La Veuve

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 Louis XVI - 1793

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pilayrou
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Mer 22 Jan 2014 - 11:42

Je suis contre la peine de mort.
Mais il faut bien dire que si Louis XVI n'avait pas trahi... combien de dizaines de millions de vies épargnés ? Guerres révolutionnaires - Guerres napoléoniennes - Guerre de 1870, 1914-1939... Hitler, Staline, Mao... Ben oui !
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Mer 22 Jan 2014 - 22:11

Vous oubliez le sida... Rolling Eyes

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pilayrou
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Ven 24 Jan 2014 - 10:41

CARNIFEX a écrit:
Vous oubliez le sida... Rolling Eyes

Le sida n'est pas l'oeuvre de l'humain. Et quand on a des voisins effondrés depuis 19 ans parce que leur fille en est morte, on ne peut l'oublier.
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Adelayde
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Ven 24 Jan 2014 - 13:50

pilayrou a écrit:
Le sida n'est pas l'oeuvre de l'humain. Et quand on a des voisins effondrés depuis 19 ans parce que leur fille en est morte, on ne peut l'oublier.

- Savoir si le sida est ou non une "oeuvre" (grooos guillemets) de l'humain : un vaste sujet à ce jour sans réponse satisfaisante, pilayrou.

- Vos voisins effondrés par la mort de leur fille pour cause de sida : une évidence sans rapport, ni de près, ni de loin, avec la célébration de la date anniversaire de la mort du roi Louis XVI.

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cabochard
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MessageSujet: louis XVI   Ven 24 Jan 2014 - 18:32

" je meurs innocent de tous les crimes qu'on impute............"
innocent je ne pense pas, entretenir des relations avec les gens qui nous étriper, je ne pense pas que ce soit bénin, paix à son âme !
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Sam 25 Jan 2014 - 11:24

Louis XVI ne gouvernait plus que par la peur. Il n'avait plus de libre arbitre.

Ce n'est pas le roi mais les jacobins qui voulurent faire la guerre aux autres monarchies d'Europe.
Le roi ne fit qu'approuver (que pouvait-il faire d'autre face aux excités d'alors qui le menaçaient déjà de façon à peine voilée?).

Comme toujours on accuse d'autant plus férocement quelqu'un qu'on a pris une part active à une décision dont les conséquences s'avèrent catastrophiques...

De ce fait, ayant perdu toute capacité à diriger le pays, et voyant celui-ci s'enfoncer dans le chaos, Louis XVI souhaitait effectivement (en privé) que les coalisés remportent des victoires militaires afin que les jacobins perdent de leur influence et qu'il puisse reprendre le pays en main. Pour autant, ne gouvernant plus et ayant perdu toute influence, il n'eut aucune influence sur la suite des événements.

Oui Louis XVI fut un roi criminel. Son crime fut d'être faible et indécis; voulant satisfaire tout le monde et pour cela passant son temps à tergiverser (et mécontentant tout le monde du même coup). Il n'avait pas envie d'être roi, mais vivant sa condition comme un devoir il essaya de faire de son mieux avec comme guide une foi profonde en sa religion et un amour sincère de son peuple.

S'il avait été un roi ferme et décidé, il aurait fait arrêter et exécuter les quelques agitateurs du début, tout en continuant les réformes indispensables pour permettre à la France de tourner la page de la féodalité.

Mais il se refusa de faire couler le sang, même quand sa vie et sa sécurité (et celles de ses proches) furent menacés.

D'après les historiens il se savait voué à être sacrifié dès le début de son règne.

Au moment suprême il déclara d'ailleurs:"Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français".

Je vous recommande les 2 livres de Max Gallo sur la révolution; cela se lit comme un roman. Mais un roman qui est vrai:
http://www.amazon.fr/La-Revolution-Fran%C3%A7aise-T1-peuple/dp/2845633491
http://www.amazon.fr/R%C3%A9volution-fran%C3%A7aise-Tome-citoyens-1793-1799/dp/2845633505/ref=pd_bxgy_b_img_y

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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Sam 25 Jan 2014 - 23:09

CARNIFEX a écrit:

Je vous recommande les 2 livres de Max Gallo sur la révolution; cela se lit comme un roman. Mais un roman qui est vrai:

http://www.amazon.fr/La-Revolution-Fran%C3%A7aise-T1-peuple/dp/2845633491

http://www.amazon.fr/R%C3%A9volution-fran%C3%A7aise-Tome-citoyens-1793-1799/dp/2845633505/ref=pd_bxgy_b_img_y

Je confirme, Carnifex !

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pilayrou
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Dim 26 Jan 2014 - 11:22

Lettre du ministre réformateur Turgot à Louis XVI lors de son renvoi :

«N'oubliez jamais, Sire, que c'est la faiblesse qui a mis la tête de Charles 1er sur un billot».

On ne reste pas au nom de Dieu (ou d'un parti) à la tête d'un état quand on ne se sent pas capable.
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Dim 26 Jan 2014 - 13:46

La liste des incapables qui se maintiennent à la tête d'un état est longue. Pas besoin de chercher loin, suivez mon regard... Rolling Eyes

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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Dim 26 Jan 2014 - 14:21

Bien vu, Carnifex !   

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MessageSujet: les dernières paroles de louis XVI   Mar 28 Jan 2014 - 18:12

à ma connaissance ses dernières paroles furent " je meurs innocent de tous les crimes qu'on impute et je prie Dieu que mon sang ne retombe pas sur la France......( ensuite le reste fût couvert par un roulement de tambour, donc inaudibles )
je me méfie de ceux qui veulent réécrire l'histoire !
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Mar 28 Jan 2014 - 18:49

C'est vrai. ce sont bien là les dernières paroles qu'il adressa au peuple.

Mais, alors qu'on le lia sur la planche, il s'adressa à Sanson et à ses aides et leur déclara: "Messieurs, je suis innocent de tout ce dont on m'inculpe. Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français".

C'est ce que relata officiellement Sanson dans le journal Le thermomètre, lorsqu'on lui demanda de décrire ce qui s'était réellement passé lors de l'exécution.
( voir le lien, ici)

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MessageSujet: les dernières paroles de louis XVI   Mar 28 Jan 2014 - 22:24

merci CARNIFEX, autant si c'est Charles Henri SANSON qui l'affirme je veux bien le croire,étant au plus près du patient, Louis XVI n'était pas mauvais homme, mais il a commis des fautes très graves envers la nation, je lui refuse le titre d'innocent !
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Mar 4 Fév 2014 - 15:39

pilayrou a écrit:
Je suis contre la peine de mort.
Mais il faut bien dire que si Louis XVI n'avait pas trahi... combien de dizaines de millions de vies épargnés ? Guerres révolutionnaires - Guerres napoléoniennes - Guerre de 1870, 1914-1939... Hitler, Staline, Mao...  Ben oui !

C'est bien la première fois que je lis que la "trahison" de Louis XVI (en réalité la faiblesse et la volonté de ne pas massacrer le peuple dont il avait la charge, légère nuance) a conduit grosso modo à engendrer tous les conflits d'importance s'étant déroulés dans le monde depuis 2 siècles ! Eh, t'as oublié les conflits du Proche-Orient, l'artiste !

Edit Adelayde
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Mar 4 Fév 2014 - 16:01

Blaise Massicot a écrit:
pilayrou a écrit:
Je suis contre la peine de mort.
Mais il faut bien dire que si Louis XVI n'avait pas trahi... combien de dizaines de millions de vies épargnés ? Guerres révolutionnaires - Guerres napoléoniennes - Guerre de 1870, 1914-1939... Hitler, Staline, Mao...  Ben oui !

