La Veuve

Forum consacré à l'étude historique et culturelle de la guillotine et des sujets connexes
 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 Poètes, vos papiers

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9  Suivant
AuteurMessage
Invité
Invité



MessageSujet: Poètes, vos papiers   Mar 25 Jan 2011 - 16:12

Brrrrrrrr....Je n'aime pas l'hiver.



Mais Charles l'avait dit il y a bien longtemps :

Yver, vous n'estes qu'un villain

Yver, vous n'estes qu'un villain(1),

Esté est plaisant et gentil,
En tesmoing de May et d'Avril
Qui l'acompaignent soir et main(2).

Esté revest champs, bois et fleurs,

De sa livrée de verdure,

Et de maintes autres couleurs,

Par l'ordonnance de Nature.

Mais vous, Yver, trop estes plain

De nege, vent pluye et grezil :

On vous deust banie en essil(3).

Sans point flater, je parle plain(4),

Yver, vous n'estes qu'un villain !


Charles d'Orléans (1394-1465).

(1) Villain : A prendre dans le sens de rustre, grossier.
(2) matin.
(3) On vous doit bannir en exil.
(4) Juste (droit).



Dessiné et gravé par René Cottet (1965).



Dernière édition par mercattore le Mer 26 Jan 2011 - 19:24, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Gaëtane
Monsieur de Paris
avatar

Nombre de messages : 916
Age : 62
Localisation : Vosges
Date d'inscription : 04/08/2010

MessageSujet: Re: Poètes, vos papiers   Mar 25 Jan 2011 - 21:06


Joli poème que je découvre, merci mercattore flower

Pour rompre la morosité de l'hiver, voici un poème de Théophile Gautier.

Le merle


Un oiseau siffle dans les branches
Et sautille, gai, plein d'espoir,
Sur les herbes, de givre blanches,
En bottes jaunes, en frac noir.

C'est un merle, chanteur crédule,
Ignorant du calendrier,
Qui rêve de soleil, et module
L'hymne d'avril en février.

Lustrant son aile qu'il essuie,
L'oiseau persiste en sa chanson ;
Malgré neige, brouillard et pluie,
Il croit à la jeune saison.

Il gronde l'aube paresseuse
De rester au lit si longtemps ;
Et, gourmandant la fleur frileuse,
Met en demeure le printemps.

A la nature, il se confie,
Car son instinct, pressent la loi,
Qui rit de ta philosophie,
Beau merle, est moins sage que toi !









Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Adelayde
Admin
Admin
avatar

Nombre de messages : 5685
Localisation : Pays d'Arles
Date d'inscription : 02/03/2009

MessageSujet: Chant d'automne   Mer 26 Jan 2011 - 19:02

Chant d'automne

I

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l'hiver va rentrer dans mon être: colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

II me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui? - C'était hier l'été; voici l'automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

II

J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre cœur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou sœur, soyez la douceur éphémère
D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.

Courte tâche! La tombe attend - elle est avide !
Ah! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l'été blanc et torride,
De l'arrière-saison le rayon jaune et doux !

Charles Baudelaire - Les Fleurs du mal - Spleen et Idéal





Dernière édition par Adelayde le Jeu 17 Mar 2011 - 14:20, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gaëtane
Monsieur de Paris
avatar

Nombre de messages : 916
Age : 62
Localisation : Vosges
Date d'inscription : 04/08/2010

MessageSujet: Un sourire...   Dim 30 Jan 2011 - 21:33



Un sourire

Un sourire ne coûte rien et produit beaucoup,
Il enrichit celui qui le reçoit sans appauvrir celui qui le donne,
Il ne dure qu'un instant, mais son souvenir est parfois éternel.

Personne n'est assez riche pour s'en passer,
Personne n'est assez pauvre pour ne pas le mériter,
Il crée le bonheur au foyer, soutient les affaires,
Il est le signe sensible de l'amitié.

Un sourire donne du repos à l'être fatigué,
Donne du courage au plus découragé,
Il ne peut ni s'acheter, ni se prêter, ni se voler,
Car c'est une chose qui n'a de valeur qu'à partir du moment où il se donne.

Et si toutefois, vous rencontrez quelqu'un qui ne sait plus sourire,
Soyez généreux, donnez-lui le vôtre,
Car nul n'a autant besoin d'un sourire
Que celui qui ne peut en donner aux autres.

Raoul Follereau


Lever de soleil et mer de nuages depuis les sommets vosgiens






Photo Vosges/Alsace.

Gaëtane Smile Wink sunny
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Adelayde
Admin
Admin
avatar

Nombre de messages : 5685
Localisation : Pays d'Arles
Date d'inscription : 02/03/2009

MessageSujet: Poètes, vos papiers   Dim 30 Jan 2011 - 22:14

Le lever de soleil et la mer de nuages depuis les sommets vosgiens : somptueux !

Merci Gaëtane


I love you I love you I love you


Harmonie du soir

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un coeur qu'on afllige;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

Charles BAUDELAIRE - Les Fleurs du mal (1857)

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
jfbouquet
Aide non qualifié


Nombre de messages : 20
Age : 62
Date d'inscription : 15/05/2010

MessageSujet: Re: Poètes, vos papiers   Dim 30 Jan 2011 - 22:44

Merci pour tous ces merveilleux poèmes
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
jfbouquet
Aide non qualifié


Nombre de messages : 20
Age : 62
Date d'inscription : 15/05/2010

MessageSujet: Re: Poètes, vos papiers   Lun 31 Jan 2011 - 14:49

L'amour et la mort

I

Regardez-les passer, ces couples éphémères !
Dans les bras l'un de l'autre enlacés un moment,
Tous, avant de mêler à jamais leurs poussières,
Font le même serment :

Toujours ! Un mot hardi que les cieux qui vieillissent
Avec étonnement entendent prononcer,
Et qu'osent répéter des lèvres qui pâlissent
Et qui vont se glacer.

