La Veuve

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 Auguste-Louis Chaumet - bourreau du bagne en Guyane

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MessageSujet: Auguste-Louis Chaumet - bourreau du bagne en Guyane   Ven 30 Avr 2010 - 20:20


Dans un « Abrégé de ses mémoires » , le forçat Louis Auguste Chaumet, matricule 22310, mentionne qu'il est né le 27 juin 1860, à Courcelle (Seine-et-Marne). Il relate ensuite avoir été condamné à mort par la cour d'assises de Dijon, le 26-11-1887 (1) , pour une vague histoire de bagarre survenue en juillet 1887 avec des italiens. Par la suite, il sera gracié par le Président de la République, M. Jules Grévy, puis partira pour le bagne, en Guyane.
Au vu de ses écrits, Chaumet parait un personnage peu sympathique, indulgent pour lui-même, et affabulateur sur les véritables raisons qui l'on fait condamné .

Extrait de son abrégé de mémoire :

« Je ne vais pas en cassation si faut mourir je suis résolu de suite si l’on veut et la rumeur publique disait que c’était honteux pour la Cour d’assises de condamner un Français qui était en pleine défense vis-à-vis de ces canailles d’Italiens, ces mangeurs de macaroni qui viennent exploiter la France, assassiner ses représentants. »

Journal le FIGARO, du 27-11-1887.



En prison, à Avignon, avant de partir pour le bagne, il collabore avec le personnel pénitentiaire pour empêcher une évasion de ses compagnons de cellule, allant jusqu'à user de violence envers des détenus, ce qui lui vaudra évidemment la reconnaissance de l'administration pénitentiaire. Au bagne, il est nommé contre-maitre aux incorrigibles et au quartier disciplinaire, puis sur proposition de l'administration pénitentiaire, il prend la suite de Lavantou, exécuteur des hautes-oeuvres.

Chaumet se glorifie, dans cet abrégé, de son grand sang-froid d'exécuteur et parait très satisfait d'avoir à son actif 17 exécutions capitales, effectuées de 1889 à 1900. Atteint par la lèpre, il est admis à l'hôpital des lépreux de l'îlot Saint-Louis, sur le Maroni. On a écrit qu'il avait été contaminé par le bacille de cette maladie au cour d'une exécution capitale, le sang du condamné l'ayant éclaboussé. C'est improbable. Le bacille de la lèpre incube pendant plusieurs années (jusqu'à vingt), et le mode de contamination implique une fréquentation régulière du contaminé au contaminant. Il est donc impossible de savoir comment Chaumet à été infecté.

Le docteur Cazanove, a publié dans les « Annales de médecine légale », de 1906, un article intitulé « La dépravation sexuelle chez les relégués à Saint-Jean-du-Maroni », où il émet une hypothèse sur la possible origine de la contamination de Chaumet :


Par Archange 25/11/2011

«………. A ce même sujet, et à une époque où la transmission de la lèpre par hérédité ou par contagion est si discutée, il eût été intéressant de rechercher si la lèpre elle-même n''avait pas été quelquefois transmise par coït anal. Il nous a été impossible, malheureusement, étant données les difficultés inhérentes à ces recherches, d'en trouver un seul cas, pendant nos visites à l'îlot Saint-Louis, dans le Maroni, où sont isolés les lépreux. Cependant, pendant notre séjour à ia Guyane, le bourreau du bagne, un nommé Ch..., fut atteint de la lèpre. Or, ses fonctions, qu'il exerçait depuis longtemps, lui permettaient de vivre isolé. Et, tous mes collègues pensent qu'il avait contracté la lèpre par inoculation annale. »

Un médecin, J. Tripot, raconte dans son ouvrage « Au pays de l'or…» sa rencontre en Guyane avec un capitaine de marine qui lui parle de Chaumet, qu'il a bien connu (J. Tripot transforme délibérément le nom de Chaumet en Chaumié, pour une raison de discrétion, dit-il) :

« J'ai connu Chaumié, le bourreau, commença-t-il, alors qu'enseigne de vaisseau, je me trouvais affecté par mon service à de fréquents séjours dans les îles. Cet homme m'intéressa au début, par les dehors bourgeois et la bonhomie qu'il affectait :

« La fatalité, monsieur, répétait-il presque toujours au début de chaque entretien, la fatalité nul n'y échappe. J'en sais quelque chose, car je suis un brave homme, moi, monsieur, tout condamné que je sois… Je fus, à mon sens, victime d'un tribunal qui ne sut point comprendre mon cas… »