C'est bien la première fois que je lis que la "trahison" de Louis XVI (en réalité la faiblesse et la volonté de ne pas massacrer le peuple dont il avait la charge, légère nuance) a conduit grosso modo à engendrer tous les conflits d'importance s'étant déroulés dans le monde depuis 2 siècles ! Eh, t'as oublié les conflits du Proche-Orient, l'artiste !
Vous avez un MP...
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Mar 4 Fév 2014 - 17:16

Blaise Massicot a écrit:
pilayrou a écrit:
Je suis contre la peine de mort.
Mais il faut bien dire que si Louis XVI n'avait pas trahi... combien de dizaines de millions de vies épargnés ? Guerres révolutionnaires - Guerres napoléoniennes - Guerre de 1870, 1914-1939... Hitler, Staline, Mao...  Ben oui !

C'est bien la première fois que je lis que la "trahison" de Louis XVI (en réalité la faiblesse et la volonté de ne pas massacrer le peuple dont il avait la charge, légère nuance) a conduit grosso modo à engendrer tous les conflits d'importance s'étant déroulés dans le monde depuis 2 siècles ! Eh, t'as oublié les conflits du Proche-Orient, l'artiste !

 
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pilayrou
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Mer 5 Fév 2014 - 11:03

Louis XVI a trahi; obéissant à sa bergère !
Le 14 juillet 1790, je respecte la future constitution; et le 20 juin 1791 au soir, je me fais la malle.  clown 
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Mer 5 Fév 2014 - 13:35

pilayrou a écrit:
Louis XVI a trahi; obéissant à sa bergère !
Le 14 juillet 1790, je respecte la future constitution; et le 20 juin 1791 au soir, je me fais la malle.  clown 
il se dit meme qu'il avait pris un raccourci   pour aller a varennes....
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Mer 5 Fév 2014 - 14:12

Ce qui lui est arrivé lui donne raison d'avoir cherché à s'enfuir...

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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Mer 5 Fév 2014 - 19:54

CARNIFEX a écrit:
Ce qui lui est arrivé lui donne raison d'avoir cherché à s'enfuir...

dans un moment d'égarement certainement Question il a perdu la tete lol! 
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Mer 5 Fév 2014 - 22:21

Visiblement, Pilayrou n'aime pas Louis XVI mais maintient une certaine ambiguité en évoquant une "trahison" du roi. Ambiguité parce que tout le monde sait que le pauvre Louis XVI ne fut pas à la hauteur des événements. Ambiguité parce qu'on a répété de manière absurde depuis plus de 200 ans à une bonne partie de la population, qui n'a aucune capacité de critique, que le roi avait mérité son sort, bien fait, etc. ou que les seigneurs jouissaient encore de leur droit de cuissage, etc... etc... Il y a quelque temps, j'écoutais sur France Inter une interprétation des Misérables de Totor Hugo. J'avais oublié que le premier chapitre sert à faire la publicité de la révolution, à mon avis de manière plus que mensongère.

Mais on est croyant ou non. Moi, c'est non - je ne crois pas aux c*****ries qu'une certaine partie de l'enseignement cherche à nous inculquer.

Par contre, je pense que beaucoup pensaient comme Lazare de Kervignac, le héros du roman "Les Bouffons" d'Hubert Monteilhet, qui lui fait dire qu'il était bien difficile de pleurer un roi qui vous avait mis dans une m*rde pareille par esprit d'indécision et par sa faiblesse, i.e. qui avait laissé le pouvoir à des fous dangereux quasiment échappés d'un asile d'aliénés. Si le roi eut été plus manoeuvrier et déterminé à ne pas laisser la situation lui échapper ... Monteilhet met bien en exergue cet aspect des choses: comment regretter un paltoquet, certes très cultivé, qui aurait pu devenir un grand chef d'état, mais qui consentit à tous les dérapages et les compromissions avant d'y laisser son chef. Au moins Charles Ier a eu le mérite de chercher à se battre et s'est battu. Et Cromwell n'était pas un fou façon Robespierre.

Je viens de lire "Les manants du roi" du grand La Varande, mais cela me ferait pleurer que beaucoup aient pu pleurer le 21 janvier 1793. Par contre qu'une grande majorité ait été indignée et choquée, je le crois très volontiers !!! (Par exemple Marc Brunel, officier de marine qui engueula Robespierre pour l'exécution du roi, et à qui des amis conseillèrent sagement de quitter la France, ce qu'il fit, pour devenir le plus grand ingénieur de son époque, d'abord au service des Etats-Unis, puis de la Grande-Bretagne où il industrialisa la Royal Navy pour lutter efficacement contre les fous furieux du nouveau régime.)

Rappelez vous au passage que la peine de mort n'était quasiment plus appliquée à la fin de l'Ancien Régime, avec des bourreaux en faillite.
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Jeu 6 Fév 2014 - 21:43

louis XVI n'etait effectivement pas a la hauteur des evenement tout comme ne l'etait pas non plus le dernier des romanov...
la revolution française n'est rien d'autre que le modèle des futurs etats toalitaires du 20e siècle:parti unique(les jacobins),armée révolutionnaire(les sans culottes),justice éxpeditive(sans moyens de défense)....
un modèle que les hitler,pol pot et autre staline n'auraient pas renier !
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piotr
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Mar 25 Mar 2014 - 20:55

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MessageSujet: La mort du roi racontée par son confesseur    Mer 2 Avr 2014 - 20:13


CHAPITRE 1 :

M. EDGEWORTH DE FIRMONT, CONFESSEUR DE LOUIS XVI

I

Au début de 1793, le séminaire des Missions Étrangères était comme un grand corps sans âme : tous ses habitants s'étaient dispersés à la suite des massacres de Septembre et, dans cette maison, qui subsiste aujourd'hui telle qu'elle était jadis, au coin de la rue du Bac et de la rue de Babylone, il n'y avait plus guère à vivre, avec quelques serviteurs dévoués, que le vieux M. Bramany, un des directeurs, que ses quatre-vingts ans et ses infirmités avaient empêché de s'éloigner. Les autorités de la Section, le sachant voué à une mort prochaine, — il devait s'éteindre le 23 février, — le laissaient en paix et attendaient, pour confisquer les bâtiments, qu'il ne fût plus là.

Vers la mi-décembre 1792, cependant, un ancien pensionnaire de la Maison était revenu, à l'improviste, occuper l'appartement où il habitait depuis de longues années, et d'où il avait dû s'enfuir après le 10 août, pour échapper aux assassins.

Irlandais d'origine, issu d'une famille protestante du comté de Middlesex, M. Henri-Essex Edgeworth de Firmont était devenu français par son éducation et sa carrière sacerdotale : il avait quatre ans quand son père, nouvellement converti au catholicisme, l'avait amené dans notre pays ; après de fortes études à Toulouse, au collège des jésuites, il avait reçu la prêtrise et, depuis lors, avait exercé son ministère à Paris ; confesseur de Madame Élisabeth, il avait été introduit par elle à la Cour ; c'était lui qui, depuis la Constitution civile du Clergé, avait assuré à la famille royale les secours spirituels qu'elle répugnait à recevoir d'un jureur.

Un suprême devoir l'avait fait sortir de sa retraite de Choisy-le-Roi, où il s'était réfugié chez ses amis Lézardière, famille ardemment royaliste dont les membres seront mêlés à toutes les conspirations contre-révolutionnaires.

Un jour, alors que le procès du Roi se déroulait devant la Convention, M. de Malesherbes lui avait fait demander une entrevue ; ils ne se connaissaient pas, et la rencontre avait eu lieu chez une amie commune, Mme de Senosan.

Là, le défenseur avait remis au prêtre, de la part de Louis XVI, un billet autographe où celui-ci, sans illusion sur son sort, lui demandait de l'assister à l'heure de sa mort : avec une délicatesse infinie, le prince sollicitait ce service comme une «grâce» :

«... Je la réclame de vous, disait-il, comme un dernier gage de votre attachement pour moi ; j'espère que vous ne me la refuserez pas... et ce n'est que dans le cas où vous ne vous en sentiriez pas le courage que je vous permets de substituer à votre place un autre ecclésiastique dont je vous abandonne le choix.»

Une telle demande avait été un ordre pour M. de Firmont ; sans hésiter, il était rentré à Paris pour y être à la disposition du monarque menacé...

II

La journée dominicale du 20 janvier 1793 s'est, depuis l'aube, passée, pour le prêtre, dans une anxieuse attente, car il sait les terribles votes émis au cours de la nuit précédente. Quatre heures viennent de sonner à l'horloge de la cour ; le jour déjà baisse, et une brume glacée enveloppe le parc, dont les boulingrins, les quinconces, les parterres encadrés de buis se dessinent en noir sur la neige.

Et, regardant de sa fenêtre ce paysage familier, M. de Firmont songe au drame qui se déroule en ces mêmes instants... Ces hommes, qui ont condamné à mort le Roi, accéderont-ils à sa suprême volonté ?... laisseront-ils pénétrer auprès de lui le prêtre insermenté de son choix ?... ne lui imposeront-ils pas un de ces «jureurs» pour lesquels, seuls, on tolère maintenant l'exercice du culte ?... ne poussera-t-on pas la cruauté jusqu'à envoyer le condamné à l'échafaud sans lui accorder les secours de la religion ?

Puis, par instants, redressant sa tête fine, où le front haut s'encadre de cheveux poudrés rejetés en arrière, et où l'angoisse émacie les traits de la cinquantaine prochaine, l'ecclésiastique se laisse aller à un absurde espoir : qui sait ? malgré le jugement prononcé, malgré le vote, l'Assemblée est peut-être revenue sur sa décision, et on se contentera d'infliger à Louis XVI la déportation ou l'incarcération à vie.

Tout à coup, dans le grand silence du soir, un roulement de voiture s'entend, ralentit, s'arrête ; un coup de sonnette retentit bruyamment au portail de la rue du Bac. Tendant l'oreille, M. de Firmont écoute ; loin d'abord, puis se rapprochant, il y a des pourparlers, des pas qui résonnent dans l'escalier et les couloirs déserts... Cela vient vers la chambre, on frappe et, sur le seuil, un inconnu se présente, amené par le portier.

Soulevant son feutre orné d'une large cocarde tricolore, l'homme, d'un mot, dit sa mission :

— Citoyen de Firmont !... Voici une lettre du Conseil exécutif provisoire.

D'une main tremblante, l'abbé saisit le pli, sur lequel le cachet rouge à l'empreinte de la liberté jette comme une tache de sang... Il l'ouvre et a vite fait de lire ces lignes :

«Le Conseil exécutif, ayant une affaire de la plus haute importance à communiquer au citoyen Edgeworth de Firmont, l'invite à passer, sans perdre un instant, au lieu de ses séances.»

— J'ai ordre de vous accompagner, ajouté aussitôt le messager... Une voiture vous attend dans la rue.

Le temps de prendre son chapeau, de jeter un manteau sur son habit, — il est vêtu en laic, comme tous les prêtres à cette époque, — M. de Firmont suit l'homme dans le grand escalier de pierre qui mène au vestibule ; la cour traversée, le parvis de la chapelle franchi, tous deux montent dans le fiacre qui, en effet, est devant le porche.

Très vite, la rue du Bac est descendue ; au-delà du Pont-Royal, voici les Tuileries ; la Convention n'y siège pas encore, — elle est toujours au Manège, — mais ses services, ses comités y sont déjà en partie installés, et les ministres y tiennent leurs séances.

M. de Firmont est attendu ; devant lui, les portes s'ouvrent : il est immédiatement reçu dans la salle du Conseil.

À sa vue plusieurs hommes se lèvent ; autour du tapis vert, le prêtre reconnaît ceux qui détiennent le pouvoir en ces heures tragiques : Roland, pédant et solennel ; Pache, sordide et dépenaillé ; Clavière, glacial; Le Brun, insignifiant ; Monge, distrait ; Garat, qui semble un plat valet... Tous ont l'air consterné ; leur maintien embarrassé trahit la gêne qu'ils éprouvent.

S'avançant vers l'arrivant, Garat, le ministre de la Justice, prend aussitôt la parole.

— Êtes-vous le citoyen Edgeworth de Firmont ?

Et, sur la réponse affirmative de l'abbé, il poursuit :

— Louis Capet nous ayant témoigné le désir de vous avoir auprès de lui dans ses derniers moments, nous vous avons mandé pour savoir si vous consentez à lui rendre le service qu'il attend de vous.

— Puisque le Roi a témoigné ce désir et m'a désigné par mon nom, riposte M. de Firmont, me rendre auprès de lui est un devoir.

— En ce cas, reprend le Ministre, vous allez venir avec moi au Temple... Je m'y rends de ce pas.

Garat alors prend sur le bureau une liasse de papiers, confère à voix basse avec ses collègues, puis, sortant brusquement, donne au prêtre ordre de le suivre.

À cet instant, celui-ci a un scrupule... Ne conviendrait-il pas, en une telle circonstance, de reprendre l'habit ecclésiastique ?... Sans hésiter, il pose la question au Ministre, mais la réponse est un «non» si sec qu'il n'y a pas à insister. Au bas du perron, l'équipage ministériel attend : Garat y fait monter son compagnon, s'installe à son côté, et, encadré de gardes à cheval, le véhicule s'ébranle.

...Ainsi appelé à assister Louis XVI, M. de Firmont ne saura peut-être jamais qu'un autre réfractaire a sollicité, le matin même, l'honneur qui lui échoit.

M. Legris-Duval était un jeune prêtre breton qui avait reçu les ordres en 1790 et professé quelque temps au collège Louis-le-Grand et à Saint-Sulpice. Dès qu'il a appris la condamnation du Roi, il a quitté Versailles, où il habite, est venu à Paris, s'est présenté au Temple, a obtenu d'être introduit auprès des Commissaires de la Commune et leur a demandé d'être admis à assister le condamné. Interrogé, il a avoué n'avoir point prêté le serment, «parce que sa conscience ne le lui permettait pas».

Bien entendu, sa demande a été repoussée, mais a manqué lui être fatale. Renvoyé devant le Comité de Police «pour être visité et interrogé et être prononcé ensuite tel jugement qu'il appartiendrait», il a été incarcéré et mis au secret. Demain seulement, après l'exécution de Louis XVI, on le relâchera, sur l'intervention de deux amis qui se porteront garants, pour lui, de son civisme, — le député de l'Oise, Mathieu, et un étudiant en médecine, Pierre Mignan.

Disons que M. Legris-Duval passera la Terreur sans être autrement inquiété ; il ne quittera pas les environs de la capitale et ne cessera d'y exercer son ministère.

