La Veuve

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 Max Bloch - dernière exécution publique à Paris - 1939

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MessageSujet: Max Bloch - dernière exécution publique à Paris - 1939   Mer 3 Fév 2010 - 0:08

Max Bloch est le dernier condamné à mort exécuté publiquement à Paris — devant le mur de la prison de la Santé, le 2 juin 1939.


Après lui, les exécutions parisiennes se feront dans la cour d'honneur de la prison. La première exécution dans cette cour fut en fait une double exécution : celle des frères Vocoret, en 1940 ( pour les détails, voir le Palmarès de Sywan : http://guillotine.site.voila.fr/Palmares1871_1977.html

L'exécution de Max Bloch sera la seule exécution parisienne publique effectuée par Jules-Henri Desfourneaux, en tant qu'exécuteur (par intérim) des arrêts criminels.

La condamnation à mort de Max Bloch fit la première page de certains journaux, alors que son exécution ne fit l'objet que de quelques lignes reléguées en bas de quatrième page, ou ne fut même pas mentionnée
:


Toutes les histoires — comme d'ailleurs les marseillaises — ne sont pas drôles : celle que l'acte d'accusation lisait hier au jury de la Seine était horriblement tragique. Sans l'ombre d'un motif plausible, ou du moins avouable, Max Bloch avait assassiné le 11 mai de l'an dernier, chez eux, ses coreligionnaires, les époux Gutowicz, et il ne regrettait qu'une chose : c'est qu'une défaillance mécanique de son arme ne lui ait pas permis de massacrer en même temps leurs trois enfants et leur gendre. Sur six personnes qu'il avait condamnés à mort, son pistolet, en s'enrayant, lui en avait fait manquer quatre.

Max Bloch a 44 ans, est né en Ukraine russe. En dehors de sa langue maternelle, bien qu'il soit l'hôte clandestin de notre pays, il n'entend que l'allemand de sorte qu'entre autres frais de justice, il nous aura coûté un interprète. Il est pourtant pourvu de nationalité.
(Il est vraisemblable que Max Bloch comprenne le français car il interviendra plus tard pour contester des propos que le président lui prête et l'on peut difficilement croire en effet qu'il les ait tenus. Voir plus loin *** )  

Et, messieurs les jurés,
explique le président Delelorgue je ne vous dirai pas quelle est sa profession. Tout à l'heure, quand le l'interrogeais dans la chambre du conseil, il m'a répondu : Voyou.  Au juge d'instruction, il a déclaré cyniquement : Cambrioleur. Quant à sa carrière elle est édifiante. Il reconnait que dans son pays, il a échappé à la conscription en donnant un peu d'argent aux gendarmes. Il a fui en Pologne la révolution bolchévique;  puis est allé, sans passeport, à Berlin, Leipzig, où il s'est fait condamner huit fois.
— Dix,
rectifie-t-il…
pour vol à main armée et coups et blessures. Il a fui la révolution hitlérienne. Où ? Cela ne se demande pas. Toujours sans passeport, il est venu s'installer à Paris, où il habitait à l'hôtel , boulevard des Filles-du-Calvaire…
—  Réfugié politique…
déclare-t-il.

DIX FOIS EXPULSÉ D'ALLEMAGNE

Ce qu'il y aura d'extraordinaire c'est qu'en Allemagne, il aurait pu résister à dix arrêts d'expulsion.
Voila qui me fait presque plaire, avoue M. Delegorgue, en souriant, cela prouve qu'il n'y a pas qu'en France…

Inutile de dire qu'en France aussi il est expulsé et pareillement réfractaire. A son hôtel il ne reçoit de visite que de son ami Gutowicz.

