La Veuve

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 L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne

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benjamin
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Mar 20 Aoû 2013 - 22:00

Merci pour le merci^^


Dernière édition par benjamin le Mar 20 Aoû 2013 - 22:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Mar 20 Aoû 2013 - 22:34

.
J'ai oublié de répondre à une de vos questions.

Oui il y eut au moins une photo de Charrière au tribunal. Très beau jeune homme, mais quelle erreur psychologique! Que son avocat ne l'ait pas mis en garde est aberrant (ou alors s'il le fit et que Charrière n'en tint pas compte, quelle stupidité!)

Ce barbeau sans revenus dont l'enquête de moralité était désastreuse comparaît devant un jury de petits bourgeois, comme toujours (à l'époque on écrémait, les jurés étaient tirés au sort sur une liste présentée par les maires et pas sur les listes électorales brutes de fonderie comme de nos jours). Des gens modestes qui devaient bosser 50 heures par semaine et tirer un peu le diable par la queue sans pour autant être dans la misère, mais pour qui un sou est un sou et pour qui l'être prime sur le paraître.

Et il arrive avec un complet sur mesure, tiré à quatre épingles, tel un Rudolph Valentino sans la gomina, complet qui devait coûter trois mois du salaire d'un pue-la-sueur! (comme Messieurs les Hommes appelaient ceux qui travaillaient)

Peut être qu'avec un jury de femmes, ça aurait aidé, mais ce sont des hommes qui l'ont jugé.

Charrière le reconnaît lui même dans Papillon. Sans être déterminant, ce costard a pesé très lourd dans la balance. Vivre des charmes d'une tapineuse, sans travailler et se vêtir comme aucun de ses juges n'en aurait jamais les moyens, ce n'était sûrement pas les caresser dans le sens du poil.

Cela dit, Georges Ménager décrypte parfaitement l'enquête, et je dois dire que partisan des preuves et pas de l'intime conviction, je n'aurais pas douté. Au vu du dossier, des preuves, du faux alibi, j'aurais voté pour expédier l'individu au grand Collège.

Si la victime n'avait pas été elle-même un personnage douteux, appartenant plus ou moins à ce monde du Pigalle nocturne, Charrière risquait même la guillotine. Sûr à bon droit de sa culpabilité, le jury a sans doute estimé qu'en l'expédiant en Guyane, il faisait œuvre utile en débarrassant la société d'un nuisible qui avait lui même éradiqué un autre nuisible.
Son statut d'orphelin de mère, le drame de son père, instituteur irréprochable déjà suffisamment puni par la honte familiale causée par son fils depuis l'adolescence, la préméditation non établie, lui ont peut être évité la condamnation à mort que le procureur ne demanda d'ailleurs pas.
Cela dit, il aurait sans douté été gracié: on en a gracié qui en avaient fait bien davantage.

On refait difficilement un procès, mais s'il avait plaidé coupable en se présentant modestement, en arguant d'une jeunesse dissolue qu'il regrettait amèrement, de l'absence de préméditation (je ne crois pas à cette préméditation : emporté par ce personnage de faux dur qui voulait se faire reconnaître comme un vrai, il a dû se laisser emporter), son avocat aurait à mon avis, au vu de son histoire familiale, obtenu une peine plus légère, "à temps"
Ensuite, condamné à dix ans (par exemple), serait-il resté peinard au bagne et dans ce cas rapatrié libre vers 1946? Nul ne le saura jamais...  

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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Mer 21 Aoû 2013 - 20:47

Ma modeste contribution... avec des photos personnelles prises sur l'île saint-Joseph en 2011

La réclusion, site de l'île saint-Joseph    (lien)


La réclusion vue par Albert Londres (extrait de "au bagne")

MORTS VIVANTS


L’île Saint-Joseph n’est pas plus grande qu’une pochette de dame. Les locaux disciplinaires et le silence l’écrasent. Ici, morts vivants, dans des cercueils — je veux dire dans des cellules — des hommes expient, solitairement.