III

La distance est longue des Tuileries au Temple, par le dédale des étroites rues du Paris d'alors. En cette soirée tragique, la vie de la cité est comme suspendue : il n'y a presque personne à circuler sur la chaussée, où la neige commence à fondre ; de loin en loin seulement, des patrouilles se rencontrent, vite disparues dans l'obscurité ouatée d'humidité, et, entre les quinquets fumeux espacés, les hautes façades des maisons projettent des ombres sinistres.

À l'intérieur de la calèche, c'est le silence ; à deux ou trois reprises cependant, Garat cherche à le rompre :

— Grand Dieu ! s'est-il d'abord écrié, avec une intonation de profonde tristesse, de quelle commission je me vois chargé !

Puis, un peu plus loin, il reprend, en relevant la glace, comme s'il craignait que ses paroles fussent entendues :

— Quel homme ! quelle résignation ! quel courage ! Non, la nature toute seule ne saurait donner tant de force... Il y a quelque chose de surhumain !

En s'apitoyant ainsi sur le Roi, il espère arracher M. de Firmont à son mutisme, mais le prêtre semble plongé dans une profonde méditation et ne dit mot... À vrai dire, il hésite à parler, à exprimer ce qu'il a sur le cœur, mais il estime plus sage de se taire, et le Ministre, lassé, renonce à insister davantage ; il n'ouvrira plus la bouche durant le reste du trajet.

Des rues mieux éclairées signalent l'approche du Temple ; la Commune a donné, par prudence, pour rendre toute surprise impossible : l'ordre que, dans le quartier, les maisons fussent, cette nuit-là, «illuminées» ; la plupart des propriétaires ont obéi et posé des lampions sur les appuis des fenêtres... Par ici, les rondes se succèdent presque sans arrêt, et on entend de toutes parts un cliquetis d'armes ; la voiture passe cependant sans difficulté et voit s'ouvrir devant elle la porte de l'ancien palais du comte d'Artois ; contournant la vaste cour en fer à cheval, pleine de soldats et où des canons dressent leur gueule menaçante, elle vient s'arrêter devant le perron qui donne accès aux appartements.

Ces appartements, où tant de fêtes élégantes furent jadis données, ont été transformés en corps de garde : un état-major y est installé, commandant à quelque trois cents miliciens... On ne peut aller plus loin sans être reconnu par les commissaires de la Commune ; le Ministre lui-même doit se plier à la consigne.

Plus d'un quart d'heure se passe avant que ces messieurs daignent se déranger... Plusieurs arrivent enfin, — l'un d'eux est un gamin de dix-sept à dix-huit ans, — et, sur un mot de Garat, que tous connaissent, l'autorisation est accordée de pénétrer dans l'enclos interdit.

On traverse la salle de billard, le grand salon, on descend par quelques marches dans l'ancien jardin au milieu duquel, derrière la muraille récemment élevée par le patriote Palloy, le donjon dresse, dans la nuit, sa silhouette lugubre, la petite et la grosse tour accolées ne formant qu'une masse haute d'une cinquantaine de mètres, flanquée de quatre tourelles aux toitures pointues.

Un poste encore est passé, et l'huis de la geôle s'entrebâille dans un fracas de verrous et de barres de fer : après une première salle, remplie de gardes nationaux, on pénètre dans une seconde pièce, beaucoup plus vaste, dont la voûte s'arrondit en forme de chapelle : là, siègent les commissaires, une douzaine au moins, vêtus de carmagnoles, bonnet rouge en tête, plusieurs, la pipe au bec.

Dans un coin, un long conciliabule a lieu entre le Ministre et les représentants de la Municipalité : le dossier apporté des Tuileries est commenté ; finalement, il est décidé que Garat seul montera d'abord auprès du Roi avec la moitié des commissaires : les autres resteront en bas avec M. de Firmont.

Celui-ci doit alors se laisser fouiller : un des municipaux, le plus vieux de ceux qui sont là, s'en excuse du reste fort poliment, arguant de la terrible responsabilité qui pèse sur la tête de l'aumônier autorisé à approcher le condamné : sa tabatière est ouverte, son tabac éprouvé, dans la crainte qu'il ne contienne du poison, son portemine examiné avec soin, de peur qu'il ne renferme un stylet... Sur les papiers, on ne jette, en revanche, qu'un coup d'œil distrait : tout est en règle et il n'y a plus qu'à attendre : un fauteuil est même avancé au prêtre, pour qu'il puisse se reposer.

À ce moment, des commissaires viennent le chercher, et il doit les suivre dans l'étroit escalier tournant qui monte dans une des tourelles, — escalier si exigu que deux personnes ont peine à s'y croiser ; par surcroît de précaution, on y a dressé des barrières successives, que gardent des sans-culottes éprouvés, presque tous ivres, ce soir, et hurlant à qui mieux mieux.

IV

Séparé de sa famille depuis le 29 septembre précédent, Louis XVI occupe le second étage, — en dessous de la Reine, enfermée au troisième avec ses enfants et Madame Élisabeth.

Du seuil, avant même de pénétrer dans l'appartement, le prêtre aperçoit un spectacle qui le bouleverse : les portes donnant sur le vestibule sont ouvertes ; dans l'une des pièces, — la chambre à coucher, qu'avoisinent celle de Cléry et la salle à manger, — le Roi est debout, entouré de Garat et des municipaux, qui viennent de lui annoncer son exécution prochaine ; alors que ceux-ci semblent fortement émus, lui, comme s'il s'agissait d'un autre, apparaît «calme, tranquille, gracieux même».

Il a tout de suite reconnu son confesseur ; d'un signe de main, il commande aux autres de se retirer, et ils obéissent sans mot dire.

Il ferme alors sa porte sur eux, et M. de Firmont, resté seul avec lui, ne pouvant maîtriser son trouble, se jette à ses pieds en sanglotant. Cette explosion d'attachement vainc l'impassibilité du prince qui ne peut, lui-même, retenir ses larmes ; après quelques instants seulement, il reprend son courage et s'excuse :

— Pardonnez, Monsieur, pardonnez à ce mouvement de faiblesse, si toutefois on peut le nommer ainsi. Depuis longtemps, je vis au milieu de mes ennemis et l'habitude m'a en quelque sorte familiarisé avec eux ; mais la vue d'un sujet fidèle parle tout autrement à mon cœur ; c'est un spectacle auquel mes yeux ne sont plus accoutumés, et il m'attendrit malgré moi...

Puis, relevant l'ecclésiastique, il l'entraîne dans son oratoire, qui occupe la tourelle contiguë à la chambre, une petite pièce ronde, sans tapisserie ni ornement, que chauffe un mauvais poêle de faïence, et où il n'y a pour tout mobilier qu'une table et trois chaises de cuir... Là, du moins, les deux hommes pourront s'entretenir à leur aise, sans risquer d'être entendus.

— C'est donc à présent, Monsieur, continue Louis XVI, en faisant asseoir près de lui M. de Firmont, la grande affaire qui doit m'occuper tout entier. Hélas ! la seule affaire importante, car que sont toutes les affaires auprès de celle-là ?... Cependant, je vous demande quelques moments de répit, car ma famille va descendre. Mais, en attendant, voilà un écrit que je suis bien aise de vous communiquer...

Et, disant ces mots, il tire de sa poche un papier cacheté, dont il brise le sceau... C'est le testament qu'il a écrit quelques semaines plus tôt, et dont il tient à donner lui-même lecture à son confesseur, d'une voix ferme, où un peu d'émotion paraît seulement quand il prononce le nom de ceux qui lui sont chers.