Et la litanie des récriminations commençait :

« On fait le métier qu'on peut, n'est-il pas vrai ? J'étais lutteur, moi, et un honorable lutteur, correct dans mes coups, loyal dans mes prises de corps. Nul dans le dijonnais, où je me suis produit et où j'ai exercé brillamment, n'oserait prétendre le contraire. J'avais une femme qui faisait la quête et maniait assez bien le fleuret. Sous son maillot de parade, aussi bien le jour que le soir à la clarté des torches, elle produisait bel effet. Elle eut des admirateurs, c'est obligatoire dans le métier de banquiste. Je suis un être sociable : Je n'y attachait point plus d'importance qu'il ne faut. Malheureusement, un jour, une nuit plutôt, que j'avais bu peut-être un peu plus qu'il ne convient – on n'habite pas impunément un pays où le vignoble est supérieur — j'aperçus en rentrant dans ma roulotte, étendu sur ma couche auprès de ma fautive compagne, un jeune godelureau, un bourgeois, qui eût mieux fait de se trouver ailleurs, l'imprudent ! Je n'étais pas aller le chercher et je n'avais pas ma tête à moi. J'oubliais ma douceur accoutumée et, sans réfléchir aux conséquences, j'eus … un geste malheureux : j'octroyais au pauvre diable un regrettable coup de couteau dont il mourut. Il y a de ça longtemps déjà, monsieur. Je passai aux assises et je fus condamné alors qu'à l'époque d'aujourd'hui, n'importe quel jury de France et de Navarre m'acquitterait haut la main, car je n'avais fait que venger mon honneur, achevait M. Chaumié sur un ton déclamatoire et avec un geste théâtral : Et pourtant, voilà pourquoi je suis un bagnard, monsieur. »

En ce point de son récit, M. Chaumié émettait un profond soupir, puis humait une vaste prise de tabac. Il n'ajoutait pas le paterne et débonnaire M. Chaumié, mais je m'étais informé, il avait réfléchi qu'il n'y a pas de petit bénéfice à dédaigner et — comme l'argent n'est plus d'aucune utilité à un mort — il avait complété ce qu'il appelait avec beaucoup d'euphémisme et de décence « son geste malheureux », par la subtilisation à son profit de la montre et du portemonnaie de l'important cadavre.
Cette narration se renouvelait invariablement à chacune de nos entrevues et non moins invariablement, quand c'était fini, je m'exclamais pour ma part en matière de consolation :

« Que voulez-vous, monsieur Chaumié, il faut s'avoir s'incliner et nul n'évite sa destinée ».


« Mais j'étais un bon sujet, doux comme un agneau et on sut vite m'apprécier dans ma nouvelle position. Au bout de peu de temps, j'eus l'honneur d'être avantagé d'un office de confiance. J'ai omis de vous dire que j'avais été garçon boucher avant d'exercer la lutte : l'administration me nomma exécuteur. Je n'étais plus le vulgaire condamné, j'étais presque réhabilité, je devenais un fonctionnaire. J'aime mon métier, monsieur, — un homme doit toujours aimer sa profession — et, j'ose dire, j'ai perfectionné mon art. J'ai une méthode à moi pour trancher une tête qu'ignorera toujours votre Deibler de France, un pusillanime, un exécuteur sans doigté , sans imagination, un piètre confrère en somme, et qui, sans aides, serait incapable de se tirer d'affaire. Moi, je travaille seul, sans l'assistance de personne grâce à mon procédé dont je revendique hautement l'invention et que j'ai appelé le « coup du gaviot » (sic). Voila : quand un sujet a le cou dans la lunette, presque toujours il se trouve indocile, impatient, il se rebiffe avec inquiétude, ratatine son torse, ramasse ses reins, rentre la tête dans ses épaules…qu'arrive t-il ? Que le couperet en tombant fait une mauvaise section qui entaille trop haut sur la nuque. Souvent l'occiput est incisé et presque toujours la mâchoire abimée…l'ouvrage est mal fait…le fil de l'outil ébréché. Or j'évite, moi, tous ces inconvénients de la façon la plus simple du monde, mais encore fallait-il y songer : j'installe un poids d'un demi-kilo — ni plus ni moins — au haut de la machine. Au moment psychologique — vous suivez mon explication — je déclenche mon poids. Il tombe à pic sur la Tête de l'opéré. Etonné par le coup — c'était l'expression de M. Chaumié — le patient se détend instantanément, il cesse de se raidir, son revient à la normale, le couteau s'abat et j'obtiens une de ces coupures nettes, admirables, devant laquelle on ne peut que s'extasier quand on est connaisseur. »

