La Veuve

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 La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944

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MessageSujet: Gnome et Rhône   Mar 30 Avr 2013 - 17:24

Laurent Paris 13ème a écrit:


Il est né sur le site d'une des usines Gnome et Rhône, (92 boulevard Kellermann Paris 13ème)

Bonjour Laurent,

Pouvez-vous expliciter cette phrase, car je ne la comprends pas très bien. Merci.

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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Mar 30 Avr 2013 - 19:33

mercattore a écrit:
Laurent Paris 13ème a écrit:


Il est né sur le site d'une des usines Gnome et Rhône, (92 boulevard Kellermann Paris 13ème)

Bonjour Laurent,

Pouvez-vous expliciter cette phrase, car je ne la comprends pas très bien. Merci.

Salut & Fraternité, mon cher Mercattore !
En tant qu'ancien de la Snecma ( Qui fait maintenant partie du groupe Safran ), j'ai quelques idées sur le sujet...puisque Gnome et Rhône est l'une des entreprises nationalisées en 1945 qui ont été regroupées dans Snecma.Il y avait une usine au 92 Boulevard Kellermann depuis 1897, qui appartenait à la Société des Moteurs " Le Rhône", et qui a fonctionné sous l'enseigne Snecma jusqu'en 1969, ensuite transférée à Corbeil...
Ce qui pourrait poser problème, c'est qu'au moment de la naissance de Lafont (1902), l'usine existait déjà...par contre, l'acte de naissance dudit Lafont est très clair sur le lieu de sa venue au monde Question
Pour la petite histoire, le bâtiment où se trouvait l'usine - sorte de gigantesque blockhaus - avec 6 étages de sous-sols existe encore aujourd(hui, car il avait été " blindé " lors de son extension avec les rails déposés des tramways de Paris lors de la suppression de ceux-ci.Je crois qu'il a été reconverti en bureaux, d'ailleurs plus ou moins vides...
Bonne soirée !
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benjamin
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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Mer 5 Juin 2013 - 20:28

J'arrive après la bataille, mais dans l'affaire Seznec, Bonny n'est intervenu au total que sur 5 cotes pas du tout décisives d'un dossier qui en comportait plus de 500. Bonny à cet époque n'était qu'un petit inspecteur stagiaire, bien loin de ce qu'il est devenu dix ans plus tard au moment de l'affaire Stavisky.
Nul ne sait si Seznec est coupable de la mort de Quemeneur, mais il est bel et bien coupable de faux en écritures (pour monter une escroquerie qui aurait impliqué Quemeneur) et de subornation de témoins.
Bref Seznec, je le répète, n'est peut être pas un assassin et dans le doute, je crois que comme juré je ne l'aurais pas condamné pour ça (le doute profite à l'accusé, aussi infime soit-il à mon avis), mais il n'était pas blanc bleu. Et si le bagne lui a donné "bien des misères", il a fort bien fait vivre sa descendance qui exploite et surexploite cette affaire.

Et si on avait dépensé ne serait ce que 10% de la peine qu'on a dépensé pour savoir le pourquoi du comment du comportement de Seznec, peut être qu'on saurait ce qu'est devenu Quemeneur qui a lui aussi laissé une famille éplorée, mais bien trop digne pour en faire un fond de commerce.
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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Mer 5 Juin 2013 - 21:06

benjamin a écrit:
Bonny n'est intervenu au total que sur 5 cotes pas du tout décisives d'un dossier qui en comportait plus de 500. Bonny à cet époque n'était qu'un petit inspecteur stagiaire, bien loin de ce qu'il est devenu dix ans plus tard au moment de l'affaire Stavisky.

Une précision importante qui mérite d'être soulignée.


benjamin a écrit:
Bref Seznec, je le répète, n'est peut être pas un assassin et dans le doute, je crois que comme juré je ne l'aurais pas condamné pour ça (le doute profite à l'accusé, aussi infime soit-il à mon avis), mais il n'était pas blanc bleu. Et si le bagne lui a donné "bien des misères", il a fort bien fait vivre sa descendance qui exploite et surexploite cette affaire.
Avis partagé, benjamin.

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benjamin
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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Mer 5 Juin 2013 - 21:14

J'en rajoute une couche. Il n'y a plus aucune procédure de révision possible en France, donc pour nous, l'affaire est juridiquement close.

Seulement il reste la CEDH qui est parfois plus sourcilleuse sur les droits à révision

Or très curieusement, le clan Seznec (surtout Caliméro qui profite de chaque occasion pour faire de la pub pour ses bouquins) "n'y va pas"

Pourquoi? Parce que si d'aventure - et ce serait sûrement le cas - la CEDH dit qu'il n'y a pas matière à réviser, l'affaire serait définitivement close.

En omettant cette étape, on pourra nourrir et nourrir encore l'affaire, avec à chaque fois un bouquin à la clé (pour redire la même chose) et des télés pour le présenter.

Ma contribution: l'affaire... http://www.bagnedeguyane.fr/archives/2013/05/28/27273084.html
Seznec au bagne : http://www.bagnedeguyane.fr/archives/2013/05/28/27272778.html
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MessageSujet: Vidéo   Jeu 6 Juin 2013 - 15:35


Une excellente vidéo d'où sont tirées notamment les photos de l'exécution postées en page 2 :

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=k37RkRa7b9w

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MessageSujet: Henri Chamberlin alias Henri Lafont et la Carlingue   Mar 4 Mar 2014 - 17:53

Henri Chamberlin alias Henri Lafont et la Carlingue

Jacques Pradel revient, dans l'émission "L'Heure du crime" d'aujourd'hui, sur l'histoire d’Henri Lafont, petit truand devenu le chef de la Gestapo française, "la Carlingue", durant l’occupation allemande de la Seconde Guerre Mondiale.
http://www.rtl.fr/emission/l-heure-du-crime/billet/mardi-4-mars-2014-henri-lafont-et-la-carlingue-7770138464

Bonne écoute !    queen

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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Sam 19 Avr 2014 - 14:03

mercattore a écrit:
Voici le cliché disparu...

Message intégré à celui auquel il se rapporte, en date du 09/01/2010, sur ce fil.

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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Sam 19 Avr 2014 - 15:14

Très bien, merci...
Mais il n'y a pas le cliché, Adélayde ?
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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Dim 20 Avr 2014 - 16:08

Dans le quotidien Franc-Tireur la journaliste Madeleine Jacob s’impatientait de voir juger industriel, banquier, journaliste etc. Mais il était urgent de s’occuper de membres de la Carlingue, le temps pressait pour certains. En un peu plus de trois semaines l’affaire sera réglée, peloton d’exécution inclus. Madeleine Jacob pensait que l’affaire Lauriston serait aussi longue que l’affaire Stavisky !

_______________________________
Journal Franc-Tireur, du 26-11-1944.

La Cour de Justice va siéger le…1er décembre

La Cour de justice ne rentrera pas le 27 novembre. Elle a estimé — ou on a estimé pour elle — que l’astuce après une absence incompréhensible, c’était bien de prolonger cette absence au-delà des limites.
L’audience sera reprise le 1er décembre. Avec Paul Chack ? Brasillach ? Béraud ? Ou Ardant ? Ou Le Hideux ?  Ou Devixe ? Ou Bunau-Varilla ? Non ! Avec douze des premiers occupants de la première charrette de l’affaire de la rue Lauriston, Bony et Lafont en tête.
Ainsi, ce n’est pas pour préparer les dossiers des grands coupables de la collaboration à la démoralisation des  Français, des grands coupables de la trahison des intellectuels, des grands coupable de l’envoi à la mort de patriotes français condamnés par ordre de l’ennemi et pour plaire à l’ennemi ou à son représentant Pétain, ce n’est pas pour préparer ces dossiers-là que la Cour s’était retirée. Alors c’était pas la peine.

Après tant de jours de silence, elle accouche d’une souris. Les dossiers Lauriston sont prêts depuis longtemps. La police les a minutieusement préparés, faisant ainsi la besogne de l’instruction. L’affaire Lauriston sera considérable…Longue comme l’affaire Stavisky. Elle remplira des semaines et peut-être même des mois d’audience. La seule lecture de l’acte d’accusation de ces premiers douze prendra sans doute plus d’un jour. Il faudra compter ensuite avec les palabres de la défense autour d’indéfendables causes. Avec les explications des accusés  qui sans pouvoir nier les faits : crimes, vols, trahison, port de l’uniforme allemand, dénonciations de patriotes ayant reçu des parachutistes, livraisons de résistants à l’ennemi, tortures, etc. ils essaieront comme ils l’on fait depuis bientôt trois mois de noyer le Poisson.

Et les semaines et les mois passeront, sans Shack, sans Ardant, sans Brasillach, sans Béraud, sans Davixe, sans Le Hideux, sans Bunau-Varilla, sans tous les grands autres. Nous attendons le châtiment des vedettes de la collaboration, de ceux dont il faut que le peuple français connaisse les agissements.     
Que pense M. de Menthon * des retards apportés ? A-t-il eu son mot à dire dans les atermoiements scandaleux qui permettent à certains traîtres d’espérer que le temps travaille pour eux. Oui, en vérité, qu’en pense M. de Menthon ?
C’est à lui aujourd’hui, que nous posons la question.

Madeleine Jacob.

_____________________

*
Ministre de la justice.

Paul CHACK — Officier de marine, écrivain. Condamné à la peine capitale, le 18-12-1945. Fusillé au fort de Montrouge, le 9-01-1945.
                                                                                                                                  -
Robert BRASILLACH — Ecrivain. Condamné à la peine capitale, le 19-01-1945. Fusillé au fort de Montrouge, le 06-02-1945. http://www.youtube.com/watch?v=evxU2v1yKwg

Henri BÉRAUD— Écrivain. Condamné à la peine capitale, le 29-12-1944.. Gracié par le général de Gaulle. Centrale de Poissy. Centrale de Saint-Martin-de-Ré (île de Ré). En 1950, bénéficie de la grâce accordée par le président Vincent Auriol (mauvais état de santé). Mort en 1958, à Saint-Clément-les-Baleines (île de Ré).


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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Lun 21 Avr 2014 - 15:17

DEVANT LA COUR DE JUSTICE
La Gestapo française, Lafont et Bony en tête
répond aujourd’hui de ses crimes

____________
Cet après-midi va s’ouvrir, devant la Cour de Justice, l’un des plus grands procès qui passeront dans son enceinte : l’affaire de la Gestapo française.
Depuis quelques temps déjà la Cour de Justice prenait des vacances. Sa reprise, sous la présidence de M. Ledoux, est éclatante. C’est une brochette de douze hommes qui va en faire les frais durant les deux semaines qui suivront.
Tous repris de justice, les membres de la bande de la rue Lauriston ont été dirigés par le chef qui leur fallait : Henri Chamberlin, dit Lafont. Ce malfaiteur d’envergure fut leur cerveau, ils en exécutèrent les ordres. Il était d’ailleurs bien secondé par Pierre Bony qui transforma cette bande de gangsters en une puissante organisation qui fit de son chef l’un des plus redoutables de France.

Et puis, à coté de la tête, on trouve des comparses, hommes de main prêts à toutes les besognes : Paul Clavié, qui avait reçu le grade de lieutenant SS ; Louis Haré et André Hengel, sous-officiers SS en même temps que faux policiers, tueurs accrédités de la bande ; Alexandre Villaplane (Villaplana) ex joueur professionnel de football qui, outre sa paie de lieutenant SS, se livrait à un intense trafic d’or ; Louis Pagnon, chauffeur de Lafont, sous-lieutenant SS, faux policier et trafiquant d’or à ses heures ; Edmond Delahaye (Edmond Delehaye), secrétaire de Lafont ; Jacques Labussière, qui occupa rue Lauriston les modestes fonctions de planton ; Jean Lescaux (Jean Lascaux) espion, depuis le début au service de la Gestapo ; Charles Delval, expert en objet d’art, cumulant ses fonctions avec celles d’indicateur au service de la rue des Saussaies, et, enfin Maurice Baté (Maurice Tate) qui avait d’abord appartenu à la Résistance  et qui, arrêté livra ses camarades.

Tous ces ignobles individus se firent, dès le début de l’occupation, de fidèles serviteurs de l’emprise allemande sur la France. La plupart portèrent l’uniforme allemand qui leur garantissait l’impunité, car, conjointement aux actes spécifiquement allemands, ces malfaiteurs eurent  de nombreuses activités, allant du vol ordinaire au crime, augmentant ainsi de façon notable le prix de leur trahison.
Mais l’heure est venue où ils vont expier. « La justice viendra ; c’est la victoire qui l’apportera », annonçait de Gaulle dès 1940. La victoire, nous l’avons. La justice est en marche. Rien ne saurait l’arrêter.

Journal L’AUBE - 01-12-1944.
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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Mer 24 Déc 2014 - 11:24

Henri Lafont vu par Bonny : Journal LIBERATION, du 02-12-1944.

« Lafont est un vantard persuasif ».
« Il avait le geste large ; sans aimer l’argent ; n’ayant pas de besoins particuliers, il aimait dépenser pour les autres sans compter.
« Je lui ai vu, laisser traîner sciemment des liasses de billets de banque, en disant qu’il avait découvert une mine d’or.
« Esprit dominateur, Lafont sait se faire obéir, se faire craindre et respecter, racontant à qui veut l’entendre qu’il tue volontiers. Pas cultivé, mais intelligent, il a une connaissance approfondie des hommes  et c’est son bluff et son audace qui lui permirent de s’introduire dans les milieux français et allemands. »


René Delpèche.





12-12-1944 - Le verdict est tombé. Lafont parait accablé.
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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Mer 24 Déc 2014 - 18:06


Pierre Paoli (1921-1946)

Agent français de la Gestapo qui sévit dans le département du Cher.

En mai 1946, la mise en jugement de ce traître emblématique, couramment surnommé le monstre ou encore le sinistre Paoli, est un des grands procès de l'après-guerre. L'intéressé y assume ses actes en homme qui se sait perdu. L'indignation suscitée par l'exposition des atrocités auxquelles il a participé est accrue par la fanfaronnade qui lui fait déclarer : "Je ne suis pas Français, mais Allemand". Condamné à mort, il est passé par les armes le 15 juin 1946
au polygone de Bourges, lieu où avaient été exécutés pendant la guerre les otages et les captifs de la Gestapo.



Pierre Paoli comme SS-Oberscharführer.
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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Jeu 19 Mar 2015 - 22:51

LAFONT  ALLEMAND  —



Journal COMBAT, du 03-12-1944.

Tout ça c’est de la faute à la société.
Posant sa grosse main sur la barre, le dos délibérément tourné à ses associés, qui vont se lever l’un après l’autre, comme des diables à ressort, et s’expliquer quelques minutes avant de retomber dans leur sommeil, Lafont ouvre la séance en faisant le récit de sa jeunesse.
Il récite le morceau avec l’application d’un bon élève. Il est orphelin de père et de mère.
Il a été mis dans une maison de correction pour avoir volé cinq lapins et une bicyclette.
Il a été employé de cirque. Pendant la guerre, il a voulu s’engager dans la légion de la mort.
Me Floriot, son avocat, le crayon dans les dents, écoute avec un sourire satisfait cette biographie qui n’a pas l’air de toucher beaucoup la cour. Lafont lui-même n’y croit pas beaucoup. Il y met de la bonne volonté, mais tout de même, cela manque un peu de conviction.

Après ce préambule, Lafont reste debout et l’on passe à l’affaire des libérations de Fresnes.
Il parait que c’est un officier allemand qui est responsable de tout, et que Lafont ne savait rien des personnalités qu’il rendait au grand air. Le président veut absolument que Lafont soit allé là avec l’idée d’organiser sa bande. Lafont dit que sa bande s’est organisée toute seule. On parle aussi d’argent.

Lafont méprise l’argent

— Je n’ai jamais touché un sou, dit Lafont. L’argent n’a pas d’importance pour moi. J’ai donné des millions. Je faisais des largesses.
En même temps qu’on questionne Lafont, on fait souvent appel au secrétaire Bony.
Bony tient à préciser sa contribution à l’instruction. Quand on l’a arrêté, il s’est jeté sur une feuille de papier et un stylo et, pendant vingt-cinq jours, il a écrit tout ce qu’il savait, et heureusement qu’il l’a écrit, sans cela on ne saurait pas grand’ chose. Seulement, comme il n’est entré dans la bande qu’en 1942, tous les renseignements qu’il donne pour la période antérieure ne sont que des ouï-dire, par exemple, il dit ce que Lafont lui a dit, mais, au moment où il le lui a dit, il y avait bien des choses nouvelles qu’il ne savait pas au moment où il les a faites.

Cette subtile distinction parait avoir beaucoup d’importance en ce qui concerne le petit voyage en Algérie. Lafont, Pagnon et Clavié affirment en toute sincérité qu’ils n’ont été au courant qu’après coup du poste émetteur clandestin et de l’espionnage. Le ministère public, avec un beau mouvement de manches, sert les aveux mêmes des accusés, mais Lafont déclare qu’il se rétracte.
J’ai signé ça parce que je ne pouvais pas faire autrement. Je baignais dans une mare de sang.
Clavié ajoute qu’il a rencontré Lafont sortant de l’interrogatoire et que celui-ci lui a conseillé « Avoue tout ce qu’ils voudront. Tu te rétracteras après.

Lafont et le traité de paix

Le président dit que les jurés apprécièrent (il dit ça depuis le début) et que de toute façon cela n’ a pas beaucoup d’importance si on le compare avec ce qui vient après. Par exemple :
— Lafont, vous êtes naturalisé allemand. Pourquoi ?
C’est Laval qui m’a conseillé. Les allemands me l’avaient demandé, alors je suis allé trouver Laval et il m’a dit : « Nous sommes actuellement en période de réconciliation. Tu peux te faire naturaliser. » Il m’a aussi dit que le traité de paix de paix allait être signé avec l’Allemagne et il m’en a parlé.
Le président ne demande pas à Lafont ce qu’il sait de ce traité de paix, ce qui est bien regrettable, parce qu’enfin, c’est l’occasion  ou jamais de l’apprendre.
On se répand sur les personnalités officielles qui rendaient visite à Lafont : Déat, Abetz,  Luchaire etc. Darnand ? Non : ça n’allait pas  fort avec Darnand. Je ne sais pourquoi on s’arrête plus de dix minutes sur Bussière (*). Le président a l’air de tenir à ce que Lafont ait reçu à dîner le Préfet de police. Lafont soutient que non. Cet accrochage exaspère Me Floriot qui lève les bras au ciel.

(*) Amédé Bussière. Directeur  général de la sûreté nationale (mai 1938). Préfet du Pas-de Calais (août 1940). Préfet de police de Paris (21 mai 1942). Arrêté le 20 août 1944. Incarcéré à la Santé. Inculpé en septembre 1944. Révoqué de la PP le 25 mai 1945. Comparait devant la cour de justice de la Seine en juillet 1946. Condamné aux travaux forcés à perpétuité, à la confiscation de ses biens et à l’indignité nationale pour intelligence avec l’ennemi. Peine commuée.
En mars 1951, obtient sa mise mise en liberté conditionnelle. Meurt le 18 janvier 1953.




Cour de justice de la Seine. Amédée Bussière.




Journal FRANCE LIBRE, du 03-12-1944.
             .
Il existe entre cette affaire de la Gestapo parisienne  et l’affaire Stavisky une série de ressemblances qui ne sont pas toutes superficielles. Ce n’est pas seulement l’ampleur des débats qui fait du procès actuel à l’égal de l’autre affaire un procès fleuve. Ce n’est pas même la personnalité de Bony dont l’ancienne prévarication  décelait déjà en substance l’agent de l’affaire de la Gestapo actuelle. Non. Il y’a au-dessus du cadre  et au-dessus des hommes une ressemblance plus profonde. C’est la facilité avec laquelle  un homme de rien, un condamné de droit commun peut se glisser dans le monde et s’y faufiler jusqu’au premier plan.
Il est vrai que cette fois, dans où fréquentait Lafont, on ne pouvait guère se montrer difficile.
Les milieux de la collaboration étaient d’un recrutement assez large, on le conçoit aisément.
Mais tout de même, faut-il que des gens soient tomber assez bas  pour ouvrir leur intimité  et leurs confidences  à un individu de la classe — de disons même pas l’immoralité — de Chamberlin.
Car il ne s’agit pas seulement de personnes dont les noms lancés dans les débats alimenteront  la chronique des mondanités scandaleuses. Il s’agit de personnalités publiques, de hauts fonctionnaires qui déjeunaient, soupaient, sortaient avec un relégué de droit commun. La véritable affaire de la rue Lauriston est là, dans les relations qu’elle prolongeait jusqu’au sein des milieux les plus officiels, non seulement allemands, mais français.

L’acte d’accusation cite des noms. Des Allemands ? Muller, attaché d’ambassade, Otto Abetz (1). Des Français ? Viett, Jean Luchaire (2)… Il faut entendre Lafont assigner avec une parfaite maitrise à chacun sa place  sur l’échelle de ses relations.
« Celui-là, je ne le connais pas — Celui-ci est venu me voir quelquefois — Georges Prade ? Oui, je l’ai vu. Nous avions quelques conversations à propos des départs en Allemagne — Levillain, conseiller municipal ? Je lui donnais 36.000 francs par mois — Suarez ?(3) Je l’ai vu une fois. Egalement Guilbaud et Alfred Mallet. »

A table avec le ministre

M. Bousquet (4), directeur de la Sûreté, devint son camarade. L’homme de la police de Vichy  et celui de la Gestapo parisienne. Camarades, quel symbole ! Mais Lafont ne s’arrêtait pas là.
Chasseigne, ministre du Ravitaillement, dinait à sa table. Bussière, comme Bousquet, était également de ses amis. Déat (5), une relation. Seul, Darnand (6) était un ennemi, la concurrence, sans doute. Quant à Pierre Laval, au sommet de l’échelle, on le trouve conseillant lui-même à Lafont de se faire naturaliser Allemand.
« Je suis allé à Vichy voir le président Laval, dira Lafont. Il connaissait ma situation. Laval m’a dit : « Nous sommes en ce moment dans une période de réconciliation. Il me parlait, sur un temps général, du traité de paix. Il m’a fait des confidences.
— Vous êtes intime ? interroge le commissaire du Gouvernement, M Reboul.
Très intime.
— Vous vous tutoyiez ?
Quelquefois.
— C’est donc avec l’approbation de Laval que vous avez été naturalisé ?
Parfaitement. Autrement,  je n’aurai pas pu. Il fallait l’approbation du gouvernement. »

Un enfant de la balle

Mais avant d’arriver à un tel état de puissance et de considération, Lafont avait connu une existence des plus aventureuses.
« J’étais, dit-il, un enfant de la balle. A 11 ans orphelin, à 16 ans condamné. J’étais mis dans une maison de correction. Quand j’en sortis, j’avais exactement l’instruction d’un enfant de 11 ans. Je n’avais connu que des voyous, des gens comme moi. »
De cette condamnation initiale, Lafont essaie alors de se servir pour expliquer  sa déchéance, les vols, les escroqueries d’abord, la trahison ensuite.
Sa carrière dans la collaboration commence au lendemain de l’armistice par deux coups d’audace : la libération, à Fresnes, d’un certain nombre détenus de droit commun, qui devaient fournir le noyau de la future bande de la rue Lauriston ; ensuite, une saisie au greffe du tribunal de la Seine des scellés portant sur des objets en or. Ces deux opérations sont, bien entendu, menées avec l’assentiment des Allemands.
Mais Lafont proteste :
L’argent ne m’intéressait pas. J’ai distribué des millions autour de moi. Je n’ai rien gardé. »

Un cadavre sur le toit d’une auto

Cependant, tout ceci n’est qu’un préambule.
« Vous avez voulu donner des gages, remarque le président Ledoux, et vous procédez à Bordeaux à l’arrestation du chef des services secrets de la Belgique. Vous l’avez assassiné et vous avez ramené son corps à Paris, sur le toit d’une auto. Plus tard, vous avez essayé de salir l’honneur de la victime en le faisant passer pour un agent double. »

Paul TURPAUD.

1)
Ambassadeur d’Allemagne en France. Condamné en juillet 1949 à vingt-ans de travaux forcés par le Tribunal militaire de Paris pour crimes de guerre.  Défenseur, René Floriot. Libéré en 1954. Mort en Allemagne, en 1958 (accident de voiture - peut-être une vengeance contre ses activités de nazi pendant la guerre ?)

2) Journaliste. Fusillé au fort de Châtillon le 22 février 1946.

3) Georges Suarez. Ecrivain et journaliste. Fusillé au fort de Montrouge le 9 novembre 1944.

4) René Bousquet. Secrétaire général de la police. Condamné à cinq ans de dégradation nationale. Relevé immédiatement de cette condamnation pour participation active et soutenue à la lutte contre l’occupant. En 1989, une plainte pour crime contre l’humanité est déposée contre lui. Inculpé en 1991. Le 8 juin 1993, il est abattu chez lui par Christian Didier (condamné à dix ans de prison).

5) Marcel Déat. Fondateur du parti collaborationniste le Rassemblement national populaire. En fuite à la Libération. Condamné à mort par contumace. Mort en Italie, en 1955.

6) Joseph Darnand. Chef de la Milice française. Fusillé au fort de Châtillon le 10 octobre 1945.


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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Jeu 19 Mar 2015 - 23:03

Code:
Le 8 juin 1893, il est abattu chez lui par Christian Didier (condamné à dix ans de prison)

Les errata: 8 June 1993.
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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Jeu 19 Mar 2015 - 23:17

On a du se croiser car je l'avais rectifié à la relecture du texte. sunny
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MessageSujet: Henri Lafont   Ven 20 Mar 2015 - 14:51


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MessageSujet: Henri Lafont   Ven 20 Mar 2015 - 15:08



Henri Lafont

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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Ven 20 Mar 2015 - 15:23



Pierre Bonny caricaturé dans Le Petit Parisien en octobre 1935,
lors du procès Volberg, où il est condamné pour corruption

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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Ven 20 Mar 2015 - 15:43


En 1940, la France a capitulé face au régime nazi d'Hitler. La voie de la collaboration est ouverte, et un groupe de personnes, installé au 93 rue Lauriston dans le 16ème arrondissement de Paris, dirige les affaires intérieures d'une main de fer. Cette section française de la Gestapo, surnommée "La Carlingue", sévira de 1941 à 1944, écrivant ainsi un des pans, pas très glorieux, de l'Histoire française.

La Carlingue est le surnom attribué à la fois au 93 rue Lauriston dans le 16ème arrondissement de Paris, siège de la Gestapo française, et s'applique également aux membres de cette branche française de la Gestapo, principalement des voyous et malfrats engagés par les nazis pour effectuer les basses besognes des SS.

Au 93 rue Lauriston, des Français torturent d'autres Français, obéissant aux ordres d'Henri Chamberlin, dit Lafont, un truand notoire, et de l'inspecteur Pierre Bonny. Le deux hommes sont à la tête d'une vingtaine de condamnés de droit commun, libérés à leur demande. Les bandits y côtoient les proxénètes, ou encore les mafiosi, dans une ambiance où la torture est chose commune. Plus tard, la Carlingue s'élargira, sur ordre des SS, et intègrera plusieurs factions, dont La Légion Nord-africaine.

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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Ven 20 Mar 2015 - 15:54



Plaque commémorative, rue Lauriston, en hommage aux victimes de la Gestapo française

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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Ven 20 Mar 2015 - 16:41



Violette Morris en tenue sportive légère en 1913

Violette Morris, dite « la Morris », née le 18 avril 1893 à Paris, 61 rue des Saints-Pères (6ème) et abattue par le maquis le 26 avril 1944 sur une route de campagne aux environs de Lieurey (Eure), est une sportive française polyvalente, devenue espionne et collaboratrice de la Gestapo.

Source : Wikipédia

-----+-----+-----

Portait de Violette Morris sous l'occupation nazie :

http://www.dailymotion.com/video/x1nocyr_portait-de-la-collabo-gay-violette-morris-sous-l-occupation-nazie_people

-----+-----+-----

Voir aussi "Violette Morris - Mitraillette sten et traction avant" :

http://guillotine.cultureforum.net/t1621-violette-morris-mitraillette-sten-et-traction-avant?highlight=morris

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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Sam 28 Mar 2015 - 11:41



Journal Front National, du 05-12-1944.

Poursuivant l’interrogatoire des bandits de la Gestapo française, le président Ledoux s’est surtout occupé hier de Lafon, Bony, Clavié, Haré, de Engel et de Villeplane.
L’instruction, difficile et trop rapide, n’a pu être complètement faite. En réalité, elle se fait à l’audience.
L’évocation de nombreuses filatures auxquelles la bande de la rue Lauriston se livra à Paris, et de l’affaire du passage de la ligne de démarcation à Tournus, provoque chez Lafon un beau mouvement d’indignation.
Rue Lauriston, je n’étais pas le maître !
Une des choses les plus retenues contre la bande est la dénonciation aux Allemands des organismes de résistance.
Parmi ces trahisons, la plus connue est celle qui livra « Défense de la France » en juillet 1943, et dans laquelle Mlle Geneviève de Gaulle fut arrêtée. L’indicateur était un étudiant en médecine, Marongin (*), entré au service de Lafon, en janvier, sur la présentation de l’Allemand Keffer. Le traitre qui faisait partie de la « Défense de la France » toucha 100.000 francs pour le prix de son crime. L’enquête, menée avec compétence et délectation par Bony prit trois mois.
On sait que M. Wagner, antiquaire rue Bonaparte, était la boîte aux lettres du groupe de la résistance. Il fut arrêté et dans son magasin s’installèrent pendant deux jours Bony et ses complices. Les conjurés vinrent s’y faire prendre l’un après l’autre, et parmi eux la nièce du général de Gaulle tomba tomba dans le piège. Elle fut maltraitée et livrée aux Allemands qui la déportèrent.
Parmi les choses atroces que l’on reproche à la sinistre équipe, l’affaire des brigades nord-africaines n’est pas la moindre. Une troupe d’environ trois cent Nord-Africains  fut réunie. « De la racaille », dit lui-même Lafon. On utilisa cette pègre féroce aux opérations contre le maquis. Qui eut cette idée diabolique ? Lafon ? Il s’en défend, et affirme que ce furent les Allemands.

Quoi qu’il en soit, cette bande dont chacun des membres était payé 5.000 francs par mois et était vêtu d’un uniforme fut divisée en différentes  sections sous les ordres de divers membres de la bande, revêtus eux-mêmes  d’uniformes allemands. Périgueux, Brive, Tulle, de riants villages de Dordogne et du Limousin se virent envahis par ces bandes féroces et pillardes, conjointement  avec une bande de 2.000 Géorgiens raccolés pour le même objet.
Il y eut le capitaine Henri (Lafon), le lieutenant Alex (Villleplane), tandis qu’à Montbéliard opérèrent à raison de 10.000 francs par mois, les sous-officiers Engel et Haré.

Claire GONON.

(*) Emile Marongin
(parfois faussement, Serge - 1919. Terralba, en Sardaigne, Italie). Naturalisé français. Dans un café du quartier latin, à Paris, il rencontre le dr Lukaszek, un agent travaillant pour les Allemands et chargé de pénétrer les milieux estudiantins. L’agent parvient à ses fins. Marongin s’introduit dans divers réseaux de résistance, notamment celui de Défense de La France et va renseigner les Allemands et la Carlingue Bonny-Lafont sur leurs activités.
Pour des raisons demeurées peu claires - insuffisance d’informations au yeux des allemands ? - il est arrêté en décembre 1943, emprisonné à Fresnes, et déporté en janvier 1944 en Allemagne. Le 30 juin 1945, il est détecté lors de son retour en France, mêlé à un convoi de rapatriés d’Allemagne, où il pensait passer inaperçu, et arrêté.
Son procès s’ouvre devant la Cour de justice de la Seine en octobre 1946. Il est condamné à la peine de mort le 30 octobre et passé par les armes en décembre.

Extrait du Journal Le Figaro, du 31 octobre 1946.

[…] Vous avez dénoncé le mouvement Défense de la France, ses chefs, livré leurs noms, leurs adresses, ceux des agents que vous avez recrutés pour son compte (car vos camarades vous avaient fait confiance), signalé l’existence du journal, indiqué le lieu de l’imprimerie clandestine. »
Cent arrestations, 40 déportés, dont Mlle Geneviève de Gaulle. 12 morts en Allemagne.
« Grâce à vos renseignements  une souricière avait pu être établi à la librairie  « Au vœu de Louis XIII » où les résistants se réunissaient…» Marongin laisse parler. Puis « S’il m’est permis de m’expliquer…» Il convient peut-être d’une indiscrétion, d’une attitude équivoque, qui n’explique cependant pas les 5000 frs par semaine que lui allouait la bande Bonny-Lafont.
[…]L’audience est suspendue. A la reprise des débats Mlle de Gaulle, un aveugle M. Lucenan (Jacques Lusseyand), l’ancien chef du groupe « Défense de la France » [sans doute Philippe Vianey], autant de témoins qui achèvent de convaincre chaque auditeur des trahisons de ce petit Machiavel de Cour de justice qui, aujourd’hui, sera fixé sur son sort.

(*) Jacques Lusseyran (sans d final). Il perd la vue à huit ans. Au début de la guerre, parallèlement à ses études, il milite activement contre le nazisme au sein des établissements d’enseignement qu’il fréquente. Elève brillant, il prépare l’Ecole normale supérieure mais ne peux achever le concours, malgré une dérogation accordée pour sa cécité, Abel Bonnard, ministre de l’éducation nationale, refusant d’entériner cette dérogation (**). En janvier 1943, adhère au réseau de résistance Défense de la France où il va tenir un rôle très important, s’occupant notamment du journal qu’édite ce mouvement (jusqu’à 450000 exemplaires en janvier 1944). Arrêté le 20 juillet 1943, il est déporté en Allemagne le 22 janvier 1944. Il n’a pas vingt ans. Miraculeusement, il en revient. Dans les années cinquante, il enseigne dans diverses universités américaines et écrit. Auteur de plusieurs ouvrages, notamment de Et la lumière fut (éditions la Table ronde, 1953, très rare, et éditions du Félin, 2005 - En 2008, chez le même éditeur, Et la lumière fut, traduction française de And there was light, paru aux Etats-Unis avec succès et réédité régulièrement dans ce pays).
Le  27 juillet 1971, il meurt, avec sa troisième épouse, dans un accident de la route, à 47ans (Saint-Généon, Loire Atlantique).
Auteur méconnu en France, son œuvre fait partie du programme scolaire allemand.
Le journaliste et écrivain Jérome Garcin lui a consacré récemment un livre : Le voyant. Editions Gallimard. 01-01-2015.  http://www.la-croix.com/Culture/Livres-Idees/Livres/Eblouissant-Jacques-Lusseyran-2015-01-21-1270851

(**) Cette loi de Vichy interdisait aux aveugles, aux manchots, de se présenter aux concours de la fonction publique. Elle perdura jusqu’en 1955.



Jacques Lusseyran.
Collection Suzanne Pardon (sa première épouse).





LES ARCHIVES DU PROCES BONNY-LAFONT.

LE CABINET BLUET


Pendant plus de cinquante ans, le cabinet de sténographie judiciaire René BLUET a relevé les audiences de divers tribunaux, Cour de justice, Haute Cour de justice, tribunal militaire de Paris, Conseil de guerre de Paris (à partir de 1949), Cour d’assises, pour les commercialiser ensuite en comptes rendus dactylographiés. La Bibliothèque nationale de France conserve ces dossiers de justice, don de mesdames Bluet et Nobécourt (1973-1991).
La donation concerne 86 cartons représentant 13m 20 de linéaire. Les dossiers couvrent la période 1918-1966, du procès de l'ancien ministre Louis Malvy, à l'affaire Ben Barka. Certains procès n'ont été sténographiés que par le cabinet Bluet. C'est donc grâce à lui si l'État a pu acquérir leur compte-rendu qui lui manquait.
La Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) de Nanterre, 6 allée de l'Université, possède des doubles de comptes-rendus du cabinet Bluet et notamment ceux du procès Bonny-Lafont-Villaplana et autres.

De ces comptes-rendus resurgissent les lointaines figures de Paul Marie Bolo, dit Bolo Pacha, exécuté au polygone de Vincennes en 1918, celle de Léon Daudet - et de son fils Philippe, mort tragiquement – de de la militante anarchiste Germaine Berton, qui révolvérisa Marius Plateau, secrétaire de la Ligue d'Action française, de Paul Gorgulofff, Jean Sartore, Joseph Darnand, Marcel Bucard, Marcel Déat, Robert Brasiliach, Charles Maurras, Jean Luchaire, Georges Suarez, Henri Béraud, René Bousquet, René Hardy, les chefs SS Oberg et Knochen, le maréchal Philippe Pétain, Pierre Laval, Marcel Petiot, Alain de Bernardy de Sigoyer-Irène Lebeau, Bastien-Thiry, les généraux Challe et Zeller etc.
Affaire dite de la Gestapo géorgienne (Colignon, Solina etc.), Affaire dite de la Gestapo de Neuilly (Gédéon van Houten, Frédéric Martin etc.), Affaire Stavisky, Affaire Ben Barka etc.
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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Sam 28 Mar 2015 - 18:31

Adelayde a écrit:

En 1940, la France a capitulé face au régime nazi d'Hitler. La voie de la collaboration est ouverte, et un groupe de personnes, installé au 93 rue Lauriston dans le 16ème arrondissement de Paris, dirige les affaires intérieures d'une main de fer. Cette section française de la Gestapo, surnommée "La Carlingue", sévira de 1941 à 1944, écrivant ainsi un des pans, pas très glorieux, de l'Histoire française.

La Carlingue est le surnom attribué à la fois au 93 rue Lauriston dans le 16ème arrondissement de Paris, siège de la Gestapo française, et s'applique également aux membres de cette branche française de la Gestapo, principalement des voyous et malfrats engagés par les nazis pour effectuer les basses besognes des SS.

Au 93 rue Lauriston, des Français torturent d'autres Français, obéissant aux ordres d'Henri Chamberlin, dit Lafont, un truand notoire, et de l'inspecteur Pierre Bonny. Le deux hommes sont à la tête d'une vingtaine de condamnés de droit commun, libérés à leur demande. Les bandits y côtoient les proxénètes, ou encore les mafiosi, dans une ambiance où la torture est chose commune. Plus tard, la Carlingue s'élargira, sur ordre des SS, et intègrera plusieurs factions, dont La Légion Nord-africaine.
Bonjour !
L'immeuble photographié n'est pas le 93, Rue Lauriston...mais le 44, Rue Le Pelletier, 9ème arrondissement de Paris...A près la guerre, il abrita le Comité Central du PCF, avant le déménagement dans l'immeuble "Niemeyer" place du Colonel-Fabien.
Bonne soirée à toute l'équipe !
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MessageSujet: Re: La Carlingue - Pierre Bonny, Henri Lafont... 1944   Dim 29 Mar 2015 - 17:28

pierrepoint a écrit:
Bonjour !
L'immeuble photographié n'est pas le 93, Rue Lauriston...mais le 44, Rue Le Pelletier, 9ème arrondissement de Paris...A près la guerre, il abrita le Comité Central du PCF, avant le déménagement dans l'immeuble "Niemeyer" place du Colonel-Fabien.
Bonne soirée à toute l'équipe !

La photo est en effet mal légendée. Le texte, qu’on peut lire ici :

http://www.13emerue.fr/dossier/la-carlingue

porte à croire que l’immeuble est celui du 93 rue Lauriston.

-----+-----+-----

Le siège de la Milice, à Paris, 44 rue de Châteaudun, l’ancien siège du PCF



Copyright Collection particulière


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