La Veuve

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 Joseph-Marius Martini - Eugène Dexemple - 1892

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Adelayde
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MessageSujet: Joseph-Marius Martini - Eugène Dexemple - 1892   Sam 20 Aoû 2011 - 17:23


Joseph-Marius Martini et Eugène Dexemple, les bandits de Montpellier

Je trouve cette affaire très intéressante : la presse de l’époque pose la question de la légitimité du droit de grâce présidentiel sous la troisième république et s’attache à analyser les phénomènes de foule à l’occasion des arrestations et des exécutions capitales.



Les Bandits de Montpellier

Nos lecteurs sont au courant du drame épouvantable qui s'est déroulé à la prison de Montpellier dans la nuit du 28 au 29 décembre dernier.
Quatre détenus, bandits de la pire espèce, les nommés Martini, Dexemple, Baze et Magnères, se sont évadés après avoir étouffé et pendu un de leurs codétenus, Hortet, qui les gênaient dans l'exécution de leur projet, et étranglé un gardien, M. Lambert, qu'ils ont surpris pendant qu'il sommeillait dans son poste.
Une véritable battue fut immédiatement organisée dans la région pour retrouver lés évadés. Deux d'entre eux, Martini et Baze, furent arrêtés le lendemain dans les environs de Celle.
Une foule évaluée à 5,000 personnes, les attendait à l'arrivée du train à Montpellier. Quand ils ont paru enchaînés comme des fauves, les habits déchirés, pieds nus et escortés de nombreux gendarmes, la foule s'est ruée sur eux en criant : À mort !
À un moment donné les gendarmes ont été bousculés et les détenus frappés. C'est avec de grandes difficultés que la force armée a pu enfin gagner un omnibus et y loger les deux bandits, mais les chevaux n'ont pu marcher qu'au pas.
Dans le trajet de la gare à la maison d'arrêt, l'omnibus a été plusieurs fois arrêté et escaladé. Enfin les portes de la prison se sont refermées devant la foule qui, pendant longtemps encore, a continué à pousser des cris de mort.
Dexemple a été arrêté le lendemain. À son arrivée les mêmes scènes se sont reproduites. Quant à Magnères, il est toujours introuvable.
Notre dessin représente : 1° Les bandits étranglant leur codétenu et le pendant; 2° Les mêmes assassinant le gardien ; 3° L'arrivée des évadés enchaînés à la gare ; la foule surexcitée poussant des cris de mort et entourant l'omnibus qui les conduit à la prison.

Le Progrès illustré, 10 janvier 1892

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Arrestation des deux principaux inculpés. - Devant la prison de Montpellier. – Les assassins assaillis par la foule.

Montpellier, 30 décembre.
Les deux principaux inculpés dans le crime et l'évasion de la maison d'arrêt, Martini et Baze, sont arrêtés.
C'est dans la commune de la Peyrade, près de Cette, que cette arrestation a eu lieu.
Une foule évaluée à cinq mille personnes attendait l'arrivée des deux évadés par l'express de dix heures.
Quand Martini et Baze, enchaînés comme des fauves, ont paru, les habits déchirés, les pieds nus, et escortés de nombreux gendarmes, la foule s'est ruée sur eux en criant « A mort ! »
Un moment, les gendarmes ont été bousculés, les détenus frappés et on craignait que la foule ne leur fît un mauvais parti.
C'est avec de grandes difficultés que la force armée a pu enfin gagner un omnibus et y loger les deux bandits, mais les chevaux n'ont pu marcher qu'au pas.
Dans le trajet de !a gare à la maison d'arrêt l'omnibus a été arrêté plusieurs fois et escaladé.
Enfin, les portes de la prison se sont refermées devant la foule qui n'a pas cessé de stationner sur la place du Palais de justice, en continuant à pousser des cris de mort…

La Presse, n° 1 303 du 1er janvier 1892

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On nous télégraphie de Montpellier que Martini et Dexemple, les deux condamnés à mort de la maison d'arrêt, ont joué hier aux cartes pour décider lequel des deux marcherait le premier à l'échafaud. C'est Dexemple qui a perdu.
C'est le cas ou jamais de dire qu'il paiera d'exemple.

Le Gaulois, n° 3 476 du 22 mai 1892

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Rejet de pourvois

Dans son audience d'hier, la chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté les pourvois de Martini et Dexemple, condamnés à la peine mort, le 19 mai dernier, par la cour d'assises de l'Hérault, pour assassinat.

La Presse, n° 35 du 25 juin 1892

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Exécution de Martini

M. Deibler à Montpellier. - Le crime du condamné. - Le mécontentement de la foule. – Le réveil. - L'exécution. – Expériences à la faculté de médecine.
Montpellier, 23 juillet.

Martini a été exécuté ce matin à Montpellier.
L'assassinat commis par Martini date du 28 décembre dernier. Afin de s'échapper de la maison d'arrêt de Montpellier où ils étaient détenus, Martini et Dexemple tuèrent le gardien Lambert et pendirent à un barreau de sa cellule leur codétenu Hortet qui refusait de les suivre. Puis, ils s'évadèrent en compagnie de deux « camarades » Baze et Magnyères.

Martini et Dexemple furent condamnés à mort le 19 mai. Baze et Magnyères en furent quittes avec les travaux forcés à perpétuité. Il se sera donc écoulé soixante-trois jours entre le jugement et l'exécution.

M. Deibler et ses aides, arrivés hier, à sept heures, étaient attendus à la gare par une foule tapageuse évaluée à 15 000 personnes environ. C'est à grand'peine que la voiture qui les transportait, entourée, envahie, parvint à se rendre au palais de justice. Toute la nuit, des trains venant de toutes les directions amenaient des foules de curieux, dont on peut évaluer le nombre à 10 000. Des trains supplémentaires avaient dû être organisés à Cette et à Lunel.

À trois heures vingt-cinq minutes, le directeur des prisons, M Richard, accompagné du gardien-chef, a procédé au réveil de Martini et de Dexemple on leur disant de s'habiller, ce qu'ils ont fait inconsciemment. Ensuite Dexemple a été conduit dans une autre cellule.

Pendant ce temps M. Daniel, avocat général, accompagné du docteur Vigoureux, du procureur de la République, du juge d'instruction et du greffier, entre dans la cellule de Martini et lui annonce le rejet de son pourvoi et de son recours en grâce.
- Je m'y attendais, répond le condamné sur un ton de résignation.
- Avez-vous des révélations à faire ?
- Tout ce que j'ai dit est l'exacte vérité ; je n'ai jamais touché à un cheveu du gardien.
- Avez-vous quelque chose à faire dire à vos parents ?
- Je verrai l'aumônier pour cela.
Ce dernier est alors appelé et il exhorte Martini à mourir avec courage.
- Je subirai ma peine avec courage, répond le condamné, mais c'est Manières et les autres qui sont les plus coupables.
On lui offre alors un verre de rhum qu'il accepte et une cigarette qu'il ne fume qu'à moitié. Durant la toilette, il demande pardon à tous et apercevant le médecin de la prison il le remercie de toutes ses bontés.

Pendant que ces lugubres préparatifs s'achèvent, on va annoncer à Dexemple sa grâce, il ne peut que balbutier : merci, merci.

À quatre heures cinq, le cortège arrive sur le lieu du supplice, place de l'Hôpital Général, à environ 500 mètres de la prison. Martini descend du fourgon, il est blanc comme un linge, mais ferme sur ses jambes ; ses regards ne quittent pas la foule qu'il salue à plusieurs reprises.
À quatre heures six, justice est faite.
L'exécution terminée, la foule a essayé de percer le cordon des troupes. Le commissaire central a dû faire les trois sommations et on a pu craindre un instant qu'elles ne fussent inutiles. Plusieurs arrestations ont été opérées. On ne saurait s'imaginer l'exaspération de cette foule compacte hurlant et réclamant la mort des deux condamnés ou la grâce des deux. Une seule de ces arrestations a été maintenue, celle d'un individu qui a frappé un soldat d'un coup de couteau, sans gravité d'ailleurs.

M. Deibler et ses aides sont partis à neuf heures pour Lunel, afin de se soustraire à la curiosité publique. Ils attendront dans cette ville l'express de onze heures. Le fourgon des bois de justice ne partira que demain.

Le corps de Martini, après un simulacre d'inhumation, a été transporté à la Faculté de médecine, où il est arrivé à quatre heures cinquante. Des expériences ont été faites sur le cerveau du supplicié par M. le doyen Mairet et M. le professeur Jaume, qui n'ont rien trouvé d'anormal dans la constitution de cet organe, dont le poids est de 1,262 grammes. Des expériences ont été faites sur le cœur par MM. les professeurs Gilis et Hédon, qui ont obtenu des battements vifs et assez prolongés, après une injection de sang de chien défibriné.
Ces messieurs préparent sur ces expériences un travail très complet, qui sera communiqué la semaine prochaine à l'Académie de médecine de Paris.

La Presse, n° 64 du 24 juillet 1892

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Exécutions capitales

II y a des jours où l'actualité a des cruautés. Aujourd'hui est de ceux-là, car, que dire en ce moment sinon les pérégrinations de M. Deibler et de ses sinistres instruments de travail.

Monsieur de Paris est évidemment l'homme du jour, et l'on comprend que, suivant le mot de Grosclaude, il ait été proposé pour la décollation… pardon, la décoration. En trois jours, l'exécuteur des hautes-œuvres à trois fois rempli son office sans compter que précédemment, il avait eu pas mal à faire.
Vraiment, M. Carnot ne laisse pas chômer le bourreau et, si l'ouvrage n'est pas bien fait, celui-ci ne pourra pas raisonnablement alléguer, comme sous de précédents régimes, que l'indulgence présidentielle lui fait manquer… d'entraînement.

Après Ravachol, - ce fut une rude journée, - Communal, pais Tardieu, et, hier Martin ont passé sous !es fourches caudines du justicier. Est-ce un bien, est-ce un mal et y a-t-il lieu vraiment de se féliciter de ce que, chez un peuple civilisé, la peine de mort prenne une extension presque quotidienne, il ne m'appartient pas de le dire. Dans ces questions, chacun juge avec sa personnelle sensibilité et les avis ainsi formulés n'ont aucune valeur, ou bien ce sont alors de philosophiques discussions dont, après épuisement du sujet, ne jaillit jamais la lumière.
Ce qu’il import, suivant moi, de dégager de ces exemples offerts aux apprentis assassin, c'est à la fois l'inutilité et l'immoralité. J'ai dit en quelques lignes, lors de l'exécution de Ravachol, combien vain était l’espoir de tirer de ces malsaines exhibitions un salutaire exemple : il ne me paraît même pas qu’il soit bon que le public honnête, ou simplement curieux, ait le droit d'augmenter les tortures de l'agonie d'un misérable qui paie sa dette.

S'il faut en croire les rapports des correspondants de journaux, le nombre est considérable de ceux qui vont chercher des émotions à la contemplation da ce sinistre spectacle et en province surtout, paraît-il, la curiosité du public tient de la, frénésie.
J'avoue qu'à propos de l'exécution d'hier, j'ai éprouvé un sentiment de réel dégoût en lisant les lignes suivantes :
« Toute la nuit, des trains venant de toutes les directions amenaient des flots de curieux dont on peut évaluer le nombre dix mille. Des trains supplémentaires avaient dû être organisés à Cette et à Lunel. »
II n'y a pas à dire, cette information ne peut être controversée, elle émane d'une source essentiellement sérieuse et sûre. Eh bien, je trouve qu’il y a là un véritable danger social. Il n'est pas admissible que des gens viennent spécialement et comme à une fête, se réjouir de l'effusion du sang. Proclamons tout de suite alors que la civilisation raffinée confine au cannibalisme et organisons des trains de plaisir pour conduire la foule à ces manifestations sanguinaires.
Ce n’est pas tout. II y a en dehors de l'inconvénient moral, un inconvénient matériel. Il est possible que la foule présente ne sanctionne pas toujours l'arrêt qui va recevoir son exécution : de là des démonstrations qui peuvent à certain nomment dans certaines circonstances nuire au prestige de la justice et attenter au respect que l'on doit à la chose jugée.

Hier, sans aller plus loin, de déplorables scènes ont eu lieu à Montpellier. Le public a bruyamment manifesté et a franchi le cordon de troupes qui défendait l'enceinte.
Un soldat même a reçu un coup de couteau. Ce sont là des conséquences immédiates et inévitables de la publicité donnée aux exécutions capitales. Je ne puis admettre qu'on ne trouve pas le moyen de remédier à cet état de choses. Sans aller jusqu'à croire que l'on doive supprimer la guillotine et la remplacer, comme le propose M. Jules Simon, par l'usage de l'eau de Seine pour les condamnés, j'estime que la morale gagnerait à ce que la sinistre machine de M. Guillotin soit entourée d'une certaine discrétion.

Henri Brémontier - La Presse, n° 64 du 24 juillet 1892

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À travers la politique

Les déplacements de M. Deibler. – L'exécution de Martini et la grâce de Dexemple. - Le droit de grâce sous l'ancienne monarchie et sous la République.

La presse continue à s'émouvoir des déplacements multipliés de M. Deibler et de sa machine. Nous le répétons, c'est là une simple tactique des partisans de l'abolition de la peine de mort.

Il ne faudrait cependant pas faire flèche de tous bois. L'abolition de la peine de mort est une opinion que nous comprenons sans la partager ; encore faut-il la soutenir avec des arguments qui tiennent debout. Il y a dans les diverses prisons de France une demi-douzaine de chenapans bien et dûment condamnés par toutes les juridictions compétentes, auxquels le président de la République, dans la plénitude de son droit, a refusé de faire grâce ; M. Deibler, exécuteur des arrêts criminels pour toute la France se met en route et dans une tournée règle ce compte sanglant.

Eh bien, qu'y a-t-il là d'extraordinaire ?

C'est la succession rapide de ces exécutions qui vous émeut ? Moins rapprochées, elles vous laisseraient froids ? Alors, nous cessons de comprendre.

Cette tournée de Deibler a soulevé une seconde question que nous trouvons autrement intéressante. Il s'agit précisément du droit de grâce attribué au président de la République.

Le prédécesseur de M. Carnot, systématiquement, en haine de la peine de mort, graciait dans la très grande majorité des cas, et l'on voyait bénéficier de la clémence présidentielle d'abominables scélérats indignes de toute pitié. Cette clémence voulue avait valu à M. Grévy une popularité spéciale dans l’armée du crime : il y était connu sous le surnom familier et significatif de Père gratias.
Son successeur s'est montré, et nous l'en louons, infiniment plus réservé dans l'exercice de cette prérogative régalienne. M. Carnot a pensé que la peine de mort étant inscrite dans notre code, il n'était pas permis à celui qui n'est que le premier serviteur de !a loi de tourner celle-ci.

Ces jours derniers, à Montpellier, devaient être exécutés Martini et Dexemple, qui s'étaient évadés de la prison de Montauban après avoir tué un gardien et un de leurs camarades qui s'était refusé à s'associer à leur aventure.

La peine de Dexemple a été commuée par décision présidentielle et Martini a été seul exécuté au milieu des protestations des assistants qui, tenant les deux condamnés pour également coupables, réclamaient pour tous deux l'égalité de la clémence ou celle du châtiment.

Nous savons ce qu'il y a de téméraire dans l'opinion des foules, et nous savons aussi que le chef d'État n'use de sa prérogative qu'en se conformant aux indications de la commission des grâces qui siège au ministère de la justice. Par conséquent M. Carnot a eu certainement pour gracier Dexemple des raisons valables dont il n'est pas, d'ailleurs, obligé de faire confidence au public, et ces raisons ce n'est pas, comme on l'a dit, parce que Dexemple était de bonne famille et le propre fils d'un haut fonctionnaire de la Préfecture de police.

Cela dit, nous ne voyons pas quel intérêt peut avoir le président de la République à conserver cet attribut essentiellement monarchique.

Il avait sa raison d'être sous l'ancien régime : jadis on rendait la justice au nom du chef de l'État qui était roi, aujourd'hui on ne la rend pas au nom du chef de l'État qui est président, on la rend au nom du peuple français, ce qui est bien différent.

En outre, ce droit de grâce faisait partie de l'omnipotence royale, le Roi, considéré comme le représentant de Dieu, avait comme lui le droit de faire tomber sa grâce sur qui il lui plaisait, sans avoir à en rendre compte à qui que ce fût. En un mot, cette prérogative entrait dans l'ensemble des privilèges de la royauté.

Aujourd'hui nous sommes en République, les attributions du chef de l'État sont des plus restreintes, le véritable souverain est le Parlement, personne ne pourrait le contester. Pourquoi donc le chef de l'État garde-t-il une prérogative qui jure avec la modestie de ses autres attributions. Ajoutez que l'usage qu'il fait de cette prérogative l'expose parfois à de fâcheuses critiques. Nous croyons d'ailleurs que M. Carnot y est pour sa part médiocrement attaché et qu'il ne serait point fâché qu'on l'en débarrassât.
Une bonne loi pourrait régler dans quelles conditions une commission parlementaire, substituée à l'initiative présidentielle, examinerait les recours en grâce des condamnés, exonérant ainsi le chef de l'État d'une responsabilité qui, dans les conditions où elle s'exerce, constitue un véritable anachronisme.

Michel Feutrier - La Presse, n° 68 du 28 juillet 1892


Dernière édition par Adelayde le Dim 1 Avr 2012 - 15:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Joseph-Marius Martini - Eugène Dexemple - 1892   Sam 20 Aoû 2011 - 17:57

J'aime bien le passage où le journaliste écrit: décollation pardon décoration. C'est de l'humour noir, ou je ne m'y connais plus ! lol!
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Adelayde
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MessageSujet: Re: Joseph-Marius Martini - Eugène Dexemple - 1892   Mar 23 Aoû 2011 - 11:37


Une seule des treize réponses reçues concerne l’affaire des bandits de Montpellier. Une affaire qui soulève par ailleurs deux questions importantes :
- celle de la légitimité du droit de grâce présidentiel sous la troisième république (régime parlementaire) ;
- celle des phénomènes de foule à l’occasion des arrestations et des exécutions.

Les douze autres réponses (réactions physiologiques des condamnés face à la guillotine) éloignent tellement du sujet… qu’on en oublie l’objet même. On les retrouvera donc sur nouveau sujet « Les réactions des condamnés face à la guillotine », forum « Tout ce que vous voulez » où il sera possible de poursuivre cet intéressant débat.
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MessageSujet: Affaire Marius Martini-Montpellier 1892   Dim 15 Déc 2013 - 15:45

Tout nouveau sur un site que je fréquente depuis pourtant pas mal d'années je voudrais d'emblée saluer tous les passionnés de la Veuve.
Originaire de Montpellier,je me suis forcément intéressé à l'affaire Martini qui défraya la chronique judiciaire de cette fin du 19ème siècle et qui se termina fort mal pour le principal protagoniste de cette affaire puisqu'il fit connaissance avec Louis Deibler le matin du 23 juillet 1892.
J'ai pu voir il y a quelques années au musée anatomique de la fac.de médecine de la ville le moulage du visage de Martini après sa décapitation.Par contre je n'ai jamais vu une photographie de ce criminel(en existe t-il?)et,à part son nom je n'ai pas non plus de détails sur sa date et son lieu de naissance.Je m'en remets donc aux éminents experts du site pour tenter de palier ce manque.
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MessageSujet: Re: Joseph-Marius Martini - Eugène Dexemple - 1892   Dim 15 Déc 2013 - 16:13

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MessageSujet: Re: Joseph-Marius Martini - Eugène Dexemple - 1892   Dim 15 Déc 2013 - 16:23

http://guillotine.voila.net/Palmares1871_1977


Recherchez à Montpellier et vous trouverez quelques anecdotes sur cette affaire...

Un voisin (de Clapiers)... Cool 
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mitchou34
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MessageSujet: Affaire Marius Martini-Montpellier 1892   Dim 15 Déc 2013 - 21:12

La photo du début du siècle dernier libellée comme la "Maison centrale" de Montpellier ne représente pas l'édifice carcéral d'où se sont évadés Martini et ses complices.Il s'agit en fait de l'ancienne prison de femmes de cette ville dont la plus célèbre pensionnaire fut MME Lafarge.Cet édifice existe encore aujourd'hui et sert à diverses associations culturelles de la ville.
La prison(désaffectée) où à eut lieu le drame qui nous occupe existe également,elle jouxte la cour d'assises, et se situe à environ 1 kilomètre de l'ancienne prison de femmes.
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Adelayde
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MessageSujet: Re: Joseph-Marius Martini - Eugène Dexemple - 1892   Dim 15 Déc 2013 - 21:32

Merci pour ces précisions, mitchou34.

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Nemo
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MessageSujet: Re: Joseph-Marius Martini - Eugène Dexemple - 1892   Dim 15 Déc 2013 - 22:27

Joseph Marius Martini, fils de Giambattista Martini, tailleur d'habits originaire de Cunéo (Coni - Piémont) et d'Antonietta Galliano, couturière, a vu le jour le 13 janvier 1869 à Toulon (Var).

En ce qui concerne la prison d'où Martini et Dexemple tentèrent de s'évader, elle figure dans la liste récemment modifiée des maisons d'arrêt de France.

http://prisons.voila.net/Prisons.HTML

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"C'est par ma seule volonté que mon esprit se meut. C'est par l'élixir de Sapho que ma pensée s'accélère. Les lèvres se tachent, les taches deviennent mise en garde. C'est par ma seule volonté que mon esprit se meut."
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MessageSujet: Affaire Marius Martini-Montpellier 1892   Lun 16 Déc 2013 - 9:47

Merci Nemo pour ces précisions à propos de l’état civil de Martini;j'en sais désormais plus sur ce condamné.
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MessageSujet: Re: Joseph-Marius Martini - Eugène Dexemple - 1892   

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