La Veuve

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 Les parricides

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Gaëtane
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MessageSujet: Georgette et Sylvain THOMAS   Lun 20 Fév 2012 - 20:24

Georgette et Sylvain THOMAS


En 1886, Georgette Thomas a brûlé vive dans l'âtre sa mère, qu'elle juge possédée. Elle sera la dernière guillotinée en place publique.

C'est à coup sûr la plus importante affaire criminelle qu'ait jamais connue le département. Et qui valut à la coupable d'être la dernière femme guillotinée publiquement en France. L'histoire s'est nouée en Sologne, à la fin du XIXe siècle. Une Sologne à l'époque sauvage, inhospitalière, où les sorciers locaux font office, au mieux, de curés et de médecins et, au pis, de jeteurs de sorts.  

En 1886, au Luneau, hameau perdu au milieu des bois, la famille Thomas vit dans des conditions précaires dans une pièce principale, autour d'une table et d'une cheminée. Le père, Sylvain, a épousé Georgette, la mère de leurs trois enfants, parce qu'il l'avait "embarrassée".

Ils vivent aussi avec la grand-mère, Marie, qu'ils persécutent pour lui soustraire ses économies, et parce qu'ils la croient ensorcelée. Il n'en faut pas plus à Georgette et à ses frères pour, un jour, jeter leur vieille mère impotente dans le feu, et la laisser brûler vive sous leurs yeux, en la "pilant" à coups de talon, espérant qu'avec elle disparaîtra le mauvais sort qui s'acharne sur eux.

Soudain affolés par ce qu'ils ont fait, les frères et la soeur filent ensuite se confesser chez le curé, tandis que Sylvain, lui, continue à flamber sa belle-mère au pétrole, jusqu'à l'arrivée des gendarmes.  

Le jour du procès, le 22 novembre 1886, toute la presse française est à Blois. Aux questions du juge, le père Thomas répond: "J'en ai pas connaissance, moi!" Son épouse, elle, finasse, jusqu'à ce que leur fillette, qui a assisté à la scène, crache le morceau.

Lorsqu'elle est condamnée à mort, Georgette Lebon, épouse Thomas, éclate en sanglots. Mais elle croit à sa grâce.  

Le 23 janvier 1887, les époux sont pourtant transférés de la prison de Blois à celle de Romorantin, ils ne se doutent quasiment de rien.

Dans la ville, depuis quinze jours déjà, la foule a pris l'habitude de se masser chaque nuit, dès 3 heures du matin, sur la place d'Armes.

Le 24 janvier, au réveil,  Thomas reste muet, et refuse d'abord d'entendre le prêtre, avant de se raviser. Georgette, elle, croyant en sa grâce jusqu'au bout, se met à hurler et à pleurer.

Après la messe, qu'ils entendent chacun de leur côté, les époux restent séparés même pendant la toilette. Impassible, Sylvain dédaigne alcool, nourriture et cigarette : "Oh, ce n'est pas la peine ! Allez, ce serait du bien perdu."
Georgette gémit sur le sort de ses enfants, et quand on lui coupe les cheveux, elle demande que ceux-ci soient donnés à ses fils et à sa fille.

Vêtus d'une chemise blanche et d'un voile noir sur la tête, le couple gagne le fourgon. Sylvain monte sans histoires, mais Georgette refuse de marcher, et il faut la porter. Arrivés sur la place d'Armes, à trente mètres de la guillotine, on fait descendre la femme la première.
Une fois de plus, elle se débat, crie, pleure. Un aide la prend dans ses bras. Dans l'agitation, sa chemise découpée se déchire et laisse voir sa poitrine. Elle crie jusqu'à la chute du couperet. Sylvain meurt sans dire un mot.

Avec leurs vies s'éteint leur dette envers la société. Mais seul le temps, un jour, peut-être, pourra effacer le souvenir de leur crime.  


Sources du texte :

Site de Sylvain/Nemo

Site des affaires criminelles du Loir et Cher, suivre le lien...

http://www.lexpress.fr/region/mort-d-une-sorciere-solognote_720118.html




Photo provenant du site de Sylvain/Nemo


Dernière édition par Adelayde le Ven 31 Jan 2014 - 15:31, édité 2 fois (Raison : Modification du titre du message)
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MessageSujet: Re: Les parricides   Lun 20 Fév 2012 - 20:49

niavlys1980 a écrit:
L'exécution de la femme THOMAS aurait été marquée par un accident horrible : lequel ?

Un condamné à mort dont l’attitude a beaucoup marqué l’époque est une condamnée, Georgette Lebon épouse Thomas, dernière femme exécutée jusqu’à Vichy. Guillotinée en même temps que son mari, en tenue de matricide, elle pleure et se débat à toutes les phases de la cérémonie. Pendant l’exécution, elle pousse des « cris sauvages». « Il a fallu l’arracher de la voiture d’où elle refusait obstinément de descendre, comme, un instant auparavant, elle avait refusé d’y monter. Et elle a été portée comme un paquet [...]. Jetée sur la bascule, elle se débattait encore et agitait sa tête sous la lunette ; un aide a dû la saisir par les cheveux et maintenir le cou en place, pendant que le couperet tombait. Un long cri de tristesse et d’horreur a répondu au bruit sec du couperet.»
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MessageSujet: Re: Les parricides   Lun 20 Fév 2012 - 21:06

niavlys1980 a écrit:
Pas pénible, mais horrible pale affraid directement lié à l'exécution. Le couperet tombe et...?

Elle a relevé la tête, le couperet est tombé, non pas au niveau de la nuque, mais au dessus de la bouche.
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Boisdejustice
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MessageSujet: Re: Les parricides   Lun 20 Fév 2012 - 21:30

Une autre version:
A large number of reporters travelled down from the capital, to cover the almost unique execution of a woman. That it was a joint husband and wife execution heightened the public interest. Georgette disrupted the performance by proceeding to remove her clothes, trying to distract the executioners from their duties.  Louis Deibler was so upset that he vowed never to execute another woman - even if it cost him his job.


Dernière édition par Boisdejustice le Mar 8 Déc 2015 - 6:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les parricides   Lun 20 Fév 2012 - 21:38

Archange a écrit:


Elle a relevé la tête, le couperet est tombé, non pas au niveau de la nuque, mais au dessus de la bouche.


Suite à votre réponse, voici le lien qui le confirme pale affraid


http://books.google.fr/books?id=eob_dqAExA4C&pg=PA158&lpg=PA158&dq=goergette+thomas+1887+romorantin&source=bl&ots=UhrgkmF_sw&sig=4xQW37uQG0srM4yDhSppN1yGQvs&hl=fr&sa=X&ei=XK1CT73mKuO_0QXX-ZGPDw&sqi=2&ved=0CDIQ6AEwAg#v=onepage&q=goergette%20thomas%201887%20romorantin&f=false
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MessageSujet: Re: Les parricides   Lun 20 Fév 2012 - 22:12


Une complainte fut écrite à ce sujet



Ecoutez, âmes sensibles,
Le récit affreux et vrai
D'un fatidique forfait,
Aux conséquence horribles.
Les femmes en pleureront,
Et les hommes frémiront.

Dans le Loir et Cher, une femme,
Ayant soixante-cinq ans,
S'en va, sans perdre de temps,
Chez sa fille, un monstre infâme,
Elle lui dit: "J'ai quelques sous;
"Laissez moi vivre chez vous.

Thomas était l'nom du gendre;
Il répondit: " grand merci"
Les frèr"s de sa femme, aussi,
N'avaient pas trop le coeur tendre;
Apreuv' qu'ils ont fait mourir
Leur mère, au lieu de la nourrir.

A Selles, la pauvre vieille,
Vint demander en tremblant
Un asile à son enfant,
Et que sur son sort on veille.
Georgette, avec son époux,
Se dit :Quand la tuerons-nous.

