La Veuve

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 Les bagnes d'enfants

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Monsieur Bill
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MessageSujet: Bagnes d'enfant   Lun 22 Déc 2008 - 15:51

http://www.eysses.fr/histoirea.html

http://rhei.revues.org/document58.html


http://fr.wikipedia.org/wiki/Colonie_p%C3%A9nitentiaire_de_Mettray

Un sujet difficile qui suscitait déjà les passions dans les années 30 !
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Adelayde
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MessageSujet: Les bagnes d'enfants   Dim 11 Sep 2011 - 15:13


Les bagnes d’enfants



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La colonie pénitentiaire pour enfants

Quelques rappels historiques sur l’enfermement des mineurs par Alexis Violet, Mai 2006.

En hommage à Alexis Violet, qui vient de disparaître, nous publions ce texte qu’il avait écrit en 2002 pour le livre collectif La fabrique de la haine. Lionel Jospin était alors Premier ministre, Daniel Vaillant ministre de l’Intérieur, et l’on parlait de « sauvageons » plutôt que de « racailles » ou de « voyous », mais déjà la surenchère sécuritaire était lancée, et déjà l’idée barbare de rouvrir des lieux d’enfermement et de « redressement » pour mineurs était remise à l’ordre du jour. Le climat politique n’ayant pas fondamentalement changé, le beau texte d’Alexis Violet reste largement d’actualité...

À Roger Abel, décédé le 1er avril 1937. Entre ses 10 ans et sa mort, il a connu Mettray, Belle-Île et, pour finir, la colonie pénitentiaire d’Eysses. Il pesait 68 kg à son arrivée, 50 kg à son décès. Il a vécu cent cinquante jours en cellule, est mort de dénutrition et de claustration.

Chacun veut la révision, la mise en cause, la suppression de l’ordonnance n° 45.174 relative à la délinquance des mineurs qui, comme toutes les ordonnances, a été maintes fois charcutées. Lieux d’enfermement, internats pédagogiques, espaces fermés, les formules ne manquent pas pour toutes aboutir à la même conclusion : il faut rouvrir ces établissements fermés où jadis on enfermait derrière de hauts murs les enfants misérables. Il faut rouvrir les maisons de correction pour redresser - on les appelait aussi « maisons de redressement » -, pour mettre au pas les déviants qui, très jeunes et pour des raisons diverses, n’acceptent pas l’ordre qu’on leur a établi.

La fonction essentielle de l’ordonnance de 45 était de reconnaître que l’éducation de l’enfant devait être privilégiée, que telle était la tâche de l’ordre social environnant, et non la punition. Sur le papier, c’était très bien, encore que très largement améliorable. C’est ainsi que pendant des années, l’éducation républicaine fut assenée par des bonnes sœurs aux jeunes filles pensionnaires de ces nouvelles maisons d’éducation. Une fois les trois mois d’observation terminés, elles envoyaient les jeunes filles méritantes dans un des nombreux établissements du Bon-Pasteur, institutions gérées par des religieuses, où elles apprenaient non seulement la couture comme au XIXème siècle, mais aussi la sténo-dactylo. Sortie autorisée en soirée, mais retour obligatoire avant vingt et une heures.

Certaines tenaient le coup une semaine, mais la majorité s’évadait rapidement et leur « ré-arrestation » était aussi prompte. Le commissaire Marchand et sa brigade des mineurs passaient leur temps près des fêtes foraines sur les grands boulevards, les cueillaient, et on les envoyait dans une maison un peu plus sévère et ça pouvait durer comme ça jusqu’à la « vingt et une », la majorité. Pour rien ou pour beaucoup, pour une belle-mère qu’elles n’aimaient pas ou pour un père incestueux...

La guerre, ses prisonniers, ses déportés, le rapport de forces politiques, tous ces éléments convergeaient pour que les bons républicains décident la suppression des bagnes d’enfants qui avaient existé durant près de cent cinquante ans.

Aux alentours de 1840, on avait créé la colonie pénitentiaire de Mettray que Genet immortalisera un siècle plus tard dans Le Miracle de la rose. La révolte des Canuts venait d’avoir lieu. Que faire de tous ces enfants miséreux, graines d’insécurité, s’interrogeait la bourgeoisie. Lombroso, le « savant » positiviste renommé, forgea les concepts de « criminel né », de « tare héréditaire », de « perversité constitutionnelle » qui firent alors fureur. Bauer et son co-auteur fasciste Raufer ont repris aujourd’hui l’essentiel de ces arguments dans leur récent « Que sais-je ? » sur la sécurité, référence obligée des obsédés du tout-sécuritaire.

Une partie de la classe dominante, se voulant plus éclairée, cherchait une solution dans un retour à la nature qui mettrait ces chers petits à l’abri de l’enfer citadin avilissant. Épurer leur âme, l’affermir, l’éclairer, tel était le but que se fixaient les partisans de la « philanthropie sociale ». Dans ces institutions privées et très catholiques, qui rompaient avec le disciplinaire à l’état brut, modèle, se concentraient toutes les techniques de contrôle du comportement anciennes et modernes. Cela tenait du cloître, de la prison, du collège, du régiment. On a dit de Mettray, ce bagne d’enfants, que c’était une prison dont les murs étaient des buissons de roses. On pouvait s’en évader très facilement, mais on était vite repris, chaque paysan recevant à cette époque une prime de cinquante francs par colon évadé qu’il ramenait ; la chasse à l’enfant avec fourches, fusils et chiens devint une véritable industrie dans la campagne alentour.

Dans cet univers où l’on ne pouvait aller aux chiottes que deux fois par jour et à heure fixe, où l’on faisait dans le même temps huit fois la prière et où l’on entendait la lecture d’un livre de la Bibliothèque rose à chaque repas, la violence et l’homosexualité contrainte étaient la règle. Les durs, les « marles », avaient tous leur girond, leur « vautour ». Plus bas encore étaient les miséreux, les « clodos ». Dans cet enfer où les jeux étaient bannis, la mort, pour les mômes, pouvait sembler négligeable. Peu avant 1940, une révolte éclata. Les jeunes colons mirent le feu aux bâtiments, des matons furent tués, les plus coupables, 63 sur 300, furent envoyés à la centrale d’Eysses pour dix ans.

Une précision concernant la « justice » rendue aux moins de 18 ans : ceux dont la justice reconnaissait qu’ils avaient « agi sans discernement » étaient obligatoirement acquittés, mais l’acquittement « pour avoir agi sans discernement » n’en était pas moins une condamnation inscrite au casier judiciaire. Il y avait donc des acquittés condamnés. Ils n’avaient aucune peine à accomplir, mais on prenait pour eux des mesures de sauvegarde. À titre de prévention, ils étaient placés dans des établissements d’éducation : les colonies pénitentiaires !

La route des Cathares serpente près des Pyrénées. Tout au long, on a réprimé sauvagement ces hérétiques au XIIème siècle. Un peu plus haut, dans le Languedoc, il existe une route de citadelles où l’on a enfermé et puni la jeunesse délinquante. Elle commence à Toulouse avec le pénitencier du père Barthier puis passe près de Rodez, à la ferme de Combelles. Elle se poursuit par l’établissement de Sainte-Radegonde, puis celui de Pezet. Viennent encore la colonie agricole de Vailhauquès, le pénitencier du Luc, la colonie industrielle d’Aniane et, pour les filles, la Solitude de Nazareth. Dans un livre admirable, les Enfants du bagne [1], Marie Rouanet nous fait parcourir ce chemin de la honte où l’on trouve établissements publics et privés.

La plus tristement célèbre colonie de la région est celle d’Aniane, créée en 1885. Ici, il ne s’agit plus de réformer et de corriger par le travail des champs, mais par le travail industriel. Trente-cinq ans après leur création, on avait fini par se rendre compte de l’échec des colonies agricoles, les jeunes colons citadins revenant toujours à la ville. Et puis l’essor du commerce aidant et la main-d’œuvre des jeunes taulards étant peu coûteuse puisqu’on ne les payait pas, on décida de reconvertir la colonie agricole en exploitation industrielle.

La colonie d’Aniane, une espèce de château fort, était située au milieu du bourg, les habitants pouvaient donc entendre, lors des diverses rébellions, les cris des mutins. L’imaginaire de ce doux village est ainsi traversé de révoltes, de flammes et de sang. À la colonie d’Aniane, on travaille de 7 heures à 11 heures et de 13 heures à 17 heures. L’école, c’est après. En général, 65 élèves par classe ; les cours sont assurées par des sous-officiers à la retraite qui ont obtenu ces postes après la guerre de 14-18 au titre des emplois réservés. Les conditions de survie vont empirer au fil des ans, abus de travail, de châtiments, nourriture insuffisante. À Noël 1938, il y eut une révolte et l’évasion devint la hantise de l’administration.

Un vieux détenu d’Aniane a expliqué à marie Rouanet qu’il avait vite compris le système : « Lâchez-nous des détenus et nous partagerons les primes », disaient les habitants du village aux matons. Un sou, c’est un sou ! C’est aussi à Aniane que furent installées des cages à poules suspendues au plafond, dans lesquelles étaient enfermés les détenus punis. Le système devait faire fortune plus tard en Indochine dans le bagne colonial de Poulo Condor. La hiérarchie était composée d’anciens militaires qui ne connaissaient que la trique et l’alcool. Depuis la grande révolte et son évasion massive, elle paniquait. Pourtant, en 24 heures, la patriotique population d’Aniane avait déjà ramené 18 des 25 fuyards.

Le 2 février 1945, la colonie d’Aniane devint une IPES (Institution publique d’éducation surveillée), mais on continua à y enfermer de tout jeunes collabos condamnés à des peines allant jusqu’à 20 ans de prison. Ce n’est que bien après 1950 que l’on put entrer dans ce bagne sans donner le mot de passe, tradition héritée du passé militaire de son encadrement.