Cette lecture finie, comme la famille royale n'est pas encore là, le Roi pose à M. de Firmont quelques questions sur la situation du clergé ; bien qu'au secret, il connaît la triste existence des prêtres, sait que beaucoup ont dû s'expatrier, sont emprisonnés, pourchassés... Il s'intéresse particulièrement à certains, au cardinal de La Rochefoucauld, à l'évêque de Clermont, à M. de Floirac, à l'archevêque de Paris... Pour celui-ci, qui est émigré à Constance, il charge son confesseur d'une commission spéciale :

— Marquez-lui que je meurs dans sa communion et que je n'ai jamais reconnu d'autre pasteur que lui. Hélas ! je crains qu'il ne m'en veuille un peu de ce que je n'ai pas fait réponse à sa dernière lettre. J'étais encore aux Tuileries, mais, en vérité, les événements se pressaient tellement autour de moi, à cette époque, que je n'en trouvai pas le temps. Au surplus, il me pardonnera, j'en suis sûr, car il est bon...

Puis, se poursuivant, la conversation tombe sur le duc d'Orléans, et Louis XVI parle de Philippe-Égalité, sans amertume et avec plus de pitié que de courroux :

— Qu'ai-je donc fait à mon cousin pour qu'il me poursuive ainsi ?... Mais pourquoi lui en vouloir ?... Ah ! il est plus à plaindre que moi !... ma position est triste, sans doute, mais le fût-elle davantage, non, je ne voudrais pas changer avec lui !

À cet instant, un commissaire pénètre dans l'oratoire et annonce au Roi que sa famille est descendue pour lui faire ses adieux.

D'un trait, le malheureux s'élance dans sa chambre, laissant là M. de Firmont, qui va rester seul, dans l'oratoire, sans voir la scène affreuse qu'ont vulgarisée les gravures ; il en suivra, malgré lui, au bruit, toutes les péripéties : pendant près d'un quart d'heure, pas une parole n'est articulée ; ce ne sont pas des larmes ni des sanglots, mais des cris perçants qu'on doit entendre même du dehors, le Roi, la Reine, le Dauphin, Madame Élisabeth, Madame Royale, tous à la fois confondent leurs voix. Ces transports un peu apaisés, l'entretien se poursuit avec plus de calme, à voix basse, et ce n'est qu'au bout d'une heure que Louis XVI a le courage de congédier les siens, en leur donnant l'espérance de les revoir le lendemain.

Encore bouleversé, il vient alors retrouver son confesseur et s'effondre sur une chaise en gémissant :

— Ah ! Monsieur,... quelle rencontre que celle que je viens d'avoir !... Faut-il donc que j'aime si tendrement, et que je sois si tendrement aimé !... Mais c'en est fait, oublions tout le reste pour ne penser qu'à l'unique affaire. Elle seule doit concentrer dans ce moment toutes mes affections et toutes mes pensées.

Les deux hommes commencent à peine leur entretien spirituel que Cléry se présente et propose au Roi de souper... Celui-ci hésite un moment, mais, réfléchissant aux heures qui lui restent à vivre et où il lui faudra ne pas faiblir, il accepte, passe dans la salle à manger voisine, avale en hâte, mais avec appétit, deux ailes de poulet, un peu de légumes, un biscuit trempé dans du Malaga.

Cinq minutes après, il revient, exige qu'à son tour M. de Firmont prenne quelque nourriture. Celui-ci, cependant, songe au moyen de donner à Louis XVI, qui en est privé depuis si longtemps, la suprême consolation de la sainte Communion... Craignant une profanation, il n'a pas osé apporter d'hostie consacrée ; il n'y a qu'un moyen d'en ôbtenir une : dire la messe ici même.

À cette proposition, le Roi ne peut cacher son effroi, et son confesseur doit insister pour qu'il lui soit permis au moins de tenter des démarches, avec autant de prudence et de discrétion que possible... L'autorisation est, à la fin, donnée :

— Allez, Monsieur !... mais je crains bien que vous ne réussissiez pas, car je connais les hommes auxquels vous allez avoir affaire : ils n'accordent que ce qu'ils ne peuvent refuser.

Sortant de l'appartement, M. de Firmont demande à être conduit auprès du Conseil, et on le fait descendre dans la salle du bas, où sont réunis les commissaires de la Commune.

Nul d'entre eux ne s'attendait à une pareille requête, et on peut imaginer leur surprise, leur désarroi, en l'entendant formuler. Leurs exclamations en témoignent assez :

— Où trouver un prêtre à l'heure qu'il est ? s'écrie l'un d'eux.

— Et quand nous en trouverions un, ajoute un autre, comment se procurer des ornements ?

Sans se laisser troubler, M. de Firmont a réponse à tout.

— Le prêtre est tout trouvé, puisque me voici ; quant aux ornements, l'église voisine en fournira : il ne s'agit que de les envoyer chercher. Du reste, ma demande est juste, et ce serait aller contre vos propres principes que de la refuser.

— L'histoire, objecte un municipal, nous fournit assez d'exemples pour nous engager à être circonspects...

C'est toujours la même crainte qui se manifeste de voir le condamné échapper au châtiment... D'un mot, l'abbé désarme son contradicteur :

— La fouille exacte à laquelle je me suis soumis en entrant ici a dû vous prouver que je ne porte pas de poison sur moi ; si donc il s'en trouvait demain, c'est de vous que je l'aurais reçu, puisque tout ce que je demande pour dire la messe doit passer par vos mains...

Le jacobin veut répliquer, mais ses collègues lui imposent silence : finalement, on décide d'appeler les commissaires absents et de leur soumettre la requête ; on fait sortir M. de Firmont, on le rappelle au bout d'un quart d'heure, et c'est avec un joie profonde qu'il entend ce discours que lui adresse le président :

— Citoyen ministre du culte, le Conseil a pris en considération la demande que vous lui avez faite au nom de Louis Capet, et il a été résolu que sa demande, étant conforme aux lois qui déclarent que tous les cultes sont libres, lui serait accordée. Nous y mettons cependant deux conditions : la première, que vous dresserez à l'instant même une requête constatant votre demande et signée de vous ; la seconde, que l'exercice de votre culte sera achevé demain, à sept heures au plus tard, parce qu'à huit heures précises Louis Capet doit partir pour le lieu de son exécution.

Sans attendre, sur un bout de table, M. de Firmont formule sa demande, note ce qu'il lui faut pour le Saint Sacrifice et, laissant cela sur le bureau, il remonte auprès du Roi.

Celui-ci l'attend avec anxiété : son bonheur est immense en apprenant que satisfaction va être donnée à son pieux désir... L'esprit désormais en repos, il va pouvoir s'épancher avec le prêtre, en une intime causerie dont aucun détail ne sera connu. La confession durera plus de deux heures ; à minuit seulement, M. de Firmont, voyant le prince épuisé de douleur et de fatigue, obtiendra de lui qu'il prenne un peu de repos... Lui-même s'étendra sur le lit de Cléry, tandis que le Roi se couchera, après avoir donné tranquillement ses ordres à son valet de chambre :

— Cléry, vous m'éveillerez à cinq heures...

V

Assis sur une chaise, le fidèle serviteur a passé la nuit au chevet de son maître, paisiblement endormi dans son lit à colonnes aux rideaux de damas vert.