Je suis désolé, fait le président, d'avoir à dire devant les enfants qui sont au banc de la partie civile que les Gutowicz n'étaient pour la France guère moins indésirables. Le mari et le femme avaient été condamnés en Belgique pour fabrication de fausse monnaie polonaise. Gutowicz, condamné par défaut, était réfugié en France  et il attendit que sa femme, après 18 mois de prison, vint le rejoindre. Ils exerçaient, avec leurs trois enfants, le métier de tailleur en chambre, mais la police les connaissait pour receleurs d'une bande de juifs allemands, voleurs à la roulotte, condamnés naguère en Allemagne avec Max Bloch.

LES TÉMOINS

Les jurés entendront tout à l'heure des témoins. L'un deux, actuellement détenu à Fresnes, tandis qu'un autre est en prison à Milan. Et tout ce monde-là opérait chez nous. Enfin…
Le 11 mai, Max Bloch a sonné chez les Gutowicz qui habitent tous ensemble un appartement rue Oberkampf. Mme Gutowicz l'a fait entrer dans la salle à manger et elle a appelé son mari.


                                                                                                                             L'accusé écoute le récit du président avec une attention ironique, la mâchoire serrée, l'oeil oblique, méprisant. Il jette de courtes réponses d'un ait tantôt dégouté, tantôt hilare.

J'ai demandé mon argent, dit-il. Gutowicz m'a répondu : « je ne te dois rien ! » Alors j'ai dit : « Ne me le rendez pas si vous voulez, mais donnez-le plutôt à une oeuvre » Il m'a menacé : « Sors d'ici ou je te dénonce à la police. Tu sais que tu est expulsé. »

QUATRE BALLES MORTELLES

Il a tiré deux balles sur Gutowicz, l'une et l'autre mortelles, sur Mme Gutowicz deux balles mortelles également.

Vous tirez bien, constate le président.
J'ai appris, ricane-t-il.
Je voudrais bien savoir où ?
Peu importe ! J'ai appris, c'est l'essentiel.

Les enfants et le gendre accourent; le fils aîné, Froïm, a pris au vol une tablette de marbre dans le vestibule. Il en frappe l'assassin qui tire sur lui avec une arme enrayée et finit de l'assommer à coups de crosse. Pourquoi ce crime dont il se glorifie et regrette seulement qu'il ait été incomplet ?

« J' AURAIS VOULU TUER TOUT LE MONDE »

Il a dit au commissaire : « J'étais venu pour tuer tout le monde ; je l'avais décidé la veille. J'ai agi en pleine conscience. »
Au juge d'instruction : « J'avais confié à Gutowicz 20000 francs reçus d'Allemagne (?) Comme il niait ce dépôt, j'ai exigé qu'il remette la somme à une oeuvre pour les réfugiés. Si j'avais eu plus de balles, je les aurais tués tous. Je suis juif  et j'ai pour mission de débarasser l'univers de tous les bandits juifs : en voila toujours deux ! »

L'accusé a parfaitement compris. Il n'attend pas qu'on lui traduise pour cracher d'une voix furieuse :

*** Est-ce que je suis fou pour dire des choses pareilles ?  Bandit moi-même, est-ce à moi d'exterminer les bandits ?
Sa colère tombe brusquement  et le voila qui se tord de rire.
C'est grotesque ! Le juge n'a pas compris.

Les enfants Gutowicz nous éclaireront-ils sur les vrais motifs de ce drame sanglant que la justice en désespoir de cause considère comme un vulgaire règlement de compte entre voleurs et receleurs ? Il ne faut pas y compter. Froïm Gutowicz et sa soeur, Mme Warza, affirment tous deux que de la chambre voisine  ils ont entendu ce que se disait dans la salle à manger.

Il demandait à notre père de lui donner 300 francs pour la synagogue ; notre père a dit à notre mère : «  Les temps sont durs,  donne-lui 50 francs. » Elle les a mis sur la table.

Où on ne les a pas retrouvés. C'est absurde.

Invraisemblable, tranche le président. Voyons, madame ! Vous ne voulez pas nous dire ce qui s'est passé ?

Et M. Delegorgue, avec un geste découragé, renonce. De Warza , le gendre, il n'obtiendra davantage, ni du plus jeune des orphelins. C'est une famille qui se tient.

BLOCH ÉTAIT-IL SEUL ?

N'importe. Il y a un autre mystère qui excitera notre curiosité bien davantage : Bloch était-il seul chez les Gutowicz au moment du drame ? Mme Varanowsky, une jeune couturière qui habite l'étage à l'étage a dessus, alertée par les coups de feu, s'est précipitée dans l'escalier. Elle a vu sortir  de chez les Gutowicz, un homme d'une cinquantaine d'années, qui n'était pas Bloch.

J'ai descendu derrière lui jusqu'à sur le trottoir et je l'ai vu aux mains de deux hommes qui avaient comme moi entendu tirer. Croyant que c'était l'assassin, je leur ai dit : « Tenez-le bien. Ne le lâchez pas !  »

Et l'un des deux citoyens courageux, un livreur, M. Vincent, confirme :  

Seulement, dit-il, quelques minutes après monsieur  — et il montre Froïm Gutowicz  — est arrivé et m'a dit : « Lachez-le, ce n'est pas lui. »

Evidemment, cet inconnu n'est pas l'assassin; tout de même sa présence, ce jour-là, chez les Gutowicz, on sent bien qu'elle serait propre à nous ouvrir un nouvel horizon. Bien entendu, le coeur des  des enfants nie comme un seul Gutowicz. Il n'y avait chez eux que Max Bloch.

Et si j'ai fait relâcher cet homme, dit Froïm, c'est que je ne l'avais vu et que l'assassin de notre père était en haut, attendant la police qu'il m'avait ordonné d'aller chercher.

Nous allons tout doucement vers la lumière. Le polonais Czmelniki, cambrioleur qui présentement purge 5 ans à Fresnes est amené à la barre : un grand garçon mince, chevelure superbe et fine, une barbe en pointe. Une tête ravissante de graveur en zlotys.

A SUIVRE...


Dernière édition par mercattore le Ven 12 Fév 2010 - 10:18, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Max Bloch - dernière exécution publique à Paris - 1939   Mer 3 Fév 2010 - 0:12

SUITE de Max Bloch.

LES PROPOS D'UN DÉTENU

Un détenu, aujourd'hui libéré et dont je n'ai jamais su le nom, m'a raconté pendant une récréation que la veille de l'assassinat , Bloch avait porté chez Gutowicz un collier de brillants, qu'il y retourna le lendemain pour en toucher le prix et que Gotowicz ayant voulu le « mettre dedans » en lui disant que les pierres étaient fausses, il lui avait tiré dessus.

Bloch est furibond. Il se met à brailler en gesticulant, les doigts écartés :

C'est un vagabond ! Puis riant aux éclats : On ne se fie pas à des individus pareils ! Ah ! Ah ! Ah !
— Vous trouvez cela drôle,
S'étonne le président. A votre aise. Nous allons entendre l'inspecteur Schmidt de la police judiciaire dont l'enquête, je tiens à le dire, est un chef-d'oeuvre du genre et le rapport de douze pages une petite merveille de clarté et de style.

Et nous allons en effet, sinon savoir toute la vérité du moins l'entrevoir très suffisamment pour n'avoir plus de doutes sur le nature du drame.

BLOCH NE S'APPELLERAIT PAS BLOCH

D'abord, nous, l'inspecteur, les israélites de Paris, croient que cet homme ne s'appelle pas du tout Max Bloch. Quant à Gutowicz il avait cinq condamnations : il allait être arrêté en France pour émission de faux dollars quand il a sauté la frontière pour aller avec sa femme en Belgique pour fabriquer de faux zlotys. Condamné là-bas à quatre ans de prison par défaut il revenait ici d'un bond attendre sa femme qui moins chanceuse que lui était en prison pour dix-huit mois.
On pourrait demander à M. Schmidt comment il se fait que dès son retour à Paris le faux-monnayeur non seulement n'ait pas été arrêté mais ait pu se consacrer au recel de cambriolage. On ne lui demande pas. C'est une question que le président des assises est las de poser.

UNE HISTOIRE DE COLLIER

L'inconnu que Mme Varaanowski a vu sortir de l'appartement et qu'elle vit arrêter, poursuit le témoin, existe réellement. Ce pourrait être un nommé Sam Langley. Et il a dû en effet être témoin de l'assassinat. C'était un cambrioleur international connu, un autre client du receleur. Le collier non plus n'est pas une fable. Il provenait vraisemblablement d'un cambriolage commis l'avant veille rue de Courcelles : 160000 francs de bijoux. Bloch, qui en était, avait eu pour sa part le collier de brillants qui en valait 75000 francs. Il l'a porté à Gutowicz qui lui a remis 4500 francs, se réservant d'examiner les pierres de plus près avant de verser davantage. Quand Bloch est revenu, il a dû lui dire : « Tu es refait, les diamants sont faux. » Et Bloch, furieux, a tiré. Vous savez qu'on a retrouvé sur lui 4000 francs, c'est à dire à peu près la somme qu'il avait touché la veille.

Mais ce collier qu'est-il devenu ? L'a t-on retrouvé ?

La perquisition, sourit M. Schmidt, a été faite neuf jours après. Or, j'ai de bonnes raisons de croire que le soir même quelqu'un était venu chez Gutowicz pour y rafler tout ce qui s'y trouvait de compromettant. C'était un bijoutier marron qui par la suite , à l'occasion d'une autre affaire, s'est avéré receleur de bijoux volés et providence d'une bande internationale de cambrioleurs.

RÉQUISITOIRE ET VERDICT

L'avocat général Bruzin, au terme d'un réquisitoire aussi minutieux qu'énergique, a demandé la peine de mort.

Les travaux forcés, même à perpétuité, seraient un châtiment illusoire pour cet homme qui a dit au juge d'instruction : « Je suis engagé dans la bonne voie. Je continuerai. » Il a été trois fois au bagne en Allemagne. Vous avez pu voir dans quelles dispositions il en est sorti.

En vain, Maître Georges Myers a prononcé une plaidoirie pleine de grâce et de talent.
Max Bloch est condamné à mort.
Les enfants Gutowicz, partie civile par l'organe de Maître Weil, obtenaient le franc de dommages-intérêts auxquels ils avaient eu la sagesse de borner
leur demande.
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MessageSujet: Re: Max Bloch - dernière exécution publique à Paris - 1939   Mer 3 Fév 2010 - 13:11

Merci pour cet intéressant récit Mercattore.

Je croyais que c'était Eugen WEIDMANN le dernier guillotiné en public. scratch

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MessageSujet: Re: Max Bloch - dernière exécution publique à Paris - 1939   Mer 3 Fév 2010 - 13:20

Carnifex: En public A PARIS...
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MessageSujet: Re: Max Bloch - dernière exécution publique à Paris - 1939   Mer 10 Fév 2010 - 0:00

Excellente photo... dommage qu'il n'ait pas commis son crime un an plus tot. Il aurait put etre parmis les 400 tetes d'Anatole.
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MessageSujet: Re: Max Bloch - dernière exécution publique à Paris - 1939   Mer 10 Fév 2010 - 0:47

C'est vrai que sur ce cou là, on est pas passé loin Crying or Very sad
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MessageSujet: Re: Max Bloch - dernière exécution publique à Paris - 1939   Mer 10 Fév 2010 - 20:28