À Aniane, comme dans ces autres bagnes, la peur et la mort étaient toujours présentes : « À Montlobre, jusqu’à la fermeture de la colonie, les jeunes détenus représentaient au moins la moitié des morts de tout le village, parfois les trois quarts, parfois plus encore », écrit marie Rouanet [2]. En quelques mots, elle rend compte de la destinée de quelques jeunes condamnés : « Il a été condamné à l’âge de sept ans pour vol jusqu’à dix-huit ans. Arrêté à dix ans pour vols simples, condamné jusqu’à dix-huit ans. Meurt à Vailhauquès à quatorze ans. À son arrivée, il mesurait un mètre » [3]. Peut-être a-t-il finalement eu de la chance, cet enfant-là. ..

En 1945, Belle-Île devient aussi officiellement une IPES. L’établissement de Belle-Île comme celui d’Aniane est toutefois réservé aux mineurs indisciplinés et aux enfants difficiles, explique L.-C. Brans qui a écrit une étude remarquable : Histoire du pénitencier de Belle-Ile-en-Mer, Haute-Bologne, Bruté [4] (Belle-Île abritait en effet deux pénitenciers destinés aux mineurs : Haute-Boulogne et Bruté).

Fondé en 1820, le pénitencier de la Haute-Bologne a un lourd passé. Tour à tour bagne militaire, puis prison politique en 1849, camp de prisonniers prussiens en 1870, lieu d’internement et de transfert pour les communardes de 1871, il devient en 1880 un bagne pour enfants « délinquants ». En 1902, le ministère de la Justice achète les bâtiments de la ferme de Bruté et l’on fonde la Colonie agricole et maritime de Belle-Île qui deviendra tristement célèbre.

Solution pédagogique ou solution disciplinaire ? Discipline de fer ou apprentissage de l’usage de la liberté ? L.-C. Garans pose le problème ancestral de ces enfants catalogués asociaux. « Coupables et victimes à la fois, écrit-il, ils en sont que le reflet d’un monde d’adultes en dérive ».

En 1840, l’instruction primaire entre dans les prisons, spécialement pour les jeunes détenus. Rappelons qu’en 1841 une loi interdisait l’embauche des enfants de moins de 8 ans dans les usines et manufactures. Et limitait à douze heures par jour le travail des enfants de 8 à 12 ans !

Dans Les Enfants en prison publié en 1892, Henri Rollet écrit : « Reste Belle-Île. Là, un enfant peur recevoir un commencement d’éducation professionnelle, contracter à dix sept ans un engagement dans les équipages de la flotte, entrer dans la marine comme novice et, un ans plus tard, devenir matelot. Malheureusement cet établissement est sujet à bien des critiques. D’abord ce n’est pas à proprement parler une école, mais un pénitencier. On n’y envoie en principe que les enfants qui ont subi des condamnations. Le premier grief à faire valoir, c’est dans les faits cette promiscuité qui oblige [sic] des petits voleurs, des petits sodomites et des assassins en herbe qui se sont déjà exercés au maniement du couteau. Le second reproche, c’est que Belle-Île, où nous désirons envoyer nos assoiffés de plein air, a l’aspect d’une prison » [5].

« Tout autour de l’île, il y a de l’eau », dit Prévert chanté par Marianne Oswald. Mais au pénitencier de Belle-Île il y avait aussi un bateau sur l’île au milieu de la cour du pénitencier, le Ville du palais - un navire-école alors que la mer était là toute proche, oui, mais invisible puisque les hauts murs bornaient inexorablement l’horizon. Le bateau était trop petit pour que tout le monde puisse y monter. Y avoir accès était une récompense car, du haut des mâts, on voyait, ô merveille, la mer.

En 1896, on acheta le Sirena, goélette qui pouvait recevoir vingt colons, un capitaine et deux surveillants. L’été, le Sirena partait à la pêche au thon. Il y eut aussi d’autres ateliers, dont une conserverie de sardines. Mais Belle-Île resta avant tout un pénitencier.

En 1924, le journaliste Louis Roubaub fit une enquête dans les écoles professionnelles. On lui avait affirmé que ce n’était pas des prisons ; cependant il conclut son enquête, publiée ne livre sous le titre Les enfants de Caïn, par une tout autre conclusion :

« Ces écoles professionnelles sont tout simplement l’école du bagne. Les matons de celui-là étaient particulièrement reconnus comme les plus violents, les plus barbares et les plus alcooliques de toute la France ».

L’écrivain raconte un événement qui s’était déroulé quelques années auparavant : « Belle-Ile-en Mer est une oasis perdue au large de la presqu’Île de Quiberon sous le ciel tantôt gris, tantôt radieux de l’Atlantique. Mais le cœur des petits colons n’est pas toujours sensible au charme des saisons. IL y a des harpons pour le thon... Un jour Goyzenpic s’est trompé, il a harponné dans le dos son capitaine. Ils étaient huit dans l’embarcation, plus le harponné qui fut ensuite accroché en haut du mât. Quatre jeunes qui ont participé à l’opération ont essayé ensuite de rejoindre le continent ».

Le trop-plein de haute explosait quelques fois brutalement. Il y avait eu aussi plusieurs révoltes à la colonie agricole, mais la plus célèbre fut celle de la colonie maritime de l’été 1934. Un enfant avait osé mordre dans son morceau de fromage avant de manger sa soupe. Délit contraire au règlement. Deux gardiens le jetèrent à terre et lui écrasèrent le visage à coups de talon. C’en était trop : la colonie se révolta, saccagea le bâtiment et malmena les gardes-chiourme avant de s’enfuir. Dès que le tambour de la ville annonça qu’il y aurait une prime de vingt francs pour ceux qui ramèneraient un fugitif, ce fut la ruée, vacanciers compris. Certains se firent deux cents francs. C’est en hommage à ces jeunes révoltés que Prévert écrivit le célèbre Bandit, voyou, voleur, chenapan...

La plus célèbre des punitions était le « bal ». Il y a dans l’un des bâtiments une piste ovale très étroite à 30 centimètres au-dessus du sol. Les punis commencent à courir à 9 heures du matin et s’arrêtent à 17 heures, toujours sur un rythme de 7 à 8 kilomètres à l’heure. SI tu tombes, ce sont les coups de galoche des gardiens. On court pieds nus, c’est plus sain. On peut aussi remonter un escalier de cinquante marches qui descend à la mer, avec sur le dos un sac de 30 kg de sable ou de galets. Le choix est très varié.

Après la guerre, Marcel Carné devait tourner un film sur cet établissement. Un tiers fut réalisé, puis les crédits manquèrent et l’on ne retrouva jamais les bouts d’essai. La chanson du film disait :

Dans les ménageries, il y a des animaux Qui passent toute leur vie derrière des barreaux Et nous, on est les frères de ces pauvres bestiaux On n’est pas à plaindre, on est à blâmer On s’est laissé prendre, qu’est-ce qu’on avait fait Enfants des courants d’air Enfants des corridors Le monde nous a fichus dehors La vie nous a foutus en l’air

On change le nom de ces institutions, mais il y a toujours autant de poux dans l’établissement et le caïdat encouragé par l’administration existe toujours. Depuis 1978, le pénitencier est fermé et sa fanfare, autrefois très appréciée par les habitants, ne joue plus lors des fêtes. Ces jeunes, en sortant du pénitencier, ne rejoindront plus les fameux Bat’d’Af, les batillons d’Afrique et leur hymne célèbre, Il sentait bon, le fric bien chaud, mon actionnaire.

À Savigny-sur-Orge, l’équivalent masculin francilien de Chevilly, qui n’était pas un bagne « à la hauteur » d’Aniane et de Belle-Île, le mitard ne fut fermé qu’en 1974. Tout évadé repris, après avoir été roué de coups, y passait un mois. Le temps de leur fermeture n’est pas si loin et l’on parle de tous côtés, sans détailler la chose, de leur réouverture. « On était des bêtes, ils nous poussaient à ç », a déclaré récemment à la télé un ancien qui fit trois ans à Belle-Île. Lui a changé, les tortionnaires non, et ceux qui veulent ré-enfermer l’enfance le savent très bien.

Le tout-répressif, la « tolérance zéro » moderne n’ont pas de limites, leur logique c’est l’exclusion à perpétuité de cette frange de la société qui risque d’ébranler celle-ci par sa violence et son désespoir. Le libéralisme, au XIXème comme au XXème siècles, a ses lois, inéluctables : il n’y a pas de place pour tous. Inutile de créer des illusions, ça ne rapporte pas, autant faire comprendre aux jeunes pauvres qu’ils sont et qu’ils resteront hors circuit. C’est pour leur bien.

Au temps, lointain, où je fréquentais l’un de ces établissements, nous appelions ça en argot la « corrida », la mise à mort de l’enfance. [6]

P.-S. : D’Alexis Violet, alias Jean-Michel Mension, nous recommandons vivement le livre autobiographique Le temps gage. Aventures politiques et artistiques d’un irrégulier à Paris, paru aux éditions Noesis en 2001.

Notes
[1] Les Enfants du bagne, Marie Rouanet, éd. Documents Payot, 1992
[2] Ibidem.
[3] Ibidem
[4] Histoire du pénitencier de Belle-Ile-en-Mer, Haute-Bologne, Bruté, brochure de 83 pages, supplément à La gazette de Belle-Ile-en-Mer, L.-C. Garans, novembre 1986, réédition revue et augmentée en 1997
[5] Cité par L.-C. Garans
[6] En ce qui concerne Belle-Île, L’Histoire du pénitencier de Belle-Ile-enMer, de L.-C. Garans, président de la Société historique de Belle-Île, supplément à la Gazette de Belle-Ile-en-Mer, nous a été particulièrement utile pour notre information. Qu’il reçoive ici tous nos remerciements ; cela n’engage par ailleurs en rien ses positions personnelles sur la délinquance et l’enfermement, ainsi que ses positions sur le débat actuel concernant la politique sécuritaire.

http://lmsi.net/La-colonie-penitentiaire-pour




Dernière édition par Adelayde le Lun 12 Sep 2011 - 17:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Les bagnes d'enfants   Dim 11 Sep 2011 - 15:17

Le bagne des enfants de l’île du levant

En compagnie de Cyril Guinet et Claude Gritti, Jacques Pradel revient sur la colonie pénitentiaire de l’île du Levant dans l’émission « Café crimes » du 23 juin 2010

http://gpodder.net/podcast/europe1-histoire/les-enfants-de-lile-du-levant

Bonne écoute !

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Au milieu du XIXème siècle, sur l’île du Levant, une abondante végétation tente de dissimuler aux regards indiscrets le drame qui s’y déroule : un bagne pour enfant. Directement sortis de la prison de la Roquette à Paris, des enfants – dont les plus jeunes n’ont pas six ans – sont condamnés à exploiter les terres arides au large de Toulon.

Frémeaux & Associés présente, après 150 ans de silence sur cette justice du XIXème siècle, une mise en scène sonore pour enfants de 6 à 10 ans, adaptée du roman de Claude Gritti par Christian Eymery.

L’histoire vraie de ces destins brisés par le labeur et la misère qui ne renoncent pas pour autant à croire en leur jeunesse, vous est racontée par Claude Brasseur de sa voix grave, rocailleuse et tendre. Une fureur de vivre intensément exprimée par les compositions musicales d’Isabelle Aboulker, la plus grande compositrice d’opéras pour enfants et magnifiée par un chœur en mouvement d’enfants de nos jours – ceux du CRÉA centre d’éveil artistique. Patrick Frémeaux & Claude Colombini.

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-33479583.html

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Un "bagne" pour enfants en Bretagne



Autrefois, la Bretagne comptait plusieurs centres de rééducation bretons, publics ou privés. Le plus connu fut l’institution publique de Belle-Île-en-Mer (Morbihan), autour de laquelle s’est forgée la légende noire d’un bagne d’enfants parmi les plus répressifs et répulsifs.

La "notoriété" de ce bagne pour enfants a éclaté dans les années 1930, lors d’une émeute à l’intérieur de cette prison unique. La presse a alors dénoncé les colonies dites “pénitentiaires” ou “correctionnelles” pour mineurs comme étant des bagnes d’enfants.

L’institution belliloise, dite de la "Haute Boulogne", est une ancienne colonie agricole et maritime datant de 1880, située sur un terre-plein derrière la forteresse Vauban, au Palais. Elle est définitivement fermée en 1977.

En août 1934, une révolte éclate sur l’île. Un des enfants, avant de manger sa soupe dans le silence absolu, a ce jour-là osé mordre dans un morceau de fromage. Les surveillants l’ont alors rossé de coups. À la suite de ces mauvais traitements administrés à leur camarade, une émeute éclate au sein de l’institution de Belle-Île-en-Mer, qui provoque l’évasion massive de 55 pupilles. Ce fait divers est suivi d’une campagne de presse très virulente, et va inspirer des intellectuels comme Jacques Prévert, qui écrit son célèbre poème "La Chasse à l’enfant". Il y dénonce la "battue" organisée sur l’île, avec prime de 20 francs offerte aux touristes et aux habitants de Belle-Île, pour chaque garçon capturé.

Extraits : "Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! Maintenant il s’est sauvé Et comme une bête traquée Il galope dans la nuit Et tous galopent après lui Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! C’est la meute des honnêtes gens Qui fait la chasse à l’enfant..." (Jacques Prévert)

Entourée par un mur d’enceinte, l’institution se composait d’une série de baraquements disposés plus ou moins en quinconce sur le terrain. Y sont détenus les jeunes d’au moins treize ans condamnés à des peines de 6 mois à 2 ans ainsi que des adolescents détenus jusqu’à leurs 16 ans ou à leurs 21 ans.

En 1902 la colonie pénitentiaire de Belle-Île installée à côté de la Citadelle (Le Palais) est agrandie pour accueillir davantage de détenus (117 hectares sur le domaine de Bruté, à cinq kilomètres à l’intérieur de l’île). Le pénitencier compte jusqu’à 320 pensionnaires.

L’année 1940 marque la fin dans les textes de ce que l’on appelait les bagnes d’enfants. La "maison" de Belle-Île alors devenue "institut public d’éducation surveillée" (IPES) fonctionnera encore quatre ans. En 1945, l’institut est évacué puis Haute-Boulogne reprend du service en accueillant des mineurs coupables d’avoir appartenus à la Milice installée en France par les nazis pendant l’Occupation.

Fin 1947, l’IPES rouvre ses portes, avec un régime assoupli, plus "éducatif" que "répressif".

Qui allait à Belle-Île ?

Parce que c’était sur une île, la colonie de Belle-Île s’est retrouvée presque naturellement destinée à accueillir ceux que l’on considérait comme “les plus durs”, les plus insubordonnés. Selon Marie Rouanet, les occupants de ces "prisons" pour enfants étaient le plus souvent coupables de petits délits, ou tout simplement indisciplinés. De 1850 jusqu’au milieu du XXe siècle, des milliers de jeunes sont condamnés à la maison de correction, et y subissent de durs châtiments.

Parmi les délits recensés dans ces institutions françaises, le vol est l’un des plus courants (tuiles d’église, vol de saucisse...). Après une plainte de voisin par exemple, le voyou peut en prendre pour 4 ans !

Autre exemple, cité par Marie Rouanet, que celui d’un garçon de 12 ans contre qui le curé de Cintegabelle porte plainte. Le jeune homme fume ostensiblement, ne retire pas sa casquette et tient des propos irrévérencieux au passage d’une procession. Coupable de « trouble à l’ordre public sur le parcours d’une procession et pendant l’exercice du culte », celui-ci est condamné à deux ans de maison de correction. Les enfants errants, les mendiants et les petites filles qui se prostituent, sont également enfermés. D’autres encore viennent de l’Assistance publique, après une mauvaise conduite dans leur famille d’accueil par exemple.

La vie au quotidien

La journée décrite ci-dessous se déroulait ainsi dans la plupart des institutions pénitentiaires pour enfants en France. On peut donc imaginer qu’elle était semblable à Belle-Île. Lever à 6 heures du matin avec des exercices d’hygiène rudimentaires. Pour le petit déjeuner, un simple morceau de pain. Puis ils vont aux ateliers agricoles ou dans leur salle de cours, selon la saison. Les jeunes marchent à pied en rang serré jusqu’aux champs, avec interdiction de se parler pendant les huit à douze heures de travaux quotidiens. Pour le déjeuner, du pain trempé dans du bouillon de légumes, et un plat de légumes (souvent secs). Le soir, de la soupe. On imagine le nombre de carences alimentaires...

En cas de manquement à la discipline, les punitions sont diverses : régime pain sec, piquet dans la position à genoux pendant les récréations, cachot... En théorie, les coups sont interdits, mais les mauvais traitements sont nombreux (coups de ceinture, coups de trousseau de clefs, sévices sexuels).

Après 1945, une ordonnance sur la protection judiciaire de la jeunesse considère le jeune délinquant comme un individu digne de ce nom. L’enfant est autorisé à sortir le dimanche. L’accent est mis davantage sur l’éducation au détriment de l’apprentissage, lequel a montré ses limites. Des efforts sont faits en matière d’hygiène et d’activités sportives.

L’institution de Belle-Île ferme définitivement ses portes en 1977.

Bibliographie :
- Jean Fayard, "Une enfance en enfer", éditions Le Cherche Midi (2003).
- Marie Rouanet, "Les enfants du bagne", éditions Pocket (2001). Elle retrace cent ans d’histoire de la délinquance juvénile, à travers la vie dans les pénitenciers pour enfants qu’on appela les "petits bagnes".
- Yann Le Pennec, "Le bagne des enfants de Belle-Île"

http://www.bzh-explorer.com/spip.php?article456



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MessageSujet: Re: Les bagnes d'enfants   Dim 11 Sep 2011 - 15:20


Les enfants du bagne, un univers carcéral à la Dickens



Crédit photographique - © Lizzie Sadin
Isolateur d’instruction de LEBEDEVA (Préventive) Quartier des mineurs. Enfants et adolescents sont enfermés 23h/24h dans une même cellule avec des adultes qui font office de kapos.

Archives - « Les enfants du bagne » : une série de trente-six clichés en noir et blanc évoque un univers carcéral à la Dickens : carreaux cassés, pain noir et bol de kasha (orge bouilli) deux fois par jour. Des crânes rasés, des visages de clowns tristes, des corps juvéniles déjà marqués par des maladies de peau et cette tristement célèbre cellule 90 où vingt-quatre adolescents se partagent huit lits.

Lizzie Sadin témoigne « Les autorités pénitentiaires ont fini par lâcher les autorisations parce qu’elles voulaient sensibiliser l’opinion et recevoir davantage de subventions du ministère de la Justice. Quant à l’argent que je leur ai versé par le biais du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD, j’ai été assurée qu’il ne servirait pas de bakchich mais qu’il serait consacré à l’achat de barres protéinées, de serviettes hygiéniques pour les femmes et de papier pour que les prisonniers puissent écrire à leurs familles ! » En revanche, le discours anesthésiant de la direction ne la convainc guère quand elle est témoin de la brutalité des gardiens, sans compter celle « des adultes détenus avec les plus jeunes et qui agissent comme des kapos ». Elle reste impressionnée par la séance au réfectoire « Le déjeuner débute et termine par un coup de sifflet, trois minutes montre en main ! J’ai été tellement surprise que je n’ai pas eu le temps de saisir mon appareil au premier service. Et à la fin de cette frugale collation (qui ne couvre que 30% de la ration quotidienne selon l’OMS), ils lèvent tous les mains en l’air pour montrer qu’ils n’ont pas emporté un bout de pain noir! »

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-33616607.html

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Graine de bagnard



http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-30380494.html

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Dans l'enfer des bagnes d’enfants

Avec Les Bagnes d’enfants, Paul Dartiguenave livre une étude effrayante sur les lieux d’enfermement pour l’enfance délinquante entre le XVIIIe et le XXe siècle. Un document à lire en ayant à l’esprit certains discours actuels.

« Il avait dit : j’en ai marre des maisons de correction. Et les gardiens à coups de clés lui avaient brisé les dents. Et puis ils l’avaient laissé étendu sur le ciment... » Tout le monde aura reconnu cet extrait de La Chasse à l’enfant, un poème effroyable de Jacques Prévert. « Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! » hurle la meute des braves gens lancés à la poursuite d’un malheureux gosse...

Ces quelques lignes pourraient servir de légende au dessin sanglant, tiré de L’Assiette au beurre, qui illustre la couverture du livre. Jacques Prévert s’était inspiré d’une triste réalité. Celle de Belle-Île-en-Mer, où des mômes s’étaient légitimement révoltés.

La colonie pénitentiaire était installée près de la citadelle édifiée par Vauban, dans des locaux destinés à enfermer des prisonniers politiques. Elle servira à cet effet en 1848. En 1880, les lieux seront réservés aux enfants. « Si vous demandez à voir les dortoirs, on vous conduit dans une longue avenue où le sol est en terre battue et où les cellules sont séparées les unes des autres par des grillages de fer montant jusqu’au plafond », expliquait Henri Rollet. Comme si la mer n’était pas déjà une muraille naturelle, les enfants pourrissaient en cage derrière de très hauts murs...

La discipline était draconienne. Le silence absolu obligatoire. Un jour, durant l’été 1934, un jeune affamé céda à la tentation de mordre dans un bout de fromage. Les surveillants bondirent pour lui écraser la face, à coups de talon. Mutinerie et évasion massive. Les bourgeois présents sur la plage se reconvertirent vite fait. De chasseurs de crabes, ils se muèrent en chasseurs d’enfants. Une prime de vingt francs par tête était offerte...

Avec de multiples détails puisés dans des documents d’archives, enquêtes, rapports ou articles de presse, Paul Dartiguenave retrace l’histoire de lieux maudits nommés colonies pénitentiaires, maisons de redressement, maisons de correction.

À la colonie du Luc (Gard), à celles de la Loge (Cher), du Mont Saint-Michel (Manche), d’Aniane (Hérault)... partout la même férocité humaine, quel que soit l’époque ou le régime. Dans Miracle de la rose, l’ex-colon Jean Genet s’est souvenu d’une colonie agricole pénitentiaire : « Mon séjour à Mettray ne paraît avoir été qu’une longue noce coupée de drames sanglants où j’ai vu des colons se cogner, faire d’eux des tas de chairs saignantes, rouge ou pale, et chaude, dans une fureur sauvage, antique et grecque. » Un cahier central avec des photos de Mettray, entre autres lieux, donne la chair de poule.

Les premières maisons d’incarcération du XVIIIe siècle offraient un cadre qui dépasse l’imagination. Si l’amputation de la main pour les parricides fut abolie en 1832, la liste des supplices restait longue. À la prison de Reims, un visiteur est saisi d’effroi : « Je vis sortir d’un amas de paille infecte une tête de femme qui, n’étant qu’à peine soulevée, m’offrit l’image d’une tête coupée, jetée sur ce fumier : tout le reste du corps était enfoncé dans l’ordure et ne pouvait s’apercevoir. J’appris que la malheureuse avait été condamnée pour vol, et que le manque de vêtements l’avait contrainte à chercher, dans son fumier, un abri contre les rigueurs du froid. »

Qui punit-on dans ces lieux infects ? De pauvres gens coupables de vols sans importance, souvent des vols alimentaires. Ceux que les pouvoirs appellent les « classes dangereuses ». Les vagabonds et tous ceux qui échappent au contrôle des familles, des patrons et du clergé sont dans le collimateur. Ils ne sont pas les seuls. Pas de quartier. Orphelins, pauvres, chapardeurs dans le même panier. Tous coupables. Dans l’esprit des hommes de loi, si ces gamins ne sont pas encore délinquants, ils le deviendront un jour ou l’autre…

Les geôles métropolitaines ne suffisent pas, alors l’imagination des honnêtes gens est sans borne. La loi du 15 juillet 1889 va créer les bataillons d’Afrique, les Bat d’Af’, pour le service militaire des jeunes délinquants. Tataouine, dans le sud tunisien, sera un sale bagne militaire réservé aux « fortes têtes ».

Certains passages du livre donnent la nausée. De la promiscuité enfants/adultes où prospèrent toutes sortes de crimes aux règlements monstrueux calqués sur la barbarie militaire, en passant par le sadisme des geôliers, le travail forcé, les oubliettes, les maladies et autres horreurs… que de souffrances insoutenables. Les monstruosités sont toujours justifiées au nom de la morale, de la sacro-sainte propriété privée et de la religion… La punition étant jugée rédemptrice !

Le nettoyage au Karsher n’existait pas en ces temps-là. Le ménage se faisait à coups de gourdins meurtriers et la société ne tournait pas plus rond pour autant. Au contraire. La logique de la répression et de l’enfermement a tellement été contre-productive, et dénoncée par quelques esprits éclairés, que l’évidence de la prévention et de l’éducatif s’est enfin, peu à peu, imposée au législateur.

À l’heure où le délire sécuritaire pollue les discours politiciens, il n’est pas inutile de se souvenir des heures sombres des dogmatismes moraux et religieux qui bâtirent les tragiques bagnes d’enfants.

Paul Dartiguenave, Les Bagnes d’enfants et autres lieux d’enfermement-Enfance délinquante et violence institutionnelle du XVIIIe au XXe siècle, éditions Libertaires

http://www.lepost.fr/article/2009/09/15/1697787_dans-l-enfer-des-bagnes-d-enfants.html



Dernière édition par Adelayde le Lun 12 Sep 2011 - 17:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les bagnes d'enfants   Lun 12 Sep 2011 - 14:57

Je suis d'accord à 100% avec vous, l'ancien et michel-j.

Chasse à l'enfant est un poème de Jacques Prévert qui évoque la mutinerie d'août 1934 de Belle-Île-en-Mer. Le poème, mis en musique par Joseph Kosma, a été interprété par Marianne Oswald.

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Chasse_%C3%A0_l%27enfant



Chasse à l’enfant

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Qu'est-ce que c'est que ces hurlements ?

Bandit ! Voyou ! Voyou ! Chenapan !

C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant

Il avait dit "J'en ai assez de la maison de redressement"
Et les gardiens, à coup de clefs, lui avaient brisé les dents
Et puis, ils l'avaient laissé étendu sur le ciment

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Maintenant, il s'est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes, les touristes, les rentiers, les artistes

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant
Pour chasser l'enfant, pas besoin de permis
Tous les braves gens s'y sont mis
Qui est-ce qui nage dans la nuit ?
Quels sont ces éclairs, ces bruits ?
C'est un enfant qui s'enfuit
On tire sur lui à coups de fusil

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Rejoindras-tu le continent ? Rejoindras-tu le continent !

Au-dessus de l'île On voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau.

Jacques Prévert – Paroles


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MessageSujet: Re: Les bagnes d'enfants   Lun 12 Sep 2011 - 17:12

Je vais tacher de capter les pages du livre de Bernard pour vous les expédier, Adelayde. Sachant qui les a écrites (du moins aux yeux du grand public) vous pourrez en apprécier la pudeur et le poids du non dit.
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MessageSujet: Re: Les bagnes d'enfants   Lun 12 Sep 2011 - 17:25

Je lirai ces pages avec beaucoup d'intérêt ; merci Michel.
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MessageSujet: Re: Les bagnes d'enfants   Mar 13 Sep 2011 - 9:54

Mon grand-pére, coté maternel en a fait l'expérience, du coté d'Albi. Il s'est ensuite "engagé d'office" aux bat d'af avant de faire la grande guerre. Pendant celle-ci, il a reçu la médaille militaire pour bravoure face à l'ennemi. Mais ça, c'est une autre histoire.....
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MessageSujet: Les enfants révoltés de Vermiraux    Lun 19 Sep 2011 - 20:26

Les enfants révoltés de Vermiraux

Dans l'émission "Au coeur de l'Histoire" d'aujourd'hui, Franck Ferrand revient sur la révolte des enfants de Vermiraux. Son invitée : Emmanuelle Joüet, chercheur dans le laboratoire de recherches de l’établissement public de santé maison blanche.

"Il y a cent ans, une affaire, du côté de Quarré-les-Tombes, dans le Morvan, faisait grand bruit. L’affaire en question, c’est la révolte des enfants de Vermiraux, cet institut sanitaire, devenu un bagne pour enfants, dont les responsables, à l’été 1911 ont été condamnés en justice pour mauvais traitements : travail forcé, maltraitances ayant entraîné la mort, viols et prostitution d’enfants. C’était la première fois, en France, qu’un tribunal prenait en compte la voix des enfants."

Bonne écoute... Crying or Very sad

http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Au-coeur-de-l-histoire/Sons/Les-enfants-revoltes-de-Vermiraux-725737/
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MessageSujet: Les bagnes d’enfants, histoire d’une tragédie   Mar 9 Avr 2013 - 20:25


Archange m'a transmis cet excellent article.

Les bagnes d’enfants, histoire d’une tragédie


14 juillet 1936 - Le Front Populaire. Dans les immenses cortèges qui traversent Paris, une banderole aligne les silhouettes de gamins en tenue de forçat, crâne rasé, sabots aux pieds, chaînes aux poignets et, au dessous, cette injonction : Il faut abolir les bagnes d’enfants.
La photo sépia illustre aujourd’hui l’invitation à l’exposition présentée par l’Ecole nationale de protection judiciaire de la jeunesse (ENPJJ) et l’Association pour l’histoire de la protection judiciaire des mineurs (AH-PJM) - Bagnes d’enfants, campagnes médiatiques XIXe et XXe siècle, à la Ferme de Champagne à Savigny-sur-Orge 1 ]. Remarquablement mise en scène et chaleureusement commentée, l’exposition déroule plus d’un siècle de souffrances enfantines et adolescentes et de violences adultes, donnant à voir tout à la fois le vécu de gamins sacrifiés, la cruauté institutionnelle, la perversion de politiques a priori généreuses mais aussi, dans tout ce noir, l’émergence des consciences et l’implication d’hommes – médecins, magistrats, artistes et surtout journalistes – qui vont alerter l’opinion et permettre la fin de cette indignité.

Pourtant, tout comme l’enfer, les centres de rétention pour mineurs ont été pavés de bonnes intentions : c’est au sortir de la Restauration qu’émerge le souci d’améliorer la situation des enfants incarcérés, lesquels étaient jusqu’alors jetés dans les mêmes prisons que les adultes, dans une promiscuité dont on imagine aisément les effets. En 1810, le code pénal reconnaît la catégorie des mineurs de justice et distingue, pour les moins de 16 ans, les discernants et non discernants, responsables ou non de la gravité de leur acte. Mais, très vite, cette distinction légitime révèle ses aspects pervers : coupable, le mineur est envoyé en prison - le plus souvent pour une durée assez courte - alors que, non coupable, il peut être placé et ce, jusqu’à sa majorité. Cette aberration perdura et nombreux seront les jeunes acquittés-placés à préférer la prison à la vingt et une (en référence à 21 ans, âge de la majorité !)


Les dates qui ont marqué l’histoire des bagnes d’enfants 1810 : le Code napoléonien envisage pour la première fois une catégorie particulière de détenus : les enfants, et distingue les discernants des non discernants.
1819 : ordonnance royale du 9 avril créant la Société royale des prisons et arrêté du 25 décembre 1819 sur la séparation des enfants et des adultes incarcérés. Charles Lucas, inspecteur général des prisons définit les principes de la détention des mineurs, principes qui serviront de base aux maisons correctionnelles.
1836 : inauguration par Louis-Philippe de la prison pour mineurs de la Petite Roquette.
1839 : fondation par Demetz, conseiller à la cour royale, de la première colonie agricole à Mettray.
1869 : décret du 10 avril sur le règlement général des colonies et maisons de correction.
1882 : la scolarité devient obligatoire.
Loi du 24 juillet 1889 (loi Théophile Roussel) sur la protection des enfants maltraités et moralement abandonnés.
1898 : loi du 19 avril sur les actes de maltraitance sur mineurs.
1899 : arrêté du 15 juillet sur le régime disciplinaire des établissements correctionnels de jeunes garçons, texte qui sera utilisé pour exonérer les gardiens des violences perpétrés sur les mineurs.
1906 : loi du 12 avril fixant la majorité pénale à 18 ans (au lieu de 16).
1911 : décret du 13 mars rattachant l’administration pénitentiaire au ministère de la Justice au lieu de l’Intérieur.
1912 : loi du 22 juillet créant des tribunaux pour enfants.
1929 : décret du 15 janvier établissant un contrôle des œuvres privées.
1934 : révolte des colons de Belle-Ile-en-Mer.
1935 : décrets du 30 octobre sur le vagabondage des mineurs, la correction paternelle et l’assistance éducative.
1937 : la campagne de presse orchestrée par des journalistes, en particulier Alexis Danan, contraint les autorités à fermer la colonie de Mettray.
1945 : ordonnance du 2 février relative à l’enfance délinquante

Dans les années 1830, le système pénitentiaire se convertit à l’encellulement, inspiré de ce qui se fait aux Etats-Unis et « importé » en France par Tocqueville. Un intérêt se dessine pour les jeunes délinquants « moins coupables que malheureux » dont certains pourraient être amendés par une éducation rigoureuse. Mais les défenseurs du tout punitif résistent, en particulier au courant philanthropique défendu par Charles Lucas, courant qui préconise le développement de colonies agricoles… C’est dans ce contexte que s’ouvre en 1936 la première prison réservée aux mineurs : la Petite Roquette (lire l’interview de Paul Dariguenave, historien).


La Petite Roquette


Situé dans le XIe arrondissement de Paris, cet ensemble a été construit sur le modèle de la prison panoptique, modèle élaboré par le philosophe Jeremy Bentham, expérimenté en Grande-Bretagne et consacré par la prison « modèle » de Philadelphie. Il s’agit de permettre aux gardiens de surveiller d’un point tous les détenus, sans qu’eux-mêmes les voient 2 . Encellulé, isolé et tenu au silence, le jeune détenu va bientôt être également privé de l’atelier, seul lieu de rencontres et donc d’échanges… Le travail lui est désormais amené dans sa cellule mais, même là, tout contact est banni : quand le gardien entre, il doit enfiler une cagoule ; cagoule encore pour atteindre les boxes de la Chapelle-école, sorte de ruche où chaque détenu est coincé dans son alvéole, ne pouvant voir ni ses compagnons ni ceux qui s’adressent à eux ; cagoule, toujours, pour la demi-heure de promenade quotidienne…
L’extrême solitude, l’hygiène déplorable et les maladies ne tardent pas à décimer les rangs : on meurt de mort « naturelle » et on se suicide aussi beaucoup, à la Petite Roquette. L’asile de fous et le cimetière du Père Lachaise voisins relaient la prison : ce qui, à sa création, apparaissait comme un progrès devient une machine à briser les jeunes vies. Victor Hugo, qui se félicitait que l’on soit passé « du cloaque à la ruche » 3 , reconnaîtra son erreur, rejoignant les trop rares médecins et magistrats qui dénoncent « cette récréation où les enfants ne jouent point, où on les aperçoit, à travers les barreaux des portes, comme dans des cages, pâles ; maigres chétifs, suivant silencieusement du regard le va-et-vient de leur gardien » 4 . En 1860, sur les 372 enfants et adolescents présents à la Roquette, 19 resteront incarcérés de 10 à 12 ans, 31 de 8 à 10 ans, 126 de 4 à 6 ans et 47 de 2 à 4 ans. Et pour quelle faute ? L’immense majorité d’entre eux sont placés sous tutelle administrative et seulement une douzaine peuvent être désignés comme « coupables » - coupables le plus souvent de vols simples ! Il faudra attendre le début du XXe siècle pour que l’établissement se ferme aux enfants et s’ouvre… aux femmes !

Les colonies pénitentiaires

Mais, durant ces années, les promoteurs de la colonie pénitentiaire n’ont pas désarmé et, en 1840, Frédéric-Auguste Demetz prend la direction de la première colonie, une colonie agricole dont il est le concepteur, à Mettray en Indre-et-Loire. Pendant une quarantaine d’années elle servira d’emblème et de modèle à la cinquantaine d’autres colonies 5 - agricoles mais aussi horticoles, maritimes ou industrielles - qui vont essaimer sur le territoire, avant qu’une virulente campagne de presse dénonce un système totalement perverti. Perverti car, comme pour la Petite Roquette, le projet initial considère l’enfant dans un souci philanthropique.
Certes, on peut aujourd’hui juger sévèrement le constat de départ qui amalgame enfants en danger - orphelins, vagabonds, victimes de la correction paternelle 6 - et délinquants et, surtout, pose pour principe la nocivité de la ville et de la famille, tirant la conclusion qu’il faut mettre les gamins à la campagne et les couper des leurs : les parents sont souvent tenus dans l’ignorance du lieu où ils se trouvent et les enfants peuvent passer plusieurs années sans revoir père et mère. La loi de 1850 a organisé le patronage et l’éducation des jeunes détenus, mais en offrant un boulevard au secteur privé qui va se précipiter sur la manne ! En 1865, sur 63 colonies, 8 sont publiques et 55 privées ! Certes, l’Etat donnera des instructions 7 , dépêchera quelques inspecteurs mais la plupart des directeurs n’auront d’autre projet qu’exploiter une main-d’œuvre gratuite et ce, sous le regard bienveillant d’une Eglise décidément bien myope et d’un Etat bien peu responsable.
Dans tous les établissements prévaut une discipline absolue, des occupations de chaque instant, une organisation hiérarchisée au sein des groupes et, sur les murs, le rappel que « Dieu te voit ». Plus de famille donc mais le travail, la terre, la religion, trépied sur lequel s’appuient directeur et gardiens pour « régénérer » les enfants et les adolescents qui leur sont confiés. Et tant pis si la partie enseignement est sacrifiée : juste un peu de lecture et de calcul. A-t-on besoin de beaucoup plus pour devenir paysan ? « Améliorer l’homme par la terre et la terre par l’homme » promet la devise de Demetz : levés à 5 heures, toute la journée aux champs, 13 heures de travail par jour, ils peuvent l’améliorer la terre, les colons ! En échange de cette activité qu’ils n’ont pas choisie : l’isolement, les champs à l’infini, le labeur épuisant, les blessures des outils, le silence, le froid…


Une seule issue : l’armée

Dans la colonie même, c’est pire encore : la maigre pitance, les coups des gardiens, les bagarres entres colons, la violence, partout, sous toutes ses formes. Et la règle du silence, toujours. Pour tenir les troupes, les gardiens (les gaffes) privilégient un colon - le plus grand, le plus craint - qui fera respecter le règlement. Et peu importent les moyens. D’ailleurs, l’appellation colonie cède peu à peu la place à maison de redressement et les établissements se détournent de plus en plus de leur vocation éducative, contraignant entre Les Hauts murs 8 , privant de nourriture, cognant, enchaînant, ligotant dans la camisole de force, livrant au cachot, dans les excréments et la honte. Jusqu’à la folie, la mutilation, la mort. D’innocents-coupables, les enfants deviennent criminels-nés et la fin du siècle installe ces bagnes qui, hélas, devront attendre plus d’un demi-siècle pour fermer leurs portes. Jean Genet, qui a séjourné à Mettray entre 14 et 18 ans - de 1922 à 1927 - évoque dans Mystère de la rose cette vie de forçat : les fugues, les représailles, une cruauté sans nom et aussi la pédophilie, les petits caïds, la religion par-dessus tout ça : « Dieu te voit ! ». Seul moyen de fuir légalement tant d’horreur : s’engager dans l’armée. Ce qu’il fera à 18 ans. 17 000 enfants de 5 à 21 ans passeront à Mettray entre 1840 et 1930, date à laquelle une campagne de presse inédite forcera les autorités à mettre fin au scandale.


L’éveil des consciences

La fin du XIXe siècle et le début du XXe marquent d’importants changements dans la société française : en 1882, l’école est déclarée obligatoire et peu à peu la population devient lettrée, ce qui lui permet d’accéder aux journaux et, dans une moindre part, aux livres. La presse connaît un essor fulgurant : les feuilletons sont très prisés et les revues illustrées apportent un contrepoint satirique aux journaux d’information traditionnels. Paradoxalement, ce sont des hommes de droite (voire d’extrême droite) qui les premiers vont dénoncer le sort fait aux enfants : l’écrivain François Coppée en 1896 avec la publication - en feuilleton puis en livre - du roman Le Coupable et le dessinateur Maurice Radiguet dans la revue L’Assiette au beurre. L’engouement pour le théâtre permet également de porter sur scène ces sujets et ainsi, par ces différents vecteurs, l’information se diffuse lentement auprès de la population.

Haro sur les bagnes !

Pendant longtemps, toutefois, les scandales vont demeurer au niveau local et il faudra que les journaux à grand tirage, tels Le Petit journal, Détective ou Paris-soir - ce dernier diffusé à 2 millions d’exemplaires ! - se saisissent du sujet pour qu’il sorte du périmètre local et du cercle des spécialistes. L’apogée de ces campagnes de presse se situe entre 1930 et 1940, soutenues par les films qui drainent un large public et sensibilisent l’opinion comme Gosses de misère/Bagnes de gosses de Georges Gauthier, réalisé en 1933. La radio entre également dans les foyers et l’explosion des médias favorise la prise de conscience. Il est vrai que la guerre de 14-18 a rendu la jeunesse plus précieuse et que le déficit d’enfants à naître les fait considérer avec plus d’attention. La législation a également progressé avec, en 1906, le passage de la majorité pénale de 16 à 18 ans et, en 1912, la création des premiers tribunaux pour enfants. Toutefois, c’est un homme qui va devenir le héraut de l’enfance persécutée : Alexis Danan. Grand reporter à Paris-soir, il n’a de cesse de dénoncer l’inhumanité avec laquelle sont traités les condamnés, aussi bien ceux de Cayenne que de Mettray. Les colonies pénitentiaires vont devenir son combat : il se rend sur les lieux et en rapporte des descriptions et des images propres à frapper l’opinion ! Mettray sera le premier bagne à fermer mais ce sera la révolte des petits bagnards de Belle-Ile-en-Mer qui soulèvera une vague d’indignation sans précédent.
Belle-Ile-en-Mer. Un joli nom pour une île bretonne. Des touristes, des vacanciers… et un bagne où des gamins triment tout le jour et vivent dans la peur des gardes chiourmes. Un soir, l’un d’eux commet l’inconcevable : il mord dans un morceau de fromage avant la soupe ! Les coups se mettent à pleuvoir mais, cette fois, les copains viennent à la rescousse : c’est la révolte. Une cinquantaine d’enfants s’enfuient dans la nuit. Fuir, mais où quand la mer est partout… ? La traque va durer plusieurs jours : gardiens, bien sûr, mais aussi habitants, touristes, vacanciers, à qui l’on promet vingt francs de récompense pour tout gibier ramené. Certains se feront un bon pécule. Prévert, lui, y trouvera l’inspiration d’un de ces poèmes les plus percutants : La chasse à l’enfant.
Front Populaire, Deuxième Guerre mondiale… enfin l’Etat se décide à reconsidérer les fondements mêmes de la protection de l’enfance et du sort fait aux jeunes délinquants : ce sera l’ordonnance de 1945. La primauté de l’éducatif sur le répressif y est affirmée et une véritable justice des mineurs se met en place. La direction de l’Education surveillée est créée, autonome de l’administration pénitentiaire. Les colonies pénitentiaires sont rayées des textes 9 pas encore tout à fait du paysage. Si les enfants sont enfin sortis de l’enfer des bagnes, un long purgatoire les attend…

Mireille Roques


1 Ferme de Champagne - rue des Palombes - 91605 Savigny-sur-Orge - Jusqu’au 26 mars. Pour réserver : 01 69 54 24 14 - veronique.blanchard@justice.fr
2 Cette théorie est vivement critiquée par Michel Foucault dans Surveiller et punir
3in Choses vues
4 La Petite Roquette- étude sur l’éducation correctionnelle des jeunes du département de la Seine par Maître Anatole Corne, 1864
5 C’est l’administration pénitentiaire qui a la tutelle des colonies mais elle délègue tout pouvoir aux particuliers et aux congrégations désireux de prendre en charge les jeunes délinquants
6 Tout chef de famille estimant que son enfant est sur une mauvaise pente peut demander au tribunal qu’il soit placé, ce qui est en principe accordé sans autre forme de procès. Il suffisait qu’un garçon soit un peu opposant ou une fille un rien coquette pour que certains pères se déchargent ainsi de leur éducation. Cette prérogative était souvent exercée par les familles aisées pour des raisons d’héritage. Elle sera abolie seulement en 1970
7 L’administration centrale publie en 1864 un règlement à destination des établissements pour tenter de remédier aux abus les plus spectaculaires, mais sans grands effets
8 Les Hauts murs d’Auguste Le Breton, éd. Plon, 1972
9 Ils seront remplacés par des COPES (Centre d’observation public de l’éducation surveillée) - comme celui de la Ferme de Champagne

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MessageSujet: Re: Les bagnes d'enfants   Mer 10 Avr 2013 - 9:47

Adelayde a écrit:

Archange m'a transmis cet excellent article


Très intéressant. Merci Archange sunny


La colonie pénitentiaire de Mettray


http://fr.wikipedia.org/wiki/Colonie_p%C3%A9nitentiaire_de_Mettray


CPA provenant du site Delcampe

La colonie



La direction



La grande cour



Hôtel de la colonie



Le grand carré



Dortoir



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MessageSujet: Re: Les bagnes d'enfants   Mer 10 Avr 2013 - 9:57


La chapelle



Départ pour la promenade



La carrière



La récréation



Le patronage



Correspondance



5 juin 1904

Nous venons de visiter la colonie de Mettray qui est tout prêt d'ici. C'est une sorte de maison de correction où cependant il y a des enfants très jeunes..et 6 ans. D'ailleurs, ils sont très bien traités et on leur fait apprendre le métier qu'ils veulent. Yvonne.




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MessageSujet: Re: Les bagnes d'enfants   Mer 10 Avr 2013 - 15:41

Une superbe série de documents, Gaëtane ! Bravissimo !

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MessageSujet: Chiens perdus sans collier   Mar 30 Avr 2013 - 18:34


"Chiens perdus sans collier" est un film de Jean Delannoy adapté du roman éponyme de Gilbert Cesbron :

http://www.youtube.com/watch?v=fgjOImFzv8w

Le juge Julien Lamy (Gabin), sous des dehors bourrus, est un homme bon et compréhensif. Il saura adapter ses décisions aux cas de :
- Francis Lanoux (Serge Lecointe), voleur de 15 ans, séparé de ses grands-parents qui vivent dans la promiscuité. Il sera placé au centre d'observation de Terneray ;
- Alain Robert (Jimmy Urbain ), jeune orphelin pyromane qui fuit la ferme où il a été placé et qui cherche en vain ses parents. Il rencontrera Francis au centre d'observation ;
- Gérard Lecarnoy (Jacky Moulière ), régulièrement séparé de sa mère matelassière et aventurière.

Bonne écoute !
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MessageSujet: Re: Les bagnes d'enfants   Dim 15 Sep 2013 - 15:20

Je précise qu'en plus des délinquants avérés (souvent des délits mineurs) on a placé dans ces "colonies" des orphelins innocents de tout, à titre "préventif" parce qu'un clampin quelconque dans un bureau de l’administration des enfants abandonnés avait supputé que peut être un jour il deviendrait membre de ces "classes dangereuses".

Un gosse placé dans une ferme, cogné, sous alimenté, violé parfois par le journalier en rut et qui s'enfuyait (et à l'époque on disait encore moins facilement que de nos jours qu'un adulte vous avait violé, on ne savait pas même forcément qu'il n'avait pas le droit de le faire) pouvait atterrir à Belle Île, coupable d'avoir fugué.

Ou s'il parlait, dénégation farouche du fermier qui voulait garder son journalier qu'il jugeait efficace dans les champs et évoquait à demi-mots les vices du gosse... Qui croyait-on?

La fugue devenait alors un délit!
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MessageSujet: Le fort du Hâ : une prison pour « enfans »   Mar 15 Avr 2014 - 16:31

Le fort du Hâ : une prison pour « enfans »

Au début du 19ème siècle, les « enfans » reconnus coupables étaient enfermés au Fort du Hâ, la prison départementale. Quelques documents laissent percevoir leurs conditions de vie

Près de la cathédrale, un îlot d'immeubles disparates : le Palais de Justice et l'Ecole de la Magistrature. Depuis la rue des Frères Bonie, remarquez une petite tour encastrée dans des murs. Appelée « la Poudrière » ou « Tour des Minimes », c'était le Fort du Hâ « quartier des enfans », lieu de séjour de jeunes garçons coupables de quelque méfait. De 1818 à 1835, en effet, cet établissement tenant lieu de prison départementale recevait une population très diversifiée, de tous âges.

Qui étaient-ils ceux que l'on appelait les « enfants »? ni leur nom, ni leur âge ne sont mentionnés dans les documents relatifs à cette période. Sans doute des adolescents - ce terme n'était pas en usage en ce début du 19ème siècle - Une certitude, ils avaient été condamnés pour des méfaits commis quand ils avaient moins de 16 ans, en vertu de l'article 66 ; le plus souvent, pour de petits délits. Convaincus qu'ils avaient agi sans discernement et qu'ils ne pouvaient être remis sans risque à leur famille, les juges les ont envoyés « dans une maison de correction pour y être élevé(s) et détenu(s)» art 66 - loi de 1810. Faute de maison de correction, ils séjournaient en prison.

Art 66 : « Lorsque l'accusé aura moins de 16 ans, s'il est décidé qu'il a agi sans discernement, il sera acquitté ; mais il sera selon les circonstances remis à ses parents ou conduit dans une maison de correction pour y être élevé et détenu pendant tel nombre d'années que le jugement déterminera et qui toutefois ne pourra excéder l'époque où il aura accompli sa vingtième année ».

Au Fort du Hâ, une population disparate
Nés sous une mauvaise étoile, ces petits voleurs, vagabonds, déracinés divers, orphelins ou fils d'une famille « de mauvaise moralité », se retrouvaient avec un drôle de monde. Le Fort du Hâ, c'était une prison et, comme telle, elle abritait une population hétéroclite : militaires en délicatesse avec l'armée, vrais bandits, endettés d'origines diverses (on emprisonnait pour dettes), condamnées en attente de la chaîne pour le bagne, aigrefins, prisonniers politiques, prostituées, voleuses à la tire. Peut-être une belle âme dans ce ramassis de laissés pour compte.
L'administration soucieuse d'ordre avait prévu une procédure de classement : militaires, prisonniers politiques, prisonniers pour dettes , prévenu(e)s, condamné(e)s, condamnés aux fers, et « enfans ». Ajoutons ceux qui ne relevaient d'aucune catégorie prévue : des aliénés qui n'avaient pas leur place ailleurs et quelques malheureux oubliés à la suite d'une rixe alors qu'ils étaient « pris de vin ».

« Autrefois, on arrivait corrompu dans les prisons, maintenant l'on va s'y corrompre. Le crime y a ses enseignements de nuit et de jour, ses degrés d'initiation, sa langue, son merveilleux, son histoire. Les enrôlements se font à ciel ouvert ; c'est la loi qui fournit les victimes et qui recrute pour le crime. »
Léon Faucher

« La citadelle est dans un état déplorable » note de 1816
Les autorités ont agi en conséquence : création d'un mur d'enceinte, séparation les différentes sortes de prisonniers (prévenus, condamnés, forçats, femmes, enfants etc.).
Pour le spirituel, on a édifié une chapelle et nommé un aumônier. Pour le matériel, on a essayé de monter des ateliers ou de mettre en place des systèmes de travail en régie dans l'enceinte de la prison. Ainsi les prisonniers pouvaient-ils « cantiner ».
Bien entendu, il fallait penser « sécurité », jusqu'à l'excès parfois : n'a-t-on pas envisagé de murer quelques cheminées ? Au prétexte que des prisonniers auraient tenté de faire des signaux avec de la fumée ! La raison a pris le dessus avec des arguments de bon sens : les besoins d'aération et de chauffage. Malgré toutes les préoccupations, on pouvait s'évader du Fort du Hâ.

Et les « enfans » ? Ils ont couché longtemps dans la Tour carrée, au-dessus de la chambre des femmes. Une promiscuité qui ne déplaisait pas pour autant aux intéressés.
« Il y a en plus les enfants qui sont placés dans la Tour Carrée au-dessus de la chambre des femmes ; (ils) peuvent les voir et leur parler au travers du plancher qui se trouve très mauvais et dans le moment qu'ils sont seuls, excités par les femmes, se permettent de part et d'autre des propos les plus indécents et perdent le fruit des bonnes instructions qu'ils reçoivent tous les jours ».
« Il se commet de grands crimes, malgré la surveillance du concierge ». regrettait une soeur de charité qui prenait soin des prisonniers.
Il est regretté qu' « aux heures de la prière et des offices divins », hommes, femmes et enfants se croisaient dans les couloirs et les escaliers ; ils pouvaient échanger « les propos les plus indécents » .
Une note de 1816, rédigée ainsi « il faut mettre une barrière pour éviter que les prisonniers continuent d'aller à la cuisine et sous prétexte d'aller allumer leur cigare, tiennent des conciliabules », suppose une certaine liberté d'aller et venir. Réservée à certaines catégories de prisonniers ?

En 1818, nouveaux projets : le nombre de prisonniers était en augmentation.
Il y a eu de nouveaux aménagements, surtout pour ceux qu'on appelait « les enfans », bénéficiaires de la création de « la société royale des prisons » en 1819.
Un arrêté du ministre le 25 décembre 1819 stipulait en effet : « les enfants détenus sur l'ordre de leurs parents et les jeunes détenus pour autres causes en-dessous de 16 ans seront séparés des adultes dans toutes les prisons départementales - (art 6) - il ne sera pas distribué de vin aux enfants - (art 26) - un régime alimentaire spécial sera alloué aux enfants de moins de 9 ans et aux femmes pendant toute la durée de l'allaitement - art 38) » .
Les jeunes garçons ont découvert de nouveaux locaux, refaits à neuf dans la Tour de la Poudrière. ; on avait refait un escalier, ouvert des croisées que l'on a « grillées » bien entendu , posé du carrelage « de la meilleure qualité » sur mortier, blanchi des murs.

Un état précisait  « avoir fait dans toute l'étendue du lit de camp qui est dans la prison des enfants, 20 subdivisions formant 20 cases à coucher, en bon bois du Nord, solidement fixées entre des liteaux cloués, ainsi que les subdivisions avec de bons clous, sur le lit de camp  »également « avoir fait un lit de camp circulaire, dans ladite prion en bon bois du nord et bois de chenne. Il a de circonférence 12 m 66 - de largeur 2 m27 produit 28m74 à 8 f 25 le m ». (sic)

De plus, les jeunes bénéficiaient d'une cour avec préau - ce qui les isolait des autres détenus - et, luxe suprême, de latrines .

On n'avait pas oublié leur instruction. Ce qui était relativement exceptionnel en des temps où l'apprentissage de lecture et de l'écriture ne semblait pas une nécessité. On trouve aux archives une note (non datée) : une soeur de Charité de Sainte-Eulalie réclamait le remboursement d'un certain nombre de fournitures : du papier, des plumes avec de l'encre, des catéchismes et des alphabets ; elle n'oubliait pas « celui » qui enseigne aux enfants.

Dans ce monde étrange, il y avait aussi des filles (de moins de 16 ans au moment du délit) en 1822. Elles apparaissent au travers d'une lettre du président de la cour d'assises adressée au ministre de l'intérieur : il souhaitait un local adapté à ces enfants. En fait, ces jeunes étaient confondues avec les autres condamnées. Elles ne bénéficiaient d'aucune surveillance la nuit car les religieuses chargées de leur direction se retiraient le soir dans leur couvent.
Le magistrat s'inquiétait à juste titre; il semblait découvrir les dangers potentiels de cette situation. Aussi a-t-il envisagé de ne plus faire usage de l'article 66. Le ministre quant à lui, proposait le placement chez un artisan, moyennant rétribution. Une mesure qui avait été adoptée avec succès dans d'autres départements. Il n'y a pas trace dans les documents consultés de la suite de cette affaire.

Un visiteur, un témoignage
En septembre 1833, le Fort du Hâ a reçu Léon Faucher. Ce n'était pas un prisonnier mais un jeune homme, journaliste de son état. Il s'intéressait, comme nombre de gens bien intentionnés à cette époque à la question pénitentiaire. On débattait : comment créer la meilleure prison possible qui soit à la fois punitive, dissuasive et éventuellement efficace ? L'argument économique tenait sa place bien entendu. Quel était son projet en entrant dans le Fort du Hâ ? Confirmer ou infirmer une hypothèse ? Toujours est-il qu'après une visite, qui se rapprocherait d'une inspection, il a publié ses impressions dans les colonnes d'un journal « La Gironde ». Un témoignage (partial ?) qui complète le vide des archives relatif à cette période et à ce lieu. Un style, éloigné de la langue de bois de l'Administration.

« Le château du Hâ est une vraie prison du Moyen-âge ; on l'a établie dans l'enceinte à demi-renversée de l'ancien fort. Les prisonniers sont logés moitié dans les vieilles tours, moitié dans des bâtiments délabrés, espèces de galeries intermédiaires de construction plus moderne... » écrivait-il. En d'autres termes on avait bricolé à droite et à gauche sur de vieilles pierres afin d'adapter au mieux les lieux à l'hébergement de populations disparates.

Concierge, un rôle difficile à tenir :
   il fixe les heures de lever et de coucher,
   il détermine les obligations des détenus, les corvées et les punitions,
   il a aussi la responsabilité de l'intendance,
   il procure du travail aux condamnés.
Par ailleurs, « un homme simple, plein de bonnes intentions et qui adoucit par son caractère ce qu'il y a de trop dur dans ses fonctions »
Il n'a pas fonction de directeur, ce n'est qu'un geôlier. « il doit refaire la loi tous les jours ».

Le personnel ou intervenants :
Deux sœurs de charité qui viennent dans la journée et repartent le soir (elles tiennent l'infirmerie et s'occupent des femmes)
   Un médecin : il passe le matin
   3 gardiens
   un aumônier
Le corps de garde dont un factionnaire sur une plateforme élevée à 3 m du sol. Une sentinelle dans chaque cour la nuit et 30 hommes à la porte de la prison.

Population en septembre 1833  :
   72 prévenus ou condamnés militaires,
   160 prisonniers civils dont 24 femmes,
   10 enfants,
   3 détenus pour dettes et 4 aliénés

De fait aucune règle n'est appliquée. Par sécurité, on ferme à clé les dortoirs à 6 heures du soir. « Les plus faibles se voient ainsi à la discrétion des plus forts ; pendant 12 heures, la prison est en république. Tout le système consiste à faire bonne garde, pour éviter les évasions et tout va bien si le concierge en comptant le matin les détenus retrouve le nombre de la veille ». Les détenus ont la possibilité de travailler, (ouvrages de paille, tresses en cheveux pour les hommes, tricot et couture pour les femmes). Mais il n'y a pas toujours de l'ouvrage et parfois le paiement ne suit pas. Léon Faucher a été impressionné par les conditions de vie imposées aux détenus : les cachots il y en a (il y a une description assez horrifique de ces lieux, en sous-sol des tours) avec de la paille humide bien entendu. Au Fort du Hâ, il n'y a pas de lits (sauf à l'infirmerie , dans les chambres de pistole1 et dans l'appartement du concierge où peuvent loger, moyennant pension, les prisonniers politiques) . Les militaires couchent sur des grabats ou à même le sol sur de la paille. Petites chambres ; plancher troué, l'inévitable baquet. Une odeur détestable. L'hiver, ils ne peuvent se réchauffer. « Le vent entre partout, de chaque porte, il ne reste que la moitié, point de vitrage, les volets sont mal joints. Pendant longtemps, on ne grimpait dans un de ces étouffoirs qu'à l'aide d'une échelle ; dans un autre le contrevent était brisé, la fenêtre est restée ouverte de décembre à février. ». Les civils, condamnés ou prévenus ne sont pas mieux lotis.

Quant au quartier des femmes, « C'est l'enfer de la prison. Une cour et un dortoir. Tous les jours et pendant 24 h il faut que les prévenues habitent avec les condamnées et celles qui ont un peu de pudeur avec les créatures les plus éhontées. Bien peu y résistent La violence fait ce que la persuasion ne fait pas, car elles couchent souvent trois dans le même lit. Deux soeurs de charité gardent pendant le jour cette foule indisciplinée avec un cachot pour auxiliaire. » « La nuit, il n'y a plus de surveillance pour personne, on boucle l'infirmerie, on isole les dortoirs, on boucle la cage des aliénées ; il ne reste plus qu'une sentinelle à la porte de la cour pour avertir le concierge si le vacarme que font les détenues devient trop éclatant. Quelquefois, ce sont des batailles acharnées, plus ordinairement des orgies qu'elles seules pourraient nommer. On ne saurait douter que le voisinage des hommes n'ajoute à l'emportement de ces bacchantes »
Une petite infirmerie bruyante et entre le dortoir et l'infirmerie, la cage aux folles : la « loge des aliénées fermée par une grille en bois ». Léon Faucher y a vu une malheureuse accroupie sur la paille.
Dans l'enceinte du Fort, on trouve une infirmerie, très propre ; mais insuffisante pour traiter les divers maux dont souffrent les résidents : pas de salle de bains en particulier, ni de cour pour les convalescents. A partir de 5 heures du soir, il est impossible d'obtenir le moindre secours.
Il y a toujours la chapelle bien entendu et son aumônier.

Où sont donc les « enfans » ? Ils sont toujours logés à la Poivrière. Les bâtiments ont vieilli. « Le quartier des enfants est une autre espèce de cachot. Ils ont pour se promener une cour étroite près d'une étable à porcs et pour dormir un donjon percé de quatre ouvertures dans l'intérieur duquel règne un lit de camp vermoulu. Ils n'évitent la vermine qu'en étendant de la paille sur le carreau. Quant au froid, ils ne l'évitent pas ; autant leur vaudrait de coucher en plein air. La nuit comme le jour les jeunes sont livrés à eux mêmes et l'on s'étonne de leur corruption précoce ! Pourtant ces figures annoncent l'intelligence, toutes pâles qu'elles soient de souffrance et de débauche. Il y avait là plus d'un naturel heureux que l'éducation eut développé. Mais quelle éducation que celle des prisons ! on ne leur donne ni travail ni enseignement : la plupart ne savent pas lire, ils vivent là comme ils vivaient sur le pavé où on les a pris, dans l'ignorance et dans l'oisiveté.
Leur unique occupation est de lancer des pierres dans les cours voisines pour exciter les cris et se donner la joie de quelque désordre ».
Léon Faucher, lors de sa visite a trouvé deux enfants « que l'on envoie par manière de punition, s'instruire à l'école des forçats » dans une cour spéciale destinée aux condamnés aux fers ; ils partagent le lieu avec un « fou furieux qui avait plus besoin de douche que de chaîne ».

Quelle était la durée du séjour des « enfans » ? Des années ? On n'ose y croire. Les adultes ne faisaient en ces lieux que des séjours de courte durée, 2 mois en moyenne pour les civils, un mois pour les militaires.
« Dans cette marche permanente, la population se renouvelle, le foyer de corruption ne s'éteint pas ».

Laissons Léon Faucher conclure : En ce qui concerne les prisons départementales « on les abandonne aux administrations locales qui les livrent elles-mêmes la plupart du temps à un geôlier ignorant et brutal. On y verse pêle-mêle les prévenus et les condamnés, les mendiants, les vagabonds, les aliénés, les hommes, les femmes, les enfans. Point de distinction de crimes, ni de peines, de sexe ni d'âge. Tout cela vit ensemble comme une famille attablée au vice. Point de travail qui face diversion, l'oisiveté les ronge : ce sont des auges à pourceaux. Ajoutez l'insalubrité des lieux ; car on ne batit guère pour ces hôtes de passage et la prison s'établit tant bien que mal dans quelque donjon en ruine ou dans quelque couvent. La surveillance est nulle ; l'administration c'est la volonté de l'homme qui ouvre et qui ferme les portes. Quatre murs bien clos, un porte clé avec ses gardiens à l'intérieur ; en dehors un poste de soldats ; plus le pain de l'entrepreneur pour nourriture, et un peu de paille pour lit ; voilà ce qui constitue la prison. Cela fait , les magistrats de l'endroit peuvent dormir tranquilles, comme s'ils venaient d'assurer le repos de la société »

Les travaux de démolition du Fort du Hâ et la construction du palais de Justice ont débuté en 1835.
Qu'en a-t-il été des « enfans » ? Les garçons ont été pris en charge dorénavant par la « Maison correctionnelle Saint-Jean » qui a ouvert ses portes en 1837, rue de Lalande. Quant aux jeunes filles, elles ont été orientées vers le Pénitencier pour filles de Sainte Philomène, rue Mercière .
Mais ceci est une autre histoire.
Par Girondine.

http://www.cahiersdarchives.fr/publications/justice/justice_fortduha.htm

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MessageSujet: Les enfants des Vermiraux   Jeu 9 Juin 2016 - 16:29

Les enfants des Vermiraux

À la Une de L’Heure du crime, un procès historique, pourtant largement oublié aujourd’hui. C’était il y a un peu plus d’un siècle. Pour la première fois la justice prenait fait et cause pour des enfants martyrs !

C’est l’histoire d’une révolte d’enfants de l’assistance publique, victimes de sévices et de mauvais traitements, qui vont littéralement saccager, le 2 juillet 1910, l’Institution des Vermiraux, situé à Quarré-les-tombes, dans le Morvan, à quelques kilomètres d’Avallon.

Ce sanatorium pour enfants malades était devenu un véritable bagne pour les orphelins et les enfants difficiles qui lui étaient confiés...

http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/les-enfants-des-vermireaux-7783578593

Bonne écoute.    queen

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MessageSujet: Au coeur de l'Histoire   Jeu 9 Fév 2017 - 19:42

Le bagne des enfants

Aujourd’hui, Franck Ferrand nous plonge dans l’atmosphère des bagnes pour enfants. Son récit porte sur l’un des plus célèbres mineurs emprisonnés du XXème siècle : le futur écrivain Jean Genet. Il nous emmène ensuite, avec son  invité Pierre Michel, à Belle-Ile pour évoquer la célèbre colonie pénitentiaire et la grande révolte des enfants de 1934. Belle-Ile, c’est aussi des paysages qui comptent parmi les plus beaux de France : le Bellilois d’adoption Olivier Josse, est là pour nous en parler à partir de 15h.

http://www.europe1.fr/emissions/au-coeur-de-l-histoire/acdh-lintegrale-le-bagne-des-enfants-09022017-2973782

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