À l'heure dite, Cléry vient allumer le feu, et ce léger bruit suffit à réveiller le Roi ; de la chambre voisine, le prêtre l'entend faire sa toilette comme à l'ordinaire.

Le prince n'a pas oublié son confesseur et un de ses premiers mots a été :

— Où est M. de Firmont ?

Aussitôt prêt, il l'appelle, l'emmène, comme la veille, dans son oratoire, et l'intime entretien reprend entre les deux hommes.

Pendant ce temps, Cléry prépare, dans la chambre, tout ce qui est nécessaire pour la messe. Vers deux heures du matin, les «ustensiles» — l'expression est d'un journaliste contemporain, — ont été apportés. Comme les sanctuaires les plus proches, l'église du Temple et Sainte-Élisabeth, sont fermés depuis 1791, il a fallu tout aller chercher à la nouvelle paroisse Saint-François-d'Assise, — l'ancienne chapelle des Capucins du Marais qui deviendra Saint-Jean-Saint-François, rue Charlot. Bien qu'ardemment constitutionnel, — il restera après le Concordat un des derniers attachés au schisme, — le curé, M. Sibire, a veillé à ce que rien ne manquât, prêté même, pour cette cérémonie insigne, ses plus riches ornements.

La pièce, où Louis XVI vient de passer ses dernières semaines, se transforme ainsi en chapelle : la commode en acajou, à dessus de marbre, servira d'autel ; elle reçoit la pierre consacrée, que recouvrent deux nappes de toile blanche, et, au-dessus d'elle, le crucifix s'encadre de flambeaux argentés, dont les cires allumées vont éclairer la scène funèbre, tout en projetant de grandes ombres sur le papier jaune à fleurs blanches qui tend les murailles.

Quand tout est disposé, Cléry vient l'annoncer ; pendant que M. de Firmont va s'habiller, le Roi demande à son valet de chambre :

— Pouvez-vous servir la messe ?

Comme le serviteur avoue ne pas savoir par cœur les répons, Louis XVI lui prête son livre, après y avoir cherché et marqué les prières rituelles ; lui-même se servira d'un autre missel, qu'on est allé demander à la Tison, — la femme du geôlier de la Reine, — puis, refusant le fauteuil préparé pour lui, il réclame le petit coussin de cuir dont il use généralement pour prier, et il s'agenouille devant l'autel improvisé... Il n'en bougera plus jusqu'à la fin de la cérémonie.

Il est six heures quand M. de Firmont commence le Saint Sacrifice, revêtu de la chasuble qu'on lui a envoyée, — une merveilleuse chasuble de drap d'or, brodée de bouquets multicolores, qu'on conserve toujours précieusement dans le trésor de Saint-Jean-Saint-François.

Les municipaux se sont retirés dans l'antichambre, dont un battant de porte restera ouvert : ils assisteront ainsi à la messe et certains, peut-être, sans en avoir l'air, s'uniront aux prières du prêtre : tous, au moins, garderont respectueusement le silence... Louis XVI, lui, suit dévotement l'office dans son livre, et, quand vient le moment de la communion, il reçoit son Dieu pour la dernière fois.

À six heures et demie, tout est fini, et le prêtre va déposer ses habits sacerdotaux dans la chambre de Cléry.

L'aube commence à poindre ; le froid est vif ; quand, rappelé, M. de Firmont revient auprès du Roi, il le trouve grelottant auprès du poêle, ne pouvant se réchauffer... Malgré tout, le prince n'a pas un mot de plainte, et il exprime seulement sa joie :

— Mon Dieu ! que je suis heureux d'avoir mes principes. Sans eux, où en serais-je maintenant ? mais, avec eux, que la mort doit me paraître douce ! Oui, il existe en haut un Juge incorruptible, qui saura bien me rendre la justice que les hommes me refusent ici-bas.

Déjà, on entend, autour du Temple, le mouvement des troupes qui se réunissent au son de la générale... M. de Firmont, à ce bruit, frémit, mais le Roi, toujours calme, y prête un moment l'oreille et dit, sans s'émouvoir :

— C'est probablement la Garde nationale qu'on commence à rassembler.

Puis, au bout d'un instant, comme la voix des officiers et le piaffement des chevaux se font plus distincts, Louis XVI écoute encore et reprend, avec le même sang-froid :

— Il y a apparence qu'ils approchent...

Le moment serait venu de revoir la Reine, comme, la veille, cela a été convenu, mais M. de Firmont croit devoir insister pour épargner aux deux époux cette suprême épreuve... Après réflexion, malgré sa douleur, le prince accepte ce sacrifice, dur entre tous.

— Vous avez raison, dit-il, Monsieur ; ce serait lui donner le coup de la mort ; il vaut mieux me priver de cette triste consolation et la laisser vivre d'espérance quelques moments de plus.

Sans cesse, cependant, des commissaires viennent frapper à la porte de l'oratoire, sous un prétexte ou sous un autre, désireux, en réalité, de s'assurer que leur victime est toujours là et ne disparaîtra pas avant l'instant fatal. Certains de ces jacobins sont même brutaux, malhonnêtes, moqueurs. Pas un instant le Roi ne se départ de sa sérénité. À peine exprime-t-il, d'un mot, le chagrin qu'il ressent :

— Voyez comme ces gens-là me traitent !... mais il faut savoir tout souffrir.

Et, un peu plus tard, il ajoute, en souriant :

— Ils voient partout des poignards et du poison ; ils craignent que je me tue. Hélas ! ils me connaissent bien mal : me tuer serait une faiblesse. Non, puisqu'il le faut, je saurai bien mourir...

La demie de huit heures sonne enfin à la petite pendule dorée qui orne la cheminée de la chambre à coucher. À nouveau, quelqu'un frappe et, cette fois, c'est le général Santerre qui vient chercher le condamné.

— Je suis en affaire, reprend le Roi avec autorité... Attendez-moi là ; dans quelques minutes je serai à vous.

Ce disant, il referme la porte et se jette aux genoux de M. de Firmont :

— Tout est consommé, Monsieur. Donnez-moi votre dernière bénédiction, et priez Dieu qu'Il me soutienne jusqu'au bout !

Dès que le prêtre a tracé sur lui le signe de la Croix, il se relève, sort du cabinet, s'avance vers la troupe qui emplit l'appartement ; sans rien perdre de sa présence d'esprit, il remet encore son testament à un membre de la Commune, fait quelques recommandations en faveur de Cléry, qui sanglote à côté, en lui tendant le chapeau qu'il a demandé.

— Marchons ! commande alors le Roi d'un ton ferme, et, encadré des miliciens, des commissaires, suivi par M. de Firmont, il s'engage dans l'escalier à vis...

Le guichet franchi, la traversée du jardin, plein d'un brouillard glacé, est vite faite ; Louis XVI peut cependant, en se retournant, jeter un ultime regard sur la Tour, qui garde derrière ses murailles ceux qui lui sont chers.

Dans un fracas d'armes, la petite troupe passe par l'ancien hôtel du comte d'Artois ; dans la cour d'honneur, un carrosse attend, au bas du perron : un officier de gendarmerie y monte le premier ; le Roi le suit, prend place dans le fond, fait mettre M.de Firmont à côté de lui ; un maréchal des logis saute le dernier.

La portière se referme et, entre une double haie de gardes nationaux, le véhicule sort dans la rue du Temple, où l'escorte l'encercle aussitôt, — une escorte formidable, faite pour décourager toute tentative d'attaque, cent gendarmes en éclaireurs, douze tambours, douze cents gardes nationaux serrés autour de l'équipage, et, fermant la marche, cent cavaliers de l'École militaire.