Thomas, le gendre, s'apprête
A commettre l'attentat.
Pour aider l'assassinat,
Les deux fils sont de la fête.
La victime, en paix, dormait:
Et, l'bûcher se préparait,

Dans l'sommeil ils la surprennent
Malgré les pleurs des petits,
Tremblants de peurs, dans leurs lits;
Dans la ch'minée ils l'entaînent
Et de pétrole on l'enduit;
La flamme, tout à coup, luit

C'crime affreux, pour le décrir
Je n'peux pas trouver de mots,
Je n'ai plus que ces sanglots,
Assassins pour vous maudire.
Vous n'méritez pas d'pardon.
Parricides, c'est votr' nom.

....., Hélas fut le vôtre.
Après une telle horreur,
C'est une sanglante erreur...
Allez comme un bon apôtre, Vous confesser, tour à tour;
La justice aura son tour.

MORALITE:
Faut-il que sur la terre
S'trouvent des monstres affreux!
Qui de brûler sont heureux,
Pour un peu d'argent leur mère.
Les sorcières n'excusent pas
L'horreur d'un pareil trépas.


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MessageSujet: Mathieu Prévaudeau - un parricide presque parfait - 1819   Sam 21 Juil 2012 - 16:53


Mathieu Prévaudeau - un parricide presque parfait - 1819

Un jeune homme tente de maquiller le meurtre de son vieux paysan de père... Au risque de subir la plus lourde des peines.

Octobre 1811: disparition
Le petit village tranquille de Saint-Césaire s'émeut de la disparition de Jean Prévaudeau. Son fils, Mathieu, évoque d'abord un accident domestique. Puis revient sur sa déclaration et affirme que le vieil homme aurait été attaqué par deux bandits et jeté du haut d'un pont... Son discours incohérent intrigue les gendarmes, mais l'enquête ne donne rien.

Août 1818: découverte

Stupeur d'un cultivateur, voisin des Prévaudeau, lorsqu'il tombe sur des ossements humains en retournant sa terre. Sept ans après le drame, cette découverte relance l'enquête. Et Mathieu passe aux aveux: c'est bien lui qui a frappé à mort son père à coups de bâton lors de l'une de leurs fameuses bagarres.

Novembre 1818: condamnation
Mathieu Prévaudeau est condamné à mort par la cour d'assises de Charente-Maritime.

Janvier 1819: exécution
Le fils Prévaudeau est conduit à l'échafaud pieds nus, en chemise, la tête recouverte d'un voile noir... La loi prévoit que l'auteur d'un parricide soit privé de la lumière du jour au moment de mourir. Et que le poing droit lui soit sectionné avant que le couperet de la guillotine ne tombe. Son corps sera inhumé au cimetière, sans fleurs ni couronnes, dans le "carré des suppliciés".

Par Amandine Hirou
http://www.lexpress.fr/region/un-paricide-presque-parfait_720129.html

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MessageSujet: Pierre-François-Joseph "Toto" Laignel - 1844   Ven 31 Jan 2014 - 15:34

On écrit de Béthune, le 6 février

« Laignel, condamné à mort dans la dernière session des assises du Pas-de-Calais, pour avoir étranglé sa mère, a terminé hier, à l’âge de vingt-trois ans, une vie consommée dans l'orgie, la débauche et le crime.
» Parti le matin même de Saint-Omer, il n'a pas démenti pendant un trajet de dix lieues, comme en allant à l'échafaud, ce caractère de fermeté et d'insouciance qu'il avait montré pendant les débats.
» Arrivé à dix heures du matin à Béthune, accompagné de l'abbé Beauvois, il avait, en entrant dans la prison la figure riante, et paraissait intérieurement éprouver de la satisfaction ; il salua les personnes qu'il connaissait, et fit même la conversation avec quelques unes d'entre elles.
« J’ai froid aux pieds, dit-il bientôt au guichetier, et un bon feu me ferait du bien. » Resté seul avec le prêtre, il écouta avec recueillement ses exhortations. « Je n'ai pas tué ma mère, répéta-t-il plusieurs fois ; un pareil aveu de ma part ne saurait être que la vérité ; je suis néanmoins la cause de sa mort, puisque je l’ai fait tuer ; je saurai mourir sans faiblesse et subir religieusement mon arrêt. » Lors de la toilette fatale, il pria l'un des exécuteurs de bien couper les cheveux dont son cou était garni. « Je tiens à ce que l'opération se fasse bien », ajouta-t-il.
» A midi, Laignel, pieds nus, en chemise, et la tête couverte d'un voile noir, sortit de la prison, accompagné de l’abbé Beauvois et d'un frère de Saint-Léonard. Il marcha d'un pas ferme et assuré pendant tout le trajet qui dura un quart d'heure. Arrivé au champ de manœuvres, il monta sans hésiter ni trembler les degrés de l'échafaud et entendit avec calme la lecture de son arrêt. Lorsqu'on lui eut découvert la tête, il pria I'abbé Beauvois de faire connaître au peuple que la fréquentation des mauvaises compagnies et des gens vicieux l'avait seule porté au grand attentat qu'il avait commis. Il jeta ensuite un regard d'adieu sur les quinze mille personnes qui entouraient l'échafaud, embrassa le prêtre qui depuis Saint-Omer lui donnait des soins, se livra à l'exécuteur, et quelques secondes après il n'existait plus.

» C'est la sixième exécution qui, depuis 1830, a lieu dans le Pas-de-Calais. »


Journal des débats politiques et littéraire, 10 février 1844

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MessageSujet: Jean Bellot - 1827 - une exécution mouvementée   Mar 15 Avr 2014 - 16:14

Jean Bellot - Une exécution mouvementée

Le code Napoléon de 1810 durcit les conditions d'application de la peine de mort. Il précise que les parricides seront désormais menés à l'échafaud, pieds nus, une cagoule sur le visage. Une fois sur l'estrade, après lecture de la sentence, l'exécuteur leur posera le poing sur un billot et, d'un coup de hachette, tranchera la main. Le moignon sera immédiatement placé dans un sac rempli de son ; l'exécution reprendra son cours habituel. Cette mesure d'une cruauté digne de l'ancien régime, sera appliquée en 1827, à Jean Bellot, place d'Aquitaine (1) à Bordeaux.

Le 5 février 1827, Jean Bellot, est assassiné dans son cuvier à Bourg, près de Blaye, vers 10 h 30. Le fils Jean Bellot, dit Saint Aubin, a 21 ans. Il est commis marchand. A l'heure du crime il parle avec sa mère, Françoise Levray, dans la maison mais n'entendent rien. Ils sont pourtant vite soupçonnés d'autant que la mère ne se cache pas pour traiter son époux de « coquin et de scélérat ». Les gendarmes trouvent du sang sur les bottes du fils. Un marteau est caché sous une paillasse.

Ils sont jugés par la cour d'assises de la Gironde le 12 mars 1827. Le fils est condamné à mort. Il déclare, impassible : "Je vous jure, M. Le président, que je suis innocent". La mère est acquittée et libérée.

Le 18 juin 1827, Bellot est averti dans sa cellule du fort du Hâ vers onze heures du matin. Il réclame au concierge le compte de ses dépenses, pour le régler, puis au soldat qui le garde il demande avec aplomb : "As-tu peur ?". On le presse de tous côtés de recevoir les secours de la religion. Rien n'y fait. Il refuse l'assistance de l'abbé Noailles. Même la Sœur Catherine, la mère des prisonniers, échoue. A une heure et quart, il boit un bouillon. On lui ôte ses fers à deux heures moins le quart. L'exécuteur lui coupe les cheveux qu'il a dans le cou. Il veut qu'on lui coupe aussi ceux du front. Il refuse de se confesser pour "ne pas faire rire ses amis". On l'exhorte à nouveau, toujours sans résultat. L'abbé Martegoutte, l'aumônier des prisons, lui dit alors "Mon cher Bellot, votre obstination prouve la justice de l'arrêt prononcé contre vous". Le mécréant répond : "Je vous remercie, monsieur".

