La Veuve

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 Les châtiments corporels

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BrunoJohn
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MessageSujet: Les châtiments corporels   Jeu 25 Mar 2010 - 21:20

http://www.heresie.com/defini.htm

Avec http://www.heresie.com/revol.htm
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Adelayde
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MessageSujet: Re: Les châtiments corporels   Mer 6 Fév 2013 - 17:41

La Marche de l’Histoire par Jean Lebrun

Émission du 15 janvier 2013 - Crime et châtiment au Moyen-âge


Si vous pensez qu'on vous dira tout aujourd'hui de la question par ingestion, de la question par suspension, de la question par pression, autant le dire tout de suite : vous serez déçus. Le chemin que nous allons prendre sera long : le Moyen Age le fut. Il sera lourd de dangers et bordé de gibets : à cette époque, la violence est structurelle et acceptée comme telle.

Au point de départ de notre parcours qui va être heurté, pas de lois telles que nous les entendons. Puis des coutumes, orales, écrites. Un droit qui se formalise peu à peu sans qu'une seule théorie le construise. Et de ce droit proviendront des lois.

Ce taillis touffu n'a pas que des épines. On pourrait dire, dans le langage du XXIe siècle, que la peine est personnalisée tant elle dépend de la qualité du juge et de l'accusé. Et ajouter que la punition est souvent sujette à rémission. En outre, elle ne peut prendre la forme de la prison de longue durée : il est au moins un supplice que le Moyen-âge nous a laissé inventer.

Bonne écoute ! queen

http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=538959

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Titus_Pibrac
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MessageSujet: châtiments dans le temps - article du Monde du 18.02.2013   Lun 18 Fév 2013 - 8:11

La prison à la peine
LE MONDE CULTURE ET IDEES | 14.02.2013 à 15h43 • Mis à jour le 17.02.2013 à 19h53
Par Franck Johannès
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Le souci, avec les miniatures du XIIIe siècle, c'est qu'il fallait grossir démesurément des détails pour voir quelque chose. Du coup, le sexe de l'homme, entièrement nu, est énorme ; on y a attaché une laisse que tient la femme, guère plus habillée et à deux pas devant lui, derrière un héraut qui donne de la trompette pour que nul n'en ignore et un soldat qui ferme bravement la marche. Le couple, convaincu d'adultère, a l'air épuisé, tout comme le livre dont il orne la couverture (Droit, histoire et sexualité, de Jean-Pierre Royer et Jacques Poumarède).

Cette gravure toulousaine remonte à l'année 1286 et illustre "la peine de la course", qui était en usage dans le Midi médiéval : le couple court nu pour frapper tous les esprits. Le sens de la peine est assez évident, son effet dissuasif, plus contestable. "Cette peine a été abandonnée à la fin du XIIIe siècle, rigole l'historien Jean-Pierre Royer, il y en avait tellement en ville qu'on ne pouvait plus circuler."

La peine, au fond, n'est que la sanction d'une époque, et son sens a incroyablement varié à travers les siècles. Des supplices royaux à la prison moderne, inventée au début du XIXe siècle, le châtiment n'est que le reflet d'une société et de son histoire, et il a constamment buté sur une question essentielle : à quoi sert la peine ? A punir, assurément, à protéger la société, sans doute, à amender le coupable, autant que possible. L'Eglise a cherché à sauver les âmes, le roi à frapper les corps, la prison à transformer les esprits. Et à protéger les citoyens qui n'y sont pas.
UN ÉCHEC MONUMENTAL

La prison n'a pas toujours existé et, si elle est devenue, depuis deux siècles, la sanction principale des comportements déviants, son échec, s'il s'agit de protéger la société, est monumental : la prison, certes, punit les coupables, mais elle coûte cher et elle n'empêche en rien la récidive. 58,6 % des détenus sortis de prison en 2002 étaient à nouveau condamnés cinq ans plus tard, a calculé Annie Kensey, chef du bureau des études et de la prospective à l'administration pénitentiaire.

Le constat n'est pas neuf, et les premières critiques de l'efficacité carcérale remontent à la naissance des prisons. Les chiffres d'aujourd'hui ne sont pas propres à apaiser ces critiques : plus on construit de prisons, plus elles se remplissent, et pas seulement parce que la délinquance augmente. Ainsi, 76 798 personnes étaient écrouées en France au 1er janvier, placées sous la responsabilité de l'administration pénitentiaire, mais pas forcément détenues. Ce nombre a augmenté de 52 % entre 2000 et 2012. Si l'on prend maintenant les 66 572 personnes effectivement détenues, ce chiffre est en augmentation de 34 % par rapport à 2000, alors que la population n'a augmenté que de 7 %. Le nombre de détenus croît avec une parfaite régularité : 2,8 % de plus qu'en 2011. Mais aujourd'hui, le nombre de places opérationnelles est de 56 992.

D'où l'idée de réfléchir à d'autres systèmes punitifs, comme la peine de probation : la personne condamnée est surveillée et suivie en dehors de la prison. C'est la tâche à laquelle s'est attelée la Conférence de consensus sur la prévention de la récidive, qui doit rendre ses conclusions, mercredi 20 février, au premier ministre et à la garde des sceaux. Avec une idée force : comment trouver une peine efficace et socialement utile pour protéger la société ?

La question de la peine ne pose, à première vue, guère de difficultés : la peine est la sanction d'une infraction punie par la loi qui conduit en prison si les faits sont sérieux. Dans le détail, c'est plus embarrassant. La peine, dit lourdement le Littré, est "ce qu'on fait subir pour quelque chose jugée répréhensible ou coupable". Or, ladite chose varie avec le temps. Le code pénal de 1810 comptait 500 infractions, il en compte aujourd'hui plus de 15 000.

VOLANT D'ESCLAVES "CIVILS"

Une peine est à la fois une souffrance et une punition, qui vise à amender le coupable - punir viendrait d'ailleurs d'un mot sanscrit qui signifie purifier. A quoi sert la punition ? Il faut "se défaire tout d'abord de l'illusion que la pénalité est avant tout (sinon exclusivement) une manière de réprimer les délits", écrivait en 1975 Michel Foucault dans Surveiller et punir. Georg Rusche et Otto Kirchheimer allaient déjà dans ce sens, en 1929, dans Peine et structure sociale, quand ils montraient que les différents régimes punitifs avaient un lien avec les systèmes économiques : on produit des détenus pour garantir un volant d'esclaves "civils" lorsque le recours à la guerre devient moins fréquent ; les châtiments corporels se développent sous la féodalité lorsque les moyens de production sont peu développés - et quand le corps, dans la plupart des cas, est le seul bien accessible, des galères font tourner le commerce ; on recourt au travail obligatoire ou au bagne lorsque se constitue un prolétariat qu'il faut pouvoir encore contraindre.

Aujourd'hui, la prison reste la peine de référence : l'emprisonnement représentait 47,70 % des condamnations en 2011, contre seulement 36,56 % pour les amendes et 10,36 % pour les peines alternatives - suspension du permis de conduire, travaux d'intérêt général, jours-amende. Le reste (5,38 %) tient essentiellement aux mesures éducatives pour les mineurs.

L'image de la prison remplie de grands criminels ou de prédateurs sexuels fait écran dans l'imaginaire social, mais elle est largement faussée. 36 % des détenus purgent des peines inférieures à un an pour de petits délits ; 66 %, des peines de moins de trois ans. Et la foule des récidivistes est d'abord composée de délinquants du quotidien, condamnés pour violences - et d'abord violences conjugales -, vols et petits trafics, dégradations, conduites en état d'ivresse ou sans permis. Les peines d'emprisonnement qui ont une partie ferme représentent seulement 19,74 % des condamnations, si l'on exclut la réclusion criminelle (0,15 %). Seulement 3,7 % des hommes condamnés pour homicide volontaire en 2010 avaient déjà tué ou tenté de tuer cinq ans auparavant, et 3,9 % des criminels sexuels étaient des récidivistes. C'est trop, mais c'est peu.