VI

Lentement, le triste cortège a remonté la rue du Temple et gagné les boulevards, qu'il suivra jusqu'à la rue de la Révolution, — la rue Royale actuelle, — qui le mènera, tout droit, à la place ci-devant Louis XV, — notre Concorde d'aujourd'hui, — où l'échafaud attend sa victime, dressé entre les Champs-Élysées et le piédestal, dont a été déboulonnée la statue du «Bien Aimé».

Enfermé dans la voiture, ne pouvant plus rien dire à son confesseur qui ne fût entendu, le Roi a pris le parti de se taire, et tous respectent son silence. Pas une parole ne sera échangée pendant la grande heure et demie que durera le trajet. À un moment donné seulement, M. de Firmont a l'heureuse pensée de prêter son bréviaire au condamné, et celui-ci l'accepte avec plaisir ; il indique même, d'un geste, son désir que le prêtre lui montre les psaumes convenant le mieux à sa situation : jusqu'à la fin, l'un et l'autre en réciteront alternativement les versets.

Ainsi absorbé dans ses prières, Louis XVI, semble-t-il, ne s'occupe nullement de ce qui se passe au dehors ; les vitres relevées, couvertes de buée, doivent du reste aussi bien l'empêcher de voir que d'être vu.

Conformément aux ordres de la Commune, les boutiques, sur le parcours, sont closes, les fenêtres et portes fermées, les voies transversales barrées ; tout le long de la chaussée, plus de quatre-vingt mille hommes armés font la haie, empêchant quiconque de traverser.

Il y aura pourtant, çà et là, quelques incidents : des cris de grâce seront poussés au sortir de la rue du Temple ; plus loin, à l'angle de la rue de Cléry et du faubourg Saint-Denis, le baron de Batz et trois de ses amis feront une tentative désespérée, forceront les barrages et, ne se voyant pas suivis, pourront par miracle s'échapper ; plus loin encore, un autre royaliste, Nicole-Joseph Beaugeard, ancien secrétaire des commandements de la Reine, sera massacré pour avoir voulu approcher du carrosse royal.

Le Roi ne s'est aperçu de rien, pas plus que M. de Firmont, au courant cependant, par ses amis Lézardière, des projets du baron de Batz, et qui n'a cessé d'attendre, avec un secret espoir, la tentative annoncée... Tous deux, jusqu'au bout, garderont l'impression de s'avancer dans un absolu silence, que troublent seules les batteries des tambours.

À 10 h 10, la place de la Révolution est atteinte : vingt mille hommes au moins sont encore rangés là, et toutes les issues sont garnies de canons chargés à mitraille... À l'instant où le carrosse décrit un cercle pour s'approcher de la guillotine, le Roi, pour la première fois, rompt le silence et, se penchant à l'oreille de M. de Firmont, lui murmure :

— Nous voilà arrivés, si je ne me trompe.

Le prêtre ne trouve rien à répondre... Les chevaux du reste viennent de s'arrêter, la portière s'ouvre, les gendarmes s'apprêtent à descendre. Louis XVI les arrête d'un geste et, appuyant sa main sur le genou de l'abbé, il dit à ses gardiens, «d'un ton de maître» :

— Messieurs, je vous recommande Monsieur que voilà : ayez soin qu'après ma mort il ne lui soit fait aucune insulte. Je vous charge d'y veiller.

Et, comme les deux hommes semblent faire la sourde oreille, le Roi veut insister, élève la voix, mais l'un d'eux lui coupe la parole, ripostant d'un ton goguenard, bien peu rassurant :

— Oui, oui, nous en aurons soin ; laissez-nous faire !...

L'instant fatal est venu : dès que Louis XVI a mis pied à terre, les trois bourreaux, Sanson, son fils et un aide, l'entourent, veulent lui ôter ses vêtements, mais il ne se laisse pas faire, se déshabille lui-même, défait son col, ouvre sa chemise, l'arrange avec soin. Un incident surgit quand on veut lui prendre les mains :

— Que prétendez-vous ?... s'écrie-t-il.

— Vous lier, répond Sanson.

— Me lier !... riposte le prince avec indignation. Je n'y consentirai jamais !... Faites ce qui vous est commandé, mais vous ne me lierez pas ; renoncez à ce projet !

Les voix s'élèvent, le bourreau est sur le point d'appeler à l'aide ; M. de Firmont estime qu'il faut, à tout prix, éviter une scène de violence ; du regard, le Roi semble l'interroger ; maîtrisant son émotion, le prêtre trouve les mots qui, seuls, sont susceptibles d'apaiser celui qui va mourir :

— Sire, dans ce nouvel outrage, je ne vois qu'un dernier trait de ressemblance entre Votre Majesté et le Dieu qui va être sa récompense.

À ces mots, Louis XVI lève les yeux au Ciel avec une intense expression de douleur.

— Assurément, soupire-t-il, il ne me faudra rien moins que Son exemple pour que je me soumette à un pareil affront.

Et, se tournant vers Sanson, il ajoute :

— Faites ce que vous voudrez, je boirai le calice jusqu'à la lie.

Dès que ses mains sont attachées, il gravit l'échafaud ; les marches en sont raides, et il doit s'appuyer sur le bras de M. de Firmont, qui le soutient... Celui-ci se demande une minute si le courage du Prince ne va pas fléchir, et c'est alors, peut-être, qu'il lui dit le mot qu'il ne niera pas avoir prononcé, mais dont il affirmera ne pas se souvenir :

— Fils de saint Louis, montez au Ciel !

Bien loin de faiblir, Louis XVI, au contraire, arrivé sur la plate-forme qui supporte la guillotine, se redresse, s'avance, impose du regard silence aux quinze ou vingt tambours qui l'entourent et n'ont pas cessé de battre, puis, «d'une voix si forte qu'elle dut être entendue du Pont-Tournant», il prononce distinctement les paroles à jamais célèbres :

— Je meurs innocent de tous les crimes qu'on m'impute ! Je pardonne aux auteurs de ma mort, et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France...

Il s'apprête à continuer, mais des officiers, fonçant l'épée à la main, ordonnent en hurlant aux tambours de rouler, aux bourreaux d'en finir. Ceux-ci appréhendent le Roi, l'entraînent, le font basculer, appuient sur le déclic, — et le couteau tombe dans un ruissellement de sang.

Tout cela n'a duré qu'une minute ; M. de Firmont, agenouillé près de la guillotine, se rejette en arrière pour n'être pas éclaboussé... En un éblouissement, il voit le fils de Sanson, un jeune homme d'une vingtaine d'années, ramasser dans le panier la tête décapitée, la saisir par les cheveux et la présenter au peuple, en gambadant et hurlant :

— Vive la Nation !

Quelques cris de «Vive la République !» lui répondent, et ces cris, peu à peu, s'amplifient, mille fois répétés par la multitude qui se presse autour de la place et force les barrages.

Profitant du désordre qui s'en suit, le prêtre descend de l'échafaud et se perd dans la foule.

VII

Suivant les ordres donnés, le corps de Louis XVI devait être, aussitôt après l'exécution, inhumé au cimetière de la Madeleine, situé dans le bas de la rue d'Anjou. Le curé constitutionnel de la paroisse, M. Picavez, avait été chargé de régler cette cérémonie, mais, se refusant à officier lui-même, il s'était remis de ce soin à deux de ses prêtres, MM. Renard et Damoreau.

Dès que le calme s'est un peu rétabli, le cadavre a été chargé dans la charrette du bourreau, et celle-ci s'est ébranlée sous la garde d'un détachement de gendarmerie. L'indifférence a succédé aux manifestations de tout à l'heure : quelques fidèles seulement s'inclinent sur le passage du corps, des curieux surtout suivent, ne manifestant aucune haine. Le convoi, bientôt, passe devant l'église, non encore désaffectée, qui s'élevait là où la rue de la Ville-l'Évêque rejoint aujourd'hui le boulevard Malesherbes.

Sous le porche, les deux vicaires désignés attendent avec la croix, pensant que le mort sera, au moins le temps des prières, déposé dans le chœur, — mais l'escorte s'y oppose, et les prêtres doivent suivre le convoi jusqu'au cimetière.

Là, après la reconnaissance par deux administrateurs du Département, les restes mutilés sont déposés dans une bière sans couvercle, et, avant qu'on ne la descende dans la fosse creusée près de là, MM. Renard et Damoreau psalmodient en hâte les vêpres des morts, — écoutés en silence, presque avec piété, par la populace qui, peu à peu, a envahi l'enclos.

Les dernières antiennes récitées, l'eau bénite jetée, le cercueil est mis dans le trou béant, recouvert de chaux vive, puis de terre, qu'on bat fortement pour l'aplanir.

Le 19 janvier 1815 seulement, sur les indications de deux royalistes fervents qui avaient assisté à l'inhumation, MM. Desclozeaux et Danjou, les ossements corrodés seront retrouvés là. On les transférera, le surlendemain, à Saint-Denis, où ils reposent depuis lors dans la basilique.

La chapelle expiatoire a été construite sur l'emplacement du cimetière de la Madeleine.

M. de Firmont n'avait pas eu la force d'assister à l'inhumation du Roi. Brisé d'émotion et de chagrin, fuyant en hâte le cauchemar affreux qu'il venait de vivre, désireux aussi de transmettre à M. de Malesherbes certaines recommandations dont Louis XVI l'avait chargé, il s'était dirigé vers la demeure de Mme de Senosan, chez qui il savait retrouver le vieux défenseur. Quelques minutes plus tard, ces fidèles, réunis rue Saint-Honoré, près de la rue Saint-Florentin, pouvaient pleurer ensemble le maître disparu et évoquer ses derniers moments.

De là, M. de Firmont gagna, rue de Vaugirard, les bureaux des Petites voitures pour Choisy-le-Roi, et, dans la soirée, rentra chez ses amis. Mme Lézardière, raconte-t-on, en le voyant arriver avec son fils, comprit à leur mine terrifiée, que le drame effroyable était consommé.

Son saisissement fut tel qu'elle tomba morte, sans prononcer une parole.

VIII

Dans une lettre qu'il avait écrite à un de ses amis, en Angleterre, le 21 décembre 1792, M. Edgeworth de Firmont disait :

«Mon malheureux maître a jeté les yeux sur moi pour le disposer à la mort, si l'iniquité de son peuple va jusqu'à commettre ce parricide. Je me prépare moi-même à mourir, car je suis convaincu que la jureur populaire ne me laissera pas survivre une heure à cette scène horrible, mais je suis résigné, ma vie n'est rien...»

Louis XVI était mort sur l'échafaud, et celui qui l'y avait assisté n'avait pas, malgré son pressentiment, été inquiété... Il ne le sera pas davantage dans les semaines qui suivront.

Retiré à Choisy-le-Roi, il reçoit alors de M. de Juigné, avec le titre secret de vicaire général, la mission d'organiser le culte à Paris et de transmettre aux prêtres fidèles les directives de leur pasteur légitime.

La chose, au début, est facilitée par le fait qu'on pense M. de Firmont parti pour l'Angleterre. Mais, au fur et à mesure que les jours s'écoulent, les complications s'accroissent, la surveillance devient plus tracassière, la poursuite des insermentés plus active, les communications avec l'étranger presque impossibles.

Le confesseur de Louis XVI trouve pourtant le moyen de continuer à correspondre avec l'archevêque, qu'il tient au courant des difficultés rencontrées et des subterfuges qu'il emploie pour remplir sa mission ; prévoyant la Terreur prochaine, il le supplie de prendre des mesures en conséquence, notamment de partager ses pouvoirs entre plusieurs ecclésiastiques «éprouvés», qui pourront, plus aisément qu'un seul, transmettre les instructions de l'autorité au clergé dispersé.

«Ce clergé, du reste, ajoute M. de Firmont dans un rapport envoyé vers le 20 mars 1793, loin de perdre à la persécution, semble y avoir gagné ; il travaille d'une manière vraiment édifiante ; les scandales sont infiniment rares, quoiqu'il n'y ait plus de lois pour les réprimer. Le centre du diocèse ne manque pas d'ouvriers, mais les extrémités sont bien abandonnées...»

Ce rapport a été, comme les lettres précédentes, acheminé vers la Suisse par l'intermédiaire de M. Emery, le supérieur très vénéré de Saint-Sulpice. Celui-ci, que nous montrerons bientôt un des plus zélés «aumôniers de la guillotine», avait un frère, habitant non loin de la frontière, à Thoiry, près de Gex, — et ce frère, M. Emery de Saint-Martin, réputé bon patriote, commandant de la Garde nationale de son canton, se chargeait de faire passer les paquets qui lui étaient adressés.

Y a-t-il alors une dénonciation ? est-ce le résultat d'une imprudence ou du hasard ? toujours est-il que le rapport de M. de Firmont, signé de son simple prénom «d'Essex», est intercepté, ouvert, transmis au District de Gex. Des perquisitions vont s'ensuivre, aussi bien à Thoiry qu'à Paris, et l'abbé Emery sera arrêté.

M. de Firmont, lui, ne sera pas découvert, mais, dénoncé, brûlé, dans l'impossibilité d'agir, il jugera prudent de s'éloigner à son tour ; d'abord réfugié à Pithiviers, chez le comte de Rochechouart, il y passera quatre mois, puis, de là, après un court séjour à Fontainebleau, gagnera la Normandie, où il retrouvera, aux environs de Bayeux, ses amis Lézardière.

Il apprendra là le supplice de Madame Élisabeth, avec laquelle il a pu longtemps, malgré l'étroite surveillance du Temple, entretenir une correspondance secrète ; vers le même temps, il aura la douleur de perdre sa vieille mère, qui était restée à Paris, où elle habitait, rue du Bac, l'ancien couvent des Récolettes. N'ayant plus rien qui le retienne, il cherchera à gagner l'Angleterre ; il n'y arrivera, après bien des péripéties, que le 25 avril 1796.

Il ne reverra jamais la France et ne quittera plus les Princes ; après un séjour près du comte d'Artois, à Edimbourg, il rejoindra Louis XVIII à Blanckenberg, et c'est là qu'il rédigera cette «Relation des derniers moments de Louis XVI», si émouvante, si précise, qui permet d'évoquer, dans ses moindres détails, la nuit suprême du Roi. Il aura la joie de voir rendue aux siens Madame Royale, et il bénira lui-même, à Mittau, le mariage de la princesse avec le duc d'Angoulême. Il y mourra, le 22 mai 1807, et Louis XVIII tiendra à composer l'épitaphe de ce grand serviteur de la Royauté.
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   Mer 2 Avr 2014 - 20:36

Très beau témoignage !!!

Merci de cette découverte
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MessageSujet: Re: Louis XVI - 1793   

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Louis XVI - 1793
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