La Veuve

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 Jean-François Heidenreich

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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Jeu 25 Juin 2009 - 9:21

niavlys a écrit:
Et Heidenreich dans tout ça, sait-on à quel date il a été nommé exécuteur "national" ?
Bonjour à toute l'équipe !
Heidenreich a été nommé exécuteur " national " par le décret Crémieux, donc au 01/01/1871.Il était " chef " à Paris depuis 1849.A noter que l'adjectif " national " est inexact, puisqu'il y avait une autre équipe en Algérie et une troisième en Corse, assez rapidement supprimée, semble-t'il, pour cause de chômage technique Laughing
Source : Delarue, bien évidemment study
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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Jeu 25 Juin 2009 - 11:12

Si le décret Crémieux du 25 novembre 1870, crée un exécuteur national et cinq adjoints, il ne mentionne en aucun cas le nom de celui-ci. Bien s'il soit probable que le ministère de la justice ait rapidement pensé à lui, en sa qualité d'exécuteur de la cour d'appel de Paris, il n'est pas certain que sa nomination remonte à janvier 1871.

On peut imaginer que c'est après la période de la commune (printemps 1871) qu'il a officiellement été nommé à ce poste. Dans les archives, on ne le signale avec le titre d'exécuteur en chef, qu'à partir de juillet. Je ne désespère pas de retrouver, un de ces jours, l'acte officiel de sa nomination.
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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Jeu 25 Juin 2009 - 15:17

Bonjour, Jourdan !
Un indice qui peut être intéressant : Lors de l'exécution des criminels d' Hautefaye ( 06/02/1871 ), Heidenreich avait refusé de se déplacer, et c'est donc son 1° Adjoint Nicolas Roch qui fit fonction de chef.Heidenreich reprit son rôle de " Chef " pour les exécutions suivantes, et ce jusqu'à sa mort début 1872.
A mon sens, la date est à chercher entre la promulgation du décret Crémieux et l'exécution d' Hautefaye.La période étant historiquement troublée, il est aussi possible qu'Heidenreich ait été " commissionné " avec effet rétroactif...
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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Jeu 25 Juin 2009 - 17:41

niavlys a écrit:
Pierrepoint,

L'exécution d' Hautefaye n'est pas l' "oeuvre" de Roch. Jourdan y a consacré un très bon article sur son blog :

http://histoiresdebourreaux.blogspot.com/2009/06/la-quadruple-execution-dhautefaye.html
Effectivement, voilà qui est sans appel compte-tenu de la science de notre ami Jourdan !
Alors, il faut rectifier le Palmarès qui attribue cette "quadruple" à N. Roch...
Ai découvert entre temps que Roch ne pouvait en être, toujours selon Delarue, pour la raison suivante : L'équipe d'Heidenreich a été constituée en 2 fois : Edouard ( Ou Léopold ? ) Desfourneaux, déjà aide d'Heidenreich lorsqu'il n'était qu'exécuteur " parisien ", a été conservé, à une date que nous ne connaissons pas - sans doute la même que celle de la promotion de son patron - pour l'équipe nationale Very Happy
Ensuite, le 24/07/1871, donc après l'exécution d'Hautefaye ( 06/02/1871 ), 3 aides supplémentaires ont été nommés : N. Roch ( Amiens ), L. Deibler ( Rennes ) et
C. Ganié ( Agen ).
Bonne soirée.
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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Jeu 25 Juin 2009 - 19:17

Comme je l’ai précisé par ailleurs à Sylvain, il est certain que le décret du 25 novembre 1870, créant un exécuteur et cinq adjoints, n’a pas eu une application immédiate. Il a fallu un bon moment avant que tout cela se mette en place. D’autant qu’il y a eu l’épisode de la commune, au printemps 1871.
Ainsi, Nicolas-Placide Doublot (né en 1797) était toujours exécuteur-adjoint des arrêts criminels près la cour d’appel de Paris en 1871. Il n’a été relevé de ses fonctions qu’en août 1871. On lui a notifié sa mise à la retraite le 16 août.
Donc, c’est plutôt en juillet et août 1871 que l’équipe d’Heidenreich a été définitivement constituée, avec Nicolas Roch (nommé le 24.07.1871), Louis Deibler (nommé le 24.07.1871), Charles Ganié (nommé le 24.07.1871), Edouard Desfourneaux (nommé le 1.08.1871) et Alphonse Berger (nommé en 1871).

