La Veuve

Forum consacré à l'étude historique et culturelle de la guillotine et des sujets connexes
 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 Joseph Gagnier, dit "Gagny" - L'assassin de la Gloire-Dieu - 1885

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Adelayde
Admin
Admin
avatar

Nombre de messages : 5595
Localisation : Pays d'Arles
Date d'inscription : 02/03/2009

MessageSujet: Joseph Gagnier, dit "Gagny" - L'assassin de la Gloire-Dieu - 1885   Lun 16 Mai 2011 - 19:07

Joseph Gagnier, dit "Gagny" - L'assassin de la Gloire-Dieu

Les faits

Déjà acquitté par les assises dans une affaire de meurtre sur un garde-chasse en 1878. Le 21 janvier 1885, tue Adérit Delahache et sa mère, ainsi que la servante Célestine Beauvallet, avec l'aide de son complice Aimé Arnoult, condamné à perpétuité.
Condamné à mort le 17 mai 1885, exécuté le 2 juillet 1885 à Troyes.

Source : « Guillotine », l’excellent site de Sylvain Larue (Nemo)
http://guillotine.voila.net/Palmares1871_1977.html

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Le Crime de La Gloire Dieu

La Gloire Dieu, c'était et c'est encore une ferme auboise, située non loin de Courteron en direction de Mussy. On y accède par un chemin qui quitte la nationale 71 et franchit la Seine par un pont aujourd'hui métallique. On peut apercevoir les bâtiments depuis la route.
Les premiers occupants connus de ce lieu furent les moines Trinitaires vers 1230. C'est en 1791 q'un fermier du nom de Lucron vint s'installer sur les 41 hectares du domaine.

Le crime, ou, plus exactement, les crimes, c'est l'assassinat de trois personnes. Pourquoi, moi, Jean-Jacques Gublin, me suis-je intéressé à cette affaire ? La famille Delahache, victime principale de ce crime est originaire de Loches sur Ources, plus précisément était propriétaire de la maison où je vis actuellement et où je suis né.
Monsieur Adérit Delahache, une des victimes y est né aussi en mai 1836, près de cent ans avant moi. Mon arrière grand-père, Henri Gublin, que j'ai bien connu, a acheté cette maison en 1920 des mains d'un notaire d'Essoyes.
Un peu de généalogie en passant :
Adérit Delahache était le fils de Nicolas Delahache 1800 - 1867 et de Jeanne Euphrasie Fortier Maire 1807 - 1885 (date du crime), tous deux originaires de Loches sur Ources. Ils s’y marièrent le 11 janvier 1825. Le grand père d'Adérit Delahache, Jacques Delahache, était déjà propriétaire à Loches avant 1790.

Parlons du "crime". Le soir du 21 janvier 1885, deux malfrats, on saura plus tard qu'il s'agissait de deux habitants d'Essoyes, Gagny et Arnoult, viennent rendre visite aux Delahache dans le but de les assassiner et de les voler. Ce qu'il feront et assassinent aussi la servante, Célestine Beauvallet qui a 23 ans, et solide femme dit-on.
C'est Isidore Dubreuil, berger à Courteron, qui découvre les victimes le matin du 22 janvier en apportant les journaux à Monsieur Delahache. Il s'enfuit et rencontre Monsieur Collin de Courteron qui passait sur la route. Ils reviennent ensemble et constatent l'horreur des crimes, puis font prévenir la gendarmerie de Mussy. Tout d'enchaîne alors. De Bar sur Seine arrivent le procureur de la République, le juge d'instruction, le lieutenant de gendarmerie, le docteur Carreau et... la foule des curieux.

Il y a des suspects, plusieurs. Ils sont surveillés et très vite, deux d'entre eux sont confondus. Les dépenses hors mesure des deux personnages seront déterminantes pour faire avouer Arnoult et son épouse. Mais Gagny niera absolument tout, même au pied de l'échafaud.
Les témoignages, l'enquête et plus tard les aveux d'Arnoult, permettent de retracer la chronologie et l'horreur de ces trois crimes.
Pour Adérit Delahache, c'est le crâne défoncé par une canne plombée que Gagny avait spécialement fabriquée. Pour Célestine Beauvallet, c'est l'étranglement-étouffement et pour la vieille mère d'Adérit, l'étouffement dans les draps de son lit, avec en plus une mise en scène naïve de blessures faites après le décès pour faire croire à un suicide suite à une tentative de viol ! Mais là commence peut-être la légende...

Les deux malfrats furent arrêtés avant la fin du mois de janvier. Gagny le fut à Lusigny.
Ils furent jugés et le 17 mai 1885 le verdict tombait :
Arnoult était condamné au bagne. Il mourut sur le bateau qui l'emmenait.
Gagny était condamné à la guillotine malgré ses dénégations, et la sanction fut appliquée le 2 juillet 1885 place de la Tour à Troyes.

Des énigmes demeurent...
Qu'est devenu le magot ? Si en dix jours nos deux compères ont dépensé beaucoup d'argent et payé beaucoup de dettes, il est resté quelque chose sur le montant du vol qui a été extrait du coffre de la Gloire Dieu et estimé à 150 000 francs en titres et en numéraires.
Cela correspond au prix de construction de l'église d'Essoyes nous dit Bernard Pharisien, historien et chercheur.
Première énigme qui engendre plusieurs légendes : Gagny a été vu (? !) acheter un saloir quelques jours avant le crime. Il y a donc enterré son magot, et cela dans le voisinage du Petit Clamart à Essoyes ! ! ! Légende pas morte parce que ces dernières années, des chercheurs s'y intéressaient encore !

Autre légende : Gagny avait de la famille qui voulait partir "aux Amériques". A-t-il financé ce projet ? Il n'en est pas moins vrai que le gouvernement a fait renforcer le contrôle des départs dans les ports en partance pour ces aventures.
Autre énigme : Celles de sang... On sait que Gagny et Arnoult ont préparé leur forfait pendant plusieurs mois, deux ou trois. Mais, dans l'année qui précéda le crime, il y eu deux assassinats inexpliqués de personnes sans fortune. On raconte dans les chaumières que Gagny aurait sollicité ces personnes, et, essuyant un refus, les aurait supprimées (témoins gênants)
Une chose est certaine, Gagny avait le même alibi à chaque fois, y compris pour le crime de La Gloire Dieu : il rentrait rapidement chez lui et jouait de la clarinette fenêtres ouvertes pour que le voisinage atteste de sa présence.

Avant de tourner la dernière page de ce récit, sachons que Arnoult avait 32 ans, originaire d'Essoyes, il ne s'était jamais fait remarquer par la gendarmerie.
Quant à Gagny, de son vrai nom Gagnier Joseph, il avait 54 ans et était né en 1831 à Saint-Mihiel en Meuse. Il avait déjà été inculpé dans l'assassinat d'un garde forestier au Haut-Chêne près de Lusigny.

Jean-Jacques GUBLIN

Sources : Journaux de l'époque : "Le Petit Troyen"
Ouvrages de Jean Daunay, historien, chercheur, écrivain (La complainte du crime de La Gloire Dieu, les écrits d'Alexandre Raguet)
Témoignages recueillis auprès de contemporains, en particulier celui de Marcel Cousin qui avait dix ans au moment du crime


http://www.amicale-genealogie.org/Histoires_temps-passe/Crime_de_la_GloireDieu.htm


°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

L'Exécution de Gagny à Troyes

Notre correspondant particulier à Troyes nous adresse la dépêche suivante :

Troyes, 1er juillet.
Gagny, l'auteur du triple assassinat commis à la ferme de la Gloire-Dieu, sera exécuté demain matin.
Son- pourvoi en cassation avait été rejeté il y a une quinzaine de jours.
M. Deibler, le bourreau, est arrivé ce matin à six heures à Troyes avec les bois de justice.
L'exécution aura lieu sur la place de la Tour, derrière la prison.

Le Petit Parisien, n° 3 170 du 3 juillet 1885


°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

L’exécution de Gagny

Troyes, 2 juillet.
Ce matin a eu lieu l'exécution de Gagny, l'un des assassins de la Gloire-Dieu.
On se rappelle ce crime, commis le 21 janvier dernier : Gagny, aidé du nommé Arnoult, tua à coups de couteau M. Delahache et Célestine Beauvallet, sa servante, puis étrangla Mme Delahache mère.
Le 16 mai, la Cour d'assises de l'Aube condamna Gagny à la peine de morte et Arnoult aux travaux forcés à perpétuité.

Gagny dormait quand le gardien-chef de la prison est entré dans sa cellule.
Il a été réveillé.
- Gagny, lui a dit le gardien-chef, votre pourvoi en cassation a été rejeté et votre recours en grâce n'a pas été accueilli : tout est fini pour vous.
Le condamné s'est alors levé tranquillement.
M. Bondoux, juge d'instruction, lui a demandé s'il avait des révélations à faire, car Gagny avait toujours nié sa participation au triple crime.
Je ne suis pas allé à la Gloire-Dieu, a répondu sèchement le condamné, et je n'ai ni tué ni volé.
Il est resté impassible jusqu'au dernier moment.