LA QUESTION DES PETITS DÉLITS

L'histoire du plombier, résumée par un magistrat, en dit long. Un artisan en région parisienne perd un à un ses points de permis pour de menus dépassements de vitesse, et finit par rouler sans permis. Condamné avec sursis, et obligé de transporter ses outils en camionnette, il ne trouve pas le temps de se payer un stage pour récupérer ses points. A nouveau interpellé, le plombier récidiviste a été condamné à une peine de prison ferme par le simple jeu automatique des peines-plancher et sans avoir écrasé personne.

Le juge d'application des peines a pu moduler la sanction et laisser le plombier en liberté, mais beaucoup de condamnés à de courtes peines, comme cet artisan, purgent une sanction qui leur fait courir le risque de perdre leur emploi, leur logement ou de fragiliser leur famille, ce qui n'apporte rien de probant à la société. L'enjeu est en effet de donner du sens à la peine. Or ce sens varie en fonction de l'époque, des régimes en place - et des juges. Le magistrat et essayiste Denis Salas voit, dans l'Histoire, quatre grands modèles de peines : la vengeance, la rétribution - la peine est une souffrance méritée -, la dissuasion et la réhabilitation.

Au Moyen Age, et jusqu'au siècle des Lumières, vengeance et rétribution dominent et se conjuguent. C'est l'Eglise qui jette les bases du système punitif, qu'il s'agisse de la cellule dans laquelle on jette le condamné ou de "l'amende honorable", qui consiste à faire cheminer le condamné jusqu'à l'Eglise avec un cierge dont le poids a été fixé par le tribunal. La justice ecclésiastique est d'autant plus appréciée qu'elle est gratuite et moderne : c'est l'Eglise qui invente le greffe ou l'assistance de l'avocat. "La peine, la culpa latine, est bien d'origine religieuse, indique Jean-Pierre Royer, et la notion de faute imprègne encore notre civilisation juridique occidentale. La peine, c'est le contre-mal, disait Paul Ricoeur : il y a eu souffrance et la peine est le contre-mal à cette souffrance."

MALHEUR À QUI TOMBE SOUS LA MAIN DU ROI

Si l'Eglise entend sauver les âmes, le roi frappe les corps, dans une logique de vengeance plus que de rétribution. On emprisonne peu, mais on pend. Les seigneurs n'ont guère de structures pénitentiaires, les prisons coûtent cher, sont peu sûres et personne ne les entretient. Le pouvoir royal s'irrite de la concurrence de l'Eglise et grignote peu à peu ses prérogatives judiciaires. C'est chose faite au XIVe siècle, la justice est désormais royale et s'exerce avec une autre brutalité.

Le roi n'a pas les moyens ni même le souci de contrôler ce qui ne s'appelle pas encore la délinquance. La police ne quadrille pas le territoire, les innombrables instances judiciaires se croisent et s'enchevêtrent, d'autant que le roi, pour des raisons de trésorerie, vend à tour de bras des charges de juges. On tolère mille petits délits : Mandrin, le roi des contrebandiers, qui rançonne les fermiers généraux, est reçu dans les châteaux et protégé par des parlementaires. Le meurtre, même, n'est pas toujours sanctionné. "La loi pénale ne s'en occupe pas, rappelle l'historien Frédéric Chauvaud dans Le Droit de punir. Elle laisse aux intéressés le soin d'en poursuivre eux-mêmes la répression ou la réparation."

Mais malheur à qui tombe sous la main du roi. La peine est exemplaire et terrifiante. C'est un instrument d'intimidation sociale : les atteintes aux personnes, aux biens, à la morale ou à l'Etat, au total 115 crimes, sont tous punis de mort. Le procès est certes secret mais le châtiment, qui est public, doit frapper les esprits. C'est "une politique de l'effroi", constatait Michel Foucault : elle visait à "rendre sensible à tous, sur le corps du criminel, la présence déchaînée du souverain. Le supplice ne rétablissait pas la justice ; il réactivait le pouvoir". La peine est d'abord une vengeance, aléatoire et terrible, plus qu'une administration de la justice. Entre 1750 et 1789, 150 à 160 personnes sont exécutées en France chaque année, soit un condamné à mort toutes les soixante heures. Mais au fil des ans, l'horreur de "l'éclat des supplices", selon l'expression de Michel Foucault, se retourne peu à peu contre le souverain : la foule gronde. Il faudra pourtant des siècles pour que la justice ne soit plus un spectacle. Le pilori est supprimé en 1789, l'exposition du condamné l'est en 1848 et Eugène Weidmann, le dernier guillotiné en public, est exécuté le 17 juin 1939.

C'est le siècle des Lumières, après 1750, qui, pour Denis Salas, tente de dépasser le vieux principe de vengeance : il essaie de conjuguer rétribution, dissuasion et réhabilitation. Le XVIIIe siècle est celui de la crise du système suppliciaire, du tassement de la peine capitale et de l'émergence sociale d'une sensibilité hostile à la douleur comme peine. Comme dit Voltaire, "un pendu ne sert à rien" et la prison devient, sous la Révolution, une peine d'amendement individuel et de réparation sociale : c'est l'esprit du condamné que l'on cherche désormais à réformer. On veut punir, non plus se venger. Mais punir largement en sanctionnant les multiples illégalités qui fleurissaient sous l'Ancien Régime.

DROITS DES DÉTENUS BAFOUÉS

L'essor économique du XVIIIe siècle a en effet rendu intolérables les vols de la propriété commerciale et industrielle, désormais rigoureusement codifiés et châtiés. Les punitions sont adoucies, mais systématisées. Reste que la "prise de corps" du détenu reste marquée par la souffrance. Le vieux principe de rétribution est encore présent : les prisonniers subissent rationnement alimentaire, privation sexuelle, coups et cachot. Il est un postulat, note Michel Foucault, "qui n'a jamais été franchement levé : il est juste qu'un condamné souffre physiquement plus que les autres hommes".




C'est Napoléon qui systématise le temps des prisons. Avec son remarquable sens de l'organisation, l'empereur calque le système pénitentiaire sur l'organisation administrative et crée des forteresses en plein coeur de ville. La détention devient la forme essentielle du châtiment : on incarcérait davantage sous la monarchie de Juillet qu'actuellement (167 pour 100 000 habitants, contre 99). Le rêve de la Constituante, au début de la Révolution, était de créer des peines spécifiques, ajustées et efficaces qui soient une leçon pour tous : moins de vingt ans plus tard, ce rêve a vécu. Au XIXe siècle, l'incarcération devient l'unique réponse pénale pour tous ceux qui ne méritent pas la mort.

Faute de mieux, le système pénitentiaire a survécu jusqu'à aujourd'hui. La prison a certes ses mérites. C'est un châtiment a priori égalitaire, qui permet de moduler la peine dans le temps en fonction de la bonne tenue du détenu, qu'il s'agit toujours de soumettre, voire d'amender, même si c'est la plupart du temps un échec. La prison a trouvé sa logique propre où les droits des détenus n'ont guère de place, et semble donner raison au Michel Foucault d'il y a quarante ans : les disciplines - et singulièrement la discipline pénitentiaire - font obstacle au droit pénal, et aux droits tout court, qui n'avancent en prison qu'à coups de contentieux devant les tribunaux administratifs.

UNE DISSUASION QUI S'EST RADICALISÉE

Aujourd'hui, des quatre fonctions de la peine (vengeance, rétribution, dissuasion et réhabilitation), seule la première a disparu, au moins dans les discours. "Tous ces modèles qui ont donné un sens à la peine sont encore présents à différents niveaux dans les poursuites, le jugement, la pénitentiaire ou la société elle-même", constate Denis Salas.

Le modèle classique de dissuasion s'est cependant radicalisé, notamment sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy : la loi est un message que doit entendre le délinquant pour anticiper les risques qu'il prend. "On reconnaît traditionnellement deux effets majeurs à la prison, indiquait, en 2011, le député UMP Eric Ciotti dans son rapport sur l'exécution des peines. L'effet dissuasif qui renvoie à la fonction intimidatrice de la peine, mais aussi l'effet dit neutralisant, en ce qu'il contribue à réduire la criminalité en empêchant physiquement les personnes condamnées à commettre une nouvelle infraction."

Autre évolution, le tête-à-tête entre le coupable et l'Etat a été rompu par l'apparition de la victime, qui tend à venir au centre du champ pénal, au risque de tomber dans ce que Denis Salas nomme "le populisme pénal". M. Sarkozy assurait, en janvier 2012, à Dijon, que "l'institution judiciaire c'est d'abord l'institution des victimes [...]. Il faut accompagner la sévérité à l'endroit des coupables et l'humanité à l'endroit des victimes [...]".

Autre déplacement, l'opinion publique pèse sur la justice au point que les Canadiens voient même poindre un autre modèle, celui de la "réprobation". "Après l'hégémonie des modèles anciens, insiste Denis Salas, il faut repenser la figure de la réhabilitation. Ce pourrait être cette fameuse peine de probation, exécutée en milieu ouvert, dans la société, avec un suivi adapté. Ce serait une évolution lourde, dont il faudra convaincre l'opinion. Et démontrer l'efficacité. "

PEINE DE PROBATION, LA VRAIE BONNE SOLUTION ?

La peine de probation, ou "contrainte pénale communautaire", existe dans plusieurs pays et notamment au Canada. Elle s'insère entre les peines "patrimoniales" - les amendes, la confiscation des véhicules - et l'emprisonnement. Il s'agit d'une vraie peine, prononcée par un tribunal, mais avec un suivi sévère et adapté hors de la détention. C'est l'une des pistes qu'a explorées cette semaine la première Conférence de consensus sur la prévention de la récidive, mise en place par la garde des sceaux. La méthode, à l'origine américaine, est empruntée au domaine de la santé et vise à dégager un socle commun de connaissances pour en tirer les grandes lignes d'une politique publique. En faisant table rase des anciennes habitudes. "Nous avons du mal à penser la peine autrement qu'en termes de plus ou moins grande sévérité, à y penser en termes de contenu, explique Nicole Maestracci, la magistrate choisie pour présider le comité d'organisation. Il faut réfléchir autrement : comment prononcer des sanctions qui répondent aux exigences de la société tout en étant suffisamment individualisées pour prévenir la récidive ?"

Il faut déjà des outils. Faute d'enquête sociale, le juge tient aujourd'hui davantage compte du casier que du parcours du prévenu. Quel a été le suivi d'une personne condamnée treize fois ? Le tribunal l'ignore et distribue dans le doute des années de prison, souvent accompagnées de sursis avec mise à l'épreuve. Puis, 80 % des détenus sortent de prison sans aucun accompagnement social : sur les 81 000 personnes sorties de prison en 2011, 2 250 seulement ont été placées à l'extérieur, 4 800 en semi-liberté, 7 400 en libération conditionnelle.

SORTIR DU DÉBAT DE SPÉCIALISTES

La conférence de consensus a notamment pour objet de mettre sur la table, à la disposition de tous, les connaissances scientifiques disponibles, en France et à l'étranger - il ne s'agit pas que la question reste un débat de spécialistes. "La justice pénale doit-elle tout traiter ?, s'interroge la magistrate. Les courtes peines préviennent elles la récidive ? Les peines en milieu ouvert ne sont-elles pas plus efficaces ? Comment les rendre suffisamment crédibles alors que la prison reste la peine de référence ? Comment transposer en France des expériences qui ont fait leurs preuves dans d'autres pays ? C'est au prix de réponses claires que la justice pénale trouvera les voies d'une nouvelle crédibilité."

François Hollande s'est déclaré favorable à la peine de probation dès janvier. Le risque politique est pourtant grand : la première récidive spectaculaire peut durablement enterrer les peines en milieu ouvert. Et les contraintes économiques compliquent le débat : faute de moyens, notamment humains, pour suivre les condamnés hors de prison, la peine de probation n'aurait pas grand sens. Les quelque 3 000 conseillers pénitentiaires d'insertion de probation gèrent en effet chacun à ce jour entre 80 et 150 dossiers. Contre 25 en Suède.

Franck Johannès
"LE DROIT DE PUNIR DU SIÈCLE DES LUMIÈRES À NOS JOURS"
sous la direction de Frédéric Chauvaud (Presses universitaires de Rennes, 2012).
"HISTOIRE DE LA JUSTICE EN FRANCE"
de Jean-Pierre Royer, Jean-Paul Jean, Bernard Durand, Nicolas Derasse et Bruno Dubois (PUF droit, 2010).
"LA VOLONTÉ DE PUNIR. ESSAI SUR LE POPULISME PÉNAL"
de Denis Salas (Pluriel, 2005).
"LA PRISON RÉPUBLICAINE"
de Robert Badinter (Fayard, 1992).
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Adelayde
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MessageSujet: Les délits et les peines aux temps anciens et modernes   Jeu 21 Fév 2013 - 17:10


Les délits et les peines aux temps anciens et modernes

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Messieurs R. et P., brillants avocats, ont fait paraître en 1813, les annales du crime et de l'innocence et choix des causes célèbre. Pas moins de vingt volumes pour nous conter les plus grands procès anciens et modernes, réduits aux faits historiques. Ces deux magistrats, effrayés par la barbarie judiciaire moderne, commencent par dresser au lecteur un tableau insoutenable des peines encourues par ceux qui enfreignaient les lois de l'époque.

" Les législateurs ne craignirent point d'user d'un raffinement barbare en faisant couler sur l'échafaud le sang des criminels. On imagina les tortures auxquelles succombait souvent l'innocent dont la constitution était faible tandis que le coupable robuste sortait victorieux de cette lutte terrible. Ainsi l'on punissait l'accusé avant d'être certain de son crime. On ignore quelle fut l'origine de ce supplice plus cruel que la mort. On sait seulement qu'il était en usage chez les Athéniens mais ils ne l'employaient que dans les crimes d'état.

" La question préparatoire fut ignorée pendant une longue suite de siècles dans l'Europe occidentale. On y suppléait par les Épreuves. Les Épreuves étaient de quatre espèces différentes : le duel, l'eau froide, l'eau chaude et le feu ardent. On les nommait le Jugement de Dieu. Elles passèrent d'Egypte en Grèce et ne furent point admises chez les Romains, mais les Tartares remplirent l'Europe de cette jurisprudence qu'ils tenaient des Perses. Gondebaud, roi de Bourgogne, fut, de tous les rois, celui qui autorisa le plus l'usage du combat judiciaire. On a remarqué à ce sujet qu'un homme accusé d'homicide était en droit d'en commettre 2. En effet, la force ou l'adresse faisait d'un coupable, un innocent, mais alors l'innocent était puni comme coupable. On se battit par procureur c'est-à-dire qu'on avait le droit de nommer un champion pour défendre sa cause : tout dépendait du choix. Les femmes et les prêtres étaient forcés de combattre par procureur. Les nobles combattaient à cheval et les roturiers à pied. Au jour assigné, les deux champions se présentaient sur l'arène, à cheval, visière baissée, écu au col, glaive au poing, épées et dagues ceintes. Ils devaient porter dans leurs bannières un crucifix ou l'image de la Vierge. Ils juraient sur le crucifix et prenaient Monseigneur Saint Georges à témoin de leur bon droit ce qui ne pouvait avoir lieu sans que l'un des deux champions se parjurât (...) Cette épreuve cessa en France vers la fin du XVIe siècle.

" L'épreuve par l'eau froide fit, dit-on, imaginée par le pape Eugène II. L'accusé était tenu de jeûner pendant trois jours, conduit le quatrième à l'église, il assistait à une messe de jugement, communiait, buvait de l'eau bénite, était dépouillé nu, baisait l'Évangile et était jeté ensuite, pieds et poings liés dans une cuve d'eau également bénite. Si l'eau le supportait, il était coupable ; s'il allait au fond, il était innocent. Cet usage a duré jusqu'au début du XVIIIe siècle.

" L'épreuve par l'eau chaude consistait à retirer une pierre du fond d'une chaudière pleine d'eau bouillante. Elle était précédée des mêmes cérémonies. " L'épreuve du feu ardent était la plus terrible de toutes. L'accusé qui ne pouvait porter à douze pas une barre de fer rouge du poids de 3 livres et qui ne pouvait passer sa main dans un gantelet de fer rouge, le tout sans se brûler, était atteint et convaincu de crime.

"L'épreuve du feu ardent était la plus terrible de toutes. L'accusé qui ne pouvait porter à douze pas une barre de fer rouge du poids de 3 livres et qui ne pouvait passer sa main dans un gantelet de fer rouge, le tout sans se brûler, était atteint et convaincu de crime.

" Après l'une ou l'autre de ces deux dernières épreuves, on enveloppait la main dans un sac que le juge cachetait de son cachet. Si après 3 jours cette brûlure ne laissait pas de traces, l'accusé était déclaré innocent.
" Il existait encore quelques autres épreuves, telle que celle par la Croix et celle par le Cercueil. Quant à la première, les deux champions étaient tenus d'étendre les bras en croix et de rester dans cette attitude jusqu'à ce que la fatigue les forçât à laisser tomber leur bras. Le premier qui se lassait de cette posture, était reconnu coupable. Le criminel qui s'approchait du cadavre de l'homme qu'il était soupçonné d'avoir tué sans que la plaie saignât ou que les chairs palpitassent, était reconnu innocent.

" On était persuadé que Dieu se manifestait dans ces épreuves et que le Ciel, attentif à la querelle, faisait triompher la bonne cause, en désignant le vrai coupable.

" Aux épreuves succéda la question dont nous parlerons plus bas. Si nous voulions donner un léger aperçu des principaux supplices usités dans les nations policées, nous ferions un volume ; et ce qui paraîtra sans doute étonnant, pas un genre de supplice ne serait répété. Il y avait jadis dans l'art de tuer les hommes, une variété de tourments dont il est difficile de se faire une idée. Être condamné à être supplicié, c'est être condamné à perdre la vie forcément. C'est là, que dans tous les temps, auraient dû se borner le pouvoir des juges et la science des bourreaux. Mais la cessation de la vie fut la moindre peine que durent endurer les criminels. Il existait un talent de les tourmenter qui révolte l'humanité. Des hommes de tous rangs, de tous états, destinés même à la paix du cloître, ont imaginé, inventé, raffiné des supplices dont l'enfer pourrait revendiquer la découverte.

"Brûler-Ecorcher-Moudre-Ecraser-Scier-Couper-Rompre-Percer-Pendre-Egorger-Poignarder-Rôtir-Etrangler-Etouffer-Empaler-Disloquer-Eventrer-Fustiger-Noyer-Bâtonner-Sabrer-Tenailler-Enterrer-Ecarteler-Décapiter... Tels furent les délassements des hommes qui vivaient en société et qui osaient parler de lois !
" Nous ne nous appesantirons point sur cette longue suite de maux, sur ces supplices recherchés qui semblent plutôt inventé par la férocité que par la justice
."

La décapitation : (...) La décapitation était usitée chez les gaulois. Elle se fit tantôt avec la hache, tantôt avec l'épée (...) Il est vrai que ce supplice fut toujours très rare parce qu'il était réservé aux nobles. Richelieu qui voulut détruire la puissance des courtisans pour élever la sienne, fit périr beaucoup de grands : c'était un phénomène ! On vit plus de têtes tranchées sous Louis XIII que sous tous ses prédécesseurs. Ce supplice fut assez fréquent pour que le bourreau pût y acquérir de l'habilité. Cette habilité est purement individuelle : elle fut comme nous le disons, le fruit de l'habitude. On avait vu au supplice du malheureux de Thou et Cinq-Mars un exemple effrayant de maladresse. Cinq-Mars fut décapité le premier et d'un seul coup de hache (ce qui prouve en passant que cette arme était encore en usage pour ces sortes d'opérations). De Thou, montant sur l'échafaud, avoua qu'il avait peur de la mort et que le corps de son ami, étendu à terre, le troublait. Il lui demanda qu'on lui fit l'aumône d'un mouchoir. On lui en jeta un. L'exécuteur lui banda les yeux. Il le pria de ne pas le manquer. Vaine prière ! Le malheureux de Thou reçut nombre de coups et ne fut décapité qu'au onzième ! Au commencement du règne de Louis XIV, madame Tiquet dont le seul nom rappelle le crime, fut décapitée. Ebloui par ses charmes, l'exécuteur la manqua. (...)

" Jetons un coup d'œil rapide sur ces supplices, en commençant par les moindres peines dont quelques-unes ont été conservées.

" L'admonition : Simple réprimande du juge qui ne notait point d'infamie. L'accusé, amené dans la chambre pendant l'audience, se tenait debout derrière le barreau. Le président lui adressait à haute voix ces mots : " La Cour vous admoneste et vous faites grâce. Soyez plus circonspect à l'avenir. Retirez-vous : vous entendrez le reste de votre arrêt. "

" Le blâme : Punition plus grave. L'accusé était amené par les huissiers. Il entendait son arrêt, à genoux, tête nue : " La cour vous blâme et vous rend infâme : soyez plus circonspect ou vous serez plus sévèrement puni. Retirez-vous, vous entendrez le reste de votre arrêt. " Beaumarchais encourut la peine du blâme. Il poussa l'effronterie jusqu'à porter à la boutonnière de son habit une espèce de médaille sur laquelle on lisait ces mots : " Beaumarchais blâmé "

" Le bannissement : Ordre de sortir du lieu dans les 24 heures avec défense, sous des peines plus sévères, d'y revenir avant une époque déterminée. Quelquefois le bannissement était à perpétuité.

" Le carcan : Le coupable est conduit à pied, les mains liées par l'exécuteur jusqu'au poteau planté sur la place publique. A ce poteau est attaché une chaise au bout de laquelle pend un collier de fer de trois doigts de large, ayant une charnière pour l'ouvrir. On fait entrer le col nu du patient dans ce collier qu'ensuite on ferme avec un cadenas. Un écriteau placé devant et derrière annonce le délit dont il s'est rendu coupable.

" Le pilori : La seule différence entre le carcan et le pilori consiste en ce que ce dernier était un petit bâtiment carré, muré jusqu'à la moitié de sa hauteur. Le surplus était à jour, au moyen de piliers de charpente qui soutenaient le toit. A Paris, le pilori était au milieu des Halles. Au centre du bâtiment, une poutre, debout et tournant sur son pivot, soutenait un plancher rond, entouré d'une espèce de balcon percé de trois trous ronds : savoir, celui du milieu où on faisait passer la tête du coupable et un de chaque côté pour les mains. ON faisait tourner de temps en temps le pivot et le patient, pris par la tête et les mains tournait avec ce pivot et présentait la face de tous côtés.

" Le fouet : Le coupable, nu jusqu'à la ceinture, était conduit par l'exécuteur et recevait de sa main, sur les épaules, à chaque place publique indiquée, la quantité de coups de verges de bouleau portée par l'arrêt de sa condamnation.

" Le fouet sous la custode : La même peine mitigée et moins infamante. La peine du fouet était infligée au coupable à la porte de la prison. Le public n'en était pas témoin.

" La marque et la flétrissure : Le coupable a les épaules nues. L'exécuteur fait rougir un fer au bout duquel est la marque indiquée par l'arrêt. Il appuie un instant ce fer sur l'épaule du coupable. Les traces de la marque ne s'effacent jamais.

" Les galères : On passe au col du coupable un anneau de fer d'où pend une chaîne au bout de laquelle est un autre anneau qu'on attache à un pied : vers le milieu de cette chaîne, il y en a une autre qui y tient. Au bout de cette dernière est un anneau qu'on attache au poignet opposé. Celle-ci est assez longue pour laisser la liberté du bras. Une chaîne commune attache à cette dernière tous les galériens, depuis le premier jusqu'au dernier et tous marchent à pied, conduits par les gardes jusqu'au lieu du châtiment où chacun est derechef enchaîné sur les bancs de la galère pour y ramer lorsqu'elle va en mer. Les femmes ne sont jamais condamnées à ce supplice.

" La question ordinaire et extraordinaire : Dans l'étendue du parlement de Paris, on faisait usage de la question à l'eau et de celle dite des brodequins.

" La question à l'eau : La plus ou moins grande quantité d'eau qu'on faisait avaler à l'accusé formait seule la différence de la question ordinaire à l'extraordinaire.
On faisait asseoir l'accusé sur une espèce de tabouret de pierre. On lui attachait les poignets à deux anneaux de fer, distants l'un de l'autre, derrière son dos puis les deux pieds à deux autres anneaux qui tenaient à un autre mur devant lui : on tendait toutes les cordes avec force et lorsque le corps du patient commençait à ne plus pouvoir s'étendre, on lui passait un tréteau sous les reins, ensuite on tendait encore les cordes jusqu'à ce que le corps fût bien en extension. Le questionnaire, homme destiné par sa charge à cet ouvrage, tenait, d'une main, une corne de bœuf creuse, de l'autre, il versait de l'eau dans la corne et faisait avaler au patient 4 pintes pour la question ordinaire et 8 pintes pour l'extraordinaire. Un chirurgien tenait le pouls du patient et faisait arrêter pour un instant, suivant qu'il le sentait faiblir. Pendant ces intervalles, on interrogeait l'accusé pour en arracher l'aveu du crime dont il était prévenu ou pour avoir révélation de ses complices.

" La question aux brodequins : Les brodequins se donnaient plus rarement que l'eau parce qu'ils pouvaient estropier l'accusé. On le faisait asseoir, on lui attachait les bras, on lui faisait tenir les jambes à plomb (d'aplomb), ensuite on plaçait des deux côtés de chaque jambe, deux planches, une en dedans, l'autre en dehors. On les serrait contre la jambe en les liant sous le genou et au dessus de la cheville du pied. Ensuite, ayant passé les jambes près l'une de l'autre, on les liait toutes deux ensemble avec de pareilles cordes placées aux mêmes lieux. Alors on introduisait avec force des coins de bois dans les deux planches du dedans, entre les genoux et par en bas, entre les deux pieds : ces coins serraient les planches de chaque jambe de façon à faire craquer les os. La question ordinaire était de 4 coins, l'extraordinaire de 8.

" Dans le ressort de divers autres parlements, on employait pour donner la question, les mèches allumées entre les doigts. On liait quelquefois le patient à une corde par les bras renversés par derrière avec des poids aux pieds. On l'élevait en l'air au moyen d'une poulie et après l'avoir laissé quelque temps suspendu, on le laissait tomber de toute la hauteur du lieu, à demi pied de terre avec des secousses qui disloquaient toutes les jointures et lui faisaient jeter des cris horribles.
" On employait aussi la question par le feu, la plus atroce peut-être de toutes et dont n'ont fait que trop fréquemment usage, de nos jours, les scélérats nommés chauffeurs.

" L'amende honorable : Elle se faisait par le criminel en marchant au supplice. A genoux, tête nue, la corde au col et une torche du poids de deux livres en main, il demandait à la porte de l'église principale, pardon à Dieu, au roi et à la justice.

" L'amende honorable sèche : Elle différait de la première en ce qu'elle ne se faisait point en place publique mais seulement devant les juges assemblés en présence des parties offensées.

" Le poing coupé : L'exécution se faisait à la suite de l'amende honorable, à la porte de l'église ou au lieu même du supplice que le coupable devait subir. On faisait mettre le patient à genoux, la main placée à plat sur un billot haut d'environ un pied. D'un coup de hachette ou de couperet, l'exécuteur faisait sauter la main et enveloppait de suite le bras dans un sac plein de son. Cette peine est aujourd'hui réservée au patricide.

" La langue coupée : L'exécuteur la coupait avec un couteau.

" La langue percée : L'exécuteur la perçait avec un fer rouge, pointu ou à froid, suivant l'arrêt. Louis IX, dit Joinville, fit brûler et mercher (marquer) à fer chaud le nez et la balièvre d'un bourgeois de Paris. Cet homme s'était rendu coupable de blasphème.

" La potence : Ce supplice était réservé aux roturiers. Il fut un temps néanmoins où les nobles subissaient aussi cette peine. On lit dans les établissements de Saint-Louis, qu'un gentilhomme qui séduit et déshonore une demoiselle confiée à sa garde est dépouillé de son fief. S'il a employé la violence, il est pendu.
" Le criminel condamné à ce supplice avait trois cordes au col. Les deux premières, de la grosseur du petit doigt, avaient chacune un noeud coulant. La troisième, nommée le jet, ne servait qu'à jeter le patient hors de l'échelle.
" Assis dans la charrette de l'exécuteur, le dos tourné au cheval, il avait parfois à côté de lui le confesseur et le bourreau derrière. Arrivé à la potence où était appuyée et liée une échelle, le bourreau montait le premier à reculons et aidait, au moyen de cordes, le criminel à monter de même. Tandis que le confesseur remplissait un ministère pénible et digne d'éloges, l'exécuteur attachait les deux cordes au bras de la potence. Le consolateur descendait. Alors, d'un coup de genou et aidé du jet, l'exécuteur faisait quitter l'échelle au patient qui se trouvait suspendu. Les nœuds coulants des deux autres cordes lui serraient le col et le bourreau se tenant des mains aux bras de la potence, montaient sur les mains liées du patient et à force de secousses et de coups de genoux dans l'estomac, il terminait le supplice par la mort. Ce supplice était horriblement hideux.

" On pendait par les aisselles les jeunes gens auxquels, vu leur âge, on voulait laisser la vie. On leur passait une sangle sous chaque aisselle. On en attachait les deux bouts au bras de la potence. On passait deux cordes dans des trous pratiqués aux extrémités d'une planche qu'on élevait à plat sous leurs pieds, de façon qu'ils y posassent. On attachait aussi ces deux cordes au bras de la potence. Le patient restait ainsi pendant l'espace de temps déterminé par l'arrêt. " Le frère du fameux Cartouche y mourut parce qu'on supprima, à dessein, la planche des pieds.

" La roue : Au milieu d'un échafaud était attachée, à plat, une croix de saint-André, faite avec deux solives en croix oblique assemblées au milieu où elles se croisaient. On espaçait, dans chacune des quatre branches, deux entailles à environ un pied l'une de l'autre. Le criminel, nu en chemise, était étendu sur cette croix, la face tournée vers le ciel. On relevait la chemise aux bras et aux cuisses et on l'attachait à la croix avec des cordes à toutes les jointures, c'est-à-dire aux épaules, aux coudes, aux poignets, au haut des cuisses, aux genoux et aux coudes-pieds. On lui mettait la tête sur une pierre. En cet état, le bourreau, armé d'une barre de fer carrée large d'un pouce et demi et arrondie avec un bouton à la poignée, en donnait un coup violent entre chaque ligature, vis-à-vis de chaque entaille et comme dans ces endroits, les os portaient à faux, ils étaient aussitôt brisés. Quand l'exécuteur avant fini d'un côté, il sautait par-dessus le patient pour l'autre côté et terminait cette opération terrible par deux ou trois coups sur l'estomac.

