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 L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne

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MessageSujet: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Mar 10 Jan 2012 - 20:23


" La condamnation ayant été prononcée, les détenus primaires rejoignent leur lieu de détention, généralement proche, entre deux gendarmes. Mais il n'en va pas de même pour les criminels et autres condamnés aux travaux forcés sur les pontons des bagnes portuaires. Depuis les galères, la France est régulièrement traversée par des futurs bagnards en route pour la géhenne. Ces convois dureront jusqu'en 1836. C'est la « chaîne », évoquée par Victor Hugo dans Les Misérables. Elle partait de la prison de Bicêtre, à Paris, où elle était formée. Les forçats étaient acheminés, enchaînés, jusqu'aux bagnes de Toulon, de Rochefort ou de Brest, selon un itinéraire bien précis...

Les bagnes portuaires fermèrent et furent remplacés par la déportation en Nouvelle-Calédonie et en Guyane mais les systèmes de la chaîne demeura ; les bagnards continuèrent à sillonner la France un certain temps avant d'être entassés dans des wagons de chemin de fer spéciaux. Plusieurs semaines avant de départ du convoi, les condamnés étaient amenés de toutes les prisons de France vers la forteresse de l'île de Ré1 construite par Vauban pour protéger le port de La Rochelle des convoitises anglaises. D'imposantes murailles, des gardiens prêts à faire feu à chaque instant, et la mer pour unique horizon, voilà l'univers du condamné promis à la transportation ou à la relégation …"

Au début des années 1930, l'administration pénitentiaire se modernise et remplace les convois ferroviaires par le transport automobile …

Ce sont des fourgonnettes qui mènent les bagnards vers La Rochelle. Jusqu’au 16 septembre 1933, les forçats transitent par la Rochelle dans d’épouvantables conditions de transport.

Embarqués dans des wagons cellulaires de dix neuf places, les condamnés traversent la ville sous le regard, les huées des curieux, les questions des journalistes. A partir de cette date les fourgons permettent d’acheminer en 48 heures près de 400 forçats en 40 véhicules comme le montre la photographie ci-dessous.




La traversée de la Rochelle en vue de l'embarquement pour la citadelle de l'Ile de Ré sous escorte de gendarmerie :





Les détenus portent parfois la tenue pénale réglementaire dans les maisons centrales. Le port des sabots étant partie intégrante de la tenue vestimentaire des détenus, l'évasion est rendue plus difficile pour la plus grande satisfaction des gendarmes qui assurent les escortes...

Tenue pénale plus visible sur le cliché ci-dessous





criminels, faussaires, déserteurs, récidivistes, bandits de tout poil soumis aux longues peines sont extraits de leurs celulles des maisons centraleset sont dirigés vers la citadelle de St Martin de Ré :





L'embarquement de deux forçats célèbres pour l'ile de Ré : A. Dieudonné et B. Deboë








Après une nuit à la prison de La Rochelle, les forçats embarquent pour Saint-Martin, à bord des bateaux à vapeur de la liaison régulière, l’Express, le Coligny, dans un premier temps au vieux port, puis à La Palice.

Le « Coligny », un antique bateau à aubes, et le vapeur l’« Express », les convoient jusqu'à l'île de Ré :



En attendant le départ, les candidats à la Guyane vivent presque confortablement dans les prisons centrales, auréolés du prestige du futur forçat qui impressionne leurs codétenus condamnés à des peines plus légères. Pendant des mois, quelque fois même des années, ils ont rêvé de ce départ pour la colonie qui leur ferait quitter pour toujours les murs de leur prison...

Dès que les futurs bagnards passent le porte du fort de Ré, ils entrent dans un autre univers ; celui des morts vivants. Ils n'ont plu d'existence légale en métropole. Déjà la société les a oubliés comme de vulgaires déchets dont on se débarrasse.

Souvent épuisés par des années de prison et les longs jours de voyage dans des conditions épouvantables, les futurs bagnards ont une bonne surprise : la nourriture est de bonne qualité et abondante au dépôt de Saint-Martin-de-Ré. En redonnant des forces aux condamnés, l'administration pénitentiaire espère leur faire supporter aussi bien que possible le long voyage vers l'Amérique du Sud. Ils ne sont pas astreints au travail, et seuls ceux qui se signalent aux gardiens par une conduite trop mauvaise sont enfermés en cellule. Les autres traînent leur ennui et leur oisiveté dans d'immenses chambrées... »

Deux grandes colonies pénitentiaires destinées au peuplement se développèrent alors rapidement : la Nouvelle-Calédonie et la Guyane. En un siècle, près de 100 000 hommes et femmes furent transportés dans ces contrées éloignées et hostiles. Nombre de ces forçats, qui étaient loin d'être des criminels chevronnés, n'avaient pas mérité de vivre un tel calvaire pour peupler la " terre de la grande punition ".

Beaucoup furent éliminés par la violence, par les travaux forcés dont témoigna Albert Londres, par le vice et la maladie. Et, parmi ceux qui purgèrent leur peine, peu revirent la France. C'est l'histoire de ces êtres, hauts en couleur, en turpitudes et en misère, que Pierre Dufour nous raconte ici. Aujourd'hui, les vestiges de ces bagnes, dans les îles du Salut ou à Saint-Laurent-du-Maroni, continuent à parler au visiteur : y subsistent encore quelques témoins qui entretiennent la mémoire orale de ces lieux de douleur, dans les bistrots de Cayenne, de Kourou ou de Saint-Laurent ...


Un petit documentaire sur ce même thème :

Gilbert LEUK commente en voix off les images de son voyage en Guyane. Dessins de bagnards sur la vie du bagne.Descente du Maroni à bord d'un bateau gouverné par des Boni (descendants des esclaves africains) et en compagnie d'un ancien bagnard,naguère condamné à la relégation.Orpailleurs au travail sur une rivière.

http://www.ina.fr/video/CPF86642643/guyane-les-bagnards.fr.html

Le blog de Philippe Poisson regorge d'articles passionnants sur ce thème. J'en ai repris un ici, avec son autorisation, mais vous invite à visiter son blog pour y lire les autres.


sources multiples :
www.ina.fr
http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com
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Adelayde
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Mar 10 Jan 2012 - 21:25

Un article très bien documenté. study
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Mer 11 Jan 2012 - 12:51

Saint Martin de Ré sur la route du bagne...