En janvier 1872, l’équipe se compose officiellement comme suit :
- Heidenreich (salaire de 6000 francs)
- Roch, 1er aide (salaire de 4000 francs)
- Deibler, 2e aide (salaire de 4000 francs)
- Ganié, 3e aide (salaire de 3000 francs)
- Berger, 4e aide (salaire de 3000 francs)
- Desfourneaux, 5e aide (salaire de 3000 francs)
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MessageSujet: Souvenirs d'un bourreau de Paris   Mer 6 Jan 2010 - 13:08





Ces souvenirs, apparemment de M. Heidenreich, ont-ils vraiment été écrits par lui ?
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piotr
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MessageSujet: Monsieur Heidenreich and his guillotine- voila!!!   Ven 29 Jan 2010 - 19:37

"Persons curious of inspecting the guillotine,without witnessing an execution ,must write to Mr Heindenreich, 5 Boulevard St.Martin
the fee and expenses amount 100 francs"

How much was worth 100 francs in 1857


http://books.google.pl/books?lr=&cd=7&id=IcVCAAAAYAAJ&dq=heidenreich+guillotine&q=heidenreich+#search_anchor
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Titus_Pibrac
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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Sam 30 Jan 2010 - 20:34

100 francs were a lot of money in 1857 - mind it was almost an ounce of fine gold (32 grams of gold @22 carats) which would still worth about 1100 USD today.

The 100 francs gold coin is more or less the equivalent of the 20 dollars gold coin - double eagle - or 4 gold sovereigns.

http://en.wikipedia.org/wiki/Latin_Monetary_Union

The annual salary of a 40 years old school teacher was about 2.000 francs around 1875. Probably a little less in 1857.

So apparently Mr Heidenreich would show some wealthy, curiousity-prone, Englishmen the bécane for say, around 1500 Euros.

I wonder if he had a lot of eccentric clients ready to satisfy their curiousity at this price.
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piotr
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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Sam 30 Jan 2010 - 21:03

So apparently Mr Heidenreich would show some wealthy, curiousity-prone, Englishmen the bécane for say, around 1500 Euros.

I wonder if he had a lot of eccentric clients ready to satisfy their curiousity at this price.[/quote]

Expensive pleasure .But with big discount for condemned
Thank you Very Happy
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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Mar 2 Fév 2010 - 16:35

I am not sure if seeing the guillotine was granted for free to the condamned people.

As a matter of fact, people sentenced would have usually been also condamned to pay the "expenses" - obviously not the real ones but some fixed rates - and during some period, likely from around 1816 to 1872 - but I am not sure of that - the cost of their execution - like in China today although it has to be checked carefully - I would not put my head on the block for it.
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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Mer 3 Fév 2010 - 1:47

Dans le cas de Jean Allieres, execute le 2 Mai 1901 a Toulouse, les "frais de la procedure" s'eleverent a 279 francs et 26 centimes...
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piotr
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MessageSujet: Jean-François Heidenreich   Sam 15 Mai 2010 - 21:34

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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Mer 30 Mai 2012 - 22:14



Dernière édition par niavlys1980 le Jeu 5 Juil 2012 - 8:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Lun 4 Juin 2012 - 1:01

bonjour ,à propos des souvenirs d'un bourreau de Paris, je possèdes effectivement ces récits , réédités dans le années 70 , dans la série: les personnages maudits de l'histoire
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Nemo
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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Mar 5 Juin 2012 - 13:36

Bonjour,

j'arrive bien après la bataille.