Vous qui vivez si peu, pourquoi cette promesse
Qu'un élan d'espérance arrache à votre coeur,
Vain défi qu'au néant vous jetez, dans l'ivresse
D'un instant de bonheur ?

Amants, autour de vous une voix inflexible
Crie à tout ce qui naît : "Aime et meurs ici-bas ! "
La mort est implacable et le ciel insensible ;
Vous n'échapperez pas.

Eh bien ! puisqu'il le faut, sans trouble et sans murmure,
Forts de ce même amour dont vous vous enivrez
Et perdus dans le sein de l'immense Nature,
Aimez donc, et mourez !

II

Non, non, tout n'est pas dit, vers la beauté fragile
Quand un charme invincible emporte le désir,
Sous le feu d'un baiser quand notre pauvre argile
A frémi de plaisir.

Notre serment sacré part d'une âme immortelle ;
C'est elle qui s'émeut quand frissonne le corps ;
Nous entendons sa voix et le bruit de son aile
Jusque dans nos transports.

Nous le répétons donc, ce mot qui fait d'envie
Pâlir au firmament les astres radieux,
Ce mot qui joint les coeurs et devient, dès la vie,
Leur lien pour les cieux.

Dans le ravissement d'une éternelle étreinte
Ils passent entraînés, ces couples amoureux,
Et ne s'arrêtent pas pour jeter avec crainte
Un regard autour d'eux.

Ils demeurent sereins quand tout s'écroule et tombe ;
Leur espoir est leur joie et leur appui divin ;
Ils ne trébuchent point lorsque contre une tombe
Leur pied heurte en chemin.

Toi-même, quand tes bois abritent leur délire,
Quand tu couvres de fleurs et d'ombre leurs sentiers,
Nature, toi leur mère, aurais-tu ce sourire
S'ils mouraient tout entiers ?

Sous le voile léger de la beauté mortelle
Trouver l'âme qu'on cherche et qui pour nous éclôt,
Le temps de l'entrevoir, de s'écrier : " C'est Elle ! "
Et la perdre aussitôt,

Et la perdre à jamais ! Cette seule pensée
Change en spectre à nos yeux l'image de l'amour.
Quoi ! ces voeux infinis, cette ardeur insensée
Pour un être d'un jour !

Et toi, serais-tu donc à ce point sans entrailles,
Grand Dieu qui dois d'en haut tout entendre et tout voir,
Que tant d'adieux navrants et tant de funérailles
Ne puissent t'émouvoir,

Qu'à cette tombe obscure où tu nous fais descendre
Tu dises : " Garde-les, leurs cris sont superflus.
Amèrement en vain l'on pleure sur leur cendre ;
Tu ne les rendras plus ! "

Mais non ! Dieu qu'on dit bon, tu permets qu'on espère ;
Unir pour séparer, ce n'est point ton dessein.
Tout ce qui s'est aimé, fût-ce un jour, sur la terre,
Va s'aimer dans ton sein.

III

Eternité de l'homme, illusion ! chimère !
Mensonge de l'amour et de l'orgueil humain !
Il n'a point eu d'hier, ce fantôme éphémère,
Il lui faut un demain !

Pour cet éclair de vie et pour cette étincelle
Qui brûle une minute en vos coeurs étonnés,
Vous oubliez soudain la fange maternelle
Et vos destins bornés.

Vous échapperiez donc, ô rêveurs téméraires
Seuls au Pouvoir fatal qui détruit en créant ?
Quittez un tel espoir ; tous les limons sont frères
En face du néant.

Vous dites à la Nuit qui passe dans ses voiles :
" J'aime, et j'espère voir expirer tes flambeaux. "
La Nuit ne répond rien, mais demain ses étoiles
Luiront sur vos tombeaux.

Vous croyez que l'amour dont l'âpre feu vous presse
A réservé pour vous sa flamme et ses rayons ;
La fleur que vous brisez soupire avec ivresse :
"Nous aussi nous aimons !"

Heureux, vous aspirez la grande âme invisible
Qui remplit tout, les bois, les champs de ses ardeurs ;
La Nature sourit, mais elle est insensible :
Que lui font vos bonheurs ?

Elle n'a qu'un désir, la marâtre immortelle,
C'est d'enfanter toujours, sans fin, sans trêve, encor.
Mère avide, elle a pris l'éternité pour elle,
Et vous laisse la mort.

Toute sa prévoyance est pour ce qui va naître ;
Le reste est confondu dans un suprême oubli.
Vous, vous avez aimé, vous pouvez disparaître :
Son voeu s'est accompli.

Quand un souffle d'amour traverse vos poitrines,
Sur des flots de bonheur vous tenant suspendus,
Aux pieds de la Beauté lorsque des mains divines
Vous jettent éperdus ;

Quand, pressant sur ce coeur qui va bientôt s'éteindre
Un autre objet souffrant, forme vaine ici-bas,
Il vous semble, mortels, que vous allez étreindre
L'Infini dans vos bras ;

Ces délires sacrés, ces désirs sans mesure
Déchaînés dans vos flancs comme d'ardents essaims,
Ces transports, c'est déjà l'Humanité future
Qui s'agite en vos seins.

Elle se dissoudra, cette argile légère
Qu'ont émue un instant la joie et la douleur ;
Les vents vont disperser cette noble poussière
Qui fut jadis un coeur.

Mais d'autres coeurs naîtront qui renoueront la trame
De vos espoirs brisés, de vos amours éteints,
Perpétuant vos pleurs, vos rêves, votre flamme,
Dans les âges lointains.

Tous les êtres, formant une chaîne éternelle,
Se passent, en courant, le flambeau de l'amour.
Chacun rapidement prend la torche immortelle
Et la rend à son tour.

Aveuglés par l'éclat de sa lumière errante,
Vous jurez, dans la nuit où le sort vous plongea,
De la tenir toujours : à votre main mourante
Elle échappe déjà.

Du moins vous aurez vu luire un éclair sublime ;
Il aura sillonné votre vie un moment ;
En tombant vous pourrez emporter dans l'abîme
Votre éblouissement.

Et quand il régnerait au fond du ciel paisible
Un être sans pitié qui contemplât souffrir,
Si son oeil éternel considère, impassible,
Le naître et le mourir,

Sur le bord de la tombe, et sous ce regard même,
Qu'un mouvement d'amour soit encor votre adieu !
Oui, faites voir combien l'homme est grand lorsqu'il aime,
Et pardonnez à Dieu !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gaëtane
Monsieur de Paris
avatar

Nombre de messages : 916
Age : 62
Localisation : Vosges
Date d'inscription : 04/08/2010

MessageSujet: L'oiseleur...   Lun 31 Jan 2011 - 20:17



L’oiseleur


L’oiseleur Amour se promène
Lorsque les coteaux sont fleuris,
Fouillant les buissons et la plaine ;
Et chaque soir sa cage est pleine
Des petits oiseaux qu’il a pris.

Aussitôt que la nuit s’efface
Il vient, tend avec soin son fil,
Jette la glu de place en place,
Puis sème, pour cacher la trace,
Quelques brins d’avoine ou de mil.

Il s’embusque au coin d’une haie,
Se couche aux berges des ruisseaux,
Glisse en rampant sous la futaie,
De crainte que son pied n’effraie
Les rapides petits oiseaux.

Sous le muguet et la pervenche
L’enfant rusé cache ses rets,
Ou bien sous l’aubépine blanche
Où tombent, comme une avalanche,
Linots, pinsons, chardonnerets.

Parfois d’une souple baguette
D’osier vert ou de romarin
Il fait un piège, et puis il guette
Les petits oiseaux en goguette
Qui viennent becqueter son grain.

Étourdi, joyeux et rapide,
Bientôt approche un oiselet :
Il regarde d’un air candide,
S’enhardit, goûte au grain perfide,
Et se prend la patte au filet.

Et l’oiseleur Amour l’emmène
Loin des coteaux frais et fleuris,
Loin des buissons et de la plaine,
Et chaque soir sa cage est pleine
Des petits oiseaux qu’il a pris.

Guy de Maupassant


Le pinson








Dernière édition par Gaëtane le Lun 31 Jan 2011 - 20:24, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
jfbouquet
Aide non qualifié


Nombre de messages : 20
Age : 62
Date d'inscription : 15/05/2010

MessageSujet: Re: Poètes, vos papiers   Lun 31 Jan 2011 - 20:21

Un jour je vis le sang couler de toutes parts

Un jour je vis le sang couler de toutes parts ;
Un immense massacre était dans l'ombre épars ;
Et l'on tuait. Pourquoi ? Pour tuer. Ô misère !
Voyant cela, je crus qu'il était nécessaire
Que quelqu'un élevât la voix, et je parlai.
Je dis que Montrevel et Bâville et Harlay
N'étaient point de ce siècle, et qu'en des jours de trouble
Par la noirceur de tous l'obscurité redouble ;
J'affirmai qu'il est bon d'examiner un peu
Avant de dire En joue et de commander Feu !
Car épargner les fous, même les téméraires,
A ceux qu'on a vaincus montrer qu'on est leurs frères,
Est juste et sage ; il faut s'entendre, il faut s'unir ;
Je rappelai qu'un Dieu nous voit, que l'avenir,
Sombre lorsqu'on se hait, s'éclaire quand on s'aime,
Et que le malheur croit pour celui qui le sème ;
Je déclarai qu'on peut tout calmer par degrés ;
Que des assassinats ne sont point réparés
Par un crime nouveau que sur l'autre on enfonce ;
Qu'on ne fait pas au meurtre une bonne réponse
En mitraillant des tas de femmes et d'enfants ;
Que changer en bourreaux des soldats triomphants,
C'est leur faire une gloire où la honte surnage ;
Et, pensif, je me mis en travers du carnage.
Triste, n'approuvant pas la grandeur du linceul,
Estimant que la peine est au coupable seul,
Pensant qu'il ne faut point, hélas ! jeter le crime
De quelques-uns sur tous, et punir par l'abîme
Paris, un peuple, un monde, su hasard châtié,
Je dis : Faites justice, oui, mais ayez pitié !
Alors je fus l'objet de la haine publique.
L'église m'a lancé l'anathème biblique,
Les rois l'expulsion, les passants des cailloux ;
Quiconque a de la boue en a jeté ; les loups,
Les chiens, ont aboyé derrière moi ; la foule
M'a hué presque autant qu'un tyran qui s'écroule ;
On m'a montré le poing dans la rue ; et j'ai dû
Voir plus d'un vieil ami m'éviter éperdu.
Les tueurs souriants et les viveurs féroces,
Ceux qui d'un tombereau font suivre leurs carrosses,
Les danseurs d'autrefois, égorgeurs d'à présent,
Ceux qui boivent du vin de Champagne et du sang,
Ceux qui sont élégants tout en étant farouches,
Les Haynau, les Tavanne, ayant d'étranges mouches,
Noires, que le charnier connaît, sur leur bâton,
Les improvisateurs des feux de peloton,
Le juge Lynch, le roi Bomba, Mingrat le prêtre,
M'ont crié : Meurtrier ! et Judas m'a dit : Traître !