La peine de cachot est infligée pour fautes commises au bagne. À la première évasion, généralement, on acquitte. La seconde coûte de deux à cinq ans. Ils passent vingt jours du mois dans un cachot complètement noir et dix jours — autrement ils deviendraient aveugles — dans un cachot demi-clair. Leur régime est le pain sec pendant deux jours et la ration le troisième. Une planche, deux petits pots, aux fers la nuit et le silence. Mais les peines peuvent s’ajouter aux peines. Il en est qui ont deux mille jours de cachot. L’un, Roussenq, le grand Inco (incorrigible), Roussenq, qui m’a serré si frénétiquement la main — mais nous reparlerons de toi, Roussenq, — a 3.779 jours de cachot. Dans ce lieu, on est plus effaré par le châtiment que par le crime.

Un surveillant principal annonça dans les couloirs :

— Quelqu’un est là, qui vient de Paris ; il entendra librement ceux qui ont quelque chose à dire !

L’écho répéta les derniers mots du surveillant.

De l’intérieur des cachots, on frappa à plusieurs portes.

— Ouvrez ! dit le commandant au porte-clés.

Une porte joua. Se détachant sur le noir, un homme, torse nu, les mains dans le rang, me regarda. Il me tendit un bout de lettre, me disant : « Lisez ! »

« Si tu souffres, mon pauvre enfant, disait ce bout de lettre, crois bien que ta vieille mère aura fait aussi son calvaire sur la terre. Ce qui me console, parfois, c’est que le plus fort est fini. Conduis-toi bien, et quand tu sortiras de là, alors que je serai morte, refais ta vie, tu seras jeune encore. Cet espoir me soutient. Tu pourras te faire une situation et vivre comme tout le monde. Souviens-toi des principes que tu as reçus chez les Frères, et quand tu seras prêt de succomber, dis une petite prière. »

II me dit :

— Je voudrais que vous alliez la voir à Évreux.

— C’est tout ?

— C’est tout.

On repoussa la porte.

— Ouvrez !

Même apparition, mais celui-là était vieux. Il me pria de m’occuper d’une demande qu’il avait faite pour reprendre son vrai nom.

— J’ai perdu la liberté, j’ai perdu la lumière, j’ai perdu mon nom !

— Ouvrez !

C’était un ancien jockey : Lioux.

— Je vous écrirai, dit-il. Mon affaire est trop longue. Je ne crois pas que vous vous occupiez de moi, mais quand on est à l’eau on se raccroche à toutes les herbes.

Dans ce cachot noir, il portait des lorgnons.

On repoussa la porte.

Il me semblait que j’étais dans un cimetière étrange et que j’allais déposer sinon des fleurs, mais un paquet de tabac sur chaque tombe.

— Ouvrez !

L’homme me fixa et ne dit rien.

— Avez-vous quelque chose à me dire ?

— Rien.

— Vous avez frappé, pourtant.

— Ce n’est pas à nous de dire, c’est à vous de voir. Et il s’immobilisa, les yeux baissés comme un mort debout. C’est un spectre sur fond noir qui me poursuit encore.


DIEUDONNÉ !


À la porte d’une cellule, un nom : Dieudonné.

— Il est ici ?

— Il fait sa peine pour sa seconde évasion.

On n’ouvrit pas la porte, mais le guichet. Une tête apparut comme dans une lunette de guillotine.

— Oui, oui, dit Dieudonné, je suis surpris, je n’avais pas entendu. Je voudrais vous parler. Oui, oui, pas pour moi, mais en général.

Il était forcé de se courber beaucoup. Sa voix était coupée. Et c’est affreux de ne parler rien qu’à une tête. Je priai d’ouvrir. On ouvrit.

J’entrai dans le cachot.

Son cachot n’était pas tout à fait noir. Dieudonné jouissait d’une petite faveur. En se mettant dans le rayon du jour, on y voyait même assez pour lire. Il avait des livres : le Mercure de France, de quoi écrire.

— Ce n’est pas réglementaire, mais on ferme les yeux. On ne s’acharne pas sur moi. Ce qu’il y a de terrible au bagne, ce ne sont pas les chefs, ce sont les règlements. Nous souffrons affreusement. On ne doit pas parler, mais il est rare que l’on nous punisse d’abord. On nous avertit. À la troisième, à la quatrième fois, le règlement joue, évidemment. Mais ce qu’il y a de pire, d’infernal, c’est le milieu. Les mœurs y sont scandaleuses. On se croirait transporté dans un monde où l’immoralité serait la loi. Comment voulez-vous qu’on se relève ? il faut dépenser toute son énergie à se soustraire au mal.

Il parlait comme un coureur à bout de souffle.

— Oui, je suis ici, mais c’est régulier. Pour ma première évasion, je n’ai rien eu. Pour ma seconde, au lieu de cinq ans, on ne m’a donné que deux ans. Je peux dire que l’on me châtie avec bonté. Il me reste encore trois cents jours de cachot sur les bras. Je sais que, peut-être, je ne les ferai pas jusqu’au bout. Il ne faut pas dire qu’on ne rencontre pas de pitié ici. C’est la goutte d’eau dans l’enfer. Mais cette goutte d’eau, j’ai appris à la savourer. Aucun espoir n’est en vue et je ne suis pourtant pas un désespéré. Je travaille. J’ai été écrasé parce que j’étais de la bande à Bonnot, et cela sans justice. J’ai trouvé plus de justice dans l’accomplissement du châtiment que dans l’arrêt.

Je suis seul sur la terre. J’avais un petit garçon. Il ne m’écrit plus. Il m’a perdu sur son chemin, lui aussi !

Il pleura comme un homme.

— Merci, dit-il. Ce fut une grande distraction. Et, comme on repoussait la porte, il dit d’une voix secrète qui venait de l’âme :

— Le bagne est épouvantable…


A noter que... exagération ou erreur? Londres donne une information fausse quand il parle de cachots entièrement noirs vingt jours par mois. Il est possible qu'il ait eu cette impression s'il visita le bâtiment au milieu de la journée, car le matin et le soir, avec la lumière "rasante", les cellules centrales bénéficiaient d'environ une heure trente de lumière en début et en fin de journée (environ trois heures)
Les cellules claires, situées sur les périphéries, bénéficiaient de six à huit heures de jour

Les cachots des punis de la réclusion (la "réclusion dans la réclusion") étaient épouvantables: eux étaient totalement obscurs, avec des murs suffisamment épais pour que les bruits de l'extérieur n'entrent pas et pour que les hurlements des enfermés soient quasiment inaudibles
J'ai passé une demi-heure dans un de ces cachots, j'ai été victime d'un accès de claustrophobie affreux.

Peu après, on a aménagé la toiture des bâtiments de la réclusion pour dégager plus d'ouvertures, donc plus de lumière et plus de ventilation. Il faut dire que même les surveillants qui officiaient sur des passerelles qui dominaient  les cellules se plaignaient pour leur propre compte.

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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Mer 3 Déc 2014 - 22:22



VERS LA GUYANE
LE DEPART DES FORÇATS

Saint-Martin-de-Ré, 17 février 1931
(de notre envoyée spécial)

C'est aujourd'hui que le bagne de Saint-Martin-de-Ré se vide en grande partie de ses 673 pensionnaire. 368 forçats et 305 relégués, ont été embarqués pour la Guyane. Ce soir il n'y aura plus que 110 condamnés sous les toits de la vieille citadelle de Vauban.

Ce départ ne comprend pas des vedettes comme les deux précédents : celui du 3 avril 1928, où figurait, notamment, le docteur Bougrat, et celui, vraiment sensationnel du 8 novembre 1929 qui comptait, nous en citerons trois seulement, Barataud, Mestorino et de Rayssac. Non, mais aujourd'hui il y a vingt condamnés à mort qui furent graciés. Jamais ce nombre n'avait été atteint. Le convoi du 17 février 1931 est « le convoi des condamnés à mort ». C'est cette lugubre dénomination qui lui restera à Saint-Martin-de-Ré.

Dès la première heure, ce matin, la petite ville si pittoresque de Saint-Martin, et si accueillante pendant la belle saison, est fort animée, fonctionnaires des ministères de l'Intérieur et des Colonies, surveillants militaires, gendarmes, gardes républicains, soldats du 12ème tirailleurs sénégalais sillonnent ses étroites rues.
Un départ de forçats, bien que le fait se renouvelle à peu près tous les quinze mois, est un événement. Aussi les curieux accourent-ils de l'île et du continent, et ils sont particulièrement nombreux en ce jour quasi férié, le mardi gras.

Un recours en grâce
de la dernière heure


Le nouveau préfet de la Charente-Inférieure, M. Gaussorgues, est arrivé ce matin à Saint-Martin-de-Ré, afin d'assister à l'embarquement ; il était accompagné du colonel Mertz, commandant la 18ème légion de gendarmerie.
D'autre part, M, Legrand, avocat à Paris, est également arrivé ce matin à Saint-Martin et, muni d'une autorisation spéciale du ministère de la Justice, s'est rendu au bagne. Au cours d'une entrevue avec son client, Joseph Philiponnet, l'assassin de M. Bayle, il lui a fait signer son recours en grâce.

Le rassemblement

A 12 h. 30, après avoir déjeuné, des forçats et des relégués qui partent sont rassemblés dans les cours de l'imposant et sinistre bâtiment, où ils sont enfermés depuis leur transfert dans l'île de Ré, et dont la formidable et triple enceinte les séparait du reste des vivants. L'homme libre frémit en entrant dans cette forteresse, surtout quand la mer déferle, rageuse et impuissante, au pied de ses murailles. Quel doit être alors l'état d'âme d'un condamné ?

Les surveillants militaires, qui ont la charge de la garde des prisonniers jusqu'à Cayenne, « organisent » le convoi. Puis l'aumônier catholique du bagne, l'abbé Jean Picaud, et l'aumônier protestant, le pasteur Calas, un vénérable octogénaire, adressent aux partants quelques paroles d'adieu et d'encouragement accueillies par tous avec une visible émotion.

Le sinistre cortège

A 1 heure, la grande porte intérieur du bagne s'ouvre. Cent quarante tirailleurs sénégalais et une quarantaine de gendarmés et de gardes républicains encadrent les bagnards. En tête du cortège suivant l'usage prennent place le directeur du bagne, M. Micaelli ; les représentants des ministères de l'Intérieur et des Colonies, les officiers de la gendarmerie, le commissaire et les inspecteurs de la police spéciale, le commandant d'armes, les deux aumôniers et le surveillant principal chef du convoi.

Et la longue théorie s'ébranle, silencieusement. Elle franchit les portes fortifiées de la citadelle et s'engage sur la route qui conduit au petit bois de la Barbette. Là, le cortège suit une charmante allée de tamaris propice aux promenades des amoureux et qui, d'ailleurs, porte deux noms bien appropriés : les Martinais l'appellent, en effet, l'allée de la Guyane ou l'allée des Soupirs. Cette voie débouche sur le quai le long duquel sont amarrés les petits vapeurs le Coligny, l'Express et le Labordère, qui vont emporter les prisonniers vers le La Martinière, mouillé au large de Saint-Martin.

Le cortège arrive bientôt sur ce quai qui, depuis deux heures, est gardé par de lointains barrages derrière lesquels sont massés un très grand nombre de curieux et quelques parents de forçats, surtout des femmes qui agitent des mouchoirs.
Le quai présente un aspect vraiment lugubre toutes les maisons en bordure ont, conformément à l'arrêté municipal, leurs portes et leurs fenêtres closes, et, là, devant ces immeubles, 670 prisonniers qui foulent le sol encore pour quelques minutes. C'est pendant cette halte, nécessitée par les opérations de l'embarquement, qu'il est le plus facile de dévisager ceux vont partir.

Les forçats sont vêtus d'un costume de droguet marron avec rayures grenat, chaussés de galoches dans lesquelles ils ont les pieds nus, et coiffés d'un bonnet brun ou noir à rayures blanchâtres; tous ont un sac et portent en bandoulière une musette et une couverture de laine grise bordée de rouge. Ils sont rasés et ont les cheveux courts. Tous sont semblables de tenue, mais bien différents d'aspect. Les relégués ont le même costume, mais ils sont coiffés de larges chapeaux mous de différentes couleurs et, selon leur gré, ont cheveux longs, moustachue et barbe.
Forçats et relégués ne sont pas enchaînés, sauf ceux qui étaient au cachot au moment du départ et qui terminent leur punition à bord du La Martinière.

Aux premiers rangs, voici le petit bataillon des ex-condamnés à mort le nègre Lafortune, Gallier, Catoire, Cheval, Bonsovac, Combettes, Favreau, Laigros, Furcy, Truitte, Brehim, Delaplace, Laffitte, Varnier, Bluteau, Fourrier, Voron, Froissart, Bogucki et Bourélier. A côte d'eux, quelques évadés de la Guyane Fégeard, Baudon, Taillard, Huignard, Nickler. Ceux-là paraissent indifférents ils sont déjà passés par là.
On remarque, dominant leurs compagnons de leur haute taille, Philipponet, l'assassin de M. Bayle, directeur du service de l'identité judiciaire, qui, très rouge, fait sa moue habituelle, et Steffen, le meurtrier d'un chef de train, très pâle, émacié, baissant les yeux.

Un peu plus loin voici Vaché, l'assassin rochelais, qui se rappelle, sans doute, qu'il a été garçon boulanger dans cette ville de Saint-Martin. L'Allemand Koch, l'assassin d'un armurier parisien, jette des regards sournois. On trouve dans les derniers rangs les bandits de Marseille et les cambrioleurs de la prison de Melun. Voici enfin Léon Bacheley et son fils Ansbert, les assassins du colonel Berne ; Edmond Leytier et son frère Gabriel, qui ont commis un meurtre dans le Gard ; l'Italien Edmondo Degli et son frère Gaëtano, les cambrioleurs de Nice.

La plupart des prisonniers ont le visage à peu près impassible, avec une note de tristesse, mais certains, tel Martin, dit Pistache, le chef des bandits de Limoges, affectent de ricaner. Mais ce qui frappe le plus dans le convoi, c'est, hélas la jeunesse d'un grand nombre de forçats. Le benjamin est l'ex-condamné à mort Jean Fourrier, de Boulogne-sur-Mer, âgé seulement de dix-sept ans.

L’embarquement

L'embarquement est commencé. Les forçats prennent place sur le Coligny, les relégués sur l’Express et le Labordère. Le pasteur Calas et l'abbé Picaud se tiennent à la passerelle à leur passage, ils serrent la main de presque tous les forçats et en embrassent même plusieurs.
A 2 heures, les petits vapeurs quittent le port et voguent vers le La Martinière[/b] qui attend au large sa cargaison humaine. Les prisonniers regardent tantôt le bagne flottant dont ils aperçoivent la masse grise sur l'Océan, tantôt la côte de France qu'ils ne doivent plus revoir.

Les bateaux accostent bientôt le La Martinière ; des forçats gravissent alors plus ou moins allègrement l'échelle du navire, et uns sont aussitôt répartis par les surveillants militaires dans les cages installées dans les faux ponts.
Le commandant Jules Rosier jette un coup d'oeil sur ses « passagers », signe quelques papiers administratifs puis donne l'ordre de lever l'ancre.
Et à 4 heures le La Martinière, arborant le pavillon tricolore, appareille lentement, emportant sa pitoyable cargaison vers le lieu du châtiment, de l'expiation.


Georges RIDEAU.
(source : gallica.bnf.fr)

* BAYLE Edmond. Directeur de l’identité judiciaire, successeur d’Alphonse Bertillon. Le 16 septembre  1929 Philiponet l’abattit à coups de révolver au Palais de justice de Paris. Il lui reprochait une expertise lui étant défavorable pour un procès en correctionnel. Les assises de la Seine condamnèrent Philiponet aux travaux forcés à perpétuité.
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itto
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Jeu 4 Déc 2014 - 13:55

Merci pour ce post.....................
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Jeu 4 Déc 2014 - 18:37

itto
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Jeu 4 Déc 2014 - 23:44

Saint-Martin-de-Ré - L'embarquement pour la Guyane.
                                                                                                                                 


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