De 1852, date où se met en place la transportation vers les bagnes d'outremer, à 1938, date des dernier départs pour la Guyane, environ 100 000 condamnés firent route vers la Nouvelle Calédonie et surtout vers la Guyane.

L'italien "bagno" (bain) serait à l'origine étymologique du mot bagne. On en trouve des explications assez diverses. La plus connue est que durant le Moyen Age, les pirates barbaresques enfermaient leurs prisonniers dans des bains publics avant de les vendre comme esclaves.

C'est en 1748 que les bagnes ont pris place suite à la suppression des galères. Le 1e fut Toulon où il y avait plus de 4 000 bagnards en 1836. Arrivé au bagne le nouveau bagnard était enchaîné, "accouplé" pour trois ans avec un ancien.


Il y a trois types de condamnés au bagne :

1°) Les transportes soumis au doublage

Ce sont les condamnés par cour d'assise pour meurtre, vol à main armée, qui échappent à la peine de mort mais sont soumis aux travaux forcés. La loi de 1854 impose le terrible doublage qui oblige les condamnés à une peine inférieure à 8 ans à rester autant d'années en Guyane que ce temps de peine, et les condamnés à un temps plus long à rester jusqu'à leur mort sur la terre de bagne.

2°) Les déportés Politiques

Ils sont condamnés pour complot, espionnage, trahison, désertion ou faux-monnayage. Déportés simples, ou condamnés à être détenus en enceinte fortifiée, ils allaient soit en Nouvelle Calédonie, soit en Guyane comme Dreyfus à l'Île du Diable.

3°) Les Rélégués

C'est le sort de ces bagnards qui émut le plus l'opinion publique. Ils étaient envoyés, après un temps de prison au bagne à vie, pour des délits souvent bien mineurs, mais parce qu'ils étaient récidivistes. Les multirécidivistes représentent la moitié des cas jugés vers 1875 ! Il suffisait par exemple d'avoir eu "4" condamnations à plus de 3 mois de prison pour vol, escroquerie, abus de confiance, outrage publique à la pudeur, vagabondage ou mendicite.


Le dépôt de Saint Martin en Ré, une étape obligatoire :


Les condamnés partent de Rennes, Caen ou Fontevrault et sont acheminés par le train, les fers aux pieds, en wagons cellulaires de 19 places vers la prison de la Rochelle. Après 1933, des fourgons permettront d'acheminer en 48 heures près de 400 forçats en 40 véhicules.

Après une nuit à la prison de La Rochelle, les forçats embarquent pour Saint Martin, à bord des bateaux à vapeur de la liaison régulière, l'Express, le Coligny, dans un premier temps au vieux port, puis à La Pallice. Il y eut une évasion pendant une traversée en 1929, celle du relégué Ghiglione qui se jeta à la mer mais fut récupéré peu après, grelottant près d'une voie ferrée !!

Arrivé à St Martin, le convoi débarque sur le quai Clémenceau, surveillé par la gendarmerie et les tirailleurs sénagalais de l'Île, et sous le regard des nombreux curieux. Puis les condamnés se rendent à pied, par "l'allée des soupirs", à la citadelle, devenue en 1873 dépôt d'étape. Là, chacyn est fouillé, perd son identité pour un matricule porté sur le bras gauche. Chacun reçoit des effets neufs (une vareuses de laine, deux chemises, deux paires de souliers) et une couverture.

La vie au dépôt de Saint Martin :

L'administration pénitentiaire partage avec une garnison militaire l'ancienne citadelle reconstruite par Vauban. Les relations ont été parfois tenues, et les anecdotes sont nombreuses à propos de mots de passe oubliés ou de sentinelles endormies.

Les condamnés au bagne peuvent séjourner plusieurs mois à St Martin avant qu'il n'y ait un départ. Séznec y resta près d'un an. Il fit venir sa femme et ses enfants qui fréquentèrent l'école communale. Alfred Dreyfus, accusé de haute trahison, fut incarcéré à Saint Martin du 18 janvier au 21 février 1895, avec des mesures de sécurité renforcées pour prévenir évasion, suicide et même communication avec l'intérieur ou l'extérieur de la citadelle.

Les journées sont rythmées par deux promenades dans la cour, au pas cadencé. Les détenus sont fouillés au coucher. Il y a quatre rondes par nuit,. L'appel est fait deux fois par jour. Contrairement au transporté, le relégué forçat à vie, peut fumer, n'est pas astreint au silence, et peut garder barbe et cheveux. Il peut écrire une lettre par semaine, au lieu d'une par mois. Le jeudi et le Dimanche des visites de parents, durant 20 minutes, sont autorisées.

Le travail dans les ateliers est obligatoire :

Soit l'administration achète matières premières et outillages et paie les détenus, soit une entreprise obtient une concession. Les productions sont variés, émouchettes pour les chevaux de l'armée, sacs en papiers ou en toile, charpillage, étoupe, camails, fabrication de chaussons, cordonnerie, et même vers 1920, préparation de plumes alors que cette activité était supprimée à Fresnes pour nocivité.

L'état de santé des détenus n'est pas très bon. D'après un rapport du docteur Hernette en 1930, les rélégués, qui ne sont pas à leur premier séjour en prison, sont souvent atteints de tuberculose osseuse ou pulmonaire et de maladies vénériennes. L'infirmerie de 30 lits est nettement insuffisante. Ne partent en Guyane que les valides, or 80 relegués n'ont pu partir en 1930 pour raison de santé.

Préparation au départ :

Quinze jours avant le départ, pour qu'ils supportent mieux le voyage puis le climat tropical, les forçats sont mis au repos. Le temps des promenades est allongé, la nourriture amélioré avec de la viande 4 fois par semaine et un quart de vin. Après une douche, une visite médicale décide de l'aptitude au voyage et les forçats sont vaccinés contre la typhoïde et la variole.

Les objets personnels restent à la disposition des familles, et seront donnés à l'hôpital de Saint Martin s'ils ne sont pas récupérés au bout d'un an. Bijoux, argent, suivront les condamnés mais sous la garde de l'administration, à moins que le détenu n'ait réussi à cacher de l'argent dans un "plan" (tube caché dans l'anus)

Le départ...

Les visites ne sont plus autorisées, les punitions sont suspendus. Au petit matin, on distribue à chacun une musette et un grand sac de toile, une gamelle, un quart, une fourchette et une cuillère, un pantalon et une veste en chaud droguet marron et un autre ensemble en toile, deux chemises, des sabots-galoches, et une couverture. Les transportés auront l'obligation de porter le bonnet tandis que les relégués ont droit au chapeau. Les tireurs sénégalais sont prêts, l'heure du départ est arrivée.

Les condamnés avec leur paquetage sont rassemblés en ligne dans la cour pour la bénédiction du curé ou du pasteur avant de franchir les portes de la citadelle. En tête du convoi, marchent les forçats réputés dangereux entourés de baïonnettes avec fers au poignet.

Voici le témoignage de Dieudonné, anarchiste condamné au bagne soupçonné d'avoir agi avec la bande à Bonnot.

"Le bagne de St Martin s'éveille dans un bruit inaccoutumé. Chacun cause bruyamment au nez des gardiens, contents de ce départ qui va leur donner quelques semaines de répit. 400 forçats et 200 relégués sont maintenant dans la cour. Ce n'est pas une mince affaire que de les mettre en ordre 4 par 4.

L'appel n'en finit plus. Au dernier moment, on fait sortir des cachots les fortes têtes. La grand lumière du jour les aveugle. Ils sont pâles et maigres et leurs jambes flageolent. Eux seuls, sont enchaînés.

Tous les gardiens de Ré, tous les surveillants militaires présents, une compagnie de soldats encadrent le convoi. On ouvre les portes. Le long convoi s'ébranle, silencieux. Il repasse les petites portes basses des murs d'enceinte, traverse la cour de la caserne, franchit les hautes portes d'entrée du corps de garde.

Et voici la route jolie. Les journaux ont annoncé le départ, la route est pleine de monde, curieux ou parents...

Morne, le convoi s'avance au milieu de la foule muette. Quelques uns baissent la tête pour cacher des yeux mouillés."


Le Grand Voyage :

Au début du bagne, la Marine Nationale transporte les condamnés vers la Guyane ou la Nouvelle Calédonie sur de vieux vaisseaux de guerre en bois que les cuirassés avaient rendus inutiles. On mettait alors plus de trois mois pour aller en Guyane, et 5 mois pour aller en Nouvelle Calédonie.

Les bagnards avant l'embarquement, inscrivaient des initiales, un mot, un nom...




Les conditions sont si déplorables, que la Marine fit construire deux bateaux adaptés, le Magellan et le Calédonien transportant 450 marins, soldats, 66 officiers et 400 condamnés parqués dans les batteries hautes et basse, dans des cages grillagées, seulement équipés d'un banc de bois fixe et d'un hamac pour deux. Les fers sont toujours utilisés. Les hommes punis avaient les mains attachées derrière le dos à un barreau.

Puis le seul bateau bagne jusqu'aux derniers transports en 1938 fur le LA MARTINIERE, ex Duala, navire allemand de 120m, construit en 1912 à Liverpool, cédé à la France selon les clauses de l'armistice.

Mal de mer, hygiène insuffisante surtout sous les climats chauds, rendaient la traversée pénible. Les incidents étaient rares. Coups de corde devant tous les bagnards, "cellules chaudes", placées au dessus des chaudières, ou même jets de vapeur, les calmaient vite.

" Il fait une chaleur épouvantable car on a fermé les hublots. A travers eux on voit la forêt vierge et impressionnante. On aperçoit les premières maisons avec leur toit de tôle ou de zinc... Trois coups de sirène nous apprennent qu'on arrive, puis tout bruit de machine s'arrête... Les surveillants ouvrent la porte de la cage et nous range par trois... Alignés sur le pont on nous dirige vers la passerelle... Une foule bigarée nous regarde, curieuse... Des noirs, des demi-noirs, des indiens, des chinois, des épaves de blancs (ces blancs doivent être des bagnards libérés)... De l'autre côté des surveillants, des civils bien vêtus, des femmes en toilette d'été, des gosses, tous avec le casque colonial sur la tête.

Nous marchons à peu près 10 minutes et nous arrivons devant une porte en madrier, très haute, où est écrit : Pénitentier de Saint-Laurent-du-Maroni, capacité 3000 hommes..."


Récit de Henri Charrière dit Papillon, arrêté en 1930



Source : http://iledere.pagesperso-orange.fr/bagnards01.htm
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Lun 7 Jan 2013 - 13:28

http://bernard.hesnard.free.fr/nantesvoiles/voiliers18.html
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Ven 9 Aoû 2013 - 22:42

Charrière dit des conneries comme d'habitude (heureusement qu'on a la preuve qu'il est allé au bagne sinon on n'y croirait pas): à Saint-Laurent il est marqué depuis toujours "camp de la transportation" sans mention de la capacité.

Autre chose: en fait d'attente presque confortable, les pénitenciers de France et surtout St Martin de Ré étaient des enfers. Les transportés et relégués soufflaient... Quand ils passaient aux mains des "coloniaux" nettement plus coulants (droit de parler, de fumer, etc.)

Dès l'arrivée à Saint Martin de Ré, le ton était donné. Une fouille savante et d'une brutalité inouïe, qui permettait de repérer les faibles dont l'AP ferait des mouchards. Ceux qui se rebellaient se voyaient passés à tabac par des porte-clés, eux même réclusionnaires mais ne devant pas partir pour la Guyane et qui, en servant d’auxiliaires à l'administration, gagnaient une alimentation meilleure et une dispense de travail - de même évidemment que le droit de parler entre eux. Il faut imaginer ce qu'était la réclusion criminelle dans des prisons non chauffées quelle que soit la température, avec obligation de silence pendant des années!
Ni plus ni moins que le régime des forçats condamnés par le Tribunal Maritime spécial (le bagne dans le bagne), mais en ce qui les concernait, pour une durée qui ne pouvait en aucune manière dépasser cinq années, durée réduite très souvent des 3/4 ou de la moitié en cas de bonne conduite, alors que celui qui ramassait dix ans de réclusion criminelle en France les faisait intégralement. En plus en Guyane, il ne gelait pas dans les cachots...