Victor HUGO
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gaëtane
Monsieur de Paris
avatar

Nombre de messages : 916
Age : 62
Localisation : Vosges
Date d'inscription : 04/08/2010

MessageSujet: La lettre....   Mar 1 Fév 2011 - 8:16


La Lettre


A la lueur d’une bougie
Je t’écris ces quelques mots
Ces quelques mots pour dire qu’ici
On monte au front c’est pour bientôt

Mais ne t’inquiètes pas pour moi
J’ai la santé juste de l’ennui
Courage, confiance, priez pour moi
Nous serons bientôt réunis

C’est de la tranchée que j’écris
Je n’ai pas une minute à moi
Alors comment vont les petits
Toujours sans nouvelles de toi

Surtout écris moi tous les jours
J’ai des heures de nostalgie
Le danger m’effraye à mon tour
Y’a t’il encore des jours des nuits

Je joins quelques photographies
Celle du soldat sous le pommier
Pourrait faire oublier qu’ici
Nos joies de gosse sont envolées

J’espère quand même que mon étoile
Me fera revenir au monde
Que tout ne finira pas mal
Dans cette boue, cette guerre immonde

Didier Venturini







Images de guerre






Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
jfbouquet
Aide non qualifié


Nombre de messages : 20
Age : 62
Date d'inscription : 15/05/2010

MessageSujet: Re: Poètes, vos papiers   Mar 1 Fév 2011 - 11:04


Le Corbeau et le Renard

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
"Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. "
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s'en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. "
Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gaëtane
Monsieur de Paris
avatar

Nombre de messages : 916
Age : 62
Localisation : Vosges
Date d'inscription : 04/08/2010

MessageSujet: La Guillotine...   Mar 1 Fév 2011 - 21:30


La guillotine


Une guillotine mal aiguisée,
Sur ma tête est tombée,
Mais elle ne l'a pas coupée, mais déchirée.

Je suis en train d'agoniser,
La tête d'un côté, le corps de l'autre,
Comment ai-je fait, pour arriver à un état de mort ?

Malgré la sentence, je reste zen,
Mais en silence, je garde ma peine.
Je ne sortirai pas de colère,
Bien au contraire.

Je garderai tout à l'intérieur,
Il n'y aura ni larme, ni pleur,
Ni même de la douleur.
Je m’interdirai d'avoir de tels sentiments,
Car ils ne sont pas mérités, et c'est là mon châtiment.

Il faut rester fairplay,
Et savoir accepter,
Les choses de la vie qui font mal.
Peut-être tendre l'autre joue,
Et dire même pas mal,
Et tenir jusqu'au bout.


Auteur anonyme
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
jfbouquet
Aide non qualifié


Nombre de messages : 20
Age : 62
Date d'inscription : 15/05/2010

MessageSujet: Re: Poètes, vos papiers   Mar 1 Fév 2011 - 22:12

La Cigale et la Fourmi

La cigale , ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle
«Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'oût , foi d'animal,
Intérêt et principal .»
La fourmi n'est pas prêteuse ;
C'est là son moindre défaut.
«Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
- Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
Eh bien : dansez maintenant.»

Jean de La Fontaine
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gaëtane
Monsieur de Paris
avatar

Nombre de messages : 916
Age : 62
Localisation : Vosges
Date d'inscription : 04/08/2010

MessageSujet: Poètes, vos papiers   Jeu 3 Fév 2011 - 20:07



Quand on est chat



Quand on est chat on n'est pas vache,
On ne regarde pas passer les trains
En mâchant des pâquerettes avec entrain
On reste derrière ses moustaches.

Quand on est chat, on est chat

Quand on est chat on n’est pas chien
On ne lèche pas les vilains moches
Parce qu'ils ont du sucre plein les poches
On ne brûle pas d'amour pour son prochain

Quand on est chat, on n’est pas chien

On passe l'hiver sur le radiateur
A se chauffer doucement la fourrure.
Au printemps on monte sur les toits
Pour faire taire les sales oiseaux.
On est celui qui s'en va tout seul
Et pour qui tous les chemins se valent.

Quand on est chat, on est chat.

