La Veuve

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 La catastrophe minière de Courrières

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Gaëtane
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MessageSujet: La catastrophe minière de Courrières   Lun 16 Mai 2011 - 14:03

La plus importante catastrophe minière de France et d'Europe a eu lieu le samedi 10 mars 1906 entre Courrières et Lens. La compagnie des mines de Courrières exploitait alors le gisement du bassin minier du Nord Pas de Calais qui fournissait 7% de la production nationale de charbon.

Dès 6 h du matin, ce sont 1800 mineurs qui descendent dans les fosses. C'est alors que trois quart d'heure plus tard un violent coup de grisou suivi d'un coup de poussier dévaste 110 kms de galeries en moins de deux minutes...

Fosse N° 2 à Billy Montigny, fosse N° 3 à Méricourt et fosses 4/11 à Sallaumines.

Le choc est si fort que les cages ne peuvent plus circuler dans le puits N° 3. Des débris et des chevaux sont projetés à une hauteur de dix mètres sur le carreau de la fosse. Les secours s'organisent. Les mineurs travaillant dans les fosses non atteintes par l'explosion deviennent sauveteurs. Les ingénieurs pensent tout d'abord à sauver les installations avant de sauver les mineurs ensevelis au fond des fosses.

Après maintes discussions et colères vis à vis des ingénieurs, les mineurs sauveteurs parviennent à remonter quelques groupes de personnes à moitié asphyxiées par les gaz toxiques. Avec peine, ils atteignent le fond. Malheureusement, ce ne sont que des cadavres qu'ils découvrent, en partie déchiquetés.

Un bilan effroyable : 1 099 morts officiels.

Le 30 mars 1906, soit 20 jours après la catastrophe, 13 rescapés réussissent à retrouver le puits par leurs propres moyens. 20 jours d'errance dans le noir total sur des kilomètres. Ils sont remontés par le puits N° 2.

Le 4 avril 1906. Miracle ! Un 14ème survivant, mineur de fond à Sallaumines, est retrouvé non loin du puits N° 4 d'où il est remonté par ses sauveteurs.

Cette catastrophe a provoqué une crise politique et un mouvement social qui a débouché sur l'instauration du repos hebdomadaire.

NB : Le poussier est un ensemble de fines particules de poussière de carbone hautement inflammables présent durant l'exploitation des mines de charbon.


Auguste BERTHON, quatorzième survivant de la catastrophe





Sur le carreau de la mine....l'attente interminable


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Gaëtane
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MessageSujet: Re: La catastrophe minière de Courrières   Lun 16 Mai 2011 - 14:24

Extrait du Petit Journal Illustré du 25 mars 1906

Le mineur François Cerf, sauvé miraculeusement de la mort raconte les terribles péripéties de sa fuite à travers les galeries croulantes et les gaz asphyxiants :

« J'étais descendu à quatre heures du matin, dit-il, et je travaillais dans une galerie entre le puits 3 et le puits 2 avec une quarantaine de camarades, quand, à sept heures cinq, j'entendis comme un grand coup de canon qui ébranla tout autour de moi ; en même temps, des gaz infects sifflaient à nos oreilles. Nous nous sommes blottis tous dans une poche de galerie pour laisser passer la bourrasque.

Nous sommes restés là un temps que je ne saurais déterminer et, à tout instant, nous entendions le bruit d'écroulements qui nous arrivaient des diverses galeries.

Puis, nous nous sentîmes étouffer ; les gaz nous empoisonnaient ; alors le porion nous dit : « Mes enfants, si nous restons ici, nous allons mourir, il faut tâcher de sortir. »
Il se leva et nous l'avons suivi.

Des cadavres, il y en avait de tous côtés et des remblais et des débris de boisages. Mon fils venait derrière moi avec mon jeune neveu. Celui-ci s'étant senti faiblir, je l'ai pris sur mes épaules ; le porion allait devant. Il prenait une galerie, puis criait : « Arrière ! arrière ! les gaz envahissent ! »

Ainsi, nous avons tâtonné de sept heures du matin à quatre heures de l'après-midi. De temps en temps, l'un de nous tombait ; il ne fallait pas songer à lui porter secours, car nous nous sentions mourir et il s'agissait de sortir au plus vite. Le porion lui-même était tombé au fond d'une galerie en nous criant de nous sauver ; il est resté là-bas.

Enfin, je tombe sur les genoux, mon neveu toujours sur mes épaules ; je me traîne jusqu'à l'accrochage. Des camarades nous attendaient là. On nous entasse mourants sur les bennes et l'on nous ramène au jour.

Quand je repris mes sens, je m'aperçus que nous n'étions plus que vingt-quatre, et mon fils n'était pas là ! Pauvre petit, il est resté au fond ; il avait quinze ans ! »

Et l'homme pleurait toujours, silencieusement...



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Gaëtane
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MessageSujet: Re: La catastrophe minière de Courrières   Lun 16 Mai 2011 - 14:54



La vie, hélas ! n'est pas tout rose,
Et l'on ferme parfois les poings...
Mais pourquoi rêver à ces choses ?
Les malheurs en viendront-ils moins ?
Grèves ? Grisou ? Le coeur se serre
D'y penser... Bah ! qui donc a peur ?
Il va narguant deuils et misère,
Droit son chemin, le travailleur !

Fernand LEFRANC (Béthunes)


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CARNIFEX
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MessageSujet: Re: La catastrophe minière de Courrières   Mar 17 Mai 2011 - 19:20

On a du mal à imaginer les conditions de vie que cela pouvait être dans les mines à cette époque.

Les rescapés venaient littéralement d'échapper à l'enfer. Quel cauchemar. No

_________________
Potius mori quam foedari
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Gaëtane
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MessageSujet: Re: La catastrophe minière de Courrières   Jeu 19 Mai 2011 - 13:58


Bonjour Carnifex et à tous


Après m' être documentée sur le Net et dans d'autres archives, j'ai pu retracer, avec une certaine

émotion, les conditions dans lesquelles vivaient les mineurs de fond au cours du 19ème siècle.





Le travail de mineur n'a jamais été facile. On travaillait 6 jours sur 7, et selon les sociétés, de 10 à 15 heures par jour. Pas de congés payés, pas de sécurité sociale. Les conditions sanitaires étaient inexistantes engendrant toutes sortes de maladies. La température au fond pouvait varier de 20° à 350 mètres, et à presque 50° à 1 150 mètres dans une atmosphère poussiéreuse. Les accidents étaient courants et réguliers. Coups de grisou, éboulements, inondations... entraînant des dizaines, voire parfois des centaines de morts.

Les logements des familles de mineurs ne comprenaient qu'une seule pièce au rez-de-chaussée. Ces logements étaient assez petits, sans aucun confort. Par la suite, les patrons charbonniers firent construire des cités ouvrières afin d'avoir une main d'oeuvre plus fidèle. Souvent, ce n'étaient que des corons, mais dans certains cas, les ouvriers commencèrent à bénéficier d'un certain confort.
Plus de la moitié de leur alimentation était constituée de pain (entre autre pour le fameux briquet du mineur) ensuite, des pommes de terre et des légumes. On mangeait de la viande le dimanche, souvent des morceaux de deuxième choix.

Les divertissements étaient plutôt rares au 19ème siècle, car les 14 à 15 heures de labeur quotidien ne laissait pas beaucoup de temps pour s'amuser surtout avec le budget d'une famille de houilleur. La semaine, sur le chemin du retour, beaucoup d'hommes de fosses repassaient au cabaret. Mais le dimanche, c'est le repos. Les distractions étaient peu variées, le jardinage, la pêche, la messe ou le bistrot. Occasionnellement, il y avait les bals populaires, ainsi que des ducasses. Très populaires chez les prolétaires, on y retrouvait divers jeux dont les fameux mats de cocagne.

A cette époque, les cabarets pullulaient dans les rues, la moyenne était de 1 pour 30 habitants. Mais aux alentours des charbonnages, la concentration était plus forte. Les patrons n'appréciaient pas car, beaucoup de mineurs se rendaient dans ces cabarets en rentrant du travail, et certains y allaient avant d'aller travailler. Chaque année, plus de 20 000 personnes mouraient à cause de l'alcool, et dix fois plus étaient atteintes d'une maladie liée à l'alcoolisme. De nombreux accidents dans le fond étaient provoqués par des ouvriers ayant consommé de l'alcool. Sans compter, que ce fléau engendrait d’énormes problèmes au sein du foyer.

Les enfants travaillaient très jeune, en général vers 7 ou 8 ans. Parfois, pour les embaucher plus jeune, on trichait sur leur âge. On les affectait à de petites tâches mais pas moins dangereuses.
Les mineurs étaient en général peu disciplinés, les bagarres n'étaient pas rares, et les moeurs n'existaient presque pas. Les femmes travaillant au fond subissaient souvent "les assauts" de leurs collègues masculins et, ou de leur chef. Les viols n'étaient pas rares et donc les enfants illégitimes non plus.
Dans tous ces mineurs, beaucoup ont commencé à travailler très jeune à la mine, certains y ont travaillé très vieux aussi. Pour d'autres, la vie s'est arrêtée au fond, très tôt.

Des lois furent votées pour améliorer les conditions de travail.

1889 : interdiction de travail dans les houillères pour les enfants de moins de 12 ans.
1914 : interdiction de travail dans les houillères pour les enfants de moins de 14 ans.
1919 : interdiction de la vente d'alcool dans les lieux publics.
1936 : semaine des 40 heures, congés payés, salaires minima.



Quelques mots de vocabulaire relatifs aux mines de charbon au cours du 19ème et début du 20ème siècle.


Galibot

Jeune apprenti des mines.

Herscheur

Mineur qui chargeait les berlines.

Rouleur

Mineur qui chargeait et poussait la berline.

Piqueur

Mineur qui s'assurait de la solidité de la galerie puis commençait à abattre le charbon. Grâce à l'emploi d'un explosif, son habileté consistait à bien placer et diriger ses trous de mine. S'il ne pouvait pas utiliser d'explosif, il tapait dans la base de la couche de houille, afin d'en faire tomber une masse considérable. En 1908, les mineurs abattaient toujours le charbon avec un pic.

Haveur

Mineur qui découpait le charbon pour ensuite en faire des morceaux.

Raccommodeur

Vieux mineur occupé à réparer les retours d'air, à mettre les portes d'aérage, à arranger les rails.


Berline

Wagonnet vide qui pèse 270 kg.

Balle

Wagonnet plein qui pèse entre 500 et 1 200 kg.

Briquet

Casse-croûte du mineur.

Grisou

Gaz dangereux en proportions importantes. Il suffisait que des piqueurs, dans leur travail, atteignent une poche de ce gaz et, le contact avec la flamme des lampes à pétrole provoquaient l'explosion. Cette explosion était canalisée dans les veines de charbon et semait la mort partout par son souffle important. Impossible pour personne de se sauver ou de se mettre à l'abri.


Les différents échelons pour être mineur de fond


Le galibot est un jeune apprenti de 7 ans, voire même plus jeune, lorsque le père a su tricher sur son âge. Ramener une paie à la maison signifie appartenir au monde des adultes. Les galibots sortent à peine de l'enfance mais se sentent déjà des hommes.

Le galibot commence souvent comme trieur avec les femmes. Epierrer le charbon est insalubre et exigeant. Il est payé aux pièces. Un bon trieur peut se faire 25 à 30 sous par jour.

Après 3 mois, il descend et il passe aux services des herscheurs et des vieux mineurs aguerris. Au 19ème siècle, il était le véritable souffre douleur, voire esclave avec des heures impossibles. Bien souvent, il travaillait pieds nus.

A 14 ans, le galibot devient herscheur. Il remplit les berlines à la pelle au fur et à mesure que le charbon est abattu.

A 15 ans, il passe rouleur et pousse les bennes. Seules les grandes voies sont prévues pour le passage des chevaux. Dans les petites voies, il avance vouté et dans le noir.

A 18 ans, il passe à l'abattage de la veine.


Le travail des femmes dans la mine


En 1874, le travail souterrain est interdit aux femmes et aux enfants. En 1900, les femmes ne peuvent être employées plus de 10 heures par jour

Dès l'âge de 12 ans, les filles sont embauchées comme trieuses. Elles veillent à ce que les gaillettes ne se cassent pas, balaient la poussière sous les tapis roulants.

Elles portent des paniers de 50 kg, plus tard cela sera des sacs.

Elles sont méprisées et rudoyées par le surveillant qui n'hésite pas à les taper. Certains vont jusqu'à ramener un caillou qu'ils ont trouvé dans leur charbon, ce qui a pour effet de mettre les trieuses à l'amende soit 1 F. A l'époque, cela représente une journée de nourriture.

Les chevaux dans la mine

Respectés et aimés de tous, les chevaux font partie intégrante de la mine. Descendus souvent vers l'âge de 3 ans, ils sont vite atteints par des troubles de la vue et deviennent aveugles.

Les écuries sont à 50 mètres de l'accrochage, il y fait très chaud. Certains chevaux se révoltent, ruent, mordent et refusent de tirer. Affection et complicité lient l'homme au cheval.

En 1902, Bruay utilise 148 chevaux au fond et 27 au jour. Après 10 ans de carrière, les chevaux finissent à la boucherie. Morts, ils sont vendus 20 Francs. Les autres vieux et poussifs sont vendus à des fermiers. En 1945, les chevaux sont remplacés par les locomotives.












Dernière édition par Gaëtane le Jeu 19 Mai 2011 - 19:47, édité 2 fois
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Gaëtane
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MessageSujet: Re: La catastrophe minière de Courrières   Jeu 19 Mai 2011 - 14:07

A 15 ans, il passe rouleur et pousse les bennes...






Les trieuses





L'abattage




Les chevaux dans la mine





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