L'exécution est particulièrement difficile.
A tel point que l'huissier chargé d'en établir le procès-verbal croit utile (cas unique à Bordeaux) d'ajouter un codicille sur la façon dont s'est déroulé l'évènement. Visiblement, il ne peut cacher son émotion.

Bellot décide d'aller à pied au lieu de son exécution, place d'Aquitaine. Mais au bout d'une vingtaine de pas, il est contraint de monter dans la charrette escortée de la gendarmerie et d'un régiment du 52° ligne.

Il arrive sur place, en chemise, pieds nus, la tête couverte du voile noir. Bien qu'il ait, jusqu'à son dernier moment, refusé le secours de la religion, le frère Martegoutte l'accompagne. L'exécuteur fouille les poches de Bellot, y trouve un papier qu'il conserve.

Bellot discute pendant une dizaine de minutes avec l'aumônier. L'acte d'accusation est lu sur l'échafaud. Après la lecture, il demande au peuple l'autorisation de prendre la parole. Plusieurs voix s'élèvent : "Oui ! Oui ! Silence ! Silence !"(2)

La foule se tait. Bellot crie : "Je ne suis pas coupable ! Ma mère n'a plus d'enfants ! Je ne sais où elle est ! Je me suis pourvu en grâce, le Roi l'a refusée. Je demande celle du peuple."
Au pied de l'échafaud un serrurier hurle "Grâce!". Le dangereux perturbateur est capturé par les gendarmes. Le procureur du Roi l'envoie séance tenante à la prison du Hâ. Après cet incident, le greffier marque au procès-verbal : " le peuple a paru plus tranquille".

L'exécuteur commence à s'impatienter et le fait savoir. L'aumônier doit descendre de l'échafaud. Bellot se débat vigoureusement au moment de se faire amputer. Le journal des débats relate " il a opposé quelque résistance lorsqu'il a fallu lui couper le poing "(3). Il se bat de toutes ses forces pour ne pas aller sur la bascule. "Une lutte, chose incroyable, s'est alors engagée entre lui l'exécuteur et ses aides" (4). Puis tout se passe très vite. Il meurt à deux heures cinquante-cinq de l'après-midi en blasphémant.

L'amputation du poing droit pour les parricides est supprimée en 1832.

Par D.Salmon
- - - - - - -
(1) Place de la Victoire aujourd'hui
(2) Archives départementales de la Gironde
(3) Journal des débats du 23 juin 1827
(4) Mémorial Bordelais


http://www.cahiersdarchives.fr/publications/justice/justice_executionmouvementee.htm

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MessageSujet: Claude Armand - 1843   Mer 16 Juil 2014 - 14:44

Claude Armand a été guillotiné le 8 mars 1843 au Puy-en-Velay



Le Censeur, n° 2 578 du 19 mars 1843

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MessageSujet: Re: Les parricides   Mer 18 Mar 2015 - 23:28

La version de Pierre Bouchardon sur l’affaire Georgette Thomas (1934).

                         


Il n'y a pas cinquante ans encore, les femmes rendaient compte de l'assassinat jusqu'à l'expiation suprême, et, le croirait-on, le président de la République qui livra, pour la dernière fois, une grande coupable à l'exécuteur des hautes oeuvres, fut précisément celui auquel on reproche encore ses penchants miséricordieux et sa faiblesse dans l'exercice de son droit de grâce : c'est M. Jules Grévy. Le crime, il est vrai, dépassait les limites de l'horreur.
En voici le récit fidèle, sans qu'on ait cherché à forcer la note ou à charger le tableau de trop sombres couleurs. Les faits parleront assez d'eux-mêmes.

La sorcière.

En 1886, vivait, aux alentours du village de Selles-Saint-Denis, arrondissement de Romorantin, la famille Lebon. C'était dans un des coins les plus incultes de la terre de Sologne où, depuis le moyen âge, la superstition avait conservé de puissants vestiges. On croyait aux sorciers, aux loups-garous, aux fantômes, à Belzébuth. Beaucoup n'entraient à l'église que pour conjurer les maléfices dont ils se croyaient menacés. Ils attribuaient à certains un pouvoir mystérieux et croyaient fermement que ceux-ci, par la seule puissance de leurs sortilèges, pouvaient détruire leurs récoltes, incendier leurs granges ou décimer leur bétail.

Marie Châtaignault, veuve Jean Lebon, alors âgée de soixante-sept ans, avait, depuis  longtemps, une réputation bien établie de sorcière. On la supposait en communion intime avec les démons. On l'imaginait chevauchant sur un bouc ou sur un manche à balai, la dernière nuit de la lune, pour rendre au sabbat. Et cette renommée lâcheuse n'avait pas été sans jeter un certain discrédit sur ses trois enfants : Alexis, Alexandre et Georgette. Non sans de grandes difficultés, la fille avait pu trouver époux, en la personne de Sylvain Thomas, cultivateur au Luneau.

Au fond, la  prétendue sorcière n'était qu'une pauvre femme inoffensive. Débile de corps et d'intelligence, elle avait toujours vécu misérable. A plusieurs reprises, elle s'était mise en condition aux gages annuels de cinquante francs, de cinquante francs ! En dernier lieu, elle s'était placée au village de Gièvres, mais son maître, le vigneron Bailly, avait dû s'en séparer parce qu'elle devenait impropre à tout travail. Un commencement de paralysie avait gagné ses membres et le gâtisme envahissait son cerveau. Le 1er juillet, elle vint prendre ses invalides chez les époux Thomas. Elle apportait avec elle toutes ses économies : trois cent seize francs et huit sous.

Depuis bien des années, sa fille n'avait eu, envers elle, que des procédés révoltants.
Elle ne lui adressait la parole que sur le ton de l'injure la plus basse. Un jour, elle l'avait poussée sous les pieds d'une vache, qui, devenue pesante du fait de la venue prochaine d'un veau, l'avait cruellement foulée. Si jalousement que la vieille défendît son misérable pécule, la femme Thomas réussit à lui subtiliser deux cents francs, mais le reste du magot demeura introuvable. Elle songea un moment à faire interner sa mère à l'asile d'aliénés de Blois. Nul médecin n'eût refusé sans doute de délivrer le certificat d'usage, mais l'admission gratuite ne pouvait s'obtenir sans des formalités assez longues. Et les gens du Luneau n'avaient pas la patience d'attendre.

La malheureuse ne quittait plus guère son grabat. Toutefois, le Dr Ansaloni, de Romorantin, qui la vint visiter à la demande des Thomas, crut devoir prévenir ceux-ci qu'elle avait des idées noires et que, faute d'une surveillance de tous les instants, elle était parfaitement capable de mettre le feu ou encore de se jeter dans la cheminée. Cette dernière observation ne tomba pas dans l'oreille d'une sourde. Ce fut même, pour Georgette Thomas, un trait de lumière. Sans cesse à rudoyer sa mère, apprenant à ses enfants à la détester, elle imagina d'en finir tout de suite, sans le secours de personne.

Dans la matinée du 29 juillet, d'une poussée brusque et méchante, elle la fit choir dans l'âtre. Mais, à peine léchée par la flamme, la vieille femme sut retrouver quelque vigueur et elle parvint à se dégager, les sourcils grillés. Comprenant qu'elle n'en viendrait pas à bout toute seule, la Thomas l'enferma à clef dans la grange, en pleine obscurité, comme elle eût fait d'une bête bonne à tuer. Puis elle envoya son mari chercher ses deux frères, qui travaillaient aux environs.
Alexis arriva le premier, dans sa carriole traînée par un âne. Alexandre ne tarda guère à paraître à son tour. Déjà, leur soeur avait mis le couvert. Il y avait au menu de la panade et du fromage. Alors, se déroula le drame le plus effroyable dont les annales judiciaires aient
gardé le souvenir.
En aperçoit-on bien le cadre ?