" Le patient ne devait pas toujours être rompu vif. On avait précédemment construit sous l'échafaud, à l'endroit où devait être posé sa tête, un moulinet composé de deux montants, arrêtés en haut sous l'échafaud et en bas dans la terre. Deux traverses les assemblaient. Au milieu se trouvait le moulinet rond percé de trous. Une corde passée en cravate sur le col du criminel communiquait à ce moulinet et se roulait autour par le moyen de leviers que deux hommes abaissaient l'un après l'autre, elle serrait vigoureusement le col et étranglait sur le champ le criminel

" A un coin de l'échafaud, était placé horizontalement sur un pivot, une petite roue de carrosse dont on avait scié le moyeu du dehors. Aussitôt que l'expédition était faite, on détachait le supplicié, on lui pliait les cuisses en dessous, de façon que ses talons touchassent au derrière de sa tête. On le plaçait dans cette situation, sur la petite roue. On le liait de toutes parts, aux jantes et on le laissait ainsi exposé au public plus ou moins de temps. Quelquefois on l'exposait sur un grand chemin où le cadavre était abandonné. " On frémit quand on songe que l'infortuné Calas et tant d'autres qui n'étaient pas coupables, périrent sur la roue.

" Le bûcher : On plantait un poteau de sept à huit pieds de haut autour duquel, laissant un espace vide, on construisait un bûcher en carré, composé alternativement de fagots, de bûches et de paille. On plaçait aussi autour du bas du poteau un rang de fagots et un second de bûches. On laissait à ce bûcher, un passage pour arriver au poteau. Ce bûcher était à peu près élevé à la hauteur de la tête du patient. Le criminel était dépouillé de ses vêtements et revêtu d'une chemise soufrée. On le faisait entrer et monter sur les rangs de bois placés au pied du poteau. Là, tournant le dos à ce même poteau, il y était attaché, savoir par le col avec une corde et par le milieu du corps avec une chaîne de fer. Ses pieds y étaient également liés avec une corde. On fermait alors le passage avec les mêmes matières combustibles de manière qu'il échappait aux regards. Alors, on mettait le feu au bûcher. " Lorsqu'on usait d'indulgence envers le criminel et qu'on voulait lui épargner la douleur de mourir dans les flammes, sans cependant que le public en eût connaissance, on ajustait, en fermant le bûcher, un croc, de façon que la pointe se trouvât placée vis-à-vis du cœur. Aussitôt qu'on avait mis le feu au bûcher, on poussait avec force le manche de ce croc qui débordait et l'on perçait ainsi le cœur du patient qui mourrait sur-le-champ.

" Ecarteler : Le supplice était très rare et ne s'exécutait que pour les crimes de lèse-majesté au premier chef : attentat à la vie du souverain.

" Un échafaud de trois pieds et demi de haut était construit au milieu d'un parc, entouré de palissades, assez étendu pour que les chevaux eussent suffisamment de place pour tirer. Le criminel était posé sur l'échafaud à plat sur le dos. On l'y attachait avec des liens de fer dont l'un lui entourait la poitrine vers le col et l'autre les hanches et le bas ventre. Ces liens étaient vissés dans le bois de l'échafaud afin que le corps du criminel ne cédât point à l'effort des chevaux. On lui liait ensuite à la main l'arme parricide dont il s'était servi. On la lui brûlait avec un feu de soufre. On lui arrachait des morceaux de chair avec des tenailles, aux mamelles, aux bras, aux cuisses et aux gras des jambes. On versait sur les plaies une composition de plomb fondu, d'huile bouillante, de poix résine, de cire et de soufre fondus ensemble. Cela fait, on attachait aux bras et aux jambes une corde à chaque membre : aux jambes, depuis le genou jusqu'au pied et au bras, depuis l'épaule jusqu'au poignet, par trois nœuds d'emballage qu'on faisait faire à la corde. Le surplus de cette corde s'attachait au palonnier de chaque cheval. On les faisait ensuite tirer par petites secousses, ce qui occasionnait au patient des douleurs terribles. Après quoi l'on faisait tirer les chevaux de toutes leurs forces pour écarter tous les membres : mais les tendons et les ligaments résistant malgré l'effort des quatre chevaux, on était obligé de couper le tout à la jointure des os. Alors chaque coursier entraînait un membre que l'on détachait ensuite de sa corde, ainsi que le tronc resté sur l'échafaud. Le tout était jeté dans le bûcher jusqu'à ce qu'il fût consommé et les cendres dispersées au gré du vent. " Tel fut le supplice de Robert-François Damiens qui, le 5 janvier 1757 porta une main parricide sur la personne de Louis XV. Il fut condamné le 26 mars suivant et exécuté le 28. Son supplice dura deux heures, lui vivant. (...)

" L'armée avait son code pour les délits et les crimes militaires. Un soldat était-il accusé au conseil de guerre, composé de militaires de différents grades le jugeaient. S'il était coupable, la punition lui était infligée par ses camarades. Le vol était puni par les verges, les baguettes ou par les courroies. Le criminel, nu jusqu'à la ceinture, traversait les rangs des soldats qui le frappaient de verges et quelquefois, on le faisait périr sous les coups. Ce supplice était horrible. " La désertion était punie de mort. On fusillait le soldat coupable de ce crime. Le ministre Saint-Germain changea les peines militaires. Le déserteur ne subissait plus la mort. On le condamnait à traîner le boulet et à aller ramer sur les galères.(...) " Le système des peines fut totalement remanié par le Code Pénal. Les peines en matière criminelle sont ou afflictives et infamantes ou seulement infamantes. Les peines afflictives et infamantes sont la mort (la tête est tranchée), les travaux forcés à temps ou à perpétuité, la déportation, la réclusion. Les peines infamantes sont le carcan, le bannissement et la dégradation civique. "

Source :
http://www.genealogie.com/?gclid=CKOYxYLBxLUCFUnMtAodLmUA0w

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MessageSujet: Les châtiments corporels en Angleterre   Lun 30 Mar 2015 - 22:06

LES CHATIMENTS CORPORELS EN ANGLETERRE

C
ette question a été soulevée dans notre livre Peine de mort et Criminalité, à propos de la nécessité d'employer la « manière forte ». Devant le danger toujours croissant, il faudra arriver à l'usage du fouet et des verges. Les documents que nous allons citer montrent que ce procédé a réussi en Angleterre. Certes, il vaudrait mieux prévenir le crime qu'user de pareils moyens. Mais pour modifier la génération actuelle, imbibée d'alcool et composée de criminels précoces, il n'y a pas d'autres remèdes : ces apaches impulsifs sont surtout des craintifs et des lâches, faiblissant de suite devant une autorité qui s'affirme par des moyens vulnérants et par conséquent persuasifs.

Quand nos hommes d'Etat, ayant compris le danger de l'alcoolisme, auront supprimé le privilège des bouilleurs de cru, diminué le nombre des cabarets, appliqué la loi sur l'ivresse, on verra, mais pas, hélas! avant trente ou cinquante ans, les bénéfices sociaux de cette abstinence alcoolique prolongée. Nous remercions le directeur de l’Illustration des clichés qu'il a mis à notre disposition, et nous adressons nos compliments à M. Philippe Millet pour les articles judicieux et précis qu'il a donnés à lIllustration et au Temps et que nous sommes heureux de reproduire.

A. LACASSAGNE.

Le fouet dans les prisons anglaises

T
out le monde parle de ce fameux chat à neuf queues dont les malandrins de Londres ont si peur. Bien peu l'ont vu et personne, jusqu'à ce jour, ne l'avait photographié. Grâce à l'extrême obligeance des autorités anglaises, j’ai pu cependant pénétrer, en compagnie de M. Finot, représentant à Londres de la maison J. Richard et Cie, dans le repaire de cet animal mystérieux, au fond de la prison de Wornrwood Scrubbs. Le vérascope Richard, discret et précis à la fois, nous fut, en l'occasion, d'un précieux secours. C'est à lui que les lecteurs de l’Illustration doivent d'avoir aujourd'hui la primeur des clichés entièrement inédits pris par M. Finot, qu'ils sont à même de compter les neuf cordelettes de ce joujou d'actualité, de comprendre le mécanisme d'ailleurs simple de la correction, et de faire justice des légendes que l'on accrédite encore en France sur la cruauté des châtiments corporels.