— Le capitaine a assisté à une exécution capitale. Il doit ensuite reprendre la navigation. Il poursuit son récit :

«… Le soir, j'étais de quart et surveillais, de la passerelle, la manoeuvre de départ. Nous devions reconduire à Cayenne le procureur et les officiers de gendarmerie venus pour la funèbre cérémonie. Un surveillant m'apporta, de la part du directeur du pénitencier, une caissette — elle avait précédemment contenue des biscuits, — avec un mot me demandant de veiller soigneusement sur ce colis très fragile et de le remettre dès mon arrivée au major-chef de l'hôpital. Je portai ce dépôt dans ma cabine et l'installai intelligemment calé, pour qu'il n'eût pas à souffrir des coups de roulis , entre mon oreiller et la cloison de la couchette – une couchette sur laquelle je devais être plus tard des semaines à dormir, car soupçonnez-vous ce que contenait le… paquet, confié à mes bons soins ?… la tête du décapité !…
A la suite de ces événements, j'eus horreur de Chaumié.
Il se rendit compte de ma répulsion, d'ailleurs insurmontable.


« — Que voulez-vous, me disait-il en manière d'excuse, le métier a ses inconvénients, c'est évident, mais il y a du bon aussi… et puis on est bourreau ou on ne l'est pas ! Veuillez songer qu'à chaque exécution, je touche une boîte de sardines, un litre de vin, un pain, et deux paquets de tabac, plus une gratification de cent francs… (2) C''est pourtant à considérer tout cela… »


1) Chaumet ne figure pas dans les « dossiers de grâce des condamnés à mort », aux Archives nationales, mais il y aussi des omissions pour d'autres condamnés.

2) Ces cent francs de 1907 représentent, environ, trois cent euros d'aujourd'hui.* A cette époque, le taux horaire d'un manoeuvre à Paris était d'une trentaine de centimes, soit trois francs pour une journée de travail de dix heures. On voit que la somme perçue par le bourreau pour une exécution capitale était très loin d'être négligeable.
* Source : Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE).



Par Archange 25/11/2011

Le docteur Tripot. Il était également membre de la Société de géographie de Paris.

Docteur J. Tripot.« Au pays de l'or, des forçats et des peaux-rouges », Plon-Nourrit et Cie, Paris, 1910 (2ème édition).

Cet ouvrage relate une mission d'études scientifiques, composée de trois médecins, dont J. Tripot, et de deux enseignes de vaisseaux, ayant pour but l'exploration de diverses rivières de Guyane.



Par Archange 25/11/2011

Ile Royale. Pierres situant l'emplacement de la guillotine. Elle fonctionna sur l'île jusqu'en 1927.


Dernière édition par mercattore le Lun 6 Déc 2010 - 14:20, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Auguste-Louis Chaumet - bourreau du bagne en Guyane   Ven 30 Avr 2010 - 21:26

Bonsoir,

Merci à vous pour ce post fort intéressant.

Si le fichier des grâces auquel vous faites référence est celui auquel je pense, alors le Chaumet en question est bien nommé, mais à Chomet.
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MessageSujet: Re: Auguste-Louis Chaumet - bourreau du bagne en Guyane   Ven 30 Avr 2010 - 21:43

Je n'ai pas regardé à Chomet, effectivement ( le journal LE FIGARO écrit aussi Chomet, mais les canards orthographiaient mal les noms, parfois). Chaumet lui-même écrit Chaumet sur l'abrégé de ses mémoires. Ce qui est bizarre, c'est que le lien indiqué par Piotr ne fonctionne plus, alors qu'il fonctionnait encore il y a peu de temps ! Qu'en penser ? Enfin, merci pour l'info, hdesmoret. Wink
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MessageSujet: Re: Auguste-Louis Chaumet - bourreau du bagne en Guyane   Ven 30 Avr 2010 - 21:49

Autre lien pour lire « L'abrégé des mémoires ».

CAIRN : http://www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2002-1-page-259.htm

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MessageSujet: Re: Auguste-Louis Chaumet - bourreau du bagne en Guyane   Lun 6 Déc 2010 - 14:17

L'exécuteur Chomet est décédé à l'île des lépreux. Plus par des coups de couteau que de la lèpre, selon le docteur J. Tripot.
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MessageSujet: Re: Auguste-Louis Chaumet - bourreau du bagne en Guyane   

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