Boisdejustice a écrit:
Excellente photo... dommage qu'il n'ait pas commis son crime un an plus tot. Il aurait put etre parmis les 400 tetes d'Anatole.
On dirait que le cliché du journal n'a rien à voir avec la bonne photo de Niavlys.
Bizarre ce cliché du journal !
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MessageSujet: Re: Max Bloch - dernière exécution publique à Paris - 1939   Jeu 11 Fév 2010 - 19:02

niavlys a écrit:
Il y a une autre solution, Mercattore : la photo que j'ai soumise n'est peut-être pas celle de Bloch Neutral, auquel cas vous m'en voyez désolé Exclamation
Bonsoir, Niavlys !
Il y a une photo de Max Bloch dans les GAC de Paris, page 346, qui ressemble beaucoup à la photo du journal...La photo en question est dans la collection personnelle de Sywan, qui pourra peut-être éclairer notre lanterne sur ce point Idea
Bonne soirée
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MessageSujet: Re: Max Bloch - dernière exécution publique à Paris - 1939   Dim 27 Nov 2011 - 21:21

http://ouestfrance.cd-script.fr/opdf/1939/06/03/29/Finistere/1939-06-03_29_03.pdf
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MessageSujet: Re: Max Bloch - dernière exécution publique à Paris - 1939   Jeu 5 Fév 2015 - 14:32

Exécution de Max Bloch, le vendredi 2 juin 1939.

A l'aube, ce matin
une tête est tombée
boulevard Arago
C'était celle de Max Bloch, assassin des époux Gutowicz

L
e jour, ce matin, s'est levé à 4 heures.
Une minute auparavant, alors que l'aube se devinait à travers les frondaisons des marronniers, une tête est tombée boulevard Arago. Max Bloch, l’assassin des époux Gutowicz, a « payé » avec courage ; il est mort sans dire un mot.
Depuis minuit, toutes les artères qui débouchent sur le boulevard Arago, aux abords de la Santé, étaient gardées par un vigilant service d'ordre.

L'air était doux, presque tiède. Dans le silence monta brusquement le hennissement d'un cheval et l'on vit apparaître au carrefour la voiture amenant les bois de justice et les aides de M. Desfourneaux. Il était à peine 2 heures. A mi-chemin, le fourgon s'arrêta. Quatre hommes en descendirent, parmi lesquels on reconnut vite le nouveau « Monsieur de Paris », dont c'était la première exécution à Paris.

Moins de trois quarts d'heure plus tard, la lugubre machine était prête. Une puissante voiture s'arrêta alors doucement près de la grande porte de la Santé. C'était la procureur Breuzin qui, ayant requis contre Bloch la peine capitale, venait remplir jusqu'au bout les fonctions de son ministère. Le juge d'instruction Marchat l'accompagnait.

Puis, quelques instants plus tard, Me Georges Myers franchissait à son tour la grande porte. L'avocate de Bloch, vêtue d'un tailleur noir, était pâle. Peut-être pensait-elle qu'elle était, après Mme Sasia Erlich qui assista un condamné en 1928, la deuxième femme que son devoir amenait à cette heure dans l'immense prison où tout paraissait dormir.

Dans le bureau de M. Poirier, directeur de la Santé, le docteur Paul, médecin légiste, va bientôt les rejoindre.
Evitez de lui parler, conseilla M. Poirier, en préparant ses hôtes à la tragique cérémonie du réveil. On dirait que les paroles l'excitent. Autrement, il est relativement sage. Puis, jetant un coup d'œil sur la pendule de son bureau, il se leva en murmurant :
C’est l’heure.

Le cortège s'achemina lentement vers la cellule des condamnés à mort. L'interprète officiel, Tsakin, car Bloch parle difficilement le français, s'était joint à la caravane.
Il ne dort pas, dit le gardien qui stationnait près de la cellule.
Bloch était, en effet, assis sur sa couchette, lorsque la porte s'ouvrit, il dévisagea, le groupe et se leva sans mot dire. Puis, alors qu'il franchissait le seuil de la cellule où, de longs joursdurant, il avait vainement espéré sa grâce, il s'écria:
Nider Hitler ! (A bas Hitler!).