Simple adoucissement à Saint Martin de Ré... Quinze jours avant le départ, une ration de forçat en expectative d'embarquement (c'était le terme): alimentation renforcée pour reprendre des forces avant le voyage et un peu plus de temps pour l'avaler au réfectoire.


Dernière édition par benjamin le Sam 10 Aoû 2013 - 20:07, édité 3 fois
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pilayrou
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Sam 10 Aoû 2013 - 17:06

Mon défunt voisin a rencontré Seznec à l'ile du Diable. Il était marin.
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benjamin
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Sam 10 Aoû 2013 - 18:03

'''''''Les Rélégués

C'est le sort de ces bagnards qui émut le plus l'opinion publique **. Ils étaient envoyés, après un temps de prison au bagne à vie, pour des délits souvent bien mineurs, mais parce qu'ils étaient récidivistes. Les multirécidivistes représentent la moitié des cas jugés vers 1875 ! Il suffisait par exemple d'avoir eu "4" condamnations à plus de 3 mois de prison pour vol, escroquerie, abus de confiance, outrage publique à la pudeur, vagabondage ou mendicité.
'''''

*************************************

** Ca, je conteste! Question 

En pratique, il n'y avait pas de relégué envoyé en Guyane avec seulement quatre ou cinq condamnations (en plus n'étaient prises en compte que celles supérieures à trois mois d'où le fameux "trois mois et un jour" fréquent dans les jugements de correctionnelle d'avant guerre).
La plupart des "pieds de biche" (appellation qu'on leur donnait en Guyane) avaient en réalité un pedigree long comme un jour sans pain de 10, 12 condamnations, jusqu'à plusieurs dizaines parfois avant que la relégation ne soit décidée (l'ouest étant plus sévère que d'autres coins de France).
A noter que Landru fut condamné à la relégation avant qu'il devienne le tueur qu'on connaît. C'est un des innombrables mystères qui entourent son histoire, que de savoir pourquoi la mesure ne fut pas appliquée. Cela aurait sauvé la vie de bien des femmes.

En Guyane, les relégués étaient placés sous deux régimes: la relégation individuelle pour ceux qui avaient un métier et souhaitaient travailler (une infime minorité) ou la relégation collective à Saint-Jean du Maroni. Le régime des "collectifs" était: travaux "légers" (pas de chantiers forestiers) à mi-temps contre leur pitance.

Les "bons sujets" (expression de l'époque) pouvaient être relevés de la relégation après cinq ans minimum sans punition, mais très peu en bénéficièrent parce que le retour était à leur charge - et en général les relégués devenaient vite des épaves (alcoolisme, maladies vénériennes, paludisme, tuberculose, etc.). En outre, la quasi totalité étaient des habitués de la commission de discipline (vols, bagarres, absence lors de l'appel, etc.). Les rares individus relevés de la relégation et qui rentrèrent étaient toutefois astreints à l'interdiction de séjour dans le département où ils avaient commis leurs forfaits, plus celui de la Seine. De ce fait, ils étaient éloignés de leur famille si d'aventure ils en avaient une.

Les pieds-de-biche n'inspiraient de sympathie à personne. Alors que les transportés, souvent assassins ou du moins grands criminels ne se compromettaient pas dans des escroqueries minables ou des vols de poule, on ne pouvait en général pas faire confiance aux relégués - d'ailleurs tout le monde s'en méfiait.

Les garçons de famille qui entretenaient les domiciles des fonctionnaires, qui cuisinaient chez le gouverneur, qui étaient assignés chez des entrepreneurs, etc. étaient en général des assassins "renommés" (ex. Metge). Personne ne voulait d'un pied de biche qui piquerait la nourriture, une pièce d'argenterie, etc.

Même entre eux, ce n'était que vols, querelles d'après boire, etc. Les surveillants affectés au service de Saint Jean avaient horreur de cela: ils préféraient mille fois travailler au contact des transportés pourtant supposés plus dangereux.

Les transportés les détestaient autant qu'ils les méprisaient, car beaucoup étaient des "donneuses" qui dénonçaient les projets d'évasion. Pépère et Monsieur Badin , anciens transportés qui vivaient à Saint-Laurent, m'en ont parlé en 1983 avec encore de la haine et du ressentiment dans la voix. Monsieur Martinet, surveillant en retraite, exprimait tout son mépris à leur égard à la même époque.

La relégation, quand elle fut décidée à la fin du XIXe siècle (Waldeck Rousseau), fut très populaire: parce qu'elle purgeait le sol français de ces petits délinquants qui pourrissaient au quotidien la vie des gens, infiniment plus que les criminels que statistiquement, on a peu de chance de rencontrer (rien n'a changé...). Même A. Londres leur témoigna fort peu de considération.  

Seule l'Armée du Salut, à la fin du bagne, montra un peu de compassion à leur égard mais elle fut aussi en but à des déboires avec eux. Dans ses établissements coopératifs de Guyane (fin des années quarante, années cinquante) où les bagnards libérés travaillaient pour constituer leur pécule de retour (un passage en 3e classe pour Bordeaux ou le Havre), les transportés se comportaient infiniment mieux que les relégués. Deux fois, des pieds de biche ont piqué la caisse de l’œuvre!

Un seul d'entre eux connut une belle réussite en Guyane: Mizzi qui ouvrit un magasin de chaussures, de meubles, puis un hôtel à Cayenne. Il fit d'ailleurs venir son fils de France, fils qu'il traitait en public de façon très rude à la moindre erreur de sa part (j'en fus témoin)

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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Sam 10 Aoû 2013 - 18:10

pilayrou a écrit:
Mon défunt voisin a rencontré Seznec à l'ile du Diable. Il était marin.
A Royale, peut être, mais certainement pas à l'île du Diable réservée aux déportés politiques où Seznec n'a jamais mis les pieds: il était un transporté de droit commun. En outre, il était quasiment impossible de débarquer sur le Diable (houle permanente: on utilisait un transbordeur avec un filin depuis Royale)

Comme marin, votre voisin n'avait de contact qu'avec le centre névralgique des trois îles, c'est à dire Royale où même en principe (il y eut des exceptions) il n'avait pas le droit d'y débarquer sans accord formel (donné avec parcimonie) du directeur de l'AP de Guyane: les forçats canotiers, bien surveillés par deux gardiens armés, allaient à la rencontre des navires. Ces canotiers en profitaient pour vendre les objets fabriqués par les bagnards sur leur temps libre (alors que la possession d'argent par les bagnards était interdite... Les gardiens touchaient leur part pour fermer les yeux, et les canotiers - élite des bagnards des îles qui avaient des privilèges** - prenaient aussi leur part.

