La Veuve

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 Charles Lemaire - 1867

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Adelayde
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MessageSujet: Charles Lemaire - 1867   Ven 1 Avr 2011 - 20:44


Sur l'assassin Lemaire et la criminalité
Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris- année 1867 ; volume 2, n°2 ; pages 347 à 355
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0301-8644_1867_num_2_1_4312

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Exécution de Lemaire

Les débats du procès Lemaire sont trop récents pour que nous pensions qu'il soit utile de revenir sur les péripéties navrantes qu'ils ont fournies, grâce au cynisme de cet assassin de dix-neuf ans qui non seulement s’enorgueillissait du crime qu'il avait commis, mais qui, encore, regrettait de n'avoir pu sacrifier qu'une victime.
Les lecteurs du Petit Journal se souviennent de la tenue de Lemaire à l'audience, de sa parole singulière et sinistre, à ce point que l'esprit pouvait hésiter un instant, et qu'on arrivait à se demander si on n'avait pas en face de soi un fou sanguinaire et non un de ces phénomènes monstrueux que la nature n'engendre que pour manifester sa toute-puissance même par l'horrible.
Nous avions cru, nous aussi, que le, condamné était un insensé, en proie à une monomanie inexplicable, celle du suicide par la guillotine, que cette idée,fixe produisait en lui une espèce d'anesthésie morale digne des études des aliénistes, mais nous avons dû bien vite rejeter cette pensée. Après avoir entendu cette voix rauque, suivi les lueurs de ces yeux hardis, déchiffré sur ce visage de jeune homme les stigmates déjà ineffaçables des vices bas et cruels, et écouté avec des frissons d'horreur ces raisonnements d'une logique épouvantable, il nous a fallu refouler notre pitié en nous même, et nous avouons qu'il n'y avait dans le triste héros de la Villette qu'un meurtrier vulgaire, qu'un fanfaron de l'échafaud.
Malgré les bruits répandus dans le public, malgré les anecdotes sans nombre qui couraient sur les faits et gestes de Lemaire dans la prison de la Roquette, où il occupait la cellule de Lapommeraie, malgré même son insouciance affectée, ceux qui le voyaient tous les jours s'apercevaient des changements qui s'opéraient en lui. L'abbé Croze, repoussé d'abord, ne tarda pas à voir son zèle infatigable couronné de succès, car dès samedi dernier, le condamné s'était réconcilié avec Dieu et dimanche il communié.
Il ne restait de Lemaire que l'apparence de défi à la mort et une fermeté inébranlable. Avec son gardien il était doux, poli, et riait volontiers.
Depuis le jour de sa condamnation, il reprochait chaque matin à ceux entre les mains desquels était sa vie de le faire ainsi attendre. Sur ce point, tous les raisonnements, toutes les exhortations le trouvaient inflexible, il continuait à afficher son désir de la guillotine, plaisantant à propos de l'instrument de supplice, du bourreau et de ses aides, et retrouvant les plus affreuses menaces contre les siens lorsqu'on lui parlait de la possibilité d'une commutation de peine. « Si on m'envoyait à Cayenne, disait-il un jour avec une rage bestiale, j'en reviendrais plutôt à la nage pour tuer mon père. »
Hier au soir, il s'endormait tranquillement, et ce matin, lorsqu'à cinq heures on l'avertit que sa dernière heure était venue, il se contenta de dire : « Eh bien, allons ! » Et il continua de causer avec ses gardiens.
Pendant qu'il recevait les dernières exhortations du vénérable aumônier et que l'exécuteur procédait à la fatale toilette, le peuple s'efforçait de gagner du terrain sur les municipaux chargés de la maintenir. Le temps était froid, une bise glaciale bleuissait les visages qui se tournaient avidement curieux vers la lugubre machine dressée depuis trois; heures du matin.
Quelques privilégiés seuls avaient pu s'en approcher, car les ordres les plus sévères avaient été donnés et exécutés ; ils pouvaient suivre des yeux les aides graissant les rainures de cuivre et le couteau, et l'exécuteur venant lui-même jeter sur l'horrible squelette rouge le coup d' œil du maître.
La foule était, du reste, peu considérable mais les femmes étaient encore en trop grand nombre. Le choix du vendredi avait évidemment dérouté les habitants des faubourgs, chez lesquels c'est une croyance que l'on n'exécute jamais ce jour-là ; et la rigueur du temps avait peut-être aussi lassé les avides, qui depuis une semaine passaient leurs nuits sur la place de la Roquette.
A six heures précises, la porte de la prison s'ouvre pour laisser passer le triste cortège et un silence de mort se fait dans la foule. Lemaire, en sortant de la chambre de la toilette, vient de dire à un gardien « Oh ! tout ira bien. » Il est pâle, mais porte haut la tête et soutenu, ou plutôt accompagné, par l'exécuteur et un de ses aides, il s'avance d'un pas ferme, jetant à droite et à gauche un regard indifférent. II est vêtu d'une langue blouse qui cache ses liens. A quelques pieds de l'échafaud, il presse le pas, lève les veux, les arrête une seconde sur le couteau qui miroite aux premières lueurs du jour ; le vénérable abbé Croze embrasse le condamné qui lui rend avec effusion son accolade, et gravit les degrés. Puis la planche bascule, glisse en l'entraînant jusque sous la lunette qui s'abaisse ; une main puissante appuie sur un levier, un éclair traverse l'espace, et justice est faite, justice des hommes, Lemaire est en présence de celle de Dieu.
La foule, violemment impressionnée s'ouvre pour laisser passage au fourgon qui emporte les tristes débris du supplicié, et pendant que l’horrible plaie béante de son corps se déchire aux aspérités des parois d'osier du panier rouge qui les renferme, l’abbé Croze prie pour son âme. - René de Pont-Jest.

Autrefois, l'usage était de prévenir le condamné à la peine capitale la veillé de son exécution, et on le mettait aussitôt en chapelle, ainsi que cela se pratique encore dans les Etats pontificaux et en Espagne.
Là, dans les angoisses que l'on peut s'imaginer, en présence de tableaux représentant la décollation de saint Jean-Baptiste, le martyre de saint Denis et le supplice de saint Mitre, autre martyr décapité, tenant sa tête sur ses deux mains, il attendait toute la nuit son heure dernière. Un ou plusieurs prêtres l'assistaient, disaient les prières des morts, psalmodiaient des cantiques et le De profundis.
Ce n'est que depuis 1830 que les condamnés ne sont plus soumis à cette torture affreuse et ne sont prévenus qu'une heure avant l'exécution.
Cette modification heureuse est due à l’humanité d'un geôlier des prisons d'Aix, nommé Perrache, qui parvint à triompher de toutes les résistances qu'il rencontrait, et adoucit de vingt-trois heures, par cet acte d'énergie et d'humanité, les angoisses des condamnés.
Disons qu'il fut appuyé par tout ce que la ville d'Aix renfermait d'hommes éclairés. Le gouvernement approuva l'initiative de Perrache, et l’ordre fut aussitôt donné pour que désormais les criminels ne fussent plus soumis à ce genre de torture et qu'ils ne fussent prévenus de l'approche de leur dernière heure qu au moment même, où l'instrument de la loi se dressait pour l'expiation. - F. D.

Le Petit Journal n°1 489 du 9 mars 1867



Dernière édition par Adelayde le Ven 30 Mar 2012 - 20:39, édité 1 fois
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MessageSujet: L'exécution de Charles Lemaire   Ven 1 Avr 2011 - 21:28

La cour d'assises de la Seine sera appelée à juger un grave procès criminel à l'une de ses prochaines sessions.

Nous voulons parler de l'affaire Lemaire dont l'instruction vient d'être terminée.
On se rappelle qu'un crime horrible causa une grande émotion dans le quartier de La Chapelle Saint-Denis vers la fin du mois de décembre 1866. Un jeune homme de vingt ans à peine, nommé Lemaire, mécontent de ce que son père, entrepreneur de serrurerie, allait se remarier, conçut et exécuta le projet abominable d'attirer, en l'absence de ce dernier, la dame Bainville, sa future belle-mère, dans l'atelier. Là, après avoir vainement essayé de la pendre, puis de l'étrangler, il s'était armé d'un couteau-poignard et en avait frappé mortellement la dame Bainville. Lors de son attestation, Lemaire prétendit qu'il avait eu l'intention d’assassiner également la fille de la victime et une apprentie.
L'accusé est toujours en proie à une grande surexcitation dès qu’il parle du projet de mariage de son père.
Lemaire n'a pas voulu faire choix d'un défenseur. Il entend, dit-il, présenter, lui-même sa défense. Néanmoins, aux termes de la loi, le président des assises devra lui assigner un avocat d'office.
Le Petit Journal n° 1 460 du 08 février 1867
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MessageSujet: Re: Charles Lemaire - 1867   Lun 4 Avr 2011 - 19:15

Citation :
Autrefois, l'usage était de prévenir le condamné à la peine capitale la veille de son exécution, et on le mettait aussitôt en chapelle, ainsi que cela se pratique encore dans les Etats pontificaux et en Espagne.
Là, dans les angoisses que l'on peut s'imaginer, en présence de tableaux représentant la décollation de saint Jean-Baptiste, le martyre de saint Denis et le supplice de saint Mitre, autre martyr décapité, tenant sa tête sur ses deux mains, il attendait toute la nuit son heure dernière. Un ou plusieurs prêtres l'assistaient, disaient les prières des morts, psalmodiaient des cantiques et le De profundis.
Ce n'est que depuis 1830 que les condamnés ne sont plus soumis à cette torture affreuse et ne sont prévenus qu'une heure avant l'exécution.

Intéressant. J'ignorais qu'avant 1830 on prévenait le condamné avant l'exécution.

Il ne faut pas être grand devin pour deviner que la ferveur du malheureux condamné devait être soumise à rude épreuve durant cette nuit d'horreur. Dur de se concentrer sur la prière dans ces conditions. pale

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