Dans un pays déshérité, une chaumière, où la même pièce sert à tous les usages, pièce enfumée, basse, obscure, malodorante. Ici, la cheminée avec son vaste manteau. Là, la huche, l'armoire, la table boiteuse et ses bancs ; puis, plusieurs lits antiques, hauts sur pieds et bourrés de paille sous leurs matelas de plume. Au plafond, des quartiers de lard. Voilà pour les choses.
Et les gens ? Des villageois fourbes, avares, cupides, aussi frustes que leurs lointains ancêtres, ne croyant qu'aux reliques, et dont les idées religieuses, faites surtout de terreurs, se sont converties en superstitions de l'espèce la plus grossière.

Ils se sont mis à table : la femme Thomas, maigre, noiraude, toute ridée bien qu'elle n'ait que vingt-cinq ans ; le mari, un petit homme sec, les yeux clignotants et hypocrites ; Alexis, le poil dru et sombre, son épaisse moustache en accent circonflexe, des pattes de lapin  lui descendant le long des joues ; Alexandre, imberbe, rougeaud, bouffi. Trois bambins complètent le tableau. Ce sont les enfants des époux Thomas. L'aînée, Eugénie, a huit ans à peine. Comme elle, ses deux frères vont regarder de tous leurs yeux, quand leurs parents n'en seront encore qu'aux apprêts du supplice. Mais bientôt l'horreur de la scène les chassera au fond de la pièce et ils se cacheront derrière un lit.
On casse la croûte. Dès les premières bouchées, du reste, on commence à se chamailler, à propos des trois cent seize francs de la vieille.
« Qu'as-tu fait des deux cents francs que tu lui a volés ? demande Alexis à sa soeur. Ils ne sont pas plus à toi qu'à nous. Où est passé le reste du boursicot ? Je te forcerai bien à le rendre, gredine. » Et il frappe du poing sur la table. Mais la dispute ne dure guère ; on aborde un sujet plus brûlant. Georgette préside. C'est une femme de tête, dont les avis font loi.

Elle sait prendre les décisions irrévocables. On tient alors — c'est le cas de l'écrire — un véritable conseil de famille. Sorcière, bouche inutile, pauvresse, à l'unanimité, on condamne à mort la vieille maman. A mort, que dis-je ? Au plus effroyable des supplices. On la condamne au bûcher. Son âme, en s'envolant, chassera les démons, dont, depuis trop longtemps, la chaumière est infestée. Déjà, vers quatre heures, Alexis est allé au hangar, et en a ramené sa mère, qu'il a déposée sur un lit. A ce moment, le curé de Selles-Saint- Denis se trouve à passer par là. Il pousse la porte et entre faire visite à ses paroissiens. Devant lui, on se tait ; on se compose des mines de circonstance. Et pour que la veuve Lebon meure en règle avec Dieu, on lui demande même de l'administrer. Le vieux prêtre s'approche du grabat, où l'idiote marmonne des paroles indistinctes. Mais c'est à peine s'il peut s'en faire comprendre et obtenir d'elle autre chose que des hochements de tête.
« Je l'ai confessée du mieux que j'ai pu, dit-il, mais je n'ai pas cru devoir lui donner l'absolution,car elle déraisonne

On n'insiste pas. La porte se referme sur la soutane noire.Les héritiers sont seuls. Vite à l'ouvrage. Et, pour que nul ne  cherche à se dérober ou à prendre la fuite, la femme Thomas verrouille la maison et nargue ses frères :
« Comme cela, je vous tiens ! Vous ne vous en irez  pas ce soir. »  
Dans la cheminée, on entasse des fagots et des souches.  On allume.
La vieille a vu. Elle repousse le verre de vin qu'on a approché de ses lèvres — verre des condamnés à mort. Elle devine ce qui l'attend. Elle hurle :
« Oh ! les misérables ! Ils vont me mettre au feu. »
Alexis et Alexandre la soulèvent à pleins bras, l'arrachent du lit, et la portent au bûcher. Elle résiste, elle se débat, elle grimace ; de ses muscles rouilles, elle tire un dernier effort. C'est en vain. Son corps passe difficilement, mais, d'un coup de genou, son gendre la pile — le mot est au dossier — la pile dans la cheminée.
On l'a au préalable humectée de pétrole. Néanmoins, le tas de fagots est si haut que la
flamme ne monte pas assez vite. Qu'à cela ne tienne. La femme Thomas arrache du propre lit de sa mère un bouchon de paille, le tortille et le tend à son mari qui l'enflamme pour l'approcher ensuite des vêtements de la. brûlée vive.

Alors, la veuve Lebon s'enflamme d'un seul coup comme du papier. Ses chairs grésillent, ses cris montent dans la fumée, ses membres se tordent, se recroquevillent, ses mâchoires, depuis longtemps dégarnies, se crispent en un hideux rictus. Et eux, à genoux — les quatre bourreaux — ils récitent le De profundis ; ils multiplient les signes de croix : ils entonnent même un cantique. Et quand tout est fini, que, sur le foyer encore ardent, une créature humaine achève de se carboniser, la femme Thomas, une branche de buis à la main, asperge d'eau bénite la chambre du crime. Vade retro, Satanas. Le malin ne reviendra plus.

Tandis que Thomas, préposé à la garde et à l'entretien de la flamme, se promène devant la maison et dira plus tard qu'il voyait la fenêtre éclairée en rouge, comme si un incendie avait tout dévoré, ses deux beaux-frères se rendent en hâte à Selles-Saint-Denis. En chemin, ils achètent chez le mercier du village, un de ces larges rubans dont se parent les enfants de Marie. Ils songent au salut de leurs âmes. Avec leur soeur qui les a rejoints, ils frappent à la porte du presbytère.
« Monsieur le curé, confessez-nous ! confessez-nous !
— Mais, mes enfants, répond l'abbé Renault, ce n'est ni le lieu, ni l'heure. Du reste, je n'ai pas fini de souper. Revenez demain.
Non, ce soir.
— Alors, allez m'attendre un moment à l'église. »
Un peu plus tard, le curé de Selles-Saint-Denis les trouve, tous les trois, fronts courbés, à l'entrée de la nef.
Confessez-nous ! Confessez-nous ! »
Et quand il a reçu l'affreux aveu qu'on devine, il s'éloigne en se voilant les yeux.
Le lendemain, au moment de célébrer sa première messe, il aperçoit, agenouillée sur les dalles de l'église, une femme qui se cache la tête, sanglote et s'agite convulsivement. C'est Georgette Thomas.

Il faut cependant déclarer le décès. Mais c'est ici que les choses se gâtent. A la mairie, le secrétaire est frappé de l'attitude des frères Lebon, de l'altération de leurs traits. Aussi bien l'un que l'autre, ils ne répondent qu'après s'être consultés d'un clignement des paupières.
Il ne fait rien pour les rassurer.
« Vous me dites que vous étiez aux champs et que, pendant votre absence, votre mère est tombée dans ie feu, sans que son état de faiblesse lui ait permis de se remettre debout. Je veux bien vous croire, mais vous n'ignorez pas que la gendarmerie a l'obligation d'enquêter sur les accidents. Moi, je ne puis dresser l'acte de décès tant que la chose n'aura pas été tirée au clair. »

Le 30 juillet, le maréchal des logis Falbier, commandant la brigade de Selles-Saint-Denis, était sur les lieux. De l'infortunée veuve Lebon, il ne restait plus, dans l'âtre encore chaud, qu'une masse carbonisée. Seuls, les pieds et la tête avaient été préservés du feu. Le bras  droit racorni et tordu, enserrait le crâne, tel un lierre autour autour d'un tronc d'arbred, et la mains'appliquait sur la face comme si, dans un geste de suprême défense, elle avait voulu préserver le visage. Le squelette apparaissait à nu et les fémurs se dressaient comme deux quilles. Enfin, une écume sanglante souillait la bouche. C'étaient là tous indices révélateurs d'un crime. Falbier ne s'y trompa pas. Il prit à part Alexandre Lebon et en obtint, à l’instant même, des demi-aveux.
Aussitôt prévenu,le parquet de Romorantin, composé du procureur  Bertheau et du juge Martre, se transportait à la maison où l’atrocité s’était accomplie. L’instruction ne fut pas longue. Les quatre misérables n’eurent d’autre tactique que de s’accuser les uns les autres.
Ils disaient :
La femme Thomas : « Ce sont mes frères qui ont eu l’idée du bûcher. Ils y ont porté leur victimee, puis ils ont arraché de la paille à son lit pour que les choses, dans la cheminée, aillent plus vite. »
Alexis et et Alexandre Lebon : « O ma sœur nous abat mis sous clef. Son mari nous menaçait d’un couteau, qu’il brandissait au-dessus de nos têtes. Il a bien fallu que nous obéissions.
Sylvain Thomas : « Je n'ai rien fait. Je m'étais retiré derrière un lit avec mes enfants. »
Mais tous se retrouvaient d'accord sur un point. Ils prétendaient avoir cru en la sorcellerie de la vieille femme.

En plein cauchemar.

Le procès criminel vint aux assises du Loir-et-Cher les 22 et 23 novembre 1886. Il attira à Blois une foule considérable. On pensa vivre un cauchemar ; on était au moyen âge, Thomas et ses deux beaux-frères avaient fait toilette. Ils portaient des blouses bleues luisant neuf. La femme avait coiffé ses deux bandeaux de cheveux noirs, soigneusement lissés, du bonnet blanc à trois pièces des paysannes de la Sologne. Elle attendait bientôt un nouvel enfant. Elle se tint presque constamment les mains jointes, prenant des poses de martyre.
Le président Chenou ne la ménagea pas :
« De tout temps, vous avez eu des procédés abominables à l'égard de votre mère. Vous l’invectiviez dans des termes ignobles. Il y a sept ou huit ans, vous l'avez jetée sous les pieds d'une vache...
C'est elle qui est tombée, en voulant me donner un coup de pelle.
— Quand elle est revenue chez vous le 1er juillet, vous avez commencé par lui prendre la plus grande partie de son bien. Elle était malade cependant, épuisée de fatigue ; sa fin s'annonçait toute proche. Mais il vous déplaisait d'attendre. Dans la matinée du 29 juillet, vous l'avez fait tomber dans le feu ?
Je l'ai poussée ; ça, c'est vrai.
— Et comme elle avait pu se dégager sans autre dommage que quelques brûlures, vous avez, le jour même, réuni un conseil de famille qui, à l'unanimité, a prononcé contre elle la peine de mort ?
—  Alexis répétait qu'on ne savait plus qu'en faire. « Faut la mettre au feu », disait-il, Moi, je les ai ben laissés se débrouiller.
— Vos frères ont transporté la malheureuse sur le bûcher destiné au supplice, mais c'est vous qui avez arraché à son lit une poignée de paille et l'avez tendue à votre époux pour qu'il y mît le feu.
La paille, ce sont mes frères qui l'ont prise.
— Les experts pensent que la veuve Lebon a été arrosée de pétrole ?
Ils se trompent.
— Quand vos frères sont partis, pour se confesser, votre mari a couru après eux et a jeté dans la carriole d'Alexis une bouteille. Cette bouteille, qu'avait-elle contenu ? Du pétrole ?
Pas du tout. C'était pour qu'il aille la remplir d'eau bénite à la sacristie. »

Et à cette question :
« Votre mère a-t-elle été brûlée vive ? » La femme Thomas fit, de son ton le plus calme, cette effroyable réponse, que la salle couvrit de rumeurs :
« Mon bon monsieur, je le pense.
— Un dernier mot. Oserez-vous soutenir encore que vous avez supplicié cette malheureuse à cause de sa réputation de sorcière ?
Sorcière, elle l'était ; c'est ben sûr.
— Stupide légende que vous avez trouvé bon de propager ! Vous avez assassiné votre mère par cupidité, par lassitude de la garder sous votre toit. Asseyez-vous. Mesieurs les jurés vous jugeront. »

Interrogé à son tour, Sylvain Thomas se plut à contrefaire l'idiot. Et cependant, il avait toujours répondu à l'instruction avec une lucidité parfaite.
« Comment vous appelez-vous ?
Je n'en ai point connaissance.
— A quelle date votre belle-mère est-elle venue demeurer sous votre toit ?
Je n'en ai point connaissance. »
Et, dix-sept fois de suite, on entendit même refrain.
C'était le bêlement du berger Thibaut l'Agnelet dans la Farce de maître Patelin.
Aux frères Lebon, le président fit cette objection péremptoire :
« Vous prétendez qu'on vous avait enfermés à clef ; que Thomas tournait autour de vous comme un enragé, un couteau à la main. Vous étiez deux contre un. Etait-il donc si difficile de briser un carreau et d'appeler au secours ?»

Une scène pénible se produisit quand on vit s'avancer à la barre des témoins, Eugénie Thomas. C’était une blondinette en tablier bleu et en petit bonnet tuyauté. Très forte pour son âge elle respirait l'intelligence. En vain, les avocats prirent-ils des conclusions pour qu'elle ne fût pas entendue. En vain firent-ils ressortir ce qu'il y avait d'horrible dans une affaire où quatre têtes étaient en jeu, à faire déposer une enfant contre ses père et mère ! On passa outre, et, bien que le témoignage ne fût nullement nécessaire pour établir la culpabilité, le président Chenou n'épargna à la jeune Thomas aucune question :
« Voyons, ma petite, dis bien ce que tu as vu, sans rien inventer, mais sans rien omettre ! Ta maman était méchante pour ta grand'mère ?
Oui, monsieur, on la cognait.
— Pourquoi ?
Parce qu'elle levait souvent son bâton sur le monde.
— Mais, toi, tu ne lui en voulais pas ?
'— Oh ! non ! Des fois, elle me donnait des sous, et sa mort m'a causé grand'peine.
— Tu étais à la maison, le jour où ton père est allé chercher tes oncles ?
Oui. Mon oncle Alexis, qui est mon parrain, est arrivé dans sa carriole.
— On s'est disputé. Le curé est venu. Qu'a-t-on fait ensuite ?
On a préparé le dîner. Maman est allée chercher des carottes pour le bourricot à parrain. Après, on s'est mis à table. On parlait bas.
— Qu'as-tu entendu ?
Parrain a dit :  Il faut la brûler. »
— Et pourquoi voulait-on la brûler ?
Parce qu'elle était folle. Maman a fait du feu. Elle a pris de la paille dans le lit.
— Qui a porté ta grand'mère dans l'âtre ?
Mes oncles.
— Criait-elle ?
Oui, comme quelqu'un qui a très peur. Ça sentait bien mauvais dans la chambre. Quand j'ai vu la flamme monter, je me suis cachée.
— Ton père ne t'a-t-il pas dit de ne pas révéler ce que tu avais vu ?
Si, monsieur, il m'a recommandé de répondre aux questions que ma grand'mère était morte par accident. »
C'en était assez. C'en était trop : les nerfs de tous étaient à bout.

