1845
» Qu'est ce que c'est?
» André Héléna
» La Veuve en Polynésie française
» Albert Pierrepoint et ses clients - Grande-Bretagne

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
La Veuve :: LES CONDAMNÉS À MORT-
Sauter vers: