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 Jacques Latour - le crime de Baillard - 1864

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Adelayde
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MessageSujet: Jacques Latour - le crime de Baillard - 1864   Mar 29 Nov 2011 - 19:11

Le crime de Baillard - Jacques Latour

Le crime :

Le crime eut lieu le jeudi 25 février 1864. Monsieur de Lassalle était rentré de Carbonne où il avait rendu visite à une de ses sœurs. La première victime fût le cocher, Jean Lacanal qui trouva la mort dans l’écurie d’un coup de hache qui lui fendit la face de haut en bas. Pélagie Bicheyre, entendant un cri, se précipita dans l’écurie et à son tour fût frappée d’un coup de hache ; on trouva son bonnet en deux morceaux. Tout ceci fût fait rapidement et par surprise. Un homme, à la rigueur deux hommes pouvaient suffire. Il en fût différemment au premier étage où les deux autres victimes, M. de Lassalle et Raymonde Bergé, se sont débattues et ont lutté contre leurs assassins. C’est là que se pose la question : N’y avait-il vraiment que deux individus et comment les métayers qui étaient si proches n’ont-ils rien entendu ?


L’arrestation :

Jacques Latour, originaire de Sentein, dont les antécédents étaient peu favorables fût arrêté ainsi que son complice François Audouy, dit « l’Hercule ». Le premier fût condamné à mort et guillotiné en public comme cela se faisait à l’époque, le second fût condamné aux travaux forcés à perpétuité.


L’exécution de Jacques Latour :

Pendant la nuit du 11 au 12 septembre, Monsieur de Paris (c’est le nom donné au bourreau) a installé la guillotine vers le bas des allées de Villotte à Foix. Autour de la guillotine les Ariègeois étaient à l’affût. Par les ruelles étroites, par les routes, par les chemins de terre, ils accouraient en rangs pressés, heureux de voir le châtiment et de constater par eux-mêmes qu’ils étaient bien gouvernés. Quand le jour commença de se lever, un jour gris, bas sentant déjà l’hiver, on s’aperçut que tous les alentours étaient noirs de foule. Les troupes contenaient difficilement cette population avide et curieuse, où tous les rangs étaient confondus, où les bourgeois les plus timorés n’avaient pas craint de se mêler aux ouvriers en casquette, aux paysans en blouse et bérets, à la plèbe la plus basse, tous réunis dans le désir commun de voir mourir leur propre terreur. À 6h 30, un frisson courut. On annonçait l’arrivée de Jacques Latour. Réveillé depuis 5h 30, il n’avait rien changé à ses habitudes et avait copieusement déjeuné d’un large beefsteak et d’un litre de vin rouge. Les gardiens le considéraient avec stupéfaction, mais nul n’osait s’approcher pour lui rappeler l’échéance fatale.

Seul l’abbé Boy, aumônier de la prison se décida à tout braver. Il se montra timidement sur le seuil de la cellule : « Va-t’en, Lucifer ! » cria Latour.
C’est alors que le Directeur de la prison, fidèle aux instructions reçues, essaya d’obtenir quelques aveux. Le condamné se retourna brusquement et cracha : « Tas de Cannibales, f...-moi la paix ! » et il chantait.
On lui enleva ses fers. Pendant ce temps il disait : « Vous ne pourriez pas aller mettre la tête les premiers à la lunette de la guillotine pour voir si elle marche bien ? »

On descendit. On arriva à la grille de la prison où les gendarmes à cheval entouraient la voiture. « Salut, les hirondelles de potence » cria Latour.
Un silence énorme tomba, la foule glacée d’épouvante écoutait le monologue du bandit : « Ah, ces gendarmes, quels braves gens, ils vont chasser le gibier pour Monsieur le bourreau et ils le lui amènent bien gentiment au pied de la guillotine. Que me voulez-vous avec votre fiacre, j’irai à pied ».
Il avança d’un pas : « Bigre, non, il y a de la boue, je me salirais ».Et les badauds, massés sur les allées de Villotte, virent arriver une voiture cellulaire escortée de gendarmes, sabre au clair.
Dans cette voiture, Latour chantait : « Tous les curés méritent l’échafaud ». Il était debout près de la portière, les prunelles en feu, hurlant de toutes ses forces derrière la vitre fermée. Les bonnes gens qui avaient pensé le voir marcher à la mort, repentant et vaincu, en demeuraient muettes d’effroi.

En arrivant devant la guillotine, la voiture décrivit une courbe. Une vitre éclata. On perçut alors bien davantage la voix terrible brusquement enflée : « Ah, ventre bleu ! Ah, ventre bleu ! Je f… le Saint-Siège au feu… ». Il semblait qu’on entendit plus que cela. Seul dans ce matin sinistre, Jacques Latour avait gardé sa force et sa voix. Tous frissonnaient, quelques-uns se signèrent, ils levèrent les yeux comme pour chercher si la foudre ne tombait pas.
Latour avait sauté de voiture. Sans le secours de personne, il gravissait d’un pas leste les degrés de l’échafaud et rapidement marchait vers la bascule. Puis il jeta sur la foule un dernier regard dominateur, contempla sans frissonner le couperet qui commençait à luire aux lueurs du matin et entonna une Marseillaise de sa composition : « Allons pauvre victime, le jour fatal est arrivé ».

Le bourreau fit un signe, on coucha le condamné sur la planche fatale, on introduisit sa tête hideuse dans la lunette mais il chantait toujours : « Contre toi, de la tyrannie, le couteau sanglant est levé ». Seul, le déclic de la guillotine empêcha d’entendre la suite. Nul ne bougea, nul ne cria. Ils se regardaient tous, livides, ayant cru voir s’entrouvrir l’enfer.

http://www.arize.fr/-labastidedebesplas-.html?rb=253&sr=536&art=1622




Foix - Le Palais de justice




Foix- Les allées de Villotte




Dernière édition par Adelayde le Lun 2 Avr 2012 - 16:40, édité 1 fois
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piotr
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MessageSujet: Re: Jacques Latour - le crime de Baillard - 1864   Sam 17 Jan 2015 - 0:07



Polonais "Journal de Varsovie"
L’exécution de Jacques Latour
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Adelayde
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MessageSujet: Re: Jacques Latour - le crime de Baillard - 1864   Mar 2 Fév 2016 - 15:02

CE QU'ON POUVAIT LIRE DANS LES JOURNAUX DE L'ÉPOQUE...

Jacques Latour, principal inculpé dans le crime de Labastide-BespIas, amené dimanche après-midi de Saint-Gaudens, est arrivé à la station de Portet-Saint-Simon au moment du passage du train de l'Ariège ; il a été immédiatement dirigé sur Pamiers, où se trouvait déjà incarcéré, depuis samedi, son frère Marc. Par le même train partaient également pour Pamiers M. le président Fort, délégué de la chambre des mises en accusation de la cour impériale, et M. Léo Dupré, procureur générai. Ramené hier par le train du soir, Jacques Latour a été écroué dans les prisons de Toulouse.

La Presse, 24 mars 1864
°°°°°°°°°°°°°°

Nous devons revenir sur l'arrestation de Jacques Latour, inculpé, dit le Journal de Toulouse, dans l’affaire de Labastide-de-Besplas, pour rendre justice à qui de droit. C'est le 18 mars, ainsi que nous l'avons dit, que cette arrestation a eu lieu ; elle a été opérée au quartier de Barat, commune de Chein-Dessus (canton d'Aspet), par M. Antoine Mailheau, maire de la susdite commune, accompagné du sieur Guillaume Laffont, garde champêtre. M. le maire de Chein avait reçu une dépêche de M. le procureur impérial par laquelle ce magistrat recommandait la plus grande surveillance et l'arrestation de tous les individus suspects ou inconnus de passage dans la localité.

Le 18 mars, vers neuf heures du soir, un étranger vint à passer au quartier de Barat ; une fille de M. le maire, Melle Augustine Mailheau, se trouvant en ce moment sur la route, se hâta d'aller informer son père du passage de cet individu. Sans hésiter un seul instant, M. le maire partit avec le garde champêtre ; ils atteignirent bientôt le voyageur inconnu, et, quoique n'ayant pas le signalement de celui que la justice recherchait, le jugeant suspect, ils l'arrêtèrent et lui demandèrent ses papiers ; celui-ci répondit ne pas en avoir : il se dit employé à la forge de Touille et se donna le nom de Charles Galey. On l'invita à rétrograder jusqu'à la mairie. Après avoir fait quelques pas, le voyageur franchit un fossé et gagne les champs.

M. Mailheau et le garde champêtre se mettent à sa poursuite ; en voulant revenir sur la grand'route, le fugitif tombe. On profite de ce moment pour le saisir de nouveau. Conduit à la mairie par M. Mailheau et le garde, il leur déclara en enfin qui il était, leur avouant qu'ils avaient été fort heureux qu'il ne se fût pas trouvé armé. La conduite ferme et courageuse de MM. Mailheau et Laffont a été signalée à l'autorité supérieure.

La Presse, 13 avril 1864
°°°°°°°°°°°°°°



Le Figaro, n° 993 du 21 août 1864

°°°°°°°°°°°°°°



Le Figaro, n° 995 du 28 août 1864

°°°°°°°°°°°°°°

On assure que le pourvoi en grâce de Jacques Latour est arrivé à Paris. Le bruit court que ce pourvoi serait accueilli, et que la peine de mort prononcée contre Latour serait commuée en celle des travaux forcés à perpétuité.

La Presse, 9 septembre 1864

°°°°°°°°°°°°°°

Jacques Latour, l'assassin de Labastide-Besplas, condamné à mort par la cour d'assises de l'Ariège, a été exécuté hier matin à sept heures précises, comme nous l'avons dit. La nouvelle de l'envoi de l'ordre d'exécution s'était promptement répandue, et avait attiré dès cinq heures une foule immense sur l'esplanade, où l'échafaud, amené de Toulouse, avait été dressé cette nuit. La pluie, qui tombait avec assez de force, n'a pu décider les spectateurs se retirer. Latour, informé que sa dernière heure était venue, s'est répandu en injures et en menaces contre les magistrats, les prêtres et contre les témoins qui ont déposé dans son procès.

Le curé de Foix, ayant insisté pour lui offrir les consolations de la religion, il l'a repoussé en lui défendant de se représenter. On l'a fait monter dans une voiture. Pendant tout le trajet de la prison au lieu de l'exécution (300 mètres), il a chanté d'une voix retentissante la chanson qu'il avait composée pendant sa captivité. Lorsqu'il est arrivé au pied de l’échafaud qu'entourait la foule, il a regardé avec sang-froid l'instrument du supplice. Les exécuteurs et leurs aides se tenaient auprès du condamné, qu'aucun prêtre n'accompagnait. Jacques Latour a monté lestement les degrés de l'échafaud. Parvenu sur la plate-forme, il a regardé le couperet sans émotion apparente, et s'est mis à chanter, d'une voix forte ce refrain composé par lui dans sa prison :
« Allons, pauvre victime,
Ton jour de mort est arrivé ;
Contre toi de la tyrannie
Le couteau sanglant est levé ! »


Au moment où la bascule sur laquelle on l'avait appuyé s'est renversée, il a encore chanté :

« Allons, pauvre victime,
Ton jour de mort… »

Puis son chant s'est interrompu. Brusquement. Tout était consommé.

La Presse, 14 septembre 1864

°°°°°°°°°°°°°°

Avant l'exécution de Jacques Latour, l'Hercule, dit l'Aigle de Toulouse, avait été transféré dans une autre cellule de la prison afin de lui épargner le bruit des lugubres apprêts. Cette masse charnue, où l'intelligence semble à l'état latent, a fait preuve d'une complète insensibilité en apprenant le sort de Latour.
- Eh bien, Audouy, lui a dit le gardien-chef, Latour est au cimetière depuis une demi-heure !
- Qu'il y reste, a répondu l'Hercule.


La Presse, 24 septembre 1864

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