Jacques ROUBAUD
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
jfbouquet
Aide non qualifié


Nombre de messages : 20
Age : 62
Date d'inscription : 15/05/2010

MessageSujet: Re: Poètes, vos papiers   Jeu 3 Fév 2011 - 20:50

Les Deux Chèvres

Dès que les Chèvres ont brouté,
Certain esprit de liberté
Leur fait chercher fortune ; elles vont en voyage
Vers les endroits du pâturage
Les moins fréquentés des humains.
Là s'il est quelque lieu sans route et sans chemins,
Un rocher, quelque mont pendant en précipices,
C'est où ces Dames vont promener leurs caprices ;
Rien ne peut arrêter cet animal grimpant.
Deux Chèvres donc s'émancipant,
Toutes deux ayant patte blanche,
Quittèrent les bas prés, chacune de sa part.
L'une vers l'autre allait pour quelque bon hasard.
Un ruisseau se rencontre, et pour pont une planche.
Deux Belettes à peine auraient passé de front
Sur ce pont ;
D'ailleurs, l'onde rapide et le ruisseau profond
Devaient faire trembler de peur ces Amazones.
Malgré tant de dangers, l'une de ces personnes
Pose un pied sur la planche, et l'autre en fait autant.
Je m'imagine voir avec Louis le Grand
Philippe Quatre qui s'avance
Dans l'île de la Conférence.
Ainsi s'avançaient pas à pas,
Nez à nez, nos Aventurières,
Qui, toutes deux étant fort fières,
Vers le milieu du pont ne se voulurent pas
L'une à l'autre céder. Elles avaient la gloire
De compter dans leur race (à ce que dit l'Histoire)
L'une certaine Chèvre au mérite sans pair
Dont Polyphème fit présent à Galatée,
Et l'autre la chèvre Amalthée,
Par qui fut nourri Jupiter.
Faute de reculer, leur chute fut commune ;
Toutes deux tombèrent dans l'eau.
Cet accident n'est pas nouveau
Dans le chemin de la Fortune.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Javier
Monsieur de Paris
avatar

Nombre de messages : 783
Localisation : Euskadi
Emploi : Retraité
Date d'inscription : 07/06/2007

MessageSujet: Re: Poètes, vos papiers   Jeu 3 Fév 2011 - 23:05



Auteur inconnu pour moi.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
jfbouquet
Aide non qualifié


Nombre de messages : 20
Age : 62
Date d'inscription : 15/05/2010

MessageSujet: Re: Poètes, vos papiers   Ven 4 Fév 2011 - 10:07

Jean de LA FONTAINE (1621-1695)


La Tortue et les deux Canards

Une Tortue était, à la tête légère,
Qui, lasse de son trou, voulut voir le pays,
Volontiers on fait cas d'une terre étrangère :
Volontiers gens boiteux haïssent le logis.
Deux Canards à qui la commère
Communiqua ce beau dessein,
Lui dirent qu'ils avaient de quoi la satisfaire :
Voyez-vous ce large chemin ?
Nous vous voiturerons, par l'air, en Amérique,
Vous verrez mainte République,
Maint Royaume, maint peuple, et vous profiterez
Des différentes moeurs que vous remarquerez.
Ulysse en fit autant. On ne s'attendait guère
De voir Ulysse en cette affaire.
La Tortue écouta la proposition.
Marché fait, les oiseaux forgent une machine
Pour transporter la pèlerine.
Dans la gueule en travers on lui passe un bâton.
Serrez bien, dirent-ils ; gardez de lâcher prise.
Puis chaque Canard prend ce bâton par un bout.
La Tortue enlevée on s'étonne partout
De voir aller en cette guise
L'animal lent et sa maison,
Justement au milieu de l'un et l'autre Oison.
Miracle, criait-on. Venez voir dans les nues
Passer la Reine des Tortues.
- La Reine. Vraiment oui. Je la suis en effet ;
Ne vous en moquez point. Elle eût beaucoup mieux fait
De passer son chemin sans dire aucune chose ;
Car lâchant le bâton en desserrant les dents,
Elle tombe, elle crève aux pieds des regardants.
Son indiscrétion de sa perte fut cause.
Imprudence, babil, et sotte vanité,
Et vaine curiosité,
Ont ensemble étroit parentage.
Ce sont enfants tous d'un lignage.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Poètes, vos papiers   Ven 4 Fév 2011 - 10:18

Vous allez nous passer en revue TOUTES les fables de la Fontaine ! Sleep Je ne veux pas être médisant mais vous seriez un "CAMOUFLÉ" que cela ne m'étonnerait pas ! Vous voyez QUI je veux dire, non ?
Revenir en haut Aller en bas
jfbouquet
Aide non qualifié


Nombre de messages : 20
Age : 62
Date d'inscription : 15/05/2010

MessageSujet: Re: Poètes, vos papiers   Ven 4 Fév 2011 - 10:21

Désolé, je croyais que Jean de La Fontaine était un poète. Toutes mes excuses Embarassed
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gaëtane
Monsieur de Paris
avatar

Nombre de messages : 916
Age : 62
Localisation : Vosges
Date d'inscription : 04/08/2010

MessageSujet: Poème, poésie....   Ven 4 Fév 2011 - 10:22



Merci Javier pour cette poésie sur "l'impitoyable" couperet !

Bonne journée ! bounce Wink

Un poème


Bien placés bien choisis
Quelques mots font une poésie
Les mots il suffit qu’on les aime
Pour écrire un poème.

On ne sait pas toujours ce qu’on dit
Lorsque naît la poésie
Faut ensuite rechercher le thème
Pour intituler le poème.

Mais d’autres fois on pleure on rit
En écrivant la poésie
Ca a toujours kékchose d’extrème
Un poème.


