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 Guillotine de Tahiti

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tahitipm
Condamné à mort


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MessageSujet: Guillotine de Tahiti   Mar 11 Jan 2011 - 5:31

Cet article pourrait intéresser vos "passionnés". Si vous le l'avez déjà...


Tahiti-Pacifique magazine, n° 152, decembre 2003

Comment fut volée la guillotine de Tahiti



Fernand Meyssonnier est le dernier « exécuteur des Hautes Îuvres » ("bourreau" au service de l'Etat) encore en vie en Europe. Né en 1931 en Algérie, il suit les traces de son père, « bourreau d'Alger », d'abord en tant que « bénévole » à partir de 1947, pour ensuite devenir exécuteur de 1957 à 1961. Comme nous en avions parlé dans nos "confidences" l'année dernière, cet homme a, par la suite, vécu à Tahiti de 1961 à 1987. Il a depuis publié ses mémoires « Paroles de bourreau ».Fernand Meyssonnier y raconte comment, initié par son père, il assiste en juillet 1947, alors qu'il a 16 ans, à sa première exécution. De l'Algérie où il travaille « à la chaîne » aux prisons françaises où il exerce après la guerre, il raconte comment il a décapité 340 Algériens avec un détachement et une précision qui donnent froid dans le dos : « Le type qu'on guillotine, il ne faut pas penser à lui, il faut se concentrer sur la technique ».

Grâce à l'argent de la vente d'un terrain de Papeete (à Gaston Flosse) en 1987, Meyssonnier s'est retiré depuis à Fontaine, dans le Vaucluse, où il a créé un "Musée historique de la Justice et des Châtiments" qui expose les reliques de son passé macabre et qui dorment sous la poussière : instruments de torture datant du Moyen-Age, une copie de guillotine grandeur nature mais aussi, derrière une glace, la tête d'un décapité baignant dans le formol - « il a dû être exécuté à Paris, en 1901 ou 1902 » - et, au fond d'un carton, le cadavre desséché, pareil à une momie, d'un inconnu de sexe masculin qu'il dit avoir acheté aux enchères à Drouot.

23 pages de son livre sont consacrées à son séjour à Tahiti. Dans celles-ci, il nous raconte l'histoire de la disparition de la guillotine de Tahiti. Lisez !



Il faut que je vous raconte cette histoire invraisemblable autour de la guillotine de Tahiti. Dès mon arrivée en 1961, j'ai appris qu'il y avait une guillotine à Tahiti. J'ai demandé à un gars des Travaux publics de la voir. Je me rappelle avoir vu deux demi-lunettes complètes. À l'époque, il manquait peut-être une pièce ou deux... Et puis après, elles ont disparu. Oui, peu à peu, il y a des gens qui ont piqué des pièces. Finalement, la guillotine, ce n'était plus qu'une ruine. Ça me faisait mal au cÏur. C'est quand même une pièce historique.

Alors un jour j'ai eu l'idée de demander si on voulait bien me vendre la guillotine. J'ai donc écrit au procureur qui m'a répondu que ce n'était pas de son ressort, qu'on ne pouvait pas vendre la guillotine. La guillotine, ça appartient à l'État. Il faut l'accord du ministre de la Justice. Il me disait d'adresser ma demande au gouverneur. Les jours ont passé...



Et puis un jour je suis appelé par Juventin, le maire de Papeete, député maire, qui me dit :

&emdash; Meyssonnier, c'est vrai que vous êtes ancien exécuteur ?

&emdash; Oui.

&emdash; Voilà, vous savez qu'il y a une guillotine à Tahiti. La ville a décidé d'organiser une manifestation sur "le vieux Tahiti". Des souvenirs de Tahiti, donc des photos, des cartes postales, comment on travaille les sculptures, tout ça... Et j'ai eu l'idée d'exposer la guillotine. Après tout, elle fait aussi partie du patrimoine de Tahiti. J'ai pensé qu'on pourrait la dresser devant la mairie.

&emdash; Ah, ça c'est une bonne idée, Monsieur Juventin. Bien, on va la monter. »

Alors je lui ai dit qu'il fallait du bois, des deux par six, deux pouces... Et on a commencé à la monter. Ça ne faisait pas une heure qu'on y était, on était en train de chercher des bois... tout d'un coup : téléphone du gouverneur, du député. Et voilà Juventin qui arrive, appelle un policier, et nous dit d'arrêter.

On ne peut plus, Monsieur Meyssonnier, il faut démonter la guillotine !

&emdash; Quoi ? Oh ! qu'est-ce que c'est, vous êtes devenus fou ?

Juventin m'explique que c'était bien son idée, mais que dans l'île les Chinois ont commencé à protester, disant que ce sont deux innocents qui avaient été guillotinés, qu'on est en train de réactiver un souvenir douloureux... (1) Bref, la communauté chinoise était aux quatre cents coups.



Voilà donc qu'on démonte la guillotine et elle repart direction les Travaux publics. Du coup, je suis allé aux Travaux publics et j'ai dit au responsable : « Écoutez, ça m'ennuie de voir cette guillotine tomber en ruine. Elle est tout abîmée, il manque des pièces. Moi, à mes frais, je la remets en état.

- Comment ça ? Comment vous voulez faire ?

- Je ne vous demande rien, quelques pièces à faire faire par vos ateliers, mais pour tout le reste, je paye moi-même. »



On appelle monsieur Lenoble, le responsable des Travaux publics. On fait un protocole qu'on tape à la machine. Monsieur Meyssonnier... combien de temps il faut ? Six mois. Oui, six mois parce qu'il y a des pièces à fondre. Bon. Il me donne la guillotine - protocole d'accord - six mois pour refaire la guillotine. Je viens chercher la guillotine et je l'envoie à Moorea, chez un copain, un menuisier juste en face du Club Méditerranée. Il refait cette guillotine, et puis tant qu'à faire, il me fabrique une copie identique à l'original. Je la peins, on la monte et, au bout d'un mois, voilà des journalistes qui débarquent pour voir la guillotine. Ho là ! Surtout pas de journalistes. Déjà que tout le monde est en révolution parce qu'en France on parle d'abolir la peine de mort et qu'on dit qu'ici, à Tahiti, on veut l'appliquer puisqu'on fait refaire la guillotine, qu'on la monte partout. Donc, on la démonte et on la porte aux Travaux publics.



Mais alors, c'est là qu'il y a eu erreur. C'est la copie qui a été renvoyée aux Travaux publics. Et l'original, il est parti. Pfff... Disparu ! C'est X... qui l'a expédié en Amérique, sans m'avertir. Il a fait des colis et inscrit dessus : « Bois de Tahiti. » Moi, je n'en savais rien, je n'étais pas au courant. C'est parti en Amérique. X, il n'avait même pas payé le transport ! Il a fallu que moi je paye le transport par la suite, sept mois après. 7 000 F de frais : transport, entreposage, etc. Donc, c'était parti à Los Angeles, par bateau. Moi, j'ai payé pour l'avion, mais il l'a envoyé par bateau. Après, de Los Angeles... c'était parti au Kansas, à Wichita. Et là aussi c'est moi qui ai payé le transport. Donc, je suis parti à sa recherche, jusqu'à Wichita. Là, j'ai rencontré un Arabe, un Algérien qui travaillait dans un restaurant libanais. On a parlé du pays, de l'Algérie. Son père avait été collecteur de fonds pour le FLN. Je lui ai dit quelles avaient été mes fonctions. Parler du pays nous a rapprochés. On s'est bien entendu. On a sympathisé. Je lui ai parlé de cette histoire de guillotine, savoir s'il en avait entendu parler. Il m'a aidé à la chercher. On nous a bien dit qu'on l'avait vue un temps, dressée dans un terrain vague, abandonnée aux quatre vents. Mais, finalement, impossible de la retrouver. Je suis revenu à Tahiti. Voilà.

À mon retour, mon beau-frère me dit que X.... qui était notre associé dans une entreprise de travaux, nous a escroqués. On a donc fait un procès contre lui. Et lui, pour se venger, il est allé voir des journalistes, leur raconter cette histoire de guillotine. Alors un jour, dans La Dépêche de Tahiti, pleine page : « On a volé la guillotine ! ... » Avec un baratin du genre : Nostalgique de son ancien métier, l'ancien bourreau a fait faire une copie de la guillotine appartenant au Territoire... Et toute une histoire invraisemblable. Le truc fumant. Popopopopo... Moi, je n'ai pas porté plainte, je m'en foutais. Mais j'ai quand même été convoqué par la police à Nice.



Oui, convocation. Bon. Je me rends au commissariat et là on me dit :

- Alors, qu'est-ce que c'est que cette histoire de guillotine ? »

- Guillotine ? Moi, je suis comme vous, j'en sais rien... Oui, j'ai exercé la fonction d'exécuteur. Mais de là à voler une guillotine ! Pourquoi j'irais prendre des bouts de bois pourris ! C'est vrai, j'ai vu une guillotine abandonnée aux Travaux publics du Territoire. J'ai dit que ça m'ennuyait qu'elle tombe en ruine. Je l'ai retapée, et j'ai fait une copie pour moi. Je n'ai jamais entendu dire qu'on n'avait pas le droit de faire une copie. C'est X... qui l'a expédiée en Amérique. Mais il y a eu erreur sur la marchandise, il a expédié l'original. Il a rendu la copie. L'original, il est parti en Amérique. Impossible de le retrouver. Je suis comme vous, voilà. C'est une histoire de fou.

- Oh, oh, oh... guillotine... Nous, on n'a pas que ça à faire !

Voilà ce qu'ils m'ont dit au commissariat. Ensuite, ils ont répondu à Papeete. Je ne sais pas ce qu'ils ont répondu, mais à Papeete ils étaient drôlement emmerdés. Ils ont envoyé un expert. Et l'expert, il a dit : « La vraie guillotine, c'est celle qui est au musée de Tahiti. »

Voilà toute l'histoire. La guillotine a fait comme le saumon, elle est revenue à son lieu de naissance.

Fernand MEYSONNIER



1. La guillotine de Tahiti a fonctionné uniquement pour une double exécution d'émigrés chinois (apparemment innocents) en 1926.

Extrait de : « Paroles de bourreau, témoignage unique d'un exécuteur des arrêts criminels » par Fernand Meysonnier, recueilli et présenté par Jean-Michel Bessette, auto édition 2002, 320p., nombreuses photos et documents inédits, 20 euros, ISBN : 2-911416-71-6.
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Monsieur de Paris
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MessageSujet: Re: Guillotine de Tahiti   Mar 11 Jan 2011 - 7:11

Merci beaucoup pour cet article. C'est en general le meme recit qu'on trouve dans "Paroles de Bourreau" les memoires de Fernand Meyssonnier. Il faut preciser qu'il n'a jamais ete "executeur en chef" mais seulement un des aides de son pere, Maurice, qui fut executeur en chef jusqu'a la fin de la presence Francaise en Algerie.

Cette meme affaire a ete discutee sur ce forum il y a un an ou deux. Le recit ne tient pas debout en ce qui concerne Mr. X et la disparition de la guillotine de Tahiti. En outre avant sa mort Fernand Meyssonnier a mis en vente une guillotine, au moins partiellement autentique, qu'il disait avoir construit a partir de pieces de rechanges abandonnees en Algerie. Il donne meme la date the construction de cette machine comme etant environ 1890. La guillotine the Tahiti fut construite avec 5 autres guillotines en 1889. La guillotine d'Algerie en 1868.

Ces 5 autres guillotines partirent pour l'Indochine, le Tonkin, St Pierre et Miquelon, Cayenne et St Laurent-du-Maroni et existent toutes encore aujourd'hui. Plusieurs articles de 1889 decrivent les six guillotines arrangees dans le hangar. Rue de la Folie Regnault, pour etre testees par Louis Deibler, Monsieur de Paris avant leur depart pour les colonies.

Il est beaucoup plus probable que Mr. Meyssonnier construisit une copie exacte de la guillotine de Tahiti et assembla deux machines identiques mais que les pieces d'origine furent divisees entre la machine qui retourna au musee de Papeete et celle qui fut envoye en France - en passant par l'Amerique - et qui a fait surface dans le Musee de La Fontaine de Vaucluse quelques annees plus tard. Cela explique pourquoi la machine de Meyssonnier comporte des pieces absolument autentiques ainsi que des pieces visiblement reproduites et aussi comment les experts ont juge que la machine de Tahiti etait autentique. Je n'ai jamais vu de photos de la machine de Tahiti donc je peux pas juger de son autenticite, mais je considere que la "guillotine de Meyssonnier" est probablement autentique et comme comme Fernand n'a jamais clairement explique son origine...

Si vous avez des informations contemporaines sur la guillotine de Tahiti je serais tres interesse.
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