La Veuve

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 Baptiste-Joseph Billoir - 1877

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piotr
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MessageSujet: Baptiste-Joseph Billoir - 1877   Sam 16 Fév 2008 - 8:02

"On November 8, 1876, two children playing on the banks of the Seine noticed a bundle caught against some piles and called passers-by to drag it to land. It contained the head and parts of the body of a woman. The head was photographed, and the photographs sold cheaply in the streets of Paris. One day, a man in a café recognized it as the wife of a soldier named Billoir. Billoir at first declared that his wife had left him, but a search of his room revealed bloodstains and some human hair. He now changed his story and asserted that his wife had died when he kicked her during a quarrel, and that he had decided to get rid of the body when he discovered she was dead. The doctors replied that was impossible. A corpse bleeds far less than a living body because the heart has stopped; the amount of blood proved that Mme Billoir had been stabbed to death. Moreover, there was no bruise on her. Billoir was guillotined."
http://query.nytimes.com/gst/abstract.html?res=9C05E1DA123FE63BBC4B52DFB366838C669FDE
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Adelayde
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MessageSujet: Baptiste-Joseph Billoir   Mar 22 Fév 2011 - 15:28

L’AFFAIRE BILLOIR

L'émotion fut grande à Paris, dans la matinée du 9 novembre dernier. Les habitants, à leur réveil, apprirent que la veille on avait retiré de la Seine, à quelque distance du port de Clichy, le corps mutilé d'une femme. Quelle femme ? La police s'occupa aussitôt de résoudre ce premier terme du problème sinistre qui s'imposait à son attention. L'exposition des deux fragments humains sur les dalles de la Morgue, la cohue se pressant aux portes du lugubre édifice, les recherches dirigées de tous côtés, dans la ville et dans la banlieue, les pistes innombrables et toujours infructueuses fournies aux agents de la sûreté, le signalement de la victime publié par les journaux, le moulage de la tête succédant à l'exhibition du cadavre, ces péripéties et bien d'autres encore sont demeurées gravées dans toutes les mémoires.

Le 20 novembre, enfin, on sut que « la femme coupée en deux » était une Bretonne, Jeanne Le Manach, veuve Bellangé, qu'on avait connue à Montmartre, vivant en concubinage avec un individu qu'à cause du ruban jaune qu'il portait à la boutonnière on appelait, dans le voisinage, « le décoré ». Le 23, Billoir fut arrêté. Une minutieuse instruction suivit cette capture.

Aujourd'hui, mercredi, Sébastien Billoir comparaîtra devant la cour d'assises pour répondre du crime dont il n'a fait l'aveu qu'en s'efforçant d'en atténuer la portée. C'est un assassinat que la prévention reproche au coupable. Il prétend, lui, qu'il a commis un meurtre. Meurtre ou assassinat : tel est le mystère que la justice a maintenant pour rôle d'approfondir. Les débats rouleront sur des questions d'heures d'une importance dominante. Ils auront à élucider plus d'un point qui paraît obscur, outre l'existence ou l'absence de préméditation. Et d'abord, comment l'accusé a-t-il pu, par deux fois, sortant de la maison qu'il habitait, 51, rue des Trois-Frères, emporter les tronçons d'un corps sans éveiller l'attention du concierge de l'immeuble ? […]

Le Petit journal – 15 mars 1877 (Numéro 5193)

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LES AVEUX DE BILLOIR

Billoir a enfin fait des aveux et des aveux complets, voici dans quelles circonstances :

M. Bresselles, juge d'instruction, comptant sur l'effet de l'isolement, avait fait placer Billoir dans une cellule, sans compagnon.

Avant-hier, mercredi soir, vers quatre heures, M. Jacob, chef du service de sûreté, qui n'avait pas vu Billoir depuis plusieurs jours, le croyant suffisamment préparé lui fit une visite à Mazas, afin de s'assurer s'il continuait à nier son crime, car pour M. Jacob, bien avant la découverte des entrailles et des cheveux dans les fosses d’aisance, Billoir était l’assassin, il n’en avait jamais douté.

A son entrée dans la cellule, Billoir qui lui parut un peu changé courut à lui et lui témoigna un vif plaisir de le voir. La voix de Billoir, brève et même insolente jusque-là, était devenue tremblante ; le chef de la sûreté sut profiter habilement de cet abattement pour amener Billoir dans la voie des aveux. Billoir finit par éclater en sanglots et à parcourir fiévreusement sa cellule. Puis il s'arrêta tout à coup devant M. Jacob, la tête courbée, les yeux baissés comme pour éviter la vue d'un fantôme, et avoua d'une voix basse, entrecoupée de sanglots et haletant, que c'était bien lui qui avait tué Marie Le Manach. Il raconta d'une voix saccadée comment il avait exécuté le crime.