A l'audience du lendemain, le procureur général Fachot, venu en personne d'Orléans pour soutenir l'accusation, requit formellement la peine capitale contre trois des accusés. Il ne prononça le mot de circonstances atténuantes qu'à l'égard d'Alexandre Lebon, qui avait eu jadis de bons sentiments envers sa mère et manifesté, depuis le crime, quelque repentir.
Pour la femme Thomas, le bâtonnier Belton fit le procès des moeurs solognotes. Il s'en prit à l'ignorance, au fanatisme, à la superstition, et demanda aux jurés s'ils pouvaient se montrer impitoyables pour de pauvres gens dont l'intelligence retardait de plusieurs siècles.
Me Petit et Me Henry, autres avocats de Blois, et Me Georges Laguerre, du barreau parisien, soutinrent la même thèse. Tous protestèrent, une fois encore, contre une décision inhumaine qui avait fait d'une enfant l'accusatrice de sa mère.

Ils ne se séparèrent que sur le départ des responsabilités. La bâtonnier Belton soutint qu'une femme n'avait pu obliger trois hommes a commettre un aussi grand crime ; Me Petit, avocat de Thomas, que les plus coupables étaient ceux qui avaient porté la victime de son lit au bûcher ; Me Laguerre et Me Henry, que les frères Lebon, esprits faibles, avaient cédé à des terreurs de l'autre monde, à des suggestions funestes et à des menaces qui ne prêtaient point à rire.
Le jury avait son siège fait.
Après une délibération de trois quarts d'heure, il ne se montra inflexible qu'envers les époux Thomas, chez lesquels s'était perpétré le drame. Pour eux, ce fut la mort, et la Cour décida que la guillotine se dresserait sur la place publique de Romorantin. Alexis Lebon fut condamné aux travaux forcés à perpétuité ; Alexandre, à vingt ans de la même peine.

Expiation.

Les époux Thomas se pourvurent en Cassation, mais ce n'était qu'un recours dilatoire. Le 23 décembre 1886, la Chambre criminelle, sur le rapport du conseiller Sevestre et les conclusions de l'avocat général Roussellier, rendit un arrêt de rejet.
La femme mit au monde, dans sa cellule, un enfant du sexe masculin, qu'elle se refusa obstinément à nourrir. Il fallut le lui retirer des mains et le confier à une détenue qui l'alimenta au biberon. Qu'allait faire le président Jules Grévy, si pitoyable d'habitude aux criminels ?
Devant l'émotion soulevée dans la France entière, le chef de l'État ne crut pas pouvoir user de son droit de grâce. Il laissa la justice suivre son cours.

La double exécution fut fixée au lundi 24 janvier 1887. La veille, les deux condamnés, encadrés de gendarmes, avaient été emmenés à Romorantin par le train du soir, tandis qu'aux abords de la gare de Blois, la foule ameutée poussait des cris de mort. La ligne s'enfonce à travers marais et sapins. Toute en lacets, elle parcourt, pendant quarante-neuf kilomètres, un paysage morne, et ce sont seulement des trains omnibus qui la desservent. Le trajet parut interminable. Qu'avait-on raconté aux époux Thomas pour chasser de leur esprit l'idée d'une expiation imminente ? Sans doute qu'on ne les ramenait là-bas que pour un supplément d'instruction ? Et sans doute crurent-ils à cette fable, car, pour leur dernière nuit, ils s'endormirent d'un profond sommeil.

On les réveilla avant qu'il fît jour. Le mari s'habilla en silence et sans l'aide de personne. A l'annonce du rejet de son recours en grâce, il avait prononcé ces mots : «Mieux vaut mourir que de vivre comme je le fais depuis deux mois. » Mais il fallut interpeller la femme à plusieurs reprises, pour la décider à se lever. Au début, elle semblait ne rien entendre. Quand elle eut compris, elle éclata en sanglots.
« Ah ! mes bons messieurs, gémissait-elle. Pardon ! grâce ! Vous êtes bien méchants de me faire du mal ! »
Et comme l'aumônier, l'abbé MarcelIon, l'exhortait au repentir, elle répondit, les yeux hagards :
Me repentir ? Et de quoi ? »

L'opération de la toilette fut mouvementée. La. patiente se roulait à terre, se débattant, criant et cherchant à se débarrasser des cordes avec lesquelles on avait commencé à la ligoter. On dut s'y reprendre à plusieurs fois et user de la force. Toutefois, l'instinct maternel reparut, l'espace d'un éclair, quand l'un des aides lui coupa les cheveux. Suivant des yeux la tresse qu'il venait de déposer sur une table, elle lui jeta, suppliante :
« Monsieur, vous la donnerez à ma petite fille. »

Sur la place d'armes, une masse hurlante, fiévreuse, impitoyable, était dificilement contenue par une compagnie d'infanterie de ligne, venue de Blois.
La voiture qui amenait les condamnés s'arrêta à une vingtaine de mètres de l'échafaud. Et ce fut encore une vision du moyen âge. Georgette Thomas apparut dans l'encadrement de la portière. Comme le veut le Code pénal pour le supplice des parricides, elle était nu-pieds ; une longue chemise blanche l'emprisonnait à la façon d'une camisole de force et le bourreau lui avait voilé le visage d'un crêpe noir. Sous ce déguisement lugubre, elle était agitée de violents soubresauts. Il fallut, une fois encore, forcer sa résistance, car elle refusait de descendre de la voiture.

Mais, après avoir franchi cinq ou six pas avec une lenteur calculée, elle s'affaissa sur le sol en gémissant. En vain essaya-t-on de la remettre sur pieds. Devant l'horreur de cette lutte, on la porta, comme une morte dans son suaire, jusqu'à la guillotine. A l'abbé Marcellon qui marchait à ses côtés, elle répétait, d'une voix haletante :
« Grâce, monsieur ! Grâce, monsieur ! »
Et jusqu'à la dernière seconde, elle se débattit.
Sylvain Thomas, qui fut décapité après elle, marcha au supplice sans défaillance et sans faiblesse. Après avoir embrassé trois fois le crucifix que lui présentait l'aumônier, il se plaça de lui-même devant la planche.

La précédente exécution de femme remontait au 3 janvier 1876. Ce jour-là, Sophie Gautié, épouse Bouyon, condamnée à mort, le 17 novembre 1875, par la Cour d'assises du Lot, avait expié, sur la place publique d'un village quercinois, qui se nomme le Bourg, des crimes dont la diabolique horreur passe l'imagination. L'histoire serait trop longue à raconter. Qu'on sache seulement qu'à quelques semaines d'intervalle, la première fois pour se dérober à la charge d'une maternité tardive, la seconde pour chasser de la maison une bru qu'elle exécrait, elle avait tué deux bébés inoffensifs, sa fille Marie et sa petite-fille Elisa, en leur plongeant dans l'abdomen des aiguilles à repriser. Et tout faisait croire qu'elle avait supprimé de la même manière cinq autres de ses propres enfants. Des Bretons — on nomme ainsi chez nous les ouvriers étrangers au pays — m'avaient assuré, expliqua-t-elle, que les aiguilles, ainsi enfoncées, disparaissent dans les chairs et que les tout petits succombent sans souffrir. On attribue, en ce cas, leur mort à l'une des maladies de la première enfance.

Pierre Bouchardon.


Source : gallica.bnf.fr

A noter : Georgette et Sylvain Thomas ne sont pas portés à l’inventaire des Grâces des condamnés à mort 1826-1899 des Archives nationales ?
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Adelayde
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MessageSujet: Louis Lagadec fils - deux poids, deux mesures   Mar 1 Déc 2015 - 18:54

LOUIS LAGADEC FILS, PARRICIDE EN 1831 À PLONÉIS EN BASSE-BRETAGNE

DEUX POIDS, DEUX MESURES…
Jeudi 5 avril 2012, par Pierrick Chuto

Ce samedi 26 novembre 1831, à Plonéis, petite commune rurale de Basse-Bretagne, Louis Lagadec fils, ouvrier-maréchal, commet l’irréparable sur la personne de Louis Lagadec père, forgeron. Les deux hommes ont bu, trop bu et ce drame de l’ivrognerie va conduire le fils Lagadec devant la Cour d’assises du Finistère.

Fortement pris de vin

Le samedi 26 novembre 1831, vers cinq heures du soir, Louis-Marie Thomas revient du marché de Quimper [1]. Fatigué par le trajet, il hésite avant de franchir le seuil du cabaret de Jean Le Berre à Plonéis. Ce dernier étant occupé par son activité annexe de tisseur, Guillemette Villieu, sa femme, sert l’unique client, Louis Lagadec père, forgeron au village de Kervennou. Avec insistance, celui-ci invite Thomas, adjoint au maire, à boire un coup d’eau-de-vie. Comme il ne veut pas froisser son interlocuteur, celui-ci accepte.

L’artisan, qui lui doit vingt-sept francs, lui propose de confectionner une chaîne de fer pour l’attirail des bœufs de sa ferme de Kerlan. Louis-Marie Thomas consent à se rendre un jour prochain à Kervennou pour discuter du prix.

Lagadec en est déjà à son troisième verre lorsqu’arrivent son fils Louis et Jérôme Le Floch. Les deux hommes marchent d’un pas mal assuré. Le père les invite à sa table et commande une bouteille de vin pour fêter son futur marché avec Thomas. Mais, bien vite, le ton monte et Lagadec père demande des comptes à son fils. Le matin, il lui a confié vingt-quatre francs pour acheter du fer à la foire de Quimper et pour y prendre un pourpoint à sept francs, commandé chez un tailleur. Le fils ne rapporte qu’une barre de fer, payée dix-sept francs. Le père réclame les sept francs manquants, traite son garçon de bordeller [2] et l’accuse d’avoir bu à ses dépens [3].

Avant de quitter les lieux, Thomas tente de calmer le père Lagadec que l’aubergiste refuse de servir à nouveau. Prié de s’en aller, l’homme repart chez lui vers six heures et demie, « pas ivre, mais fortement pris de vin ». Quand Jeanne Nicolas le voit dans cet état, elle prend peur, car il a l’habitude de la maltraiter quand il a bu. Il la soufflète plusieurs fois, mais « un fagot s’étant rencontré entre ses jambes », il tombe et la malheureuse prend la fuite. Les vêtements déchirés, elle va se réfugier chez sa voisine Renée Le Cornec, veuve de Vincent Le Léty, ancien maire. Celle-ci ne s’inquiète pas outre mesure et déclarera plus tard : « Elle me dit que c’est son mari qui l’a mise dans cet état. Je lui allume du feu et je rentre dans mon lit ».

Éviter la dispute

Louis Lagadec fils ignore ce qui se passe à Kervennou lorsqu’il quitte l’auberge vers huit heures du soir. « Il a bu, mais il ne fléchissait pas », témoigne l’aubergiste. Jérôme Le Floch lui propose de « coucher avec lui », et de ne pas retourner à Kervennou, son père étant indisposé contre lui. « Il ne fallait pas rentrer dans sa maison pour éviter la dispute ». Lagadec refuse, prétextant que son père ne le laissera pas tranquille tant qu’il n’aura pas été à Saint-Germain [4] chercher un charbonnier pour carboniser du bois [5], il en emprunte un en néflier à Le Floch et se rend vers neuf heures du soir chez Vincent Le Cornec avec qui il doit faire la route le lendemain matin.

Celui-ci est absent et Marie Tymen, sa femme, est au lit. Lagadec déclare qu’il va attendre le maître de maison et s’endort sur un escabeau. Trouvant inconvenant qu’il couche chez elle alors que son mari n’est pas là, « je dis à deux domestiques femelles que j’avais chez moi de ne pas se coucher avant d’avoir fait sortir Lagadec ». Chassé de la maison, il se résout à retourner chez son père.

Aussitôt arrivé, il se jette sur son lit, placé près de la porte d’entrée. La pièce est simplement éclairée par des branches d’ajonc qui brûlent dans le foyer. Le père est couché et boit un verre d’eau-de-vie que lui apporte Pierre-Guillaume, son jeune fils. Entre deux bouffées de pipe, il traite Louis de polisson et de vagabond. À ces mots, ce dernier sort de son lit, se met à jouer du bâton, frappant sur la table, sur l’escabeau et sur le lit du père. Celui-ci se lève et hurle que « puisqu’il l’a nourri, il saura bien se faire obéir de lui ». Alors que le vieux a un pied sur l’escabeau et l’autre sur le foyer, son fils lui assène un violent coup de bâton sur la tête.

Privé de tout sentiment

Le père a beau crier, supplier, « Pardon, mon fils, reste tranquille », les coups pleuvent sur le malheureux qui tombe à terre, « privé de tout sentiment ». Le jeune Pierre-Guillaume tente de calmer son frère et, avant d’être frappé à son tour, sort précipitamment et va appeler les voisins : « Venez donc vite, l’entendez-vous qui frappe sur mon père comme sur un morceau de bois ? Louis est à tuer mon père » ; puis il ajoute peu après : « Mon père n’existe plus ». La mère accourt et découvre le drame. Son mari est étendu sur « le sol imbibé de sang », les pieds tournés vers le foyer et la tête vers la porte.

Prévenus par Vincent Le Floch, Jean Sizorn, meunier, et Vincent Perchec, menuisier, trouvent le meurtrier au lit. « Le malheur est arrivé. Faites ce que vous voudrez de moi ». Alors que Le Floch s’apprête à aller prévenir le maire, Lagadec demande calmement qu’on lui rapporte une pipe du bourg, la sienne étant cassée. D’après un témoin, il passe la nuit à fumer sur le cadavre de son père, à boire et à manger à plusieurs reprises.

Dès le lendemain, monsieur Bernhard, procureur du roi, et Alain-Marie Lozach, juge d’instruction, se rendent à Kervennou, accompagnés d’un médecin, d’un interprète et du maire. Le meurtrier déclare que « le père était disposé à me frapper, et s’il était venu jusqu’à moi, il m’aurait arraché la vie ». Le corps est transporté sur la table près de la fenêtre, « mais le jour ne permettant pas de se livrer à l’autopsie cadavérique, nous avons prié le docteur Follet de faire l’autopsie le lendemain matin ». Louis Lagadec fils est conduit à la maison d’arrêt de Quimper.

Lors de son incarcération, le concierge inscrit sur le registre le signalement du meurtrier : un mètre et cinquante huit centimètres, nez aquilin, cheveux et sourcils châtains, teint brun, yeux noir, portant une cicatrice au front. Lagadec porte une mauvaise chemise, une grande culotte en berlingue [6], un gilet et une veste en étoffe bleue, un chapeau feutre « le tout à la mode costume de la campagne [7] ».

Le choc d’un objet contondant

Le lundi, les sieurs Gestin, Duc et Follet, médecins, dissèquent le cadavre de cinq pieds, cinq pouces [8]. « La mort ne peut être attribuée qu’aux désordres cérébraux qui ont été le résultat du choc d’un objet contondant sur la tête ». Le rapport, joint au dossier d’instruction, est fort précis. On retiendra seulement que les médecins ont constaté « deux plaies très considérables, l’une à la partie gauche de la tête, l’autre à la partie occipitale ».

Le 29 mars 1832, un huissier se rend à Plonéis pour prévenir les témoins qu’ils auront à comparaître le 4 avril devant la cour d’assises de Quimper. À Kerlan, c’est Marie-Renée, belle-fille de Louis-Marie Thomas, qui reçoit la convocation, car l’adjoint est couché, à la suite d’un coup de hache qu’il s’est donné à la jambe en fendant du bois.