Concernant l'identité réelle de l'exécuteur, ce matin-là, j'ignorais ce point : je m'étais fié, pour le Palmarès, à mentionner ce que j'avais lu dans le livre de Georges Marbeck...

Bon, à corriger donc.


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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Mer 6 Juin 2012 - 14:11

J'ai agrandi l'image mais elle reste floue...No

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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Mar 22 Jan 2013 - 18:27

Jean-François Heidenreich avait-il relaté ses mémoires d'exécuteur sur le papier ?
On pourrait le croire, mais...

En 1877, parait un livre : Souvenirs d'un bourreau de Paris, par M. H***. De nombreuses exécutions, faites par J-F. Heidenreich, y figurent, Avinain, Orsini, Troppmann, La Pommerais, Dumollard... ainsi que des "aventures haletantes" qui auraient traversé la vie de cet exécuteur — la Commune de Paris a manqué de le fusiller etc. Des inexactitudes, des erreurs grossières indiquent que cet ouvrage a été rédigé — tout au moins en grande partie — par une autre personne que J-F. Heidenreich.

Le livre est "copieux", du moins dans sa version originale, 782 pages ! Certains chapitres sont singuliers, tel celui du cimetière des suppliciés dont la description est particulièrement saisissante, presque hallucinante (lire en fin de post).
La fin de l'ouvrage, dans sa version originale, se termine par le chapitre La mort du bourreau, et celle de l'édition abrégée par le chapitre Ma retraite, puis ces mots pour clore l'ouvrage : « Neuf mois après, au mois de mars 1872, l'auteur de ces souvenirs succombait à la suite de la longue maladie qu'il avait éprouvée. Il mourait, comme son prédécesseur, victime d'un bandit et victime du devoir ! »




Source du document : gallica.bnf.fr
Édition originale — Imp. de Charaire et fils, Sceaux, 1877. 782 pages. Illustré.
Consultable sur Gallica : ICI



Édition abrégée — Paris. Chez tous les libraires. Nombreuses rééditions. 459 pages. 1886.
Consultable sur le site de l'Université de Bonn (Allemagne) :
http://s2w.hbz-nrw.de/ulbbndfg/content/pageview/78866
Université de Bonn .

1 -
2 -

Université de Bonn.



Dans la revue d'Henri Rochefort.


° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° °

LE CIMETIÈRE DES SUPPLICIÉS.

Même après leur mort, les suppliciés sont tourmentés par les vivants. Dès que le couteau a séparé la tête du tronc des condamnés, un médecin s'en empare. Il va la porter à son cabinet d'études. Là, il l'a garde avec la joie délirante et fiévreuse d'un avare avide de cacher son trésor. Il étudie, dissèque, numérote les cases de sa botte osseuse, heureux de découvrir les moindres indices de ses odieux penchants.

Plus le sujet a été un objet d'horreur, pour la société, plus il devient pour le savant un objet d'admiration. Voilà pour la tête du supplicié. Maintenant, voyons ce que devient son corps ?
Une fois que le tronc est resté pantelant sur la planche sanglante, il est emporté dans un fourgon et conduit au cimetière d'Ivry. Y reste-t-il ? Pas plus que la tête, le corps n'a la chance de pourrir en paix dans le coin du cimetière réservé aux réprouvés. Si le guillotiné n'est pas reconnu par sa famille, il ne fait que passer dans la fosse. Comme sa tête, son corps devient la proie de la spéculation. Ici, l'anatomie réclame son corps comme là-bas, elle a réclamé sa tête.

Non, le supplicié n'a pas grâce, même après sa mort. En vain, au cimetière des suppliciés, voit-on des carrés de terre sans tombe, sans couronnes et sans croix, dont la désolante et piteuse aridité est un stigmate de plus sur ce champ de repos ; en vain leur nudité, leur solitude, indiquent-elles que c'est là que se dérobe le crime puni ? Pour la plupart, les corps des suppliciés ne font que passer sur cette terre maudite. On pourrait croire cependant qu'ils y sont relégués pour l'éternité. Il n'en est rien.

Lorsqu'un condamné à mort est sans nom, sans famille, lorsque son nom et sa famille n'ont pas osé se prononcer devant son infamie, il devient la proie d'une étrange spéculation. Il est appelé, dans l'intérêt de la science et de la curiosité, à être l'objet d'une infernale manipulation. En un mot, le corps du supplicié devient un objet de fabrique !

C'est dans une fabrique de squelettes, située à deux pas de Paris, plutôt que dans le champ des navets, que se trouve le dernier cimetière des suppliciés. Oui, il existe, tout près de la capitale, une usine de cadavres. Ces cadavres sont appelés à devenir des squelettes, par un procédé industriel. Cette infernale usine est alimentée par tous les corps des déshérités, ceux que la misère et l'infamie ont rendu, de leur vivant, étrangers à la société.

Je le répète, cette usine de cadavres est le véritable cimetière des suppliciés et des gueux ! Cela peut paraître incroyable, pourtant cela est. Rien n'est impossible à la spéculation, rien ne l'arrête ! Elle ne recule pas devant l'horreur et l'inhumanité ! Sous prétexte de donner à l'art chirurgical de nouveaux sujets, un fabricant s'est arrogé le droit de prendre au cimetière des suppliciés, comme aux cliniques, des cadavres innommés, destinés à devenir des produits perfectionnés.

Dans son usine se coudoient les débris des misérables, morts de misère ou morts d'infamie. La misère et le crime ne rapprochent-ils pas tous les parias ! Sur la rive gauche, près des fortifications, on voit de grands bâtiments sans fenêtres, clos de mur s'ouvrant sur une porte basse. C'est l'entrée de la fabrique de squelettes, ou, si l'on veut mieux, de l'usine des cadavres : usine est le mot. Car le soir, du haut des fortifications, on voit flamber toutes ces hautes cheminées. En temps ordinaire, cette fabrique reçoit, des hôpitaux, son contingent de corps. On les apporte dans une pièce vestibule, derrière laquelle se trouve une cour circulaire.

Dans cette première salle, sont déposés les bras, les jambes, les poitrines des morts des hôpitaux, coupés, divisés, charcutés de la veille par tous les carabins de Paris. Ils sont destinés à être triés, passés, membre par membre, pour redevenir des corps présentables. Les femmes sont d'un côté du mur, les hommes de l'autre, des cadavres, plantés debout aux parois par morceaux assemblés comme dans un jeu de patience, ont des contorsions terribles, des mâchures de gris verdâtre sur le blanc mat de leurs chairs mortes.

On est devant un véritable étal de boucherie humaine. Ces corps divisés, assemblés, tant bien que mal, effraient l'âme la plus bronzée ; ils ne pourraient ravir que les yeux d'un cannibale. Une forte odeur de phénol combat l'exhalaison putride de ces chairs déchiquetées ou en décomposition. Cette salle aux cadavres est plus épouvantable que la salle de la Morgue. Ce n'est pourtant que l'antichambre d'une autre salle beaucoup plus vaste et plus effroyable. Pour y arriver il faut traverser une cour circulaire; après l'avoir passée, on entre dans une rotonde immense où se dressent de-ci, de-là, de gigantesques chaudières. Une épaisse buée, aux senteurs âcres et fades, voile cet intérieur.

Des hommes presque nus circulent avec d'énormes cuillers qu'ils plongenl dans ces chaudières chauffées à blanc; ils retournent leur instrument comme le feraient des bitumiers dans un liquide en ébullition. Ce qu'ils travaillent, ce sont des cadavres. D'autres ouvriers les leur apportent du vestibule, les uns sur des hottes, les autres sur des brancards, ils les jettent dans ces vastes récipients où se groupent les épouvantables cuisiniers de ces monstrueux pots-au-feu !

Ces marmites de l'enfer alimentées par ces démons, glacent le cœur de dégoût et d'épouvante. Il faut être bien aguerri pour se faire à ce potage de cannibales ou s'entrechoquent des torses déchiquetés, des tibias cherchant des fémurs, des mains courant avec des contorsions fantastiques après des pieds dansant sur un liquide incandescent.
On se croirait en enfer, devant des démons faisant leur cuisine avec les corps des damnés.

Lorsque par la fusion, les os sont bien séparés des chairs, lorsque ces os sont bien dénudés, on les sort des chaudières. On les transporte dans une salle du fond ; la dernière de ce bâtiment octogone. Là, on refait pour ces os ce qu'on a fait dans le vestibule pour les chairs; on reconstruit le squelette. Un contre-maître est là scrutant, cherchant, examinant quelle ossature peut convenir à l'être humain privé de ses parties charnues, et l'on arrive à peu près à composer une carcasse homogène.

Cette dernière salle est l'atelier où s'opère le travail définitif des squelettes. Le lendemain de l'exécution d'un condamné, cette fabrique a de la besogne. Le corps du supplicié livré à cette étrange usine, sert de type, après avoir été désossé dans une chaudière spéciale, à tous les corps soumis à la même préparation.

C'est aux plus habiles ouvriers que revient le soin de recomposer, sur le patron du squelette type, l'imitation de l'ossature du véritable guillotiné. L'original reste à la fabrique. Les imitations reconstituées en divers exemplaires sont destinées à être expédiées à Paris, en province et à l'étranger. Elles sont appelées à orner le cabinet des savants, jeunes ou vieux, étudiants ou professeurs, heureux de posséder, post mortem, l'ossature d'un grand scélérat. Elles deviennent, pour ses propriétaires, le témoignage de notre néant et l'objet d'une étude personnelle.

Par cet étrange et mystérieux commerce, il se trouve que les Muséums de France et de l'étranger possèdent en même temps le prétendu squelette d'un criminel célèbre. Ces squelettes ne sont pas plus authentiques que les nombreuses cannes de Voltaire et toutes les redingotes grises du grand homme !
J'ai vu autrefois, dans une baraque de saltimbanques, les squelettes de Cartouche, de Poncet et de Dumollard. Sans doute, ils sortaient de la même fabrique. Elle seule peut se targuer de posséder au complet, moins la tête, les corps des condamnés à mort. En détenant les originaux de ses nombreuses imitations, celle fabrique de squelettes ne devient-elle pas le dernier cimetière des suppliciés ?
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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Mar 22 Jan 2013 - 19:50

Bonjour la description à vomir.

Cela dit, je me suis toujours demandé d'où pouvaient bien provenir les squelettes des écoles et facultés (du temps où ils n'étaient pas en matière synthétique; je crois que pour ma part ce n'était pas un vrai).

Pour autant, la description est particulièrement outrancière. On a l'impression que des contingents entiers de squelettes sortent de cette "usine".

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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Mer 30 Jan 2013 - 20:05

Quelle horreur, ce n'est pas Dieu possible ! :evil:

Je suis trop dégoûté :pale: :affraid:

Je veux bien qu'un meurtrier expie ses crimes, mais au moins

que l'on respecte sa dépouille !

Et on ose dire après ça que la France est le pays "des droits de l'homme" !

Et si l'on considère que l'existence humaine est estimable, il ne faut jamais oublié

que la vie même du plus abject des criminels a méritée d'être un jour estimée... (RDB)

Ecoeuré, et révolté par quasiment tout, j'ai l'une de mes connaissances qui m'a dit ceci,

imagine que même ton pire ennemi, a été un jour un enfant, un enfant innocent, est-ce

que l'on s'en prend à un enfant ?

Protestant tout d'abord, j'ai pourtant conclus après de nombreuses années de questionnements, et de

raisonnements, que cette personne avait raison !

Acceptant le principe de la peine de mort, même si plus j'avance en âge, et moins je suis favorable à cette issue !

Je pense que le condamné devrait être plutôt emprisonné à vie, et vraiment à vie...

Enchainé au mur, comme l'avait décidé Louis XIV pour les condamnés survivants de la chambre ardente...

Plutôt que de lui accorder le bénéfice du martyr



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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Jeu 31 Jan 2013 - 13:02

Je vous rejoins sur ce point, anatole deibler. Je veux bien que la prison à vie remplace la peine de mort, mais à condition que cela soit vraiment "à vie".

Sur ce point on a trompé les députés lors des débats préliminaires sur l'abolition car il avait bien été dit que la PDM serait remplacée par la détention perpétuelle. Or aujourd'hui il n'en est rien.

Je ne suis pas sûr que l'abolition aurait été votée si les députés avaient eu connaissance de ce que serait réellement devenue la peine de substitution.


Pour en revenir sur l'article je pense plutôt que la majorité des cadavres décrits provenaient de décès "classiques" de personnes ayant fait don de leur corps à la science. Mais cela n'enlève en rien l'horreur de la description, je suis d'accord.

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MessageSujet: Obsèques de Heindreich   Lun 8 Juil 2013 - 16:46





Le Rappel, 2 avril 1872


Source : archives de la Préfecture de police de Paris, DB/142.

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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Mar 9 Juil 2013 - 8:53

"pustulants" !
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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Mer 10 Juil 2013 - 12:39

C'est de l'humour de journaliste, le même qui se serait précipité à une exécution pour couvrir l'affaire.

Que penser également du nom du successeur (M. PLOQUE)? 

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MessageSujet: Mr. PLOQUE et ses divers avatars...   Mer 10 Juil 2013 - 16:22

Mes respects, Monsieur l'Administrateur !!!  
Il n'a sans doute pas échappé à votre sagacité que le Mr. PLOQUE du § 4 doit être parent du Mr. BOQUE du § 2...que nous pouvons démasquer aisément car il exerçait la charge de "premier aide" de feu Jean-François !!!
Il s'agirait d'un pseudo de N. ROCH que je n'en serais pas autrement surpris  
Bonne journée !
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MessageSujet: Re: Jean-François Heidenreich   Ven 12 Juil 2013 - 11:39

Pour les squelettes:
Quand j'étais en prépa en 1984, nous avions un squelette féminin pour les leçons d'anatomie. Mon prof de bio nous racontait alors que l'Inde avait un quasi-monopole pour l'exportation des squelettes, tels que ceux qu'on pouvait voir, suspendus à des chaines comme à Montfaucon, dans la boutique de Deyrolle rue du Bac.

L'inde a interdit l'exportation des squelettes en 1985, bien que la contrebande soit courante:

http://necrogramme.com/texte47.html

Je crois que la vente de squelettes est maintenant interdite dans la plupart des pays. On les a remplacé par des copies en résine.

Par contre, les "vieux" squelettes sont toujours utilisés en médecine et en biologie.

Pour info, le squelette de Cadoudal est resté longtemps dans un cabinet de curiosité.
Ex http://www.tombes-sepultures.com/crbst_867.html :