Raymond QUENEAU
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
jfbouquet
Aide non qualifié


Nombre de messages : 20
Age : 62
Date d'inscription : 15/05/2010

MessageSujet: Re: Poètes, vos papiers   Ven 4 Fév 2011 - 10:26


Alphonse de LAMARTINE (1790-1869)


Contre la peine de mort

(Au peuple du 19 octobre 1830)

Vains efforts ! périlleuse audace !
Me disent des amis au geste menaçant,
Le lion même fait-il grâce
Quand sa langue a léché du sang ?
Taisez-vous ! ou chantez comme rugit la foule ?
Attendez pour passer que le torrent s'écoule
De sang et de lie écumant !
On peut braver Néron, cette hyène de Rome!
Les brutes ont un coeur! le tyran est un homme :
Mais le peuple est un élément ;

Elément qu'aucun frein ne dompte,
Et qui roule semblable à la fatalité ;
Pendant que sa colère monte,
Jeter un cri d'humanité,
C'est au sourd Océan qui blanchit son rivage
Jeter dans la tempête un roseau de la plage,
La feuille sèche à l'ouragan !
C'est aiguiser le fer pour soutirer la foudre,
Ou poser pour l'éteindre un bras réduit en poudre
Sur la bouche en feu du volcan !

Souviens-toi du jeune poète,
Chénier ! dont sous tes pas le sang est encor chaud,
Dont l'histoire en pleurant répète
Le salut triste à l'échafaud .
Il rêvait, comme toi, sur une terre libre
Du pouvoir et des lois le sublime équilibre ;
Dans ses bourreaux il avait foi !
Qu'importe ? il faut mourir, et mourir sans mémoire :
Eh bien ! mourons, dit-il. Vous tuez de la gloire :
J'en avais pour vous et pour moi !

Cache plutôt dans le silence
Ton nom, qu'un peu d'éclat pourrait un jour trahir !
Conserve une lyre à la France,
Et laisse-les s'entre-haïr ;
De peur qu'un délateur à l'oreille attentive
Sur sa table future en pourpre ne t'inscrive
Et ne dise à son peuple-roi :
C'est lui qui disputant ta proie à ta colère,
Voulant sauver du sang ta robe populaire,
Te crut généreux : venge-toi !

Non, le dieu qui trempa mon âme
Dans des torrents de force et de virilité,
N'eût pas mis dans un coeur de femme
Cette soif d'immortalité.
Que l'autel de la peur serve d'asile au lâche,
Ce coeur ne tremble pas aux coups sourds d'une hache,
Ce front levé ne pâlit pas !
La mort qui se trahit dans un signe farouche
En vain, pour m'avertir, met un doigt sur sa bouche :
La gloire sourit au trépas.

Il est beau de tomber victime
Sous le regard vengeur de la postérité
Dans l'holocauste magnanime
De sa vie à la vérité !
L'échafaud pour le juste est le lit de sa gloire :
Il est beau d'y mourir au soleil de l'histoire,
Au milieu d'un peuple éperdu !
De léguer un remords à la foule insensée,
Et de lui dire en face une mâle pensée,
Au prix de son sang répandu.

Peuple, dirais-je ; écoute ! et juge !
Oui, tu fus grand, le jour où du bronze affronté
Tu le couvris comme un déluge
Du reflux de la liberté !
Tu fus fort, quand pareil à la mer écumante,
Au nuage qui gronde, au volcan qui fermente,
Noyant les gueules du canon,
Tu bouillonnais semblable au plomb dans la fournaise,
Et roulais furieux sur une plage anglaise
Trois couronnes dans ton limon !

Tu fus beau, tu fus magnanime,
Le jour où, recevant les balles sur ton sein,
Tu marchais d'un pas unanime,
Sans autre chef que ton tocsin ;
Où, n'ayant que ton coeur et tes mains pour combattre,
Relevant le vaincu que tu venais d'abattre
Et l'emportant, tu lui disais :
Avant d'être ennemis, le pays nous fit frères ;
Livrons au même lit les blessés des deux guerres :
La France couvre le Français !

Quand dans ta chétive demeure,
Le soir, noirci du feu, tu rentrais triomphant
Près de l'épouse qui te pleure,
Du berceau nu de ton enfant !
Tu ne leur présentais pour unique dépouille
Que la goutte de sang, la poudre qui te souille,
Un tronçon d'arme dans ta main ;
En vain l'or des palais dans la boue étincelle,
Fils de la liberté, tu ne rapportais qu'elle :
Seule elle assaisonnait ton pain !

Un cri de stupeur et de gloire
Sorti de tous les coeurs monta sous chaque ciel,
Et l'écho de cette victoire
Devint un hymne universel.
Moi-même dont le coeur date d'une autre France,
Moi, dont la liberté n'allaita pas l'enfance,
Rougissant et fier à la fois,
Je ne pus retenir mes bravos à tes armes,
Et j'applaudis des mains, en suivant de mes larmes
L'innocent orphelin des rois !

Tu reposais dans ta justice
Sur la foi des serments conquis, donnés, reçus ;
Un jour brise dans un caprice
Les noeuds par deux règnes tissus !
Tu t'élances bouillant de honte et de délire :
Le lambeau mutilé du gage qu'on déchire
Reste dans les dents du lion.
On en appelle au fer; il t'absout ! Qu'il se lève
Celui qui jetterait ou la pierre, ou le glaive
A ton jour d'indignation !