Converti à la religion catholique depuis trois semaines environ, il accepta d'entendre la messe, très courte, que célébra l'aumônier de la prison. Puis, tandis que l'on procédait à sa toilette, il refusa, d'un geste désabusé, le verre de rhum et la cigarette qu'on lui offrait.
Quelques instants plus tard, l'homme qui, pour un règlement de comptes, tua le ménage de recéleurs Gutowicz, rue Oberkampf, et n'exprima que le regret de ne pas avoir exécuté les trois enfants de ses victimes, montait dans le fourgon.

Tout le long du parcours, il ne prononça pas un mot.
A 3 h. 55, la voiture débouchait sur le boulevard et venait s'arrêter à moins de trois mètres de la guillotine.
Me Georges Myers descendit la première et se plaça légèrement en retrait.
Puis, les jambes entravées, les mains liées, Max Bloch, livide, apparut aux regards.
Les assistants se découvrirent tandis que les gardes présentaient les armes.
Et la guillotine fit son œuvre.

Source : quotidien Ce Soir, du 03-06-1939 / gallica.bnf.fr
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MessageSujet: Re: Max Bloch - dernière exécution publique à Paris - 1939   Sam 7 Fév 2015 - 11:45



Quotidien Le Journal

Entré frauduleusement en France après de nombreux forfaits commis dans sa Russie natale et en Allemagne, Max Bloch avait tué à Paris au cours d'une explication ayant trait au partage du produit d'un cambriolage, un couple de receleurs, assez affreux, il faut le dire, les époux Guttdwicz. Il avait été condamné à mort le 6 avril dernier par les jurés de la Seine.

Lorsque le cortège officiel, à la tête duquel se trouvaient M. Estève, directeur des services pénitentiaires, les avocats généraux Bruzin et Pomonti, M. Meyer, directeur de la police judiciaire et le docteur Paul, arriva à sa nouvelle cellule, Max Bloch était réveillé.
Ce serait trop de dire qu'il accueillit ses visiteurs avec courtoisie. De ses lèvres minces s'exhalèrent, dans un frémissement de la barbe hirsute, qu'il avait laissé pousser depuis sa condamnation, quelques jurons et quelques imprécations.

Max Bloch invectivait avec moins de fureur que de cynisme gouailleur et il termina par cette exclamation vraiment imprévue : « Nieder Hitler! » (A bas Hitler !) Etre vraiment hors l'humanité, il ne sut même pas trouver les mots que les plus farouches, les plus insensibles, prononcent pour remercier leur défenseur. Pourtant ce défenseur était une jeune avocate, Me Géorgie Myers qui, de même que sa consœur Mme Sasia Erlich le fit, voici onze ans, n'avait pas hésité à accomplir jusqu'au bout son poignant devoir.

Max Bloch refusa la cigarette et le verre de rhum qu'on lui offrait, puis il écouta, dans une attitude de total recueillement, la messe. Dans la voiture (à traction animale) qui le menait au lieu du supplice, il eut comme compagnons de route Me Géorgie Myers et le jeune confrère qu'elle a récemment épousé : Me Auburtin.
M. Desfourneaux, successeur de Deibler dont c'était la troisième exécution, mais les débuts boulevard Arago, s'acquitta parfaitement de sa mission.

Source : quotidien Le Journal, du 03-06-1939 / gallica.bnf.fr

*Sasia Elrich. Première femme avocat accompagnant un condamné jusqu’à la guillotine, Julian Pachowski, le 3 avril 1928, bd Arago (double exécution, Wladimir Zinczuk).

A Paris, le premier avocat qui accompagna un condamné jusqu’à la guillotine fut Me Pierre Leduc, exécution de Jean-Jacques Liabeuf, le 2 juillet 1910, bd Arago (en province, d’autres défenseurs l’avaient précédé).
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MessageSujet: Re: Max Bloch - dernière exécution publique à Paris - 1939   

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