Ayant en effet l'âme tendre, nous nous figurons volontiers que l'usage du fouet est, en Angleterre, une survivance de la barbarie. C'est là une illusion qu'il importe de dissiper.
Nul doute que le fouet ne fût autrefois un peu rude. Le martinet de l'ancien régime a laissé en France un mauvais souvenir ; c'est à la comtesse de Lamotte, l'héroïne de l'affaire du Collier, qu'il fut administré pour la dernière fois ; en cette occasion, la condamnée fut attachée a une charrette, la corde au cou, et fouettée en place publique avant d'être marquée au fer rouge et envoyée à la Salpêtrière. Les juges d'Angleterre ne se montraient guère plus aimables pour le sexe faible. Jusqu'en 1817, on fouettait publiquement les femmes coupables d'ivresse ou d'inconduite.

Les châtiments infligés aux hommes étaient sévères à proportion. Mais c'est dans l'armée et dans la marine anglaises que les châtiments corporels restèrent le plus tard d'une révoltante cruauté. Le chat à neuf queues fit son apparition en 1689, et, jusque vers la moitié du XIXème siècle, il arrivait souvent qu'un soldat ou un marin fût condamné à recevoir plusieurs centaines de coups de fouet. Somerville, qui fut condamné en 1832, étant jeune soldat, à recevoir deux cents coups (lashes pour une faute légère, nous a laissé un récit de ses souffrances :

« Au premier coup, écrit-il, j'éprouvai entre les épaules une étonnante sensation qui s'en alla d'un côté jusqu'aux ongles de mes orteils, de l'autre jusqu'aux ongles de mes doigts, et qui me perça jusqu'au coeur comme si on m'avait enfoncé un couteau dans le corps. Le sergent-major compta : « Un ! » . . . Simpson (le maréchal ferrant) me frappa une seconde fois quelques centimètres plus bas et alors je trouvai le coup précédent doux et agréable en comparaison de celui-ci. Le sergent-major compta : « Deux ! » Le « chat » tourna deux fois au-dessus de la tête du maréchal ferrant et retomba sur mon omoplate droite... L'omoplate était aussi sensible que le reste, et quand il me frappa l'épaule gauche et que la voix cria : « Quatre ! » je sentis ma chair trembler dans toutes ses fibres depuis le crâne jusqu'aux orteils... »

Ces châtiments sont d'un autre âge. Ils n'ont toutefois rien de commun avec la peine du fouet telle qu'elle est appliquée en Angleterre depuis une cinquantaine d'années. C'est, en effet, vers 1860, que le Parlement autorisa les juges, par le Garrotlers Act, à ajouter la peine du fouet à celle de l'emprisonnement dans les cas d'agression contre les personnes. Le chat à neuf queues ne fut, d'ailleurs, guère employé avant 1880. Londres fut infesté, à ce moment-là, par des rôdeurs nocturnes qui attaquaient et bâillonnaient les passants. Pour s'en débarrasser, on appliqua avec vigueur le Garrotters Act et les apaches anglais n'entrèrent plus en prison sans connaître la caresse du cat-o’1 nine tails.

Aujourd’hui on fouette très rarement. Dans la prison de Wormwood Scrubbs, qui compte 1.400 prisonniers, le « chat » n'entre en danse qu'une demi-douzaine de fois par an. Mais il n'est pas douteux qu'on l'emploierait davantage si les agressions se multipliaient. Tant il est vrai qu'il s'agit là non pas d'une sanction barbare, mais d'un châtiment moderne, dont l'efficacité a été établie par l'expérience. Au surplus, il suffit de visiter le lieu de la correction pour se convaincre qu'elle n'a rien de médiéval. La prison de Wormwood Scrubbs est une des mieux aménagées qui soient au monde. Des cellules aux salles de bains, des ateliers aux cuisines, il n 'y a pas de perfectionnement récent qui n'y ait été appliqué. L'état sanitaire y est si bon que la mortalité n'y dépasse guère 1 pour 1.000.

C’est dans une salle de gymnastique spacieuse et bien aérée que l'on nous montre les appareils servant à la peine du fouet. Voici d'abord le chevalet sur lequel est placé le coupable :

— C’est un grand cadre oblique traversé par une barre. Cette barre, rembourrée d'un coussin, se déplace le long de deux montants en fer, percés de trous, de manière à pouvoir être haussée ou abaissée suivant la taille du prisonnier. L'homme, le torse nu, y est attaché au moyen d'une ceinture de cuir qui l'enserre au-dessus des hanches. Ses pieds sont pris dans deux anneaux de cuir fixes, placés au bas de l'appareil. Ses mains sont enfermées dans deux bracelets de cuir se déplaçant le long de deux tringles latérales ; une corde attachée à ces bracelets et traversant une poulie au sommet de l'appareil permet à un opérateur placé derrière le cadre d'obliger le patient à tenir les bras en l'air.

Par une mesure de précaution, le cou et la nuque du prisonnier sont protégés au moyen d'un col large et épais. C’est alors que s'approche un vigoureux gardien armé du chat à neuf queues. Le cat actuel n'est plus l'instrument formidable d'autrefois ; ce n'est plus la corde grosse comme le poing et divisée en cordelettes pourvues de noeuds ; le manche ressemble à un mirliton et les neufs cordelettes, finement tressées, sont absolument lisses.Le gardien se place tantôt à droite, tantôt à gauche du chevalet, fait décrire au « chat » une sorte de huit au-dessus de sa tête et fait retomber l'extrémité des cordelettes sur les épaules nues du prisonnier.



Le chat à neuf queues.



Les verges.

Dans les cas moins graves et quand les coupables sont mineurs,on se contente de mettre à nu la partie la plus charnue de leur individu et de les fouetter comme des enfants avec des verges.
Ces verges ressemblent à un balai de cuisine ; leur long manche permet à l'opérateur de leur donner plus d'élan avant de les envoyer au but. Il va sans dire que la correction est moins pénible que celle du chat à neuf queues.
Ce châtiment est donc fort différent de celui que l'on infligeait autrefois. Au lieu de la charrette ou du triangle en bois où l'on attachait le condamné, on lui offre un chevalet qui épouse délicatement ses formes. Les terribles noeuds des cordelettes ont été supprimés. Le nombre des coups, qui atteignait jadis plusieurs centaines, est ordinairement de deux douzaines et ne dépasse jamais trente. La peine est d'ailleurs infligée dans les meilleures conditions possibles. Un médecin se tient auprès du chevalet, prêt à interrompre la correction si le patient venait à s'évanouir. Enfin, le coupable est fouetté dans la prison même, loin des curieux et sans une inutile publicité.

Ces adoucissements n'empêchent pas fouet d'être efficace. Si humain qu'il soit devenu, il laisse sur les épaules du condamné des marques ineffaçables. La peur agit d'ailleurs en pareil cas plus encore que le mal ; presque tous les prisonniers poussent des hurlements avant même que le « chat » leur ait caressé les épaules. Aussi bien est-ce le fouet qui purgea Londres, en moins de dix-huit mois, des apaches qui l'infestèrent il y a trente ans.
C'est à la sainte terreur qu'il inspire que Londres est aujourd'hui encore redevable de sa sécurité. Les autorités anglaises sont toutes d'accord pour dire que c'est la seule peine que redoute certaine catégorie de malfaiteurs.
Il y eut dernièrement dans une prison anglaise un commencement de révolte parmi certains prisonniers ; l’un d'eux allait frapper un gardien, quand un des codétenus lui cria : « Gare au chat ! » Ce mot suffit à le calmer. L'eût-on menacé de dix ans de prison, il est probable qu'il eût été moins prompt à reprendre son sang-froid.

Nous en viendrons, tôt ou tard, comme les Anglais, à ce sage procédé de correction. Il est trop clair que nos prisons sont désormais des hôtels trop confortables pour effrayer les malandrins. Le jour où nous comprendrons que la peine du fouet, si pratique, si courte et si hygiénique, est en même temps la seule qui puisse nous débarrasser de certains rôdeurs, ce jour-là nous pourrons nous promener la nuit sans revolver et nos grandes villes, Paris ou Marseille, cesseront d'être, pour leur insécurité,la risée de l'étranger.