L'échafaud était dressé sur la place de la Tour, derrière la prison.
Une foule considérable l'entourait.
Gagny est descendu de la voiture qui l'a amené sur le lieu de l'exécution soutenu par les aides du bourreau. Il a jeté un regard vers l'horrible machine. A ce moment, il était livide.
Le bourreau l'a poussé sur la bascule, le couperet s'est abaissé comme un éclair et la tête est tombée.

Pour la première fois, le corps du supplicié, au lieu d'être conduit d'abord au cimetière, a été directement dirigé sur l'Hôpital, où des expériences ont été faites immédiatement.
On sait que ces expériences ont pour but de rechercher si la sensation de la vie se prolonge chez l'homme après la décapitation.
Après les expériences, le corps de Gagny a été inhumé dans la partie du cimetière réservée aux suppliciés.
Ajoutons qu'outre Gagny, il y avait à la prison de Troyes deux condamnés à mort. L'un, le nommé Billioux, a assassiné un soldat du 37e régiment de ligne ; l'autre, le nommé Bonardi, a assassiné une personne qu'il avait prise par erreur pour un de ses ennemis. Ces deux condamnés ont reçu hier lecture de la décision du Président de la République commuant la peine capitale prononcée contre eux en celle des travaux forcés à perpétuité.

Le Petit Parisien, n° 3 171 du 4 juillet 1885
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Adelayde
Admin
Admin
avatar

Nombre de messages : 5595
Localisation : Pays d'Arles
Date d'inscription : 02/03/2009

MessageSujet: Re: Joseph Gagnier, dit "Gagny" - L'assassin de la Gloire-Dieu - 1885   Jeu 11 Oct 2012 - 13:54


La fin de vie d'Arnoux

Relevé dans "Histoires abominables" de Pierre Larousse (p. 282) :

(à l'énoncé du verdict) Arnoux, condamné aux travaux forcés à perpétuité, se mit à pleurer et remercier le jury ; Gagny, condamné à mort, resta impassible et goguenard, comme durant tout le temps des débats. Il fut exécuté sans s'être départi un seul moment de son système de défense. Arnoux mourut quelques mois plus tard, sur le navire qui le transportait à la Nouvelle-Calédonie.

_________________
"L’art est le cordon ombilical qui nous rattache au divin" - Nikolaus Harnoncourt
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
FEYDO
Condamné à mort


Nombre de messages : 3
Age : 48
Date d'inscription : 22/08/2014

MessageSujet: quelques infos   Dim 24 Aoû 2014 - 11:16

Bonjour à tous,

J'aimerais apporter quelques précisions sur cette affaire car j'ai travaillé sur les archives des crimes dans le cadre d'un livre.
Gagny est bien le cerveau de ce triple assassinat et son principal exécutant. En effet il a lui-même tué les trois personnes, sans doute aidé pour la servante Célestine Beauvallet par son complice Arnould. Ce dernier, considéré comme une force de la nature était destiné à ouvrir le coffre, ce qu'il a fait non sans difficulté.
Gagny a bien été exécuté le 2 juillet 1885 à l'aube sur la place de la Tour à Troyes, sans avoir jamais avoué ses crimes. Arnould, contrairement à ce que la presse a affirmé, n'est pas du tout mort pendant la traversée qui devait le mener au bagne de Nouvelle-Calédonie, car en interrogeant les archives d'Outre-mer à Aix en Provence, j'ai retrouvé la trace de son dossier : il est mort à l'île Nou le 28 août 1898 soit 13 ans après sa condamnation !!

Pour en savoir plus : Dominique Fey et Lydie Herbelot, Crimes et châtiments dans l'Aube, ed Guéniot,2008.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Adelayde
Admin
Admin
avatar

Nombre de messages : 5595
Localisation : Pays d'Arles
Date d'inscription : 02/03/2009

MessageSujet: Re: Joseph Gagnier, dit "Gagny" - L'assassin de la Gloire-Dieu - 1885   Dim 24 Aoû 2014 - 13:38

Bonjour Feydo, bienvenue parmi nous et merci pour cette importante précision   queen

_________________
"L’art est le cordon ombilical qui nous rattache au divin" - Nikolaus Harnoncourt
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Joseph Gagnier, dit "Gagny" - L'assassin de la Gloire-Dieu - 1885   

Revenir en haut Aller en bas
 
Joseph Gagnier, dit "Gagny" - L'assassin de la Gloire-Dieu - 1885
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Joseph Gagnier, dit "Gagny" - L'assassin de la Gloire-Dieu - 1885
» Marcellin Horneich - Joseph Keller
» Jean Dauga - l'assassin à la pèlerine - 1890
» Antoine-Joseph Albert - 1877
» Joseph-Antoine Deibler - un bourreau itinérant

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
La Veuve :: LES CONDAMNÉS À MORT-
Sauter vers: