La Veuve

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 Courage des condamnés.

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benjamin
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MessageSujet: Courage des condamnés.   Jeu 21 Jan 2010 - 15:01

Finalement, quand je lis la plupart des compte-rendus, j'ai l'impression que la très grande majorité des condamnés mouraient courageusement.

Même Joseph Vacher (cité comme un "lâche", finalement, ne résista guère. Par on ne sait quelle idée fixe, il refusa seulement de marcher vers son supplice et se laissa porter, sans pour autant se débattre.

A quoi peut-on attribuer cela? A l'orgueil? Ou à la "tétanie"? Parce que marcher vers la guillotine, c'était quand même "quelque chose"!

Et même contre trois hommes, un désespéré chargé d'adrénaline décidé à gagner quelques minutes pouvait compliquer les choses, non?

_______________

Delarue signale d'ailleurs qu'à partir du moment où le condamné est livré au bourreau et à ses aides, il "leur appartient" et plus personne ne peut, en principe, les assister.

Il raconte aussi une situation, au XIXe siècle, d'un condamné qui a obtenu un répit de 24 heures, le bourreau étant âgé et diminué et son assistant pas très costaud. Ce condamné s'est enroulé les jambes dans une marche de l'échafaud, et il fut impossible aux deux hommes de le faire grimper. la foule qui huait d'abord le condamné, peut à peu, "changea de camp" devant cette agonie interminable. On le ramena dans sa cellule jusqu'au lendemain, lorsqu'un exécuteur venant d'un département voisin assura la tâche. Mais à aucun moment, une assistance ne fut fournie aux deux bourreaux défaillants.
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MessageSujet: Re: Courage des condamnés.   Jeu 21 Jan 2010 - 15:37

Cela fait penser à l'affaire Montcharmont, mais là, le condamné s'est débattu comme un beau diable, au point que l'exécution a été remise au lendemain aussi. Il ne m'étonnerait pas que ce fusse la même exécution.

Quant à l'assistance que pouvait avoir le condamné après sa remise à l'exécuteur, celle du prêtre se faisait pratiquement jusqu'à l'échafaud, comme vous le savez.
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Nemo
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MessageSujet: Re: Courage des condamnés.   Jeu 21 Jan 2010 - 15:39

Mercattore, je pense que c'est bel et bien de l'affaire Montcharmont que Benjamin parle. Je ne vois pas d'autre cas historique regroupant toutes ces précisions pour faire ajourner une exécution.

_________________
"Je suggère qu'on lui coupe la tête sans ménagement dès dimanche prochain, mais si possible après 17 heures, afin que j'aie le temps d'aller aux vêpres. (Pierre Desproges)"
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benjamin
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MessageSujet: Re: Courage des condamnés.   Jeu 21 Jan 2010 - 15:48

Citation :


Quant à l'assistance que pouvait avoir le condamné après sa remise à l'exécuteur, celle du prêtre se faisait pratiquement jusqu'à l'échafaud, comme vous le savez.

Je me suis mal exprimé.

Le prêtre assistait certes le condamné s'il le désirait (ce qui était très souvent le cas), mais il ne donnait pas de "coup de main" aux bourreaux. Cool

Oui, je viens de vérifier: c'est biende l'affaire Montcharmont qu'il s'agit. Il s'est débattu tout au long du trajet et est parvenu à se "coincer" dans les marches de l'escalier.

Citation :

Quoi ! un homme, un condamné, un misérable homme, est traîné un matin sur une de nos places publiques ; là, il trouve l’échafaud. Il se révolte, il se débat, il refuse de mourir. Il est tout jeune encore, il a vingt-neuf ans à peine...
– Mon Dieu ! je sais bien qu’on va me dire : C’est un assassin ! Mais écoutez !...
– Deux exécuteurs le saisissent, il a les mains liées, les pieds liés, il repousse les deux exécuteurs. Une lutte affreuse s’engage. Le condamné embarrasse ses pieds garrottés dans l’échelle patibulaire, il se sert de l’échafaud contre l’échafaud. La lutte se prolonge, l’horreur parcourt la foule. Les exécuteurs, la sueur et la honte au front, pâles, haletants, terrifiés, désespérés, – désespérés de je ne sais quel horrible désespoir, – courbés sous cette réprobation publique qui devrait se borner à condamner la peine de mort et qui a tort d’écraser l’instrument passif, le bourreau (mouvement), les exécuteurs font des efforts sauvages. Il faut que force reste à la loi, c’est la maxime.
L’homme se cramponne à l’échafaud et demande grâce. Ses vêtements sont arrachés, ses épaules nues sont en sang ; il résiste toujours. Enfin, après trois quarts d’heure, trois quarts d’heure !... (Mouvement. M. l’avocat général fait un signe de dénégation. M. Victor Hugo reprend. ) – On nous chicane sur les minutes : trente-cinq minutes, si vous voulez ! – de cet effort monstrueux, de ce spectacle sans nom, de cette agonie, agonie pour tout le monde, entendez-vous bien ? agonie pour le peuple qui est là autant que pour le condamné, après ce siècle d’angoisse, messieurs les jurés, on ramène le misérable à la prison.
Le peuple respire. Le peuple, qui a des préjugés de vieille humanité, et qui est clément parce qu’il se sent souverain, le peuple croit l’homme épargné. Point. La guillotine est vaincue, mais elle reste debout. Elle reste debout tout le jour, au milieu d’une population consternée. Et, le soir, on prend un renfort de bourreaux, on garrotte l’homme de telle sorte qu’il ne soit plus qu’une chose inerte, et, à la nuit tombante, on le rapporte sur la place publique, pleurant, hurlant, hagard ; tout ensanglanté, demandant la vie, appelant Dieu, appelant son père et sa mère, car devant la mort cet homme était redevenu un enfant. (Sensation.)
On le hisse sur l’échafaud, et sa tête tombe ! – Et alors un frémissement sort de toutes les consciences. Jamais le meurtre légal n’avait apparu avec plus de cynisme et d’abomination. Chacun se sent, pour ainsi dire, solidaire de cette chose lugubre qui vient de s’accomplir, chacun sent au fond de soi ce qu’on éprouverait si l’on voyait en pleine France, en plein soleil, la civilisation insultée par la barbarie.

Victor Hugo


Sanson, qui a pendu avant de guillotiner, a eu de tels problèmes avec un prêtre condamné à mort pour vol qui résistait à la montée sur l'échelle de la même façon. Il s'en est tiré en lui disant: "allons, Monsieur l'abbé, un peu de fermeté!"

Un autre de ces rares condamnés qui flanchaient,s'est réfugié dans un coin de sa cellule en hurlant au moment du réveil, et l'assistance ne savait que faire. Heidenreich est alors entré et lui a demandé "d'une voix douce" s'il "fallait qu'il vienne le chercher lui même"
Cela a suffi à désamorcer la situation; le condamné s'est alors laissé faire.
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MessageSujet: Re: Courage des condamnés.   Jeu 21 Jan 2010 - 17:09

niavlys a écrit:
Bonjour Benjamin,

L'exécution de Claude MONTCHARMONT, prévue vers les 6h00 du matin, s'est finalement déroulée à 17h00 (d'après les articles de presse et son acte de décès). Il semblerait que ce soit Nicolas ROCH (information à vérifier), alors exécuteur dans le Jura, qui dirigea l' "opération".

Quand j'aurai un peu de temps je relirai Delarue, pour voir s'il n'y avait pas une autre "affaire" de ce genre.


Dernière édition par benjamin le Jeu 21 Jan 2010 - 21:57, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Courage des condamnés.   Jeu 21 Jan 2010 - 21:42

Pour Benjamin : Le condamné qui poussait des hurlements, et à qui Heidenreich demanda "s'il fallait qu'il vienne le chercher lui-même", était l'abbé J.L. Verger, prêtre interdit qui assassina l'archevêque de Paris Mgr Sibour.Il fut exécuté le 30/01/1857.
Bonne soirée.
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MessageSujet: Re: Courage des condamnés.   Jeu 21 Jan 2010 - 21:58

pierrepoint a écrit:
Pour Benjamin : Le condamné qui poussait des hurlements, et à qui Heidenreich demanda "s'il fallait qu'il vienne le chercher lui-même", était l'abbé J.L. Verger, prêtre interdit qui assassina l'archevêque de Paris Mgr Sibour.Il fut exécuté le 30/01/1857.
Bonne soirée.

Merci!
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MessageSujet: Re: Courage des condamnés.   Jeu 21 Jan 2010 - 23:29

pierrepoint a écrit:
Pour Benjamin : Le condamné qui poussait des hurlements, et à qui Heidenreich demanda "s'il fallait qu'il vienne le chercher lui-même", était l'abbé J.L. Verger, prêtre interdit qui assassina l'archevêque de Paris Mgr Sibour.Il fut exécuté le 30/01/1857.
Bonne soirée.

Ce sont en tout cas les paroles qu'on lui prête, même si je les vois mal dans la bouche d'un exécuteur.
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MessageSujet: Re: Courage des condamnés.   Ven 22 Jan 2010 - 10:24

[quote="niavlys"]
pierrepoint a écrit:
Ce sont en tout cas les paroles qu'on lui prête, même si je les vois mal dans la bouche d'un exécuteur.

Encore une fois, je fais référence à Delarue (je suis sûr du nom du bourreau en tout cas) Il faut que je trouve le temps de le relire!

Cela est en effet très différent de l'attitude des exécuteurs plus "récents" J'en ai parlé plus haut.
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MessageSujet: Re: Courage des condamnés.   Ven 22 Jan 2010 - 10:38

niavlys a écrit:
Bonjour Benjamin,

L'exécution de Claude MONTCHARMONT, prévue vers les 6h00 du matin, s'est finalement déroulée à 17h00 (d'après les articles de presse et son acte de décès). Il semblerait que ce soit Nicolas ROCH (information à vérifier), alors exécuteur dans le Jura, qui dirigea l' "opération".
Bonjour, Niavlys,
Ai remis le nez dans Delarue, et ai trouvé ce qui suit au chapitre 12,(Page 302 de l'édition 1979): l'exécuteur de Haute-Saône était Louis-Antoine Dollé (65 ans) et son aide Pierre Roch (plus de 70 ans).Incapables de procéder seuls, compte-tenu de leur âge et de la vigueur du condamné récalcitrant, on alla chercher en renfort François Etienne ("Chef" à Dijon) et Nicolas Roch ("Chef" à Lons-le-Saulnier).Qui présida à la chute du couperet ? Delarue ne le dit pas, mais, historiquement, ça n'a pas grande importance...
Bonne journée.
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MessageSujet: Re: Courage des condamnés.   Ven 22 Jan 2010 - 10:45

[quote="benjamin"]
niavlys a écrit:
pierrepoint a écrit:
Ce sont en tout cas les paroles qu'on lui prête, même si je les vois mal dans la bouche d'un exécuteur.

Encore une fois, je fais référence à Delarue (je suis sûr du nom du bourreau en tout cas) Il faut que je trouve le temps de le relire!

Cela est en effet très différent de l'attitude des exécuteurs plus "récents" J'en ai parlé plus haut.
Bonjour, Benjamin!
Voir Delarue, chapitre 12, page 290 de l'édition 1979.Ce chapitre contient plusieurs pages sur Heidenreich, fort détaillées et intéressantes...Malheureusement, Delarue ne cite pas ses sources, j'ai pensé un moment aux Mémoires de Mr. Claude, Chef de la Sûreté, mais il n'a pris ses fonctions qu'en 1859 et n'a donc pas été témoin de l'exécution de l'abbé Verger.
Bonne journée.
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MessageSujet: Re: Courage des condamnés.   Ven 22 Jan 2010 - 12:51

Pour en revenir au courage des condamnés à mort, je crois que cela a déjà été dit: on peut considérer que les condamnés étaient tellement angoissés depuis leur condamnation, attendant avec incertitude l'issue fatale, qu'ils devaient ressentir une sorte de soulagement que cette attente se termine enfin.

C'est d'ailleurs souvent la réflexion qui était faite: "qu'on en finisse!".

L'angoisse de l'attente constituait une souffrance qu'ils n'étaient plus prêts de supporter.

Ajoutons à cela qu'après avoir passé la nuit à veiller (ignorant si le lendemain leur serait fatal) le condamné finissait toujours par s'endormir et était donc réveillé alors qu'il était groggy par le sommeil.

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MessageSujet: Re: Courage des condamnés.   Ven 22 Jan 2010 - 13:10

Il faut dire que cette attente était parfois interminable.

A Saint-Laurent du Maroni, la guillotine étant dressée au milieu du quartier des condamnés, ceux-ci savaient donc tous que le lendemain matin, un ou plusieurs d'entre eux allaient être exécutés (les cellules étaient proches de la dalle et le bruit du montage n'était pas dissimulable; en outre certains gardiens ou prote-clés - des détenus sélectionnés pour cela - particulièrement sadiques se faisaient parfois une joie de l'annoncer)

Le TMS avait la condamnation à mort relativement facile, celle-ci étant plus fréquemment qu'on ne le dit souvent commuée en peine de réclusion criminelle par le Gouverneur (qui avait délégation spéciale du Président de la République compte tenu de l'éloignement et de l'impossibilité de faire venir le défenseur plaider la cause de son client à Paris - défenseur qui en outre était très rarement avocat) Donc ils étaient nombreux "en attente"

Il faut imaginer ce que devait représenter la nuit, pour parfois une vingtaine de condamnés, et qui se demanderait qui gagnerait cette sinistre loterie... A certaines époques, ils chantaient tous en chœur une sorte de mélopée funèbre pour se donner du courage.

Une fois, la porte d'un des condamnés fut ouverte par erreur. C'est attesté par Michelot (et M. Badin, gardien en retraite, me l'a confirmé en 1984). Mais contrairement à une légende tenace, il n'est pas "devenu fou et ses cheveux n'ont pas blanchi sur l'instant": le gardien s'est excusé et l'a rassuré dans la seconde.

L'exécution avait lieu à Saint-Laurent du Maroni devant une délégation de transportés "choisis" par l'AP, sans doute à des fins dissuasives vis à vis des fortes têtes (et non pas de tous comme le dit Papillon: il suffit de voir les dimensions du quartier des condamnés pour se rendre compte que c'est physiquement impossible; en outre le taux d'encadrement était si réduit qu'un mouvement "de foule" transformé en révolte aurait risqué de provoquer une catastrophe pour l'AP.)

La plupart des condamnés mouraient crânement. Ils avaient à cœur de le montrer à leurs camarades, par un "dernier mot" spectaculaire.

Un détenu "arabe" qui flanchait quelque peu a balancé au prêtre qui lui racontait les joies du paradis à venir: "si c'est si bon, t'as qu'à prendre ma place" (la même réplique ayant été faite par le célèbre assassin D' Chimbo, guillotiné à Cayenne au milieu du XIX e siècle
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