Ce qui est fait est fait

Il peut cependant se rendre à l’audience du mercredi 4 avril, où il est l’un des rares témoins à s’exprimer en français. Comme l’accusé, les autres parlent « l’idiome breton » et communiquent avec les juges par l’intermédiaire de « l’organe de l’interprète ». Louis Lagadec fils, célibataire, ne sait ni lire, ni écrire, et déclare qu’il est ouvrier-maréchal [9]. Il garde ensuite le silence pendant l’audience. Maître Le Guillou, avoué, conseil commis d’office, demande l’acquittement de son client, alors que Bernhard, procureur royal, estime que la faute mérite une sanction infamante. Lagadec déclare qu’il n’a rien à rajouter. Pendant son séjour en prison, il n’a cessé de répéter : « Ce qui est fait est fait, si mon père est mort, il est mort ».

À la question : « Louis Lagadec est-il coupable d’avoir, le 26 novembre 1831, commis volontairement un homicide sur la personne de Louis Lagadec, son père ? », la réponse donnée par le sieur La Porte, chef du jury, après huit minutes de délibération, est non. Un grand murmure s’échappe de l’assistance et le président Hyppolite-Sulpice de Beschu de Champsavin, outré par ce scandale judiciaire, frappe l’accusé d’anathème.

En sortant de la salle de délibérés, un juré dit à un gendarme : « Courez et allez consoler ce malheureux, dites-lui qu’il est acquitté » [10]. Lagadec va fêter son acquittement dans un cabaret avec quelques témoins. D’après le président, « la décision du jury a provoqué l’indignation la plus vive sur la classe éclairée et a jeté l’effroi dans les campagnes voisines de Lagadec ». Il ajoute qu’il y avait défaut de lumières [11]. Le président critique certains des jurés : un chapelier, un marchand de combustibles, un épicier. « Je respecte et j’honore toutes les conditions, mais l’homme qui a reçu de l’éducation ne choisit point ces professions ». Beschu de Champsavin n’hésite pas à écrire qu’il souhaite à l’avenir des listes composées de la véritable élite des citoyens. Il oublie de préciser que dans cette affaire, il y avait un ex-percepteur, un pharmacien, un avocat et même le maire d’Audierne.

Le 15 avril 1832, le verdict est largement commenté lors de la réunion du conseil municipal de Plonéis. On raconte que l’acquitté, croisant le président le lendemain près de la prison, l’aurait salué en riant. Les avis des conseillers sont partagés sur la décision du jury, car le père Lagadec était craint par beaucoup. Certains estiment que l’acquittement a été motivé par la philanthropie, d’autres pensent que c’est de la mollesse.

L’affaire a tant fait causer dans le bourg que l’on oublie vite le procès d’un autre habitant de Plonéis, René Le Pensec. Originaire de Pouldergat, ce journalier de quarante-huit ans vient d’être condamné à un an et un jour d’emprisonnement pour avoir volé un écheveau de fil qui séchait dans le jardin de maître Le Faucheur, notaire à Landudec.

Pour un larcin aussi considérable [12], l’homme de loi n’a pas hésité à poursuivre son voleur dans un champ de lande et à le terrasser ! Bien qu’étant ivre lors des faits, Le Pensec ne bénéficie pas des circonstances atténuantes [13] et, pendant qu’il purge sa peine, Louis Lagadec fils, parricide, vaque tranquillement à ses affaires ! [14]

Deux poids, deux mesures...

Note : Remerciements à Annick Le Douget, spécialiste des affaires criminelles et auteur de Crime et justice en Bretagne (Éditions Coop Breizh. 2012).
Ce récit est en grande partie issu du livre de Pierrick Chuto « La Terre aux sabots », paru en février 2012.

°°°°°°°°°°°°°°

Notes

[1] Jean-François Brousmiche, voyageur curieux, a fort bien décrit le marché de Quimper en 1830 : « L’ambiance dans les rues est extraordinaire. Les habitants de la campagne s’y portent en foule. La place Saint-Corentin présente un spectacle étourdissant et varié par la multiplication des objets exposés pour la vente, ainsi que la diversité des costumes de la population des cantons voisins ».

[2] Débauché en français.

[3] Les témoignages ne concordent pas. Un autre dit que le fils ne devait que 3 francs à son père.

[4] Plogastel-Saint-Germain, chef-lieu du canton.

[5] « Observant qu’il est difficile de voyager de nuit sans un bâton »

[6] Dans les fermes cornouaillaises, on fait quelques aunes de berlingue au bout des toiles de chanvre que les cultivateurs tissent eux-mêmes pour leur usage. La chaîne est en fil de chanvre et la trame en laine.

[7] Lors de la sortie de prison de Lagadec, le concierge écrit : « les mêmes vêtements qu’à son arrivée ».

[8] Entre 1m 60 et 1m 65.

[9] Il travaillait avec son père, forgeron, tout comme le plus jeune des fils, Pierre-Guillaume, apprenti-maréchal.

[10] Archives nationales. BB 20/63. Compte rendu du président des assises.

[11] Dans le sens de gens éclairés à même de juger en toute impartialité.

[12] Dans les inventaires après décès, l’écheveau de fil est estimé 1 franc.

[13] A.D.F 16 U 7 11. Jugement du 9 février 1832.

[14] Dès le 23 septembre, Louis Lagadec, 21 ans, se marie à Plonéis avec Guillamette Droval, 24 ans, fille d’Alain Droval et de Marie-Jeanne Le Quémener. Le témoin de leur deuxième enfant sera Jean Le Berre, l’aubergiste.



Source : http://www.histoire-genealogie.com/spip.php?article2210

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MessageSujet: Charles Double   Dim 13 Nov 2016 - 17:14

CHARLES DOUBLE

LES FAITS

Parricide, 35 ans, employé de banque. Étrangle, le 05 avril 1903, sa mère, Marie-Mathilde Marcel, veuve Chaste, 62 ans, à Belley, et lui dérobe 12.000 francs en billets et 1.500 francs en bijoux.

Condamnation : 28 octobre 1904 à Bourg-en-Bresse,
Grâce : 20 décembre 1904.

Source – "De l’art de bien couper", le site de Sylvain Larue / Nemo :

http://guillotine.voila.net/Condamnations1870-1981.html

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ÉTAT PSYCHOLOGIQUE ET MENTAL D'UN INVERTI PARRICIDE

S'apparentant tour à tour à la confession religieuse, à l'autobiographie et au rapport médical, le mémoire de Charles Double est un texte déroutant. Rédigé sur quatre cahiers, ce mémoire n'en couvre pas la totalité ; les vingt premières pages du cahier 1 sont composées de plusieurs textes en prose consacrés notamment à G. Sand et à Napoléon.

Le cahier 4 s'achève sur des poésies et de courts essais intitulés "Impressions d'un condamné", "L'hermaphrodisme mental" et "Les lacunes de la loi". Les trois premiers ca­hiers semblent constituer un seul texte portant le titre : "État psychologique et mental d'un inverti parricide". Ce titre n'est pas anodin : il gomme l'identité du scripteur, marque un mouvement de distanciation et donne à lire le mé­moire comme l'exposé objectif d'un cas pathologique. En outre, les termes utilisés présentent Double non seulement par son acte criminel mais égale­ment par son inclination sexuelle. Cette définition inaugurale met en évidence le vecteur principal du discours de Double, à savoir le caractère indissociable de son inversion et de son meurtre. Tout le discours de Double s'efforce en ef­fet de rejeter les catégorisations contemporaines élaborées par les crimino­logues sur les personnalités criminelles, et s'attache à affirmer une identité sexuelle spécifique que le discours médical d'alors cherche à saisir. Au delà donc des détails sur les circonstances de la mort de sa mère, Double fait de ce texte le lieu "d'expression" d'une identité que la justice, à la différence de la médecine, ne veut voir ni entendre. Le texte de Double s'inscrit donc dans cet espace de discorde.

http://gaykitschcamp.blogspot.fr/2012/07/etat-psychologique-et-mental-dun.html

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