** Nourriture renforcée, tolérance pour ne pas porter la tenue rayée, droit de garder leurs mômes avec eux dans leur case à part, sur le quai lui même pour être opérationnels sur le champ, y compris la nuit.

Dans quelles circonstances votre voisin rencontra Seznec?

Cordialement


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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Sam 10 Aoû 2013 - 18:45

Des mises au point importantes, Benjamin.

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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Sam 10 Aoû 2013 - 19:04

Adelayde a écrit:
Des mises au point importantes, Benjamin.
Merci. Entretemps, j'ai édité pour ajouter des détails. Cool 
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Sam 10 Aoû 2013 - 20:14

Là je n'ai pas le temps mais j'ai des questions à poser sur Papillon,ses contradictions et ses contradicteurs..

Je pense que Benjamin est peut être à même d'y répondre(en toute objectivité,j'espère..)
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Sam 10 Aoû 2013 - 21:03

tof1 a écrit:
Là je n'ai pas le temps mais j'ai des questions à poser sur Papillon,ses contradictions et ses contradicteurs..

Je pense que Benjamin est peut être à même d'y répondre(en toute objectivité,j'espère..)
Laissez moi du temps: je travaille justement à l'analyse du cas Papillon, pour démonter le mythe tout en gardant la vérité: Charrière était un gentil bagnard comme des milliers d'autres, un peu fayot, très doué pour raconter des histoires, qui s'est effectivement évadé deux fois mais de manière assez banale: de telles évasions, il y en eut des centaines, sinon des milliers.

J'ai un principe de travail que vous pouvez vérifier sur mon site bagnedeguyane.fr: la séparation de la relation des faits (établie de manière aussi rigoureuse que possible et en citant mes sources) de mon opinion, de mes interprétations indiquées comme telles, qui peuvent être tranchées, passionnées même. Mais je m'interdis de torturer la réalité des faits.

Ainsi on peut, je crois, discuter de façon sereine en partant d'éléments tangibles.

Je peux toutefois donner des pistes en guise d'amuse-bouche

Charrière était un petit barbeau sans envergure (sa poule, Nénette, tapinait rue Blanche et pas dans le quartier de la Madeleine comme il le prétendit) soupçonné en plus par la police de pédérastie (de nos jours on dirait qu'il est bi) et à l'époque, les mœurs spéciales vous classaient un bonhomme. (je produirai les pièces).  Attesté par des rapports de police.

En aucune manière, il ne pouvait être un gentleman cambrioleur tel qu'il se décrit. Sa culpabilité dans son affaire d'assassinat ne fait guère de doute, même s'il a sans doute voulu impressionner plus que tuer réellement. Dépassé par son personnage.

Arrivé au bagne...

Il s'est bien évadé par mer vers la Colombie, mais en aucune manière il n'a pu diriger la Belle (bien qu'engagé dans la Marine très jeune, son passage très rapide dans les bataillons disciplinaires, loin de la côte, lui a interdit d'apprendre la navigation, encore moins de se diriger à la boussole et de faire le point, choses que même des matelots expérimentés ignoraient: c'était le travail des officiers!).  Il est parti avec un compagnon, et pas deux. Pas de Maturette pour exciter sexuellement le porte clés... (sans doute Papillon était-il excité par le dit Maturette...)

Son récit est directement inspiré des cavales de Bougrat, Hut et Belbenois qui elles, sont attestées et très antérieures à la sienne.

Pour s'évader, il n'a certainement pas "assommé" des gardiens. D'ailleurs, il n'y en avait pas la nuit à l'hôpital... Au retour, il aurait été condamné à mort pour cela: voies de fait sur un surveillant, c'était le tarif syndical du TMS... même si sans doute on l'aurait gracié s'il n'y avait pas eu mort d'homme ou infirmité durable.

Il est le seul à avoir jamais entendu des mitraillettes au bagne, les surveillants étant armés du revolver d'ordonnance modèle 1896 et très rarement (jamais en ville en tout cas) d'un mousqueton qui les encombrait. En outre pour chaque balle tirée, le surveillant devait faire un rapport. Alors des mitraillettes...

Il situe l'île des lépreux où il serait allé pour acheter un canot en aval de Saint Laurent: elle est nettement en amont et en début d'évasion, l'alerte étant donnée depuis vingt-quatre heures au moins, on ne voit pas comment il l'aurait rejointe en remontant le courant du Maroni à la pagaie, longeant la ville et déjouant la surveillance des guetteurs à la jumelle, des chasseurs d'hommes et des canots à moteur de la Tentiaire.

Il n'a certainement pas vécu chez les Indiens en Colombie (analyse du calendrier de son évasion à confirmer, mais cela fut établi par de Villiers)

Quand il raconte comment il parle d'égal à égal avec le commandant des îles, c'est du délire pur et simple. "Coco sec" était d'une rigueur implacable, même avec ses adjoints. Quant à ses relations amicales avec la femme de ce Coco sec... Il y a comme un défaut: il était célibataire.

La "révolte des îles" s'est déroulée vingt ans avant qu'il n'y pose les pieds.

Il n'a pas pu faire huit ans de réclusion: le maximum était de cinq années, et le quart cellulaire a été octroyé à presque tous les punis à cette époque.

Tous les témoignages (que je citerai) le montrent à Royale comme un fayot, antithèse du caïd tel qu'il se dépeint.  Selon Belbenoit (dry guillotine), Mr Martinet (surveillant en retraite à qui j'ai parlé), Pépère (ex "collègue", idem) et d'autres, c'était un indic qui dénonçait ses petits camarades contre quelques faveurs, pédéraste de surcroît (sans doute au moins autant par nécessité de substitution que par vocation, comme 50% des transportés. Qu'il soit clair que je ne le lui reproche pas! Simplement, dans le contexte de l'époque et mis en opposition avec son image de dur intraitable qui lâche lui même des propos ironiques sur les "tarlouzes", ça fait un peu désordre).

Il ne tenait pas le jeu d'une case, fonction d'autorité s'il en est, parce qu'il n'aurait pas été pris au sérieux: c'était le vidangeur des tinettes des gardiens! J'ai recueilli en 1983 des témoignages formels à ce sujet.

Il copinait avec un buffle "de deux tonnes" sur Royale, étant selon lui le seul à pouvoir le "tenir". Les bovins, sur cette île, étaient faméliques par manque de nourriture. 600 kg au grand maximum, cette race ne dépassant pas la tonne au Brésil (j'en ai vus de ce poids à Marajo), où ils sont bien nourris. On les gardait très peu de temps sur Royale faute de pouvoir les nourrir: ils passaient vite à l'abattoir (la superficie de l'île était de 24 hectares et là dessus, il devait y avoir moins de la moitié couverte d'une herbe brûlée par les embruns). Quant à ce buffle qui, selon Papillon, se serait baigné pour son plaisir (urinant et déféquant) dans la seule réserve d'eau de l'île destinée aux gardiens, c'est d'un crédible...

Il prétend ne jamais être sorti de sa cellule pendant sa réclusion... Or il y avait une promenade quotidienne de 30 minutes à une heure dans un préau dès l'instauration de la sanction, et une baignade au moins hebdomadaire dans la piscine des forçats, certes dans le silence rigoureux avec certains gardiens, d'autres étant plus tolérants, (mesure imposée par un médecin chef pour prévenir le scorbut et d'autres avitaminoses, depuis les années vingt).
Le régime cellulaire était assez dur pour qu'il n'y ait point besoin d'en rajouter. Cinq (ou huit) ans dans 6m2 sans sortir, sans voir personne, dans le silence absolu, aucun être humain n'aurait pu résister. Mort certaine ou du moins, aliénation totale.

Devant lui, "Coco sec" (comme on l'appelait, témoignages que j'ai moi même recueillis) aurait téléphoné de Saint-Joseph à Royale... Or  il n'y avait ni électricité et encore moins de téléphone sur les îles.

Sa seconde évasion n'est pas partie de l'île du Diable (où il n'avait rien à faire, étant transporté et pas déporté) mais du camp des cascades, à 40 km de Cayenne, à une époque où la surveillance était à peu près nulle.  


Liste non exhaustive.


Dernière édition par benjamin le Sam 10 Aoû 2013 - 23:10, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Sam 10 Aoû 2013 - 22:23

Pour situer les choses dans le contexte de l'époque.

Le criminel par accident (crime passionnel, querelle d'après boire qui avait mal tourné, etc.) était désespéré de partir en Guyane - voyage la plupart du temps sans retour du fait du "doublage": astreinte à résidence dans la colonie pour un temps au moins égal à celui de la condamnation ; astreinte perpétuelle si cette dernière était égale ou supérieure à huit ans (ce que la plupart des jurés ignoraient). Cela signifiait la mort civile, la quasi certitude ne ne jamais revoir parents, enfants, épouse. On disait: les épouses tiennent deux mois, les sœurs deux ans, les mères toute leur vie. D'ailleurs le divorce était en général proposé aux femmes avant même l'embarquement de même que l'annulation du mariage religieux, pourtant rarissime à l'époque... Tout comme un curé donnait l'absolution au départ du le Lamartinière, ce qui dispensait l'église d'envoyer des aumôniers (au grand désespoir de la plupart des Bretons)

Le malfrat chevronné qui connaissait le régime des Centrales était soulagé à l'idée d'être condamné aux travaux forcés plutôt qu'à la réclusion criminelle. Parce qu'il savait qu'en Guyane, avec de l'argent et le savoir-faire des truands (rien à voir avec le cave qui débarquerait avec son ingénuité), la vie était en général beaucoup plus facile. Le truand arrivait avec le plan dans le cul, bien chargé de billets ou de pièces d'or.

Il savait se débrouiller pour échapper aux chantiers les plus dangereux: ce ne sont pas des Metge, des Soleilland, des Manda** qui sont allés crever sur la route coloniale numéro zéro (qui avança de 60 km en un  siècle au prix de milliers de morts) . Ce sont les pauvres gars qui avaient tué leur femme surprise dans les bras du voisin, ou qui s'étaient battus au bal et avaient tué un pauvre type dans un moment d'ivresse.

** L'Apache maquereau de Casque d'Or. Cela dit, le julot casse croute à Paris s'est sublimé en Guyane, devenant un infirmier d'un incroyable dévouement qui sauva la vie de dizaines de types, forçats, surveillants et civils. Et quand il fut libéré, malgré ses compétences acquises et ses états de service éclatants, il croupit comme les copains dans une misère effrayante, sans travail: l'hôpital du bagne préférait faire travailler des transportés en cours de peine qui ne coûtaient rien, que salarier un libéré même de façon marginale.

Autre chose: on ne s'évadait pas des centrales alors que depuis la Guyane (sauf des îles) on pouvait en rêver  et dans une certaine proportion, réussir. Certes les types magnifiaient quelque peu leur séjour à venir au Grand Collège mais quand on compare les situations... On était moins mal à Saint-Laurent qu'à Fontevrault ou Clairvaux.

Cinquante heures de travail par semaine? C'était la durée de travail d'un prolo. Pas de douches dans les cases collectives? Pas de WC avec chasse d'eau mais des tinettes? C'était pareil dans les casernes et que dire des gourbis prolétaires ou des fermes? Peu d'hygiène? le Français moyen se lavait très peu, lui aussi...

Effectivement, le gus qui cassait les cailloux sur la route ou qui faisait le stère en bavait pour ne pas dire que souvent, il y laissait sa peau. Mais (déjà dit) c'était le pauvre gars. Pas le vrai truand, sauf exception.