Mais tout pouvoir a des salaires
A jeter aux flatteurs qui lèchent ses genoux,
Et les courtisans populaires
Sont les plus serviles de tous !
Ceux-là des rois honteux pour corrompre les âmes
Offrent les pleurs du peuple ou son or, ou ses femmes,
Aux désirs d'un maître puissant ;
Les tiens, pour caresser des penchants plus sinistres,
Te font sous l'échafaud, dont ils sont les ministres,
Respirer des vapeurs de sang !

Dans un aveuglement funeste,
Ils te poussent de l'oeil vers un but odieux,
Comme l'enfer poussait Oreste,
En cachant le crime à ses yeux !
La soif de ta vengeance, ils l'appellent justice :
Et bien, justice soit ! Est-ce un droit de supplice
Qui par tes morts fut acheté ?
Que feras-tu, réponds, du sang qu'on te demande ?
Quatre têtes sans tronc, est-ce donc là l'offrande
D'un grand peuple à sa liberté ?

N'en ont-ils pas fauché sans nombre ?
N'en ont-ils pas jeté des monceaux, sans combler
Le sac insatiable et sombre
Où tu les entendais rouler ?
Depuis que la mort même, inventant ses machines,
Eut ajouté la roue aux faux des guillotines
Pour hâter son char gémissant,
Tu comptais par centaine, et tu comptas par mille !
Quand on presse du pied le pavé de ta ville,
On craint d'en voir jaillir du sang !

- Oui, mais ils ont joué leur tête.
- Je le sais; et le sort les livre et te les doit!
C'est ton gage, c'est ta conquête ;
Prends, ô peuple! use de ton droit.
Mais alors jette au vent l'honneur de ta victoire;
Ne demande plus rien à l'Europe, à la gloire,
Plus rien à la postérité !
En donnant cette joie à ta libre colère,
Va-t'en; tu t'es payé toi-même ton salaire :
Du sang, au lieu de liberté !

Songe au passé, songe à l'aurore
De ce jour orageux levé sur nos berceaux ;
Son ombre te rougit encore
Du reflet pourpré des ruisseaux !
Il t'a fallu dix ans de fortune et de gloire
Pour effacer l'horreur de deux pages d'histoire.
Songe à l'Europe qui te suit
Et qui dans le sentier que ton pied fort lui creuse
Voit marcher tantôt sombre et tantôt lumineuse
Ta colonne qui la conduit !

Veux-tu que sa liberté feinte
Du carnage civique arbore aussi la faux ?
Et que partout sa main soit teinte
De la fange des échafauds ?
Veux-tu que le drapeau qui la porte aux deux mondes,
Veux-tu que les degrés du trône que tu fondes,
Pour piédestal aient un remords ?
Et que ton Roi, fermant sa main pleine de grâces,
Ne puisse à son réveil descendre sur tes places,
Sans entendre hurler la mort ?

Aux jours de fer de tes annales
Quels dieux n'ont pas été fabriqués par tes mains ?
Des divinités infernales
Reçurent l'encens des humains !
Tu dressas des autels à la terreur publique,
A la peur, à la mort, Dieux de ta République ;
Ton grand prêtre fut ton bourreau !
De tous ces dieux vengeurs qu'adora ta démence,
Tu n'en oublias qu'un, ô peuple ! la Clémence !
Essayons d'un culte nouveau.

Le jour qu'oubliant ta colère,
Comme un lutteur grandi qui sent son bras plus fort,
De l'héroïsme populaire
Tu feras le dernier effort ;
Le jour où tu diras : Je triomphe et pardonne !...
Ta vertu montera plus haut que ta colonne
Au-dessus des exploits humains ;
Dans des temples voués à ta miséricorde
Ton génie unira la force et la concorde,
Et les siècles battront des mains !

" Peuple, diront-ils, ouvre une ère
" Que dans ses rêves seuls l'humanité tenta,
" Proscris des codes de la terre
" La mort que le crime inventa !
" Remplis de ta vertu l'histoire qui la nie,
" Réponds par tant de gloire à tant de calomnie !
" Laisse la pitié respirer!
" Jette à tes ennemis des lois plus magnanimes,
" Ou si tu veux punir, inflige à tes victimes
" Le supplice de t'admirer !

" Quitte enfin la sanglante ornière
" Où se traîne le char des révolutions,
" Que ta halte soit la dernière
" Dans ce désert des nations ;
" Que le genre humain dise en bénissant tes pages :
" C'est ici que la France a de ses lois sauvages
" Fermé le livre ensanglanté ;
" C'est ici qu'un grand peuple, au jour de la justice,
" Dans la balance humaine, au lieu d'un vil supplice,
" Jeta sa magnanimité."

Mais le jour où le long des fleuves
Tu reviendras, les yeux baissés sur tes chemins,
Suivi, maudit par quatre veuves,
Et par des groupes d'orphelins,
De ton morne triomphe en vain cherchant la fête,
Les passants se diront, en détournant la tête :
Marchons, ce n'est rien de nouveau !
C'est, après la victoire, un peuple qui se venge ;
Le siècle en a menti ; jamais l'homme ne change :
Toujours, ou victime, ou bourreau !


Dernière édition par jfbouquet le Ven 4 Fév 2011 - 10:38, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Poètes, vos papiers   Ven 4 Fév 2011 - 10:28

jfbouquet a écrit:
Désolé, je croyais que Jean de La Fontaine était un poète. Toutes mes excuses Embarassed

Ouais, vous ne me convainquez pas, vous savez, loin de là. Très loin, même.
Revenir en haut Aller en bas
jfbouquet
Aide non qualifié


Nombre de messages : 20
Age : 62
Date d'inscription : 15/05/2010

MessageSujet: Re: Poètes, vos papiers   Ven 4 Fév 2011 - 10:37

L'échafaud

- Oeil pour oeil ! Dent pour dent ! Tête pour tête ! A mort !
Justice ! L'échafaud vaut mieux que le remord.
Talion ! talion !