Philippe Millet.
(dans l'illustration du 3 septembre)

Source : Criminocorpus. Archives d’anthropologie criminelle, de médecine légale et de psychologie normale et pathologique. Tome 26ème - 1911.
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MessageSujet: Re: Les châtiments corporels   Lun 30 Mar 2015 - 22:40

Le chat à neuf queues et la statistique criminelle.

Londres. 13 septembre.

On doit sans doute se garder de demander à la statistique des démonstrations trop précises. Chacun sait qu'elle est complaisante et qu'en la sollicitant habilement, comme eût dit Renan, on lui fait prouver ce que l'on veut. Aussi serait-il puéril de rechercher, dans les statistiques anglaises, une relation exacte entre le nombre des coups de fouet infligés chaque année aux malandrins et la croissance ou la décroissance des agressions contre les personnes. Dans l'ensemble, les faits paraissent néanmoins assez concluants. Tout le monde pourra les vérifier aisément en consultant le Livre bleu intitulé Criminal Statistics (Cd. 5096), publié au mois de mars dernier, et auquel j’ai emprunté tous les chiffres qui suivent.

La statistique officielle anglaise répartit en six classes les délits et les crimes. C'est dans la deuxième classe (Offense against property with violence) qu'elle range sous la rubrique Robbery, les vols avec agression contre les personnes, qui intéressent aujourd'hui l'opinion française. Sur 24 condamnations au fouet prononcées par les Cours d'assises en 1908, 22 constituaient un supplément de peine pour crime de robbery. C'est dire que les faveurs du « chat à neuf queues » sont réservées aux voleurs du trottoir.

Si maintenant l'on examine les statistiques générales des crimes et délits, de 1867 à 1908, on constate que l'incendie volontaire et la fausse monnaie mis à part, les crimes de « robbery » sont les seuls qui soient devenus moins fréquents en Angleterre au cours des cinquante dernières années. L'ensemble de la criminalité a sans doute relativement diminué ; elle était de 450 par 100.000 habitants pendant la période quinquennale 1807-186З; pour la période 1904-1908, elle n'était plus que de 279 par 100.000 habitants. La population de l'Angleterre a passé en effet, en cinquante ans, de 28 millions d'habitants à 45 millions.

Toutefois le nombre absolu des crimes et délits a augmenté, passant de 89.765 (moyenne de 1867-1863) à 96.665 (moyenne de 1904-1908) ; avec un nouveau relèvement pour 1908, où il atteignit 105.279. Cette augmentation est particulièrement sensible pour les attentats à la pudeur qui ont doublé, les vols avec effraction qui ont triplé, et les suicides qui ont sextuplé.
Voici au contraire les moyennes quinquennales des vols avec agression contre les personnes :

1857-1863 = 716 — 1864-1868 = 752 — 1869-187З = 575 — 1874-1878 = 589 — 1879-188З = 464 — 1884-1888 = 402 — 1889-1893 = 383 — 1894-1898 = 372 — 1899-1903 = 282 — 1904-1908 = 288.

On voit qu'après avoir oscillé entre 1860 et 1880, les cas de robbery ont régulièrement décru jusqu'à ces dernières années, pour remonter légèrement, il est vrai, pendant la période 1904-1908. Il est bon de rappeler à ce propos que le « chat à neuf queues» ne fut sérieusement employé que vers 1880 et qu'il a un peu chômé depuis que les radicaux sont au pouvoir.
En cinquante ans, le nombre absolu des agressions n'en a pas moins diminué de moitié.
Le même contraste entre la criminalité générale et le nombre des vols avec agression apparaît lorsqu'on analyse les statistiques détaillées des quinze dernières années. Que l'on envisage le nombre des personnes traduites devant les cours d’assises ou celui des crimes, on constate toujours que les vols punis par le fouet sont les seuls qui tendent à se raréfier.

Parmi les vols accompagnés de violence, les Anglais distinguent, outre le cas de robbery, le vol à main armée (burglary), le vol avec effraction dans les maisons (housebreaking), le vol avec effraction dans les boutiques (shopbreaking). Le fouet n'est pour ainsi dire jamais appliqué dans ces trois derniers cas (une seule condamnation au fouet en 1908 pour shopbreaking). Voici le nombre des personnes traduites en Cour d'assises, pour les quatre principales formes du vol accompagné de violence, de 1893 à 1908 :



Ainsi tandis que les vols avec agression diminuaient d'un tiers en quinze ans, les vols à main armée et les vols dans les maisons augmentaient d'autant, et les vols dans les boutiques, pour lesquels les escarpes anglais témoignent un goût croissant, passaient tout bonnement du simple au double. La proportion est analogue pour le nombre des crimes portés à la connaissance de la police. Ces chiffres laissent subsister peu de doutes sur l'efficacité des peines corporelles. Ils expliquent pourquoi les autorités anglaises craignent si fort qu'un accès de sensiblerie parlementaire ne leur enlève un jour ce puissant moyen d'action.

Ph. MILLET

Source : Criminocorpus. Archives d’anthropologie criminelle, de médecine légale et de psychologie normale et pathologique. Tome 26ème - 1911.


La peine de mort et le fouet au Congrès des juristes allemands.

D
ans la Scuola positiva d'Enrico Ferri (numéro de septembre dernier), nous trouvons un résumé concernant ces questions.

Le Congrès des juristes, qui s'est tenu à Dantzig du 10 au 13 septembre, s'est prononcé d'une façon formelle pour le maintien de la peine de mort. Quelques congressistes s'étaient montrés favorables à l'abolition de cette peine, mais le plus grand nombre des orateurs s'y est opposé. On a fait observer qu'il ne fallait pas se laisser guider par une sentimentalité exagérée. Ni la société en temps normal, ni l'Etat en temps de guerre, ne peuvent se passer de ce moyen d'extrême défense.

Un juge militaire fait observer que, par ces temps d'agitation révolutionnaire, l'autorité de l'Empereur et des princes confédérés ne peut jamais être suffisamment soutenue.
Le professeur Kahl déclare avoir assisté à de nombreuses exécutions capitales, d'où il a toujours rapporté l'impression qu'il avait été fait justice. Au moment du vote, 50 juristes contre 4 se sont prononcés pour le maintien de la peine de mort. Par contre, le Congrès se déclare adversaire des peines corporelles, vote d'autant plus extraordinaire, qu'en ce moment, en Prusse, une campagne est faite pour le retour à l'emploi du bâton ou du fouet.

Voici le tableau que M. Achille, il y a quelques jours, a présenté au Conseil municipal sur la sécurité des Parisiens au XXème siècle : « Elle n'est guère mieux assurée qu'aux temps où le guet, chaque soir, était rossé, où, dès le crépuscule, les bons bourgeois, laissant aux escarpes et aux malandrins la maîtrise des rues enténébrées, se terraient dans leurs logis étroitement clos. »

« Récapitulons, dit M. Achille, ces rubriques de faits divers qui, dans les journaux, tiennent de si longues colonnes : tous les jours, à Paris, en plein Paris, nous trouvons des vols nombreux, des cambriolages exécutés avec une audace inouïe, de fréquents assassinats, dont beaucoup trop demeurent impunis, et aussi, choses qu'ignoraient (trop heureux !) nos ancêtres inconscients, des grèves innombrables, de mystérieux sabotages, un antimilitarisme éhonté, de l'anarchie partout.
« Le progrès? C'est l'armée du désordre qui s'en est emparée. Elle utilise les plus belles découvertes et profite des meilleures inventions. Bien mieux, elle n ' a t t e n d plus le soir pour envahir la rue, elle opère en plein jour. »
Terminons par cette sentence de Salomon : les grands maux se guérissent par des meurtrissures livides et par les plaies les plus profondes.  
                                                                                                                               
Source : Criminocorpus. Archives d’anthropologie criminelle, de médecine légale et de psychologie normale et pathologique. Tome 26ème - 1911.
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MessageSujet: Re: Les châtiments corporels   Mar 31 Mar 2015 - 11:09

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