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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Sam 10 Aoû 2013 - 23:34

bonjour à tous , pour avoir un recit vraiment authentique du bagne de la transportation de la relégation, il faut lire le livre de René Belbenoit publié en 1938: dry guillotine, ou sa traduction française d'époque: "les compagnons de la belle "
Charriere s'est inspiré du récit vrai de Belbenoit pour écrire Papillon , l'ouvrage de Charriere n'est en aucun cas autobiographique
le destin de Charriere croisera celui de René Belbenoit : ils firent parti du même convoi sur la Martiniere en 1933
à bientôt:P 
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Dim 11 Aoû 2013 - 0:07

Cela dit, Belbenois prend aussi quelques licences avec la vérité. Mais à un degré moindre.
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Dim 11 Aoû 2013 - 4:44

Merci pour ces précisions!!!

J'y reviendrais!
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Mer 14 Aoû 2013 - 11:42

"Jeune homme de bonne famille dont les parents sont morts au bagne."

Vous connaissez par chez vous ?
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Mer 14 Aoû 2013 - 11:49

pilayrou a écrit:
"Jeune homme de bonne famille dont les parents sont morts au bagne."

Vous connaissez par chez vous ?

Oui, j'ai eu des entretiens avec des petits enfants et arrière petits enfants de transportés, tout comme des transportés eux mêmes il y a trente ans en Guyane.
Pour les premiers, ils m'ont tous demandé (pour le moment) de respecter leur anonymat
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Mer 14 Aoû 2013 - 20:19

pilayrou a écrit:
"Jeune homme de bonne famille dont les parents sont morts au bagne."

Vous connaissez par chez vous ?
il y avait bien longtemps que je n'avais pas lu cette expression
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Mer 14 Aoû 2013 - 20:24

Il y a également: Jeune homme de bonne famille dont les parents sont morts à Cayenne.
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Jeu 15 Aoû 2013 - 9:05

plutôt à Saint Laurent du Maroni...

A tel point que les familles des non bagnards morts dans cette commune ont longtemps demandé (sans succès) que les actes de décès des citoyens 'libres' soient distincts des autres...
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Mar 20 Aoû 2013 - 17:14

Avez vous trouvé des articles de presse concernant la condamnation de Papillon?
Avez vous des photos de lui jeune?

Je ne remets pas votre travail en doute concernant son cas mais si vous dites que Maturette n'a sans pas jamais existé,qu'en est il de Louis Delga?

La réclusion est très bien décrite aussi bien dans le livre que dans le film mais si la réalité n'est pas la même,pourquoi la décrire comme ça?(dénonciation de cette forme de punition ou exagération?).Albert Londres l'a t il dénoncé en son temps?

Merci
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Mar 20 Aoû 2013 - 20:09

tof1 a écrit:
Avez vous trouvé des articles de presse concernant la condamnation de Papillon?
Avez vous des photos de lui jeune?

Je ne remets pas votre travail en doute concernant son cas mais si vous dites que Maturette n'a sans pas jamais existé,qu'en est il de Louis Delga?

La réclusion est très bien décrite aussi bien dans le livre que dans le film mais si la réalité n'est pas la même,pourquoi la décrire comme ça?(dénonciation de cette forme de punition ou exagération?).Albert Londres l'a t il dénoncé en son temps?

Merci
J'ai lu quelques articles de presse qui suivaient le procès et un auteur a fait une étude très minutieuse sur son affaire et sa vie de petit barbeau sans envergure jusqu'à sa condamnation.

Les quatre vérités de Papillon, Georges Ménager (éditions de la Table ronde).  (je me le suis procuré sur Price Minister)

Ménager signale aussi l'explication de la reprise de contact avec "Nénette" (une des deux femmes qui tapinaient à son profit) quand son livre est sorti. Elle n'avait jamais divorcé donc il était... bigame puisque remarié au Venezuela. En outre ils étaient mariés sous le régime de la communauté ce qui fait que dans la misère, elle pouvait à bon droit réclamer une part substantielle des droits de "Papillon" (elle n'y pensait pas mais si un avocat avisé y pensait...). D'où le divorce contre un pécule qui la dépanna bien, mais qui n'était rien par rapport à ce qu'elle aurait pu obtenir. Elle était toujours amoureuse, semble-t-il, et naïve.

Il y a aussi "papillon épinglé" de Gérard de Villiers. En partie bien documenté, mais des tas d'erreurs factuelles inacceptables de la part de quelqu'un qui prétend faire un travail de revisite, point par point.  

Et bien sur, Belbenois, Hut, Vaudé (à qui j'ai parlé), autres bagnards.

Maturette* a sans doute existé (des mômes efféminés, il y en avait des tas au bagne et les malheureux de 19 à 21 ans qui ne l'étaient pas le devenaient la plupart du temps, par force, mais il n'était pas dans le canot. Belbenois a dénoncé ces abus sexuels tout comme Dieudonné avant et Jusseau après, ce dernier avec une crudité naturaliste)

Belbenois a fait litière des "accusations" de pédérastie concernant le compagnon d'évasion de Charrière.

Comme il avait refait sa vie au Brésil, cette assimilation à un "individu de mœurs spéciales"  était infamante dans le contexte des années quarante, cinquante, soixante et soixante-dix, surtout dans un pays latino.
Sur ce point précis, il me faut du temps. J'ai prévu de me rendre dans le Roraïma (je vais au Brésil chaque année mais la ville où mourut cet homme est vraiment le trou du c.l du monde) pour enquêter sur sa vie et sa mort (j'ai deux contacts avec des journalistes locaux)  

Notons que Belbenois et Jusseau, qui ne se connaissaient pas, ont tous les deux dans leurs livres porté des accusations précises concernant l'homosexualité de Charrière qui fricotait avec des mômes.

Georges Ménager cite un rapport de police référencé où il est dépeint avant son affaire comme ayant des mœurs spéciales (on dirait de nos jours qu'il était bi) et un autre qu'il était souvent vu dans un établissement fréquenté par de tels individus.
Gérard de Villers a interrogé un pensionnaire codétenu de Charrière, qui porte exactement les mêmes accusations concernant l'homosexualité de Charrière, avant et pendant son séjour au grand Collège.

En 2013, ce n'est plus infamant, d'être déclaré homosexuel, mais ça correspond très peu à l'image de dur que l'auteur se donne dans ses livres. Personne n'imagine Papillon ainsi!

Dega* aussi a existé... c'est le concentré de deux personnages: le liquidateur des congrégations Duez qui survécut en achetant des protections de vrais truands et d'un autre dont je n'ai pas encore trouvé le patronyme exact qui commit effectivement une escroquerie aux bons de la défense nationale.

Clouseau* n'est absolument pas mort de sa réclusion.

* Noms d'emprunts: Papillon ou son éditeur - et là on les en remerciera, il y avait des survivants - ont choisi de substituer des pseudonymes à tous les patronymes.

Non, la réclusion est mal décrite que ce soit dans le livre, ou dans le film. Charrière a fait comme pour tout le reste de son "œuvre" Mythomanie, exagération, tout pour se donner le beau rôle, etc.

Cette peine était suffisamment affreuse pour qu'on n'en rajoute pas dans le pathos! Tout d'abord, les reclus avaient le droit à une promenade extérieure quotidienne dans un préau, d'environ une heure.

Effectivement, les instructions données étaient qu'ils évitent de croiser ou de marcher aux côtés d'autres détenus, mais par la force des choses, c'était obligé, ne serait-ce que quelques minutes: pour les faire tous marcher une heure, il fallait "que ça tourne": quelques préaux de 24 m2 environ, sans toit et sans grillage au dessus, pour 60 détenus environ dans chaque bâtiment et 12h de jour donc 12 rotations possibles seulement, à supposer que tout s'enchaine sans grain de sable.

En outre, les reclus sortaient pour effectuer les corvées pénibles sur l'île. En particulier, creuser les tombes de gardiens, enrocher les pistes, etc. Règle officielle: silence strict, faute de quoi ils réintégraient leur cellule. Les travaux pénibles étaient donc une "récompense" qui permettait de recréer du lien social.

Notez que cette disposition existait déjà du temps d'Albert Londres et qu'après sa visite, le régime réclusionnaire fut rendu moins barbare. Papillon profita de ces adoucissements... Parlez à n'importe quel médecin, il vous dira que passer des mois dans 6m2 , dans la solitude et le silence complets sans voir personne et sans en sortir, aucun humain ne résisterait: aliénation rapide avant la mort.  
Depuis 1935 en outre, les reclus allaient se baigner pendant une heure chaque semaine (prévention des avitaminoses par le soleil)  

Londres fut d'une efficacité remarquable, parce qu'il ne dénonça pas la réclusion: il  la décrivit comme elle était. De ce fait, les changements étaient inévitables, après le scandale provoqué par ce coup de scalpel.

Roussenq (le roi des révoltés) Dieudonné (peine de réclusion pour tentative d'évasion) Jusseau et d'autres l'ont signalé: des gardiens sans être des saints, devaient quelque part être des braves types et ils adoucissaient (très relativement) le régime de la réclusion.

Dieudonné eut le droit de lire (il avait assez de lumière pour cela, quatre heures par jour environ). Les gardiens surveillaient par des passerelles en hauteur (ça faisait fosse au lion...) et souvent ils laissaient tomber "par accident" une cigarette tout juste allumée dans une cellule.

Quand un gars craquait et se mettait à parler, violant ainsi le règlement, on le prévenait plusieurs fois avant de porter le motif. Ou on considérait qu'il piquait une crise (ce qui était vrai d'ailleurs) et on l'isolait quelques temps: la peine suprême, à savoir le cachot totalement noir et "insonorisé" (encore maintenant, ils glacent le sang dans ces bâtiments en ruine) fut très rarement appliquée et pour de courtes durées. Le règlement prévoyait des alternances d'une semaine, on n'y laissa quasiment jamais un homme plus de 48h.
Dieudonné a rendu justice aux gardiens à cet égard.

Les visites médicales se faisaient dans une infirmerie et pas "à travers la porte" et si le médecin estimait une hospitalisation nécessaire, le malade retournait à Royale: sa décision était souveraine.
A partir de 1930 environ, les peines étaient fractionnées pour éviter l'aliénation. Six mois de réclusion, sortie de trois mois, plus six mois.
En outre on a instauré le quart réclusionnaire en 1932: une fois le quart de la peine effectué, le condamné dont la conduite était impeccable bénéficiait d'une "conditionnelle" avec des fois un régime intermédiaire. Journée "normale" et nuit passée en cellule: très curieusement et cela montre bien l'évolution des mentalités, les forçats considéraient comme une sanction de dormir seuls donc tranquillement, plutôt que dans la promiscuité et le danger des cases collectives.

Durée de la réclusion: maximum cinq ans. Il y avait confusion des peines si plusieurs chefs d'accusation étaient retenus, or Charrière déclare avoir été condamné à huit ans, autre mensonge En outre, son dossier porte la mention d'une condamnation à deux ans, tarif habituel pour une évasion avec vol d'effets .  

A noter que s'il avait assommé deux gardiens comme il le prétend, il aurait immanquablement été condamné à mort (mais sans doute gracié). La moindre voie de fait sur le personnel, et c'était le tarif, ce qu'on peut comprendre: le plus souvent on avait un gardien pour 30, 40, 50 forçats et il fallait le sacraliser.
Un type a été condamné à mort pour avoir, énervé, fait sauter le casque colonial d'un gardien d'un revers de la main. Certes, il a été gracié, mais après cinq mois d'attente dans une cellule de condamné pendant lesquels deux autres types y sont passés: deux nuits atroces, j'imagine, à se demander si c'était pour lui qu'on montait la guillotine...

Enfin, la seconde condamnation de Charrière ne fut pas une peine de réclusion, mais une peine de prison infligée pour avoir blessé un codétenu dans une bagarre au couteau. La prison, à Royale, était infiniment moins pénible. Pas de silence, sorties fréquentes, travail qui "occupait" quand l'ennui était ce qu'il y avait de pire à la réclusion.


Dernière édition par benjamin le Ven 23 Aoû 2013 - 16:07, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Mar 20 Aoû 2013 - 20:23

Un article très instructif ! queen

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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   Mar 20 Aoû 2013 - 20:28

Merci pour vos lumières!!!!!!!!!!!

J'en reste coi devant vos connaissances!!!!!!!!!   
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MessageSujet: Re: L'acheminement des condamnés jusqu'au bagne   

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