"
Georges fut condamné à mort avec onze autres chouans. Pichegru suicidé, il fit de son mieux pour innocenter Moreau, accusé injustement, qui fut condamné à deux ans de prison.
Héroïque jusqu’au bout, il refusa toute demande en grâce qui aurait bafoué son honneur, ce que pourtant aurait apprécié Bonaparte.
Le 25 juin 1804, trois charrettes se dirigèrent vers la place de Grève. Afin de prouver à ses hommes qu’il ne renierait pas son engagement au pied de l’échafaud, il demanda à être guillotiné le premier, alors qu’un chef de bande l’était traditionnellement en dernier. En se dirigeant vers la guillotine, il récitait l' Ave Maria , s'arrêta au verset " Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant... " ; son confesseur lui murmura : " Continuez. " Cadoudal eut un sourire, haussa les épaules : " A quoi bon, monsieur l'abbé ? Et à l'heure de notre mort, n'est-ce pas maintenant ? "
À la Restauration,Louis XVIII le nomma maréchal de France à titre posthume.
Les dépouilles furent inhumées au cimetière Sainte-Catherine...tout du moins celles des onze chouans. A l’Empereur qui l’interrogea quatre plus tard, Fouché jura ses grands dieux que celle de Cadoudal était bien du nombre.
De fortes présomptions, devenues une réalité historique malgré le manque de preuves formelles, laissent à penser qu’il n’en fut rien. Dans quel esprit tordu et/ou revanchard germa l’horrible idée qui suit ? On ne le saura jamais.
Son cadavre n’aurait pas été enterré mais acheminé vers un amphithéâtre d’anatomie afin d’être transformé en vulgaire sujet pédagogique pour les étudiant en Médecine. Ses chairs séparées des os, il ne resta plus du chef chouan qu’un squelette monté sur fils rebaptisé Anatole par les futurs carabins comme l'étaient tous les squelettes humains de l’amphithéâtre !
C’est ce même squelette que Larrey, médecin de la Grande Armée, restitua aux amis de Georges Cadoudal en 1814. On ne saura jamais la réelle participation de Larrey au dépeçage quasi blasphématoire.
Quoiqu’il en soit le certificat qu’il joignit à la relique le défaussait totalement :

« Je soussigné, Inspecteur général du Service de santé, 1er chirurgien de la garde impériale, commandeur de la Légion d’honneur [...] déclare être possesseur du squelette (monté en fil de fer) ayant appartenu à Georges Cadoudal lieutenant général des armées du roi, cordon rouge. En attestant l’identité du squelette de Georges Cadoudal par la déclaration sincère que la personne qui l’a préparé en a faite et les caractères distinctifs de ce squelette auxquels les connaisseurs peuvent facilement trouver l’homme vivant, je certifie l’avoir remis à MM. Joseph Cadoudal, frère de Georges, Desol de Grisols et Charles d’Hozier, ses amis, lesquels me l’ont demandé avec insistance.
Fait à Paris le 21 juin 1814. Baron Larrey. »
Le 25 juin, les ossements furent amenés dans une chapelle jouxtant l’église St-Paul-St-Louis où un service solennel fut célébré pour Georges et ses compagnons d’infortune. Puis on l’inhuma dans un des caveaux de l’église.
En 1824, une souscription fut lancée afin de lui élever le monument, près de la demeure familiale, où il repose dorénavant. Mais avant d’y arriver, il lui fallut encore attendre.
En 1825, les députés du Morbihan firent la demande du rapatriement de la dépouille auprès du ministère de l’Intérieur. Ce ne fut qu’en 1830 qu’il prit le chemin de la Bretagne où il fut accueilli en grande pompe.
Toutefois, entre les évènements politiques et les problèmes de financement, son mausolée ne fut achevé qu’en 1852. Enfin, l’année suivante, Georges y trouvait le repos dans le puits central du monument. Ainsi se terminait l’épopée de l’irréductible chouan. Vraiment ? Non, car il restait le crâne...

Le crâne de Georges
Retour en 1853 où un neveu de Cadoudal découvrit son crâne dans le cabinet de phrénologie du Jardin des Plantes à côté de celui de l’anarchiste Fieschi. Après une enquête minutieuse menée par la famille, il en ressortit que le crâne figurât bien dans un inventaire de la collection des crânes de l’hôpital militaire de Rochefort où travailla un certain Gall qui en fut longtemps détenteur.
Je passe sur tous les détails de l’enquête pour en arriver à 1992. Lors de la rénovation du monument de Kerléano, afin d’éclaircir ce mystère on descella la dalle du puits. Le squelette était là avec un crâne qui, Ô surprise, ne correspondait en rien aux portraits connus de cette « forte tête », au moulage de la collection Gall, etc. : il était bien plus petit ! Comme souvent dans ces cas là, se basant sur certains documents, d'autres affirment, au contraire, que c'est bien le sien.
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