M Jacob, vivement impressionné par le récit de Billoir, mais n'ayant pas mission de lui faire signer ses aveux, prévint le directeur de Mazas, devant lequel Billoir les renouvela. M. Jacob chercha ensuite M. Bresselles, juge d'instruction, et M.Fouqueteau, commissaire de police, qui était chargé en même temps de l'affaire. M Bresselles se rendit avec eux à la prison de Mazas. Billoir, qui après ces aveux faits à M. Jacob, était brisé de fatigue, d'émotions avait été amené dans le cabinet du directeur de la prison, qui le fit réconforter. Billoir témoigna à M. Bresselles, ainsi qu’à M. Fouqueteau, tous ses regrets d'avoir persisté si longtemps dans ses dénégations et déclara qu'il était prêt à renouveler les déclarations qu'il venait de faire. Voici donc ce qu'il raconta :

« Le 2 novembre, jour des Morts, Marie Le Manach est allée dans le bureau de placement de la rue Saint-Denis, pour s'y faire inscrire, et s'y rencontra avec une de ses payses qui lui paya à boire. Lorsqu'elle rentra le soir rue des Trois-Frères elle était ivre, et brisa un verre doré, un souvenir auquel je tenais énormément…Je me suis fâché, et, au moment où elle se baissait pour ramasser les débris du verre, je lui lançai un coup de pied dans le ventre qui l’étendit à mes pieds sans mouvement.
» Il pouvait être onze heures du soir; je fis mon possible pour la ranimer, mais j'acquis bien vite la conviction qu'elle était morte.
» Vers trois heures de l'après-midi, le lendemain, 3 novembre, je pris la résolution de me débarrasser du cadavre de Marie Le Manach.
» Je l'ai déshabillée, et j'ai étendu à terre de la sciure de bois dont j'avais une grande provision apportée chez moi du chemin de fer du Nord à l'époque où j'y travaillais.
» J'ai ouvert le ventre de Marie avec un rasoir, vidé les intestins, le sang dans une grande terrine jaune qui servait à laver la vaisselle, et j'ai coupé la colonne vertébrale avec un ciseau à froid en frappant avec un marteau que vous avez trouvé dans ma chambre, »

Ici, Billoir s'arrêta en essuyant du revers de sa manche d'habit les gouttes de sueur qui coulaient le long de son visage, puis il continua d'une voix moins ferme :

« Le soir, vers neuf heures, après avoir soigneusement empaqueté les deux parties du corps dans des jupes de toile, la moitié d'un jupon et couvert le tout d'un waterproof, j'ai porté la partie supérieure du corps à Clichy en suivant la rue du Poteau, à Montmartre, et en passant par la poterne de Saint-Ouen.
» Le lendemain, à la même heure, j'ai porté la seconde partie du corps en suivant le même chemin.
» J'avais eu le soin, pour le buste, d'attacher les bras pour les empêcher de pendre.
» Pour la partie inférieure du corps, j'avais attaché les jambes en me servant des tordes qui se trouvaient dans mon logement, et qui, au moment des déménagements, me servaient à ficeler les malles.
» J'avais coupé les cheveux que j'ai jetés en partie avec le rasoir et les ciseaux dans des égouts rue Cadet, ou rue Rochechouart, je ne sais trop où. Quant aux intestins et à l’estomac, je les ai placés dans une terrine, ainsi que ce qui restait des cheveux, et jetés dans la fosse d’aisance.
» Je ne connais pas Clichy ; je m’y suis rendu un peu à l’aventure avec le premier paquet, et je me suis trouvé au bord de la Seine sans savoir comment.
» La preuve que je n’ai vu personne le premier jour, c’est que j’ai attaché la pierre au cou sur la berge en tâtonnant. »


Billoir porta vivement les mains devant ses yeux comme pour en chasser une vision et se refusa d’en dire plus long. Mais, encouragé par les magistrats à persévérer dans les aveux, il continua d’une voix presque éteinte :

« Le second jour, j’ai fait le même trajet, chargé de la partie inférieure du corps que je portais sous mon bras, en ayant soin, comme la veille, de la couvrir de mon pardessus assez ample. Mais, au moment où je venais d’attacher la pierre aux jambes et de jeter le paquet dans le fleuve, j’aperçus un bateau où je crus distinguer deux hommes.
» Craignant qu’ils ne m’eussent aperçu, je jetais mon paquet à l’eau, et je me sauvai par le même chemin pour prendre à travers les champs.
» J’étais rentré chez moi vers onze heures et me mis aussitôt en devoir de faire disparaître toutes les traces du crime. »


Tout ce récit, écrit par le greffier, fut lu ensuite par M. Bresselles, juge d’instruction à Billoir ; invité à le signer, il s’approcha de la table et prit la plume de la main du greffier et signa en portant vivement la main à son cœur pour en comprimer les battements ; puis il s’affaissa sur son siège où il demeura près d’un quart d’heure comme privé de sentiment.

MM. Bresselles, Fouqueteau et Jacob se retirèrent, heureux de voir la justice triompher de l’entêtement du coupable, d’avoir enfin pu jeter une lumière complète sue ce drame mystérieux, et de voir confirmer toutes les prévisions de leur expérience consommée.
A demain pour de nouveaux détails.

Le Petit journal 6 janvier 1877 (Numéro 5125)

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L'EXÉCUTION DE BILLOIR

Ainsi que nous l'avons annoncé, Billoir a été exécuté hier matin.
Il est peu de crimes qui aient causé une aussi profonde émotion que celui que vient d'expier l'assassin de la femme Le Manach : il y a eu dans l'opinion publique une exagération de haine, puis une exagération de pitié pour l'assassin.

Le président de la République, après avoir longuement étudié le dossier, après s'être fait donner de nombreux rapports supplémentaires, n'a pas cru devoir user de son droit de grâce. Cette décision prise avant-hier, à deux heures, fut aussitôt notifiée au préfet de police, au chef de la sûreté et à l'exécuteur des hautes oeuvres, auquel fut envoyé un ordre ainsi conçu :
L'exécuteur des arrêts criminels de la Cour d'appel de Paris extraira demain jeudi, 26 avril, de la maison du dépôt des condamnés à quatre heures et demie du matin, le nommé Billoir et le conduira, au rond-point de la rue de la Roquette, où Il lui fera subir la peine de mort prononcée contre lui par arrêt de la cour d'assises, le 15 mars dernier, pour assassinat.
Le Procureur général

A une heure et demie du matin, les deux voitures contenant les bois de justice sortaient de la remise de la rue des Folies-Regnault.Une escouade de gardiens de la paix fit évacuer la place de la Roquette, où stationnaient de nombreux curieux, ne laissant rester que les représentants de la presse. Les charpentes maintenant la guillotine sont rapidement boulonnées ; des détachements de la garde républicaine et des escouades de gendarmes se massent sur la place, entourant l'échafaud.

Billoir avait joué jusqu'à une heure du matin avec ses gardes, auxquels il avait montré des tours de carte ; la veille il avait été très agité et avait manifesté la crainte de voir arriver le moment fatal. Mais hier il était rassuré, car ses gardiens avaient eu le courage de se montrer gais avec lui, tout en connaissant déjà le terrible châtiment dont quelques heures séparaient leur partenaire.

Billoir dormait profondément, lorsqu'à quatre heures dix minutes, MM. Beauquesne, directeur de la prison ; Jacob, chef de la sûreté ; Horoch, greffier de la cour d'appel ; Baron, commissaire de police et Oliérenger, son secrétaire, accompagnés de l'abbé Crozes, pénétraient dans sa cellule.
M. Beauquesne prit le bras de Billoir et fut obligé de le secouer fortement.
« Le chef de l'Etat a rejeté votre pourvoi en grâce, lui dit-il lorsqu'il fut réveillé ; le moment fatal est arrivé. Vous avez été militaire : prenez bravement votre parti. »
Billoir ne répondit pas un mot. D'un mouvement saccadé, il joignit ses mains et resta immobile.
« Billoir, il faut vous lever, » ajouta le directeur en prenant un ton de commandement.
« Ah ! Pardon, » répondit le condamné.
Il ne fit entendre aucune autre parole, aucune protestation ; il se livra de bonne grâce aux gardiens qui lui passèrent ses vêtements. Pour abréger les formalités de la toilette, il avait été vêtu préalablement d'un tricot échancré au cou. C'est machinalement qu'il suivit l'aumônier, avec lequel il s'entretint pendant dix minutes.
Entouré du directeur et des magistrats, il fut conduit dans la salle du greffe, où l'attendaient Roch et deux de ses aides. La toilette ne dura que quelques minutes ; on offrit un verre de vin au condamné et il le but, toujours machinalement, sans prononcer une parole, pendant que le prêtre récitait la prière des morts.

A quatre heures trente minutes, la grande porte de la Roquette s'ouvrait : Billoir, entièrement rasé, méconnaissable pour ceux qui l'avaient vu à la cour d'assises, semblant âgé de plus de soixante-dix ans, était soutenu par l'abbé Crozes. Celui-ci l'embrassa et Billoir lui rendit son baiser après avoir pressé le crucifix.
« Au revoir, mon père » entendit-on très distinctement dans la foule. Avec les mots « Ah ! Pardon ! » ce sont les seuls qu'ait prononcés le condamné.
Immédiatement il fut appuyé contre la planche verticale ; les aides la font basculer et la poussent sous la lunette.
Le couteau tombe.
Billoir avait payé sa terrible dette.
Les assistants, peu nombreux, se sont retirés vivement impressionnés, pendant que le cadavre était placé dans un fourgon et transporté au cimetière d'Ivry. - A. K.


Le Petit journal – 28 avril 1877 (Numéro 5237)


Dernière édition par Adelayde le Ven 30 Mar 2012 - 16:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Baptiste-Joseph Billoir - 1877   Mar 22 Fév 2011 - 16:35

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