- Silence aux cris sauvages !
Non ! assez de malheur, de meurtre et de ravages !
Assez d'égorgements ! assez de deuil ! assez
De fantômes sans tête et d'affreux trépassés !
Assez de visions funèbres dans la brume !
Assez de doigts hideux ; montrant le sang qui fume,
Noirs, et comptant les trous des linceuls dans la nuit !
Pas de suppliciés dont le cri nous poursuit !
Pas de spectres jetant leur ombre sur nos têtes !
Nous sommes ruisselants de toutes les tempêtes ;
Il n'est plus qu'un devoir et qu'une vérité,
C'est, après tant d'angoisse et de calamité,
Homme, d'ouvrir son coeur, oiseau, d'ouvrir son aile
Vers ce ciel que remplit la grande âme éternelle !
Le peuple, que les rois broyaient sous leurs talons,
Est la pierre promise au temple, et nous voulons
Que la pierre bâtisse et non qu'elle lapide !
Pas de sang ! pas de mort ! C'est un reflux stupide
Que la férocité sur la férocité.
Un pilier d'échafaud soutient mal la cité.
Tu veux faire mourir ! Moi je veux faire naître !
Je mure le sépulcre et j'ouvre la fenêtre.
Dieu n'a pas fait le sang, à l'amour réservé,
Pour qu'on le donne à boire aux fentes du pavé.
S'agit-il d'égorger ? Peuples, il s'agit d'être.
Quoi ! tu veux te venger, passant ? de qui ? du maître ?
Si tu ne vaux pas mieux, que viens-tu faire ici ?

Tout mystère où l'on jette un meurtre est obscurci ;
L'énigme ensanglantée est plus âpre à résoudre ;
L'ombre s'ouvre terrible après le coup de foudre ;
Tuer n'est pas créer, et l'on se tromperait
Si fon croyait que tout finit au couperet ;
C'est là qu'inattendue, impénétrable, immense,
Pleine d'éclairs subits, la question commence ;
C'est du bien et du mal ; mais le mal est plus grand.
Satan rit à travers l'échafaud transparent.
Le bourreau, quel qu'il soit, a le pied dans l'abîme ;
Quoi qu'elle fasse, hélas ! la hache fait un crime ;
Une lugubre nuit fume sur ce tranchant ;
Quand il vient de tuer, comme, en s'en approchant,
On frémit de le voir tout ruisselant, et comme
On sent qu'il a frappé dans l'ombre plus qu'un homme !
Sitôt qu'a disparu le coupable immolé,
Hors du panier tragique où la tête a roulé,
Le principe innocent, divin, inviolable,
Avec son regard d'astre à l'aurore semblable,
Se dresse, spectre auguste, un cercle rouge au cou.

L'homme est impitoyable, hélas, sans savoir où.
Comment ne voit-il pas qu'il vit dans un problème,
Que l'homme est solidaire avec ses monstres même,
Et qu'il ne peut tuer autre chose qu'Abel !
Lorsqu'une tête tombe, on sent trembler le ciel.
Décapitez Néron, cette hyène insensée,
La vie universelle est dans Néron blessée ;
Faites monter Tibère à l'échafaud demain,
Tibère saignera le sang du genre humain.
Nous sommes tous mêlés à ce que fait la Grève ;
Quand un homme, en public, nous voyant comme un rêve,
Meurt, implorant en vain nos lâches abandons,
Ce meurtre est notre meurtre et nous en répondons ;
C'est avec un morceau de notre insouciance,
C'est avec un haillon de notre conscience,
Avec notre âme à tous, que l'exécuteur las
Essuie en s'en allant son hideux coutelas.


Victor Hugo
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
jfbouquet
Aide non qualifié


Nombre de messages : 20
Age : 62
Date d'inscription : 15/05/2010

MessageSujet: Re: Poètes, vos papiers   Ven 4 Fév 2011 - 10:43

mercattore a écrit:
jfbouquet a écrit:
Désolé, je croyais que Jean de La Fontaine était un poète. Toutes mes excuses Embarassed

Ouais, vous ne me convainquez pas, vous savez, loin de là. Très loin, même.

Il faudrait essayer de se détendre un peu sur ce forum Shocked

Je ne vois pas en quoi La Fontaine n' aurait pas sa place ici, au même titre que d'autres poètes. Libre à vous de ne pas aimer son oeuvre, mais ce n'est pas mon cas.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Poètes, vos papiers   Ven 4 Fév 2011 - 10:54

Ouais, des poèmes à rallonge, humm... J'aime La Fontaine mais la façon dont vous les présentez est bizarre, copier-coller à la va-vite... Enfin, on verra à l'usage, n'est-ce pas, monsieur ?
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Poètes, vos papiers   

Revenir en haut Aller en bas
 
Poètes, vos papiers
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 3 sur 9Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9  Suivant
 Sujets similaires
-
» Un poème de Musset sur la Veuve
» Question organisation papiers
» papiers à fournir
» Le metier plus de renseignement
» recherche du stage 140h dea

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
La Veuve :: TOUT CE QUE VOUS VOULEZ-
Sauter vers: