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 Les bagnes de Nouvelle-Calédonie

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Adelayde
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MessageSujet: Les exécutions capitales en Nouvelle Calédonie   Ven 10 Juin 2011 - 18:03

Les bagnards pouvaient effectivement bénéficier d'une grâce, tel Gaston Dominici, gracié et libéré le 14 juillet 1960 par le général de Gaulle.
En revanche, il me semble que les bagnard, condamnés à mort pour des crimes commis au bagne, ne pouvaient qu'être exécutés : les gracier reviendrait à commuer la peine de mort en... travaux forcés. Leurs crimes demeureraient alors impunis puisqu'ils sont déjà condamnés aux travaux forcés. Qu'en pensez-vous ?

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MessageSujet: Re: Les bagnes de Nouvelle-Calédonie   Ven 10 Juin 2011 - 20:01

Non, non Adelayde, des bagnards condamnés à mort ont été graciés, je vous assure.
Les bagnards qui purgeaient leur peine de TF n'avaient pas tous été condamnés au TF à perpétuité. Les peines étaient échelonnées, certains avaient pris dix ans de TF, d'autres 15, d'autres 20. etc. S'ils étaient condamnés à la peine de mort et leur peine commué en TF ils voyaient donc leur peine augmentée. Quant à ceux qui avaient déjà été condamnés à perpétuité peut-être n'étaient-ils pas graciés ? Et il y avait les "relégués", certes au régime différent des TF, mais qui pouvaient être aussi condamnés à mort. Je donnerais ultérieurement des exemples de condamnés à mort en Nouvelle-calédonie qui ont été. graciés.
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MessageSujet: Re: Les bagnes de Nouvelle-Calédonie   Ven 10 Juin 2011 - 20:16

Dans le principe du droit français, les peines criminelles ne s'additionnent pas... elles se "confondent" le plus souvent, la plus forte englobant les autres... tout comme une peine d'assises "emporte" les peines correctionnelles éventuellement prononcées dans le courant de la préventive (pour la cour d'assises)... ainsi des prévenus pour un délit classifié "crime" peuvent-ils se retrouver au régime "condamné" pour la durée d'une peine correctionnelle infligée durant leur détention... redevenir "prévenu" jusqu'au passage en cour d'assises... puis voir leur peine d'assise englober celle(s) prononcée(s) avant le verdict du jury populaire.

Idem pour les peines infligées pour évasion qui (à moins de crime commis aucours de celle-ci) se retrouvent, au bout de quelques années si le détenu ne se signale plus par des faits répréhensibles, confondues à la peine principale... mais tout ceci relève de la "tradition"... donc, de la "roulette pénitentiaire" en matière d'accomplissement des peines.

"Selon que vous soyez misérable ou puissant... "
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MessageSujet: Re: Les bagnes de Nouvelle-Calédonie   Mer 30 Nov 2011 - 12:39

Tableau des Convois de déportés - Bagnes de Nouvelle-Calédonie



Source - Archives nationales - L'histoire des Bagnes.
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piotr
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MessageSujet: Re: Les bagnes de Nouvelle-Calédonie   Lun 8 Oct 2012 - 16:19

http://www.othermagazine.com/resultsframe.asp?inline=true&image=0380102695&wwwflag=3&imagepos=113
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MessageSujet: Double exécution à Nou   Jeu 11 Oct 2012 - 18:24

Journal Le Temps, du 12 avril 1885. (Source : gallica.bnf.fr)

Le paquebot Le Calédonien, de la Compagnie des Messageries maritimes, est arrivé de Marseille à Nouméa le 7 février. Avec lui venait un pli renfermant la décision suprême prise par M. le président de la République au sujet de cinq transportés condamnés à mort par le 1er et le 2ème conseil de guerre.
Trois des criminels voyaient leur sentence capitale commuée en travaux forcés à perpétuité, deux autres, les n° 10474 et 12576, apprenaient, le dimanche soir, de la bouche du commandant du pénitencier, que leur exécution aurait lieu le lendemain (1), à six heures du matin.

Depuis 1881 (2) il n'y avait pas eu d'exécutions capitales au bagne. L'impunité paraît tellement assurée aux assassins qu'il se trouve en ce moment, à l'île Nou, quinze condamnés à mort vivant sans plus de souci de leur avenir que les plus innocents des hommes. Et pourtant, dans ce nombre, il en est qui ont à leur actif deux, trois, et même cinq victimes !

Il y a dans l'île Nou, au centre des cases du pénitencier, une place dite de la Guillotine. C'est là que l'échafaud s'est dressé, le lundi, dans la nuit du 8 au 9. Une commission désignée par le gouverneur pour assister à l'exécution s'y trouvait réunie quelques minutes avant six heures du matin, en même temps qu'arrivaient en canot de nouméa, par une mère furieuse et sous un ciel brumeux, les membres des deux conseils de guerre.

Un groupe de 500 condamnés de la cinquième catégorie, groupe composé de l'écume du bagne, arrive et s'adosse au mur d'enceinte. Il est suivi du peloton de correction formé d'êtres absolument incorrigibles. En face de ces bandits se dresse la guillotine et s'alignent 80 hommes d'infanterie de marine, armes chargées.
Des surveillants, le revolver au poing, observent avec attention les mouvements des transportés.
A gauche de l'échafaud, une pièce de montagne chargée de mitraille jusqu'à la gueule est entourée par six soldats d'infanterie de marine.
A droite, six autres surveillants, les fusils chargés, complètent un carré dont la guillotine est le centre.

Quand les deux condamnés à mort parurent, les mains liées, les pieds avec entraves et les cols de chemise échancrés, un grand silence se fit. Leur visage ne trahissait aucune frayeur. L'un d'eux, le n° 10474, s'arrête un instant et toise l'échafaud avec arrogance. Gracié une première fois après avoir fait deux victimes, il doit probablement à son troisième assassinat commis au bagne le rejet de son pourvoi.

Tout à coup une voix commande Condamnés ! chapeau bas, à genoux ! Et aussitôt les hommes de la cinquième catégorie se prosternent. Des greffiers lisent la sentence, puis, l'un des condamnés demande la permission de dire quelques mots d'adieu aux compagnons qu'il va quitter. On la lui accorde ; il en use pour faire l'apologie de sa vie. S'élançant lui-même vers la bascule, il s'écrie, ayant déjà la tête sous le couperet « C'est la plus belle des morts ! »

Son camarade veut parler aussi, mais, comme son premier mot est une invective à l'adresse du président de la République, le tambour couvre sa voix et justice est faite.
L'impression produite par ces deux exécutions tout à fait inattendues a paru profonde ; on a même remarqué que quelques-uns des transportés courbaient leur front jusqu'à terre, comme pour éviter la vue du sang.

Un décret en date du 12 décembre 1874 avait sagement laissé aux gouverneurs des colonies le droit de grâce et le droit de faire exécuter une sentence capitale. Aujourd'hui, c'est-à-dire depuis 1880, ces prérogatives leur ont été retirées et voici ce qui arrive : entre le jour où, à Nouméa, une sentence de mort est prononcée contre un criminel et le jour où ce criminel apprend que son pourvoi a été rejeté à Paris, il s'écoule environ huit mois ! C'est terrible, tellement épouvantable que l'honorable M. Grévy et beaucoup d'autres personnes avec lui ont dû trouver cruel de faire trancher la tête à un criminel ayant vécu pendant deux cent cinquante jours dans une telle expectative. Mais que de sang innocent cette pitié a fait verser !

A Nouméa, les transportés de la cinquième catégorie eurent bien vite l'intuition qu'ils ne seraient plus exécutés, et, alors ; ils s'abandonnèrent sans aucun frein à leurs instincts sanguinaires. Les malheureux surveillants tombèrent sous leurs coups comme des bœufs sous la masse du boucher.
Dans la seule année 1884, les deux conseils de guerre en permanence à Nouméa durent prononcer quarante condamnations à mort, qui, sauf deux exceptions, ont été commuées en travaux forcés à perpétuité, c'est-à-dire en une douce retraite, bien acquise après une existence accidentée !

Nous ne voyons qu'un remède à cela, c'est de rendre aux gouverneurs des colonies, hommes sûrs et expérimentés, le droit de grâce et le droit de punition. Eux seuls sont bien placés pour apprécier ce qu'il convient de faire à l'égard des grands criminels. Les prérogatives de pardon et de châtiment entrent d'autant mieux dans leurs attributions qu'ils sont responsables de la tranquillité de la colonie qui leur est confiée.

(1) Le 9 février.

(2) Louis Joseph Thieux. Matricule n° 6522. Condamné le 24 décembre 1880, par le tribunal spécial, pour homicide volontaire avec préméditation sur la personne du serveillant Gerbe (il est mentionné à l'inventaire-index des dossiers de Grâces des condamnés à mort (1826-1899).
Exécuté le 22 juin 1881, à Nou.
___________________

Remarques : Le Temps ne nomme pas les deux transportés exécutés.

Il s'agit de Louis Rotatori, matricule n° 12576, et de François Ferrari, n° 10474.
Pas de renseignements sur les faits commis par ces cinq transportés et ayant entrainé leur comparution en Conseil de guerre, ni sur l'identité des trois graciés.

Louis Rotatori ne figure pas à l'inventaire-index des dossiers de Grâces des condamnés à mort (1826-1899). Par contre, cet inventaire-index mentionne : FERRARI (François), meurtre dans une prison, tribunal spécial, 03/02/1882.
Il peut s'agir du même François Ferrari exécuté ce 9 février. Le délai entre la date de condamnation et la date d'exécution parait très anormalement long mais une explication reste toutefois possible pour des exécutions en outre-mer ?

* Exécuteur de Louis Rotatori et François Ferrari, MACÉ.




Ile Nou. Pénitencier



Nou. Pénitencier. Transportés devant leurs cases d'habitation. L'allée qui les borde était appelée le bd du Crime.
Elle menait à la place où était dressée la guillotine les jours d'exécution.



Cour du pénitencier. Séances de coiffure.
Vers 1880. Photographie de Dufty.



De par la conformation de l'avancée devant chaque fenêtre de cellule les détenus n'avaient aucune vue sur l'extérieur
et la lumière naturelle ne pénétrait que par le haut de l'avancée.





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MessageSujet: Pierre Bidaux - 1891   Jeu 25 Oct 2012 - 23:47

Comme il est spécifié sur un fil précédent, les transportés libérés qui étaient condamnés à la peine de mort la subissaient par fusillade, suite à une lacune du code de justice maritime de 1854.
En 1890, c'est le Tribunal criminel de Nouméa, et non pas le Conseil de guerre, qui juge le libéré Pierre Bidaux. Condamné à la peine capitale, il est guillotiné.

_______________________________


La France Australe, du 15 avril 1890.

UN CANNIBALE

« Le tour de côte "Mac Grégor" a amené hier à Nouméa un libéré du nom de Bidaux envoyé à la disposition du parquet pour un crime commis par lui à koné * et qui surpasse toute imagination.
Ce misérable ayant rencontré un soir de la semaine dernière, dans un endroit écarté, une vieille femme de 72 ans, la dame Gilbert,croyons nous, l'a tuée sans motif, pour satisfaire sa passion, et dans des conditions qui tiennent plus de la bête féroce que de l'humanité.
Il lui a enfoncé son couteau dans le cou de façon à faire disparaitre même le manche dans l'ouverture béante ; il lui a ensuite dévoré les lèvres et les seins et il ajoutait les derniers outrages à ces épouvantables brutalités, quand surpris par des indigènes, il a été dénoncé à l'agent de police Girardot qui l'a mis aussitôt en état d'arrestation.»

* Pouembout, en fait.

_________________

Acte d'accusation : La France Australe, du 24 juillet 1890.

Le 2 avril 1890, à six heures du soir, en plein jour de Pouembout, le libéré Bidaux Pierre assassinait dans des conditions particulières de férocité une pauvre vieille femme de 72 ans, la veuve Gilbert.
Le cadavre de la malheureuse était littéralement couvert de blessures : la lèvre inférieure, une partie de la peau du menton et un large lambeau de la joue avaient été détachés à coups de dents et gisaient à coté du cadavre.
L'assassin avait porté à sa victime un dernier coup avec une force telle que l'instrument tout entier, un couteau, avait disparu dans la blessure, lame et manche.

Bidaux, durant une partie de la journée du crime, avait sollicité d'une manière pressante la femme Arnaud fils, qui n'avait pas voulu accéder à ses désirs "je n'ai plus qu'un jour à rester à Pouembout, s'écria-t-il, il faut se débrouiller, j'ai de l'argent. Si tu ne veux pas te laisser faire, je te ferai comme on fait chez moi" et ce disant il la menaçait de son couteau.

Les époux Arnaud allèrent s'enfermer chez un Sieur Berthalet, Bidaux les poursuit, mais l'entrée de l'habitation lui est interdite.
Décidé à lui faire payer cher ses refus, Bidaux se couche dans une brouette, le couteau à la main, attendant la sortie de la femme Arnaud. Il reste ainsi de 4 heures 1/2 à 6 heures du soir, heure à laquelle passe l'infortunée veuve Gilbert, sur laquelle il se rue, qu'il essaie de violer après l'avoir assassinée.
Bidaux est âgé de 29 ans et n'était libéré que depuis le 14 février dernier. D'une force herculéenne, il avait servi au bagne comme correcteur ** pendant la durée de sa condamnation.

Le prévenu prétend qu'il ne se souvient de rien et qu'il était ivre.
Bidaux est condamné à la peine de mort.
L'arrêt ordonne que l'exécution aura lieu sur une des places * de Nouméa.
Le condamné, emmené par les gendarmes, montre un cynisme incroyable et affecte le sourire. »

* En fait, il sera exécuté sur l'île Nou, comme le mentionne un correspondant du journal Le Temps

** Correcteur. Forçat, il était chargé de fouetter avec une corde - souvent goudronnée ou vinaigrée - des bagnards punis.

Le 13 février 1891, Bidaux est conduit vers la guillotine.
Avant d'être couché sur la planche, il prononce exactement ces mots :
« on ne me donne ni café, ni tabac, je me plains de la nourriture qui n'est pas bonne et insuffisante ; ce n'est pas comme ça que l'on traite un condamné à mort.»

____________________________


EXÉCUTION A NOUMÉA. — Cette perspective de mort violente m'amène à vous parler de l'exécution du libéré Bidaux, qui a eu lieu à l'île Nou. Le jugement du tribunal criminel avait arrêté qu'il serait exécuté sur une place de la commune de Nouméa. L'île Nou se trouvant dans les limites de cette commune, c'est là que ce misérable a subi son châtiment. La population d'origine pénale qui l'habite et encombre le chef-lieu espérait pouvoir s'offrir ce spectacle et se préparait à aller en jouir pendant la nuit sur la principale place de Nouméa. Mais ce scandale a été épargné à la population honnête.

Bidaux avait commis un assassinat dans des conditions horribles de cruauté et de sauvagerie. C'était dans un centre de l'intérieur, à Pouëmbout. Ivre depuis le matin, il poursuivait de ses assiduités une femme qui avait fini par se réfugier chez un voisin. Bidaux la guetta jusqu'à la nuit, pensant qu'elle regagnerait son domicile pour se coucher. A ce moment, vint à passer une vieille femme âgée de soixante-douze ans. Le misérable se précipita sur elle un couteau à la main et le lui plongea dans la gorge si profondément que le manche lui-même disparut entièrement dans les chairs et que ce ne fut qu'à l'autopsie qu'on le retrouva. Puis il lui arracha ses vêtements et la viola, la couvrant d'horribles morsures; la joue et le sein droits furent littéralement mangés par lui.Il fallut employer la force pour l'arracher à ce cadavre pantelant.

Le condamné est mort avec une rare énergie, mais sans forfanterie. Il a marché délibérément à l'échafaud et s'est livré au bourreau avec un calme surhumain. Puis,le cou dans la lunette, pendant ces cinq ou six secondes horriblement émouvantes qui précèdent la chute du couteau, il a crié d'une voix distincte et ferme à l'exécuteur: « Envoyez! » C'est le commandement de l'officier de marine quand le matin, à huit heures, on hisse le pavillon national à la corne du mât d'artimon, en le saluant d'un coup de feu.

J'ai assisté à beaucoup d'exécutions capitales à l'île Nou, et, sauf une fois, j'ai constaté le même courage chez tous les condamnés. Il me semble que voilà un fait à opposer à la vieille légende dite « des délices du bagne. » Quand on quitte la vie avec autant... d'entrain, — c'est le mot propre — c'est qu'on n'y tient guère et qu'on ne perd pas grand'chose de bon.


__________________________

Source D'EXÉCUTION À NOUMÉA : Criminocorpus. Archives de l'anthropologie criminelle et des sciences pénales. Année 1891. Reprend un article d'un correspondant en Nouvelle-Calédonie du journal Le temps, en date du 7 avril 1891.

- Bidaux Pierre Sem Cham Japhet (parfois Joseph), matricule 7227.
Condamné à la transportation en 1885.





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MessageSujet: Exécution Fonterbasse, Marquelet, Lecomte.1890   Lun 19 Nov 2012 - 22:29

Triple exécution capitale à Nou

° ° ° ° ° ° ° ° °
Aux mois de septembre et octobre 1889, les condamnés Brell, Fonberbasse et Lecomte, s'évadaient successivement du camp de Gomen, le 2 septembre, le 29 du même mois et le 20 octobre de l'année passée. Ils se retrouvaient dans la brousse, où ils étaient bientôt rejoint par le condamné Marquelet, qui avait quitté la mine Pilou * depuis le 14 juillet.
Ce dernier semble avoir été le chef de la bande qui a jeté la terreur dans toute la contrée.
La propriété de M. Nossiter à Néhoué, puis les stations ** Prache et Le Pigeon sont complètement dévalisées par ces bandits, et le nommé Manguines, gérant d'une station, est saisi et solidement amarré pendant que la bande se livre au pillage.

Une fois engagés dans cette voie, les misérables ne devaient pas reculer devant l'assassinat. Ils formèrent le projet de dépouiller le libéré Cousin qui possédait à Tinip une station, où il tenait également un magasin d'épicerie. L'un deux, pour examiner les lieux, vient acheter un litre de vin, et constate que plusieurs personnes sont réunies et occupées à prendre leur repas.

La bande fait irruption dans le local et Marquelet donne l'ordre d'attacher tous les convives pour n'avoir pas à redouter de résistance.
Le libéré Cousin s'arme alors d'un révolver et menace de faire feu :
« Laisse ton pied de biche » lui crie Fonterbasse, qui tire immédiatement un révolver et fait feu, devançant ains l'infortuné Cousin, dont ma mort a été instantanée.

Après cet assassinat, les brigands s'emparent d'une somme de 600 francs, de provisions, et se dirigent vers le littoral où ils enlèvent l'embarcation de la victime. Ils font voile vers l' Australie et débarquent dans le nord du Queensland. Ils sont arrêtés par la police anglaise et extradés.
Brelle et Lecomte sont ramenés à Nouméa le 17 avril 1890, Marquelet et fontarbasse le 11 juin suivant.
Lors de leur arrestation ils étaient encore porteurs d'armes à feu et ont fait au surveillant Focachon des aveux complets.

Tels sont les individus qui ont comparu hier devant le Conseil de guerre.
Fonberbasse a été condamné à mort pour évasion, vols qualifiés et assassinat, Marquelet et Lecomte ont été frappés de la même peine, pour évasion, vols qualifiés et complicité d'assassinat. Brelle s'est entendu infligé seulement 5 ans de double-chaîne *** par suite de l'admission des circonstances atténuantes.
Toutes ces condamnations ont été prononcées à l'unanimité.

La France Australe, du 24 juillet 1890.

° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° °
Depuis le 1er janvier 1890, c'est le Tribunal maritime spécial
qui jugeait les transportés mais le Conseil de guerre traitait les dernières affaires de 1889 sur lesquelles il avait toujours compétence.

— Les évadés de la Nouvelle-Calédonie étaient en général assez vite repérés en Australie. Fontbertasse et Marquelet ont été arrêtés à Ingham, Brell à Goraldton et Lecomte à Cardwell. Leur détention durera plusieurs mois (en moyenne cinq), les extraditions de bagnards entre l'Australie et la Nouvelle-Calédonie n'étant pas toujours des plus faciles.

Le Conseil privé du gouverneur a dû ensuite se réunir pour examiner la suite à donner au verdict du Conseil de guerre. Le compte-rendu de cette séance n'est pas connu. Suite à la directive d'une dépêche ministérielle du 19 octobre1889, un sursis d'exécution était obligatoire, avec transmission du dossier du sursitaire au chef de l'État, si au minimum deux membres du Conseil privé en étaient favorable. Aucun des trois condamnés n'a pu obtenir ces deux voix, vu le très court délai écoulé entre la réunion du Conseil privé et la date des exécutions.

Dans la nuit du 30 juillet 1890, la guillotine est dressée dans le pénitencier de Nou.
Au soleil naissant, les trois condamnés, Fonbertasse, Marquelet, Lecomte, sont couchés sur la planche de la guillotine actionnée par l'exécuteur Macé.

° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° °
- Fontbertasse Jacques, dit Philippe, matricule n° 13850. Condamné à la transportation en 1882.

- Marquelet Alphonse, matricule n° 15719. Condamné à la transportation en 1884. Voir : http://guillotine.cultureforum.net/t2553-les-pilleurs-marquelet-et-cornet-condamne-a-mort-1883#29531

- Lecomte Louis Édouard, matricule n° 15166. Condamné à la transportation en 1884.

° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° °
Marquelet était arrivé en Nouvelle-Calédonie en mars 1885 par le navire LOIRE, spécialement aménagé pour le transport des bagnards (le 15, ou bien le 18 selon le Néo calédonien). Il avait été condamné par la Cour d'assises de la Seine aux travaux forcés à perpétuité le 23 août 1884.



Navire LOIRE, effectuant le transport des bagnards au XIXème siècle.
A ne pas confondre avec un autre navire portant le même nom, mis en service en 1902, et qui transporta également les bagnards jusqu'en 1914.
* La date et le lieu d'évasion de Marquelet sont probablement erronées :

1. Tous les quotidiens de la métropole mentionnent son évasion en février 1889, reprenant une dépêche du ministère de la Justice.

2. Mine Pilou : les bagnards ont été employés à son exploitation de cuivre de 1878 à 1886. .
(L'administration pénitentiaire louait ces bagnards au propriétaire privé de la mine, et pour un prix très bas. Le travail était très pénible, le minerai étant extrait à la pioche, au pic, à la pelle).

** Station. Terre concédée par l'administration pénitentiaire à certains bagnards libérés.



Station d'un bagnard libéré en Nouvelle-Calédonie.
*** Double-chaîne : le bagnard condamné était enchaîné à un autre bagnard.
[Cette peine a été supprimée en 1906. La réclusion cellulaire, d'une durée de deux à cinq ans, l'a remplacée].



La double chaîne.


Dernière édition par mercattore le Mar 4 Déc 2012 - 18:31, édité 3 fois
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MessageSujet: Double exécution capitale - Pivet-Boiron. 1890   Lun 3 Déc 2012 - 19:46

Le 17 ou le 18 avril ?

Pivet Eugène.
Condamné à la transportation en 1884. Matricule 15529.
Le 28-06-1889, le 1er conseil de guerre permanent de Nouméa le condamne à la peine de mort pour tentative d'assassinat sur la personne de son co-détenu, Abadie Émile.
Exécuté à Nou, par Macé.
Les Archives nationales d'outre-mer mentionnent : « décédé le 17 avril 1890. »
Le registre d'état civil de Nou mentionne : « Pivet Eugène, dit Varin, dit Benoit, exécuté le 18 avril 1890, à six heures du matin. »
Les publications Le Colon et Le Matin datent également son exécution au 18 avri.

Le co-détenu et victime de Pivet, Abadie Émile avait été condamné à mort aux assises de Paris, le 30-08-1879, pour l'assassinat de Mme Bassengeaud, le 17 avril 1879.
Gracié le 10-11-1879, par le président Jules Grévy.
Transporté, matricule 12436, 5ème classe.
Décédé en Nouvelle-Calédonie, le 17-09-1911.

Son complice dans l'assassinat de Mme Bassengeaud, Gille Pierre, dit Gilles, a également été condamné à mort, gracié, et transporté en Nouvelle-Calédonie.
Matricules 12443 / 12870.
Décédé en Nouvelle-Calédonie, le 29-09-1924.

Boiron Antoine .
Condamné à la transportation en 1874. Matricule 6525.
Le 26-07-1889, le 1er conseil de guerre permanent de Nouméa le condamne à la peine de mort pour :
— Évasion du camp de Oua-Tom
— Vol, avec effraction extérieure et escalade d'une maison privée habitée à La Foa, au préjudice du libéré Barbereau.
— Tentative d'homicide, avec préméditation, sur la personne de Beyava, de la tribu de Quelé, qui le ramenait à la gendarmerie après qu'il ait été arrêté par des membres de cette tribu.
Le rapport du Conseil privé du Gouverneur, réuni pour le recommander ou non à la clémence du président de la République, relève ses condamnations et les qualifient de déplorables :

1°- Saint-Étienne, le 03-01-1863 : vol et escroquerie, 3 mois de prison
2°- Autun, le 30-11 1863 : vol et escroquerie, 13 mois de prison
3°- Chalons-sur-Marne, le 18-06-1870 : vol et escroquerie, 13 mois de prison
4°- Lyon, le 25-09-1872 : vagabondage, 15 jours de prison
5°- Privas (Assises), le 17-09-1872 : vols qualifiés, 10 ans de réclusion
6°- Valence (Assises), le 26-01-1874 : violences et voies de fait sur un gardien dans l'exercice de ses fonctions : 15 ans de travaux forcés
7°- Nouméa. Conseil de guerre, le 04-02-1879 : vol qualifié, 20 ans de travaux forcés
8°- 23-10-1879, vols qualifiés et évasion : 40 ans de travaux forcés
9°- 12-07-1880, complicité de vol par recel : 40 ans de travaux forcés
10°- 12-08-1881, évasion : 5 ans de travaux forcés
11°- 08-08-1882, évasion : 5 ans de travaux forcés
12°- 20-04-1883, évasion : 5 ans de travaux forcés
13°- 22-02-1884, vols qualifiés : 40 ans de travaux forcés
14°- 09-09-1884, évasion et vols qualifiés : 40 ans de travaux forcés
15°- 19-12-1884, évasion et vols qualifiés : 40 ans de travaux forcés
16°- 26-05-1886, évasion et tentative de vol qualifié : 40 ans de travaux forcés.

Le Conseil privé, à la majorité, décide qu'il n'y a pas lieu de le recommander Boiron à la clémence du chef de l'État.
Exécuté à Nou, par Macé, le 17 avril 1890 selon les Archives nationales d'outre-mer, le 18 avril selon les publications Le Matin et Le Colon.
________________
Publication Le colon. Extrait :

Boiron est bien connu de tous ceux qui suivent la petite chronique des journaux locaux. En six ans, il en était à sa onzième évasion, et il lui restait à purger avant la grande liquidation qu'il vient de faire, 275 années de travaux forcés.
Sa dernière évasion lui a été funeste. Reconduit au camp par un indigène, il a essayé de l'assassiner pour s'échapper à nouveau, mais son plan n'a pas réussi.

Pivet subissait en France une condamnation à dix ans de réclusion lorsqu'il attenta à l'existence d'un de ses gardiens. Envoyé en Nouvelle-Calédonie, il ne tarda pas a être condamné par deux fois à 5 ans de double-chaîne pour évasion. Il commit une tentative d'assassinat sur un de ses co-détenus, ce qui le conduisit à l'échafaud.

Depuis leur réveil jusqu'au moment où leurs têtes tombaient sous le couperet de la guillotine, Pivet et Boiron ont montré un calme et une présence d'esprit qui touchent à l'invraisemblance.
A peine la clef était-elle introduite dans la serrure de la cellule de Pivet qu'on entendait ce dernier s'écrier :
Ah ! enfin, çà n'est pas trop tôt !
Pivet, votre pourvoi en grâce est rejeté , lui dit le Commandant Lecar, aussitôt que la porte fut ouverte.
On n'a pas le temps de s'embêter ici , répondit Pivet en gouaillant, c'est pire qu'à la foire aux pains d'épices, à chaque courrier il y a des nouvelles maintenant .

Pivet est parisien et, comme on le voit, il a une blague intarissable, même dans les circonstances les plus tragiques.
Voulez-vous l'aumônier ?
demanda le Commandant.
Ma foi, je suis si mal avec les hommes qu'il faut que je me mette bien avec les autres.

Boiron qui est sourd ne s'éveille que lorsque le Commandant est dans la cellule. Il ne distingue pas les paroles de ce dernier, mais il comprend de quoi il s'agit et répond :
Oui, je m'en doutais.
Tous les deux se confessent, puis Pivet demande à manger. On sert au malheureux du poulet rôti et de la confiture, il insiste pour avoir une tasse de café au lait, qui lui est aussitôt apportée :
C'est pour ma bronchite.

Pendant ce lugubre repas, la verve de Pivet ne tarit pas un instant :
Voila une cuisse que n'aura pas Massé, dit-il en se servant ; et cette aile non plus. Tu ne manges pas, Boiron ?
Ca ne passe pas très bien, dit ce dernier.
Mange tout de même, il ne faut rien laisser pour ce cochon d'exécuteur.
C'est égal, ajoute-t-il, en avalant la dernière bouchée, voilà un petit-déjeuner que je recommencerais bien demain matin !
Tous deux refusent un verre de cognac.

A six heures moins un quart, un surveillant vient donner le signal du départ.
Allons, mon vieux, dit Pivet, les voyageurs pour le train de Saint-Cloud.
Et il se met en marche, un sourire gouailleur et amer aux lèvres.

Les voilà devant l'échafaud. Le greffier lit la sentence.
Voulez-vous me permettre, Commandant, d'adresser quelques paroles d'adieu à mes camarades ?
Certainement , répond le Commandant.
Pivet s'approche des condamnés de la 5ème classe et sans le plus petit tremblement dans la voix :
Mes amis , leur dit-il, j'ai appris dernièrement qu'on voulait donner des suites à mon exécution. N'en faites rien, restez tranquilles. Qu'il ne soit plus question de rien. Au moment de ma mort, je pardonne ; de votre coté, oubliez ! Adieu camarades, et bon courage .
Puis il revient vers la guillotine et se plaça de lui-même sur la planchette.
Quelques secondes après il a cessé de vivre.

Pendant ce temps, Boiron a assisté, calme et impassible, au supplice de son camarade. Rien dans son attitude ne décèle les angoisses de la dernière minute. On lui demande s'il a quelque chose à dire.
Qu'on m'expédie au plus vite , répond-il.
Lui aussi va au devant du supplice et se place sur la bascule et pour la deuxième fois la justice des hommes est satisfaite.

Il est impossible de se faire une idée de l'impression que l'on rapporte d'une pareille cérémonie, impression de pitié et d'horreur dans laquelle il y entre, quoiqu'on fasse, beaucoup d'admiration pour ces hommes qui, ayant si mal vécu savent si bien mourir — je voudrais pouvoir dire dignement — sans jactance, sans forfanterie, sans nervosité, avec un courage simple et vrai qui ne doit point courir les rues.
Quelle chose insondable, que le cerveau d'un forçat ! »

Le Colon, 18 avril 1890.

Extrait d'un article du quotidien Le Matin, du 18-06-1890.
Source : gallica.bnf.fr

Un peu plus, et Abadie perdait la vie, l'an dernier, dans des circonstances qui font penser à la parole de l'Evangile « Celui qui frappe par le fer périra par le fer. » Un peu plus, et l'assassin était assassiné.

II y avait à l'atelier un condamné du nom de Pivet, et ce Pivet avait contracté des habitudes d'ivrognerie, oh d'une ivrognerie toute spéciale. A défaut de vin, de fine Champagne et d'absinthe, il buvait le vernis fourni par l'administration.
Que voulez-vous ? On ne peut pas se montrer bien difficile à l'île Nou.

Pour faire pendant à ce vernissage, je citerai d'ailleurs un autre régal. Il s'agit d'une soupe à l'huile, non pas à l'huile d'olive, si chère aux Marseillais, mais à l'huile de machines, j'entends à l'huile dont on se sert pour graisser les pistons, tourillons, excentriques, etc. Consommée en cachette, elle est délicieuse. C'est un mets défendu.

Or, un matin, Pivet , qui s'était verni le gosier plus copieusement que de coutume, et se trouvait ému, saisit le moment où Abadie lui tournait le dos et, sans aucune provocation par conséquent, lui plongea entre les deux épaules un long poinçon qui alla ressortir de plusieurs centimètres du côté de la poitrine
— Diable ! Et Abadie n'en est point mort ?
— Non il rabote, il varlope * encore. Six semaines d'hôpital, et il reparaissait à son établi.
— Ces gaillards-là ont la vie dure. Mais, le mobile du crime ?
On a su que l'avant-veille, Pivet s'était pris de querelle avec Abadie à propos d'un règlement de compte. Pivet , lui, a prétendu qu'Abadie l'avait, à plusieurs reprises, dénoncé. — Ce Pivet est sans doute le Pivet dont le dernier courrier de Calédonie vient d'annoncer l'exécution ?
— Précisément. Il avait été condamné à mort à la suite de l'attentat commis sur la personne d'Abadie.

Il a été décapité, le 18 avril, en compagnie d'un nommé Boiron qui, en six ans de bagne, s'était évadé onze fois, avait amassé de ce chef une provision de deux cent cinquante ans de travaux forcés, et, après sa onzième évasion, avait tenté d'assassiner l'agent de la police indigène chargé de le réintégrer au camp.

* Abadie travaillait à la menuiserie de Nou en tant que chaisier.

Une exécution à l'île Nou diffère du tout au tout d'une exécution sur la place de la Roquette. Le public n'est pas admis au spectacle. Seuls, les condamnés de cinquième classe, qui sont les pires, les incorrigibles ou incorrigés, sont là, formant la haie,à genoux, tête nue, sous l'œil d'un détachement d'infanterie de marine. La mise en scène est restreinte, vous le voyez; mais c'est toujours la théorie de l'exemple. Je m'abstiens de l'apprécier.

Je ne discuterai pas non plus certaine remarque qui a été faite, à savoir que les pensionnaires du bagne meurent bien. Il est certain qu'ils ne se font pas traîner à l'échafaud et que la plupart d'entre eux y vont d'eux-mêmes plus ou moins crânement. Je ne suis pas bien sûr toutefois que mourir en plaisantant, en gouaillant, comme beaucoup le font, comme l'a fait Pivet, ce soit le mieux du monde.
Pivet , il est vrai, a pardonné à Abadie qui n'avait peut-être aucun tort envers lui. Il a prié les camarades « de ne pas donner de suite à l'affaire ».
C'est gentil mais, à côté de cela, il a tenu certains propos qui trahissent le lieu où il est né, le milieu où il a vécu, et donnent sa mesure finale.
— Le lieu et le milieu ne sont-ils pas un peu son excuse ?
— C'est encore possible.
________________
Sur Abadie voir le topic : La bande Abadie-Gille - Condamnés à mort, graciés.1879



Nouvelle-Calédonie. Bagnards aux travaux forcés.






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MessageSujet: Re: Les bagnes de Nouvelle-Calédonie   Ven 18 Jan 2013 - 16:19

1890 - Double exécution capitale à Nou .
Exécuteur : Macé.

1 - Jugy Marius Ambroise Clément.
Matricule 14912.
Condamné à la transportation en 1883.
Condamné à la peine de mort le 25-06-1889, par le 1er Conseil de guerre de Nouméa, pour l'assassinat, le 18-12-1888, de son co-détenu le condamné Lacroix Pierre Achille, matricule 15060, condamné à la transportation en 1883.
Guillotiné le 16-04-1890, au camp de Nou.

2 - Recordier Joseph Pascal. Matricule 8512.
Condamné à la transportation en 1876.
Condamné à la peine de mort le 25-06-1889, par le 1er Conseil de guerre de Nouméa, pour l'assassinat, le 18-12-1888 , de son co-détenu le transporté Lacroix Pierre Achille.
Guillotiné le 16-04-1890, au camp de Nou.
______________
D'après le journal La France Australe, du 16-04-1890.

Deux assassins, les nommés Jugy et Recordier, ont été exécutés ce matin à l'île Nou dans les formes ordinaires.
Leur dernier crime - ils avaient coupé ou plutôt scié le cou (1) de l'un de leurs compagnons de misère au camp Brun, avec un morceau de cercle de barrique affilée exprès - avait été accompli dans des conditions si odieuses que le Conseil de guerre avait dû prononcer la pénalité suprême. L'attitude de ces deux malheureux, en face de l'échafaud, si nous en croyons un rapport de source qui mérite toute confiance, a démontré qu'il n'y avait plus place dans la nature corrompue pour le repentir ou rien qui en approchât, le rejet de leur recours en grâce apporté par ce courrier est donc pleinement justifié à notre avis.

(1) L'article du journal La France Australe et le rapport du Conseil privé du Gouverneur divergent sur la façon dont Lacroix a été tué ! La façon exacte est certainement celle du rapport du Conseil.

(La parution quotidienne de La France Australe (journal des intérêts français en Océanie) a commencé en 1889 et a duré 90 ans).
____________
Journal Le Colon, du 16-04-1890.

« Ce matin, à 5h48 au lever du soleil sans rayons, les condamnés Jugy et Recordier ont subi à l'île Nou la peine capitale.
La visite de l'abbé David fut courte, ainsi que les apprêts de la dernière toilette.Jugy, dont le tempérament est très brutal et qui avait, à plusieurs reprises, proféré des menaces contre le Commandant du pénitencier, fut ligotté avec un soin particulier pour prévenir tout incident au dernier moment.

Le jour perçait à peine quand les deux condamnés ont pénétré où la troupe, les surveillants militaires, les hommes de la 5ème classe étaient rangés dans l'ordre habituel. L'abbé David les accompagnait.
Tous deux sont courts, trapus, très fortement musclés. Ils marchent avec assez de fermeté.
A qui le premier ?
demande le surveillant qui accompagne le peloton.
A moi.
Répond Jugy, et il s'approche de quelques pas.
Le greffier lit la sentence.
Jugy demande alors à parler.
C'est pour ces cons que je suis aujourd'hui pied de la guillotine.

Un roulement de tambour interrompt ces paroles peu mesurées. Jugy est couché sur la bascule, la tête poussée sous la lunette. Le couperet tombe, rapide comme l'éclair, le misérable n'est plus. »
A son tour, Recordier qui est demeuré assez maître de lui pendant l'exécution de son camarade, veut prononcer quelques mots. Il parle lentement, en entrecoupant ses mots :
Ne faites pas comme moi… Ce sont les surveillants du camp Brun qui m'ont conduit ici. »

(Le quotidien Le Colon de la Nouvelle-Calédonie a paru éphémèrement, (du 02-03-1888 au 24-04-1890). A partir de 1889, il a subi la concurrence du quotidien La France Australe.
Le vicomte Paul Marie Armand Beuverand de la Loyère, directeur de l'Administration pénitentiaire à cette époque, et le Gouverneur de la Nouvelle-Calédonie, Noël Pardon, bénéficiaient du soutien de ce journal).
______________
° Jugy et Recordier ne sont pas mentionnés sur les dossiers de grâce des condamnés à mort (1826-1899) du Centre historiques des Archives nationales. C'est assez souvent le cas pour les transportés.

Pour examiner la suite à donner à la condamnation à mort de Jugy et Recordier le Conseil privé du Gouverneur Pardon s'est réuni le 27-07-1889. Il mentionne dans son rapport :

« Assassinat, ensemble et de complicité, de leur co-détenu, le condamné Lacroix, matricule 15060, dans les circonstances suivantes :

Le 18 décembre 1888 (1) le surveillant de 1ère classe Folachon pénétra pour s'assurer que tout était en ordre, dans la case n° 2 du camp de correction Brun. Il y découvrit le corps du condamné Lacroix. Ce cadavre avait le cou serrée par une courroie dont l'extrémité avait été attachée à la barre de justice.

Le surveillant Folachon s'empressa d'inspecter les condamnés rangés en dehors, et remarquant que le nommé Jugy portait à la figure des traces récents d'égratignures le questionna.
Jugy ne cacha pas qu'il était l'auteur du meurtre de Lacroix et il dénonça le nommé Recordier comme étant son complice.
« J'ai étranglé Lacroix, dit-il, avec l'aide du condamné Recordier qui l'a saisi par derrière, pendant que je lui passais une courroie autour du cou, j'ai serré de toutes mes forces et, comme il ne donnait plus signe de vie, j'ai amarré la courroie à la barre de justice ».

Interrogé à son tour, Recordier reconnut avoir de complicité avec Jugy assassiné Lacroix .

Le mobile de ce crime est des plus lâches.
De leur propre aveu, Jugy et Recordier ont tué Lacroix, le plus faible du camp, celui dont le meurtre leur semblait le plus facile ( Lacroix ayant plus de 60 ans) pour échapper aux rigueurs du camp Brun (2).
Le crime avait été prémédité deux ou trois jours auparavant et résolu la veille. Il a été exécuté aussi ponctuellement que froidement. Recordier avait, d'après sa déclaration, porté à la tête de Lacroix, un coup de bidon qui l'aurait étendu par terre. Jugy pour achever le vieillard l'aurait ensuite étranglé.

Une maladie assez grave retint Jugy à l'hôpital pendant un certain temps qu'il mit à profit pour bâtir un nouveau système d'après lequel lui, Jugy serait le seul auteur du meurtre de Lacroix et le mobile en serait le vol d'une somme de deux livres sterling que ce dernier aurait commis pendant la nuit à son préjudice. Il eut l'audace de le soutenir à l'instruction. Recordier revenant sur ses premiers aveux, déclara de son coté n'avoir point participé au meurtre de Lacroix .
Les condamnés couchés côte à côte sont entravés à la barre de justice. Le veulent-ils, ils ne peuvent quitter la place qu'il leur est affectée. Or Lacroix était séparé de Jugy par une vingtaine d'hommes, de plus, ce dernier, de l'aveu de tous ses co-détenus n'avait pas d'argent.

Il faut répéter, l'unique mobile de ces lâches assassins, était par la perpétration de leur crime, d'échapper pendant le plus de temps possible au peloton de correction dont Recordier faisait partie sans espoir d'en sortir.
Les antécédents des accusés sont lourds.

M. le commissaire du gouvernement conclut : ce crime a été commis dans des circonstances telles qu'il n'y a pas lieu, je crois, d'invoquer la clémence du chef de l'État. Il vous appartient, M. le Gouverneur, d'apprécier en Conseil s'il y a lieu de recommander les nommés Jugy et Recordier, condamnés à mort, à la clémence du Président de la République. A l'unanimité, le Conseil décide qu'il n'y a pas lieu de recommander les deux condamnés à la clémence du chef de l'État. »
________________________
Les dossiers des condamnés furent envoyés à Paris où le président Sadi Carnot laissa la justice suivre son cours.

(1) Les archives nationales mentionnent le décès de Lacroix au 19.

(2) Camp Brun. Du patronyme Brun (Gratien), propriétaire privée. Sur le territoire de la commune de Boulouparis, à une centaine de Km au nord de Nouméa.

Construit de 1876 à 1878. En avril 1887, un chantier disciplinaire y est transféré. Les bagnards placés ici sont notés incorrigibles (les incos). Employés à la construction de routes, ils travaillent les chevilles entravées par une chaîne. Si le genre de travaux le permet, ils sont attachés à un autre bagnard.
Ce camp est surnommé « le camp de l'abattoir », parfois aussi « le camp de l'horreur » ou « le camp de la mort lente ».
Un nouvel arrêté aggrave encore les conditions de ces bagnards. Entre autres, la journée de travail passe de 8heures à 10heures ! ». Les mutilations volontaires, pour échapper à ces terribles conditions de vie, ne sont pas rares : L'écrivain Paul Mimande *, qui fut directeur de l'Administration pénitentiaire, cite le cas où des homme se crèvent les yeux, notamment avec des épines *.
En 1895 le camp Brun est fermé et son transfert se fera au camp Est de l'île Nou.

* Paul Mimande (vicomte Paul Marie Armand Beuverand de la Loyère).
Au bagne - Le régime des forçats en Nouvelle-Calédonie, Revue des Deux Mondes, tome 117, 15 mai 1893.




Camp Brun. Bagnards aux travaux forcés.
On ne s'évadait jamais du camp Brun.

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MessageSujet: Dans l'enfer du bagne - Mémoires d'un transporté de la Commune   Lun 18 Mar 2013 - 22:28


Dans l'enfer du bagne




Lors de la répression de la Commune, les condamnés des conseils de guerre encouraient (hors la mort) la déportation (peine politique) ou la transportation (condamnation aux travaux forcés), toutes deux à accomplir en Nouvelle-Calédonie - depuis l'interruption des convois de condamnés métropolitains vers la Guyane, entre 1867 et 1887. Parmi ceux qui eurent à subir leur exil au milieu des droit-commun (251 contre 3 147 à la déportation simple et 1 169 à la déportation dans une enceinte fortifiée) figure Alexis Trinquet qui, l'un des premiers à quitter la France (16 novembre 1871), fut l'un des derniers à y revenir (janvier 1881).

Neuf années qu'il restitua dans un manuscrit composé d'un grand cahier pour les deux tiers du récit, de quelques feuilles volantes et d'un petit cahier fabriqué avec des formulaires de l'administration pénitentiaire cousus ensemble. Le tout conservé aux archives du PCF dans le fonds Camélinat et aujourd'hui publié et présenté par Bruno Fuligni. Ce récit est celui d'un farouche républicain, vivant et militant dans la haine des trônes et de l'Église, un cordonnier de Belleville, honnête et travailleur, remarqué par Henri Rochefort qui l'associe à l'administration de son journal La Marseillaise en 1870. Tout pour faire un insurgé de la Commune, soupçonné d'avoir fait fusiller un sergent de ville et pour cela à être condamné aux travaux forcés à perpétuité, peine à subir au pénitencier de l'île Nou, au milieu de la « foule hideuse » des forçats ordinaires. Pendant ses années de bagne, il découvre, décrit et dénonce la brutalité des surveillants militaires, l'avilissement des transportés de droit commun et l'absurdité du système. Il tente une évasion, échoue, travaille à différentes tâches et parvient, parfois, à se faire entendre de l'administration pénitentiaire.

La force et l'intérêt de ce témoignage (à mettre en regard des Souvenirs du bagne de l'anarchiste Liard-Courtois - réédité en 2005 - parti, lui, pour la Guyane de 1895 à 1900) sont aussi de souligner la place des condamnés politiques dans l'histoire des bagnes coloniaux.

Dans l'enfer du bagne - Mémoires d'un transporté de la Commune, par Alexis Trinquet, présenté par Bruno Fuligni

http://www.histoire.presse.fr/lhistoire/385/dans-lenfer-du-bagne-01-03-2013-53207


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MessageSujet: Ile des Pins : Quadruple exécution capitale   Jeu 11 Avr 2013 - 12:22

PRÉAMBULE

E
n mai 1871, pendant la Semaine sanglante de la Commune de Paris, les troupes de Versailles investissent peu à peu la capitale.
Des milliers de suspects sont arrêtés et les cours prévôtales siègent rapidement, jugeant à « l'emporte pièce ». S'ensuivent de nombreuses exécutions par fusillade, des mises en détention, des libérations.
Les arrestations se poursuivent en juin, en juillet. Dans les mois qui suivent les Conseils de guerre permanents ne suffisent plus, on en crée de nouveaux. Les juges militaires siègent à Versailles, Saint-Germain-en-Laye, Vincennes, Rambouillet, Saint-Cloud, Sèvres, Paris, Rueil, Chartres etc.
Des milliers de non lieu, d'acquittements, sont délivrés mais de nombreuses condamnations et peines tombent : exécutions capitales, travaux forcés, déportation, détention, placement en maison de redressement etc.

LA DÉPORTATION

C'est un exil à vie sur la terre Néo-Calédonienne.
Elle est de deux sortes :

1.Dans la presqu'île Ducos pour les condamnés à la déportation en enceinte fortifiée . Depuis 1848, elle remplace — en matière politique — la peine de mort.

2. Dans l'île des Pins, et l'île Maré (îles Loyautés) pour les condamnés à la déportation simple.

LES DÉPORTÉS SIMPLES

La loi du 23-03-1872 indique qu'ils «jouiront d'une liberté qui n'aura pour limite que les précautions indispensables pour empêcher les évasions et assurer la sécurité et le bon ordre ».
Dans les limites de la Commune assignée ils pourront s'installer où et comme ils le veulent, et le travail ne pourra leur être imposé].



Versailles. Séance du 3ème Conseil de guerre (1871).
Anonyme (Musée d'Art et d'Histoire de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° °




L'île des Pins. A plus de 16000 km de la métropole.
Superficie d'environ 152 km2 (Paris : 105 km2).





Nouvelle-Calédonie (la grande terre).
Flêchées en rouge, les deux îles destinées à la déportation simple.




L'île des Pins - Territoire de la déportation simple . 40 km2. Divisé en cinq Communes (Communes n° 1 à 5 - côte ouest) : n° 1. Ouro - n° 2 . Koeville - n° 3. Ouameu - n°4. Ouamo - n°5. Gadji - Camp dit des arabes (en majorité Kabyles). Terre la plus déshérité des cinq Communes.

- - - - - - - - limites des territoires de la déportation simple et des Communes

x x x x x x limites du territoire militaire
________________

'
QUADRUPLE EXÉCUTION CAPITALE

Kuto, Ile des Pins.

Le 13 janvier 1874, cinq hommes, déportés simples de la Commune de Paris, solidement encadrés, pénètrent dans la salle où siège ce jour le 1er Conseil de guerre permanent de la Nouvelle-Calédonie. Ils comparaissent sous l'accusation de tentative de meurtre, avec préméditation et guet-apens , sur le nommé Saint-Bris Léonard Adolphe, déporté simple matricule 339.
Tous nient les faits qu'ils leurs sont attribués.
Après deux heures d'audience le verdict est prononcé : quatre des accusés sont condamnés à la peine capitale, le cinquième, Schmit est acquitté à la minorité de faveur (quatre voix pour la peine capitale, trois pour l'acquittement).

Les condamnés à la peine capitale :

- Andrieux Henri Émile. 22 ans. Matricule 1541.
Condamné à la déportation simple en 1872.
Déporté en Nouvelle-Calédonie par le trois mâts LE VAR . Arrivé à Nouméa 09-02-1873.
Débarqué ensuite sur l'île des Pins avec 428 autres déportés.


- Althaus Henri Adolphe. 21 ans. Matricule 349.
Condamné à la déportation simple en 1872.
Déporté en Nouvelle-Calédonie par le trois mâts LA GUERRIÈRE. Arrivé le 13-06-1872 à Nouméa.
Débarqué ensuite sur l'île des Pins avec 444 autres déportés.

- Lamouche Ernest Henri. 22 ans. Matricule 512.
Condamné à la déportation simple en 1872.
Déporté en Nouvelle-Calédonie par le trois-mâts LA GUERRIÈRE. Arrivé à Nouméa le 02-11-1872.
Débarqué ensuite sur l'île des Pins.

- Perrot Isidore Désiré, dit "Coco". 26 ans. Matricule 661.
Condamné à la déportation simple en 1872.
Déporté en Nouvelle-Calédonie par le trois-mâts LA GARONNE. Arrivé à Nouméa le 05-11-1872.
Débarqué ensuite sur l'île des Pins avec 444 autres déportés.

— Dans l'après-midi du 23-01-1874, le Conseil d'administration se réunit sous la présidence de Gaulthier de la Richerie, Gouverneur de la Nouvelle-Calédonie. Le vote des membres du Conseil, à la fin de la réunion, va être d'une importance extrême pour le sort des quatre condamnés.

— A l'ouverture de la séance, le Gouverneur soumet à l'examen des membres du Conseil la question relative à l'exécution immédiate de la sentence de la peine capitale prononcée par le 1er Conseil de guerre contre les nommés Andrieux, Althaus, Lamouche, Perrot.

Extrait du compte-rendu.

Le Gouverneur, commissaire du gouvernement, expose :

« Le 20 juillet 1873, au matin, l'un des accusés, un jeune homme de 19 ans, le nommé Schmit, s'adressant au conseiller élu Saint-Bris au moment de la distribution lui dit : « Tu vois l'arbre où tu devais nous faire pendre, sors donc si tu l'oses, c'est nous qui te pendrons
Devant ces menaces, Saint-Bris ne sortit pas de suite de la maison commune qu'il ne quittait que quelques moments après pour aller rendre compte au surveillant de service de la menace qui venait de lui être faite.

C'est alors qu'arrivé au centre de la cour, il fut accosté par le même déporté, frappé violemment, et renversé sur un bananier qu'il brisa dans sa chute ; Schmit ne cessa de l'accabler d'invectives, de menaces de mort, et ne le laissa que parce qu'il le croyait armé.
Le soir du même jour, vers 7 heures et demie, on vint frapper à la porte de la maison commune où logeait Saint-Bris ; on le somme d'ouvrir, ce qu'il se garda bien de faire.
Au contraire, il fit fortement renforcer la porte au moyen d'un madrier fourchu fabriqué par les soins d'un déporté nommé Mentey, garçon boucher auquel il donnait l'hospitalité.

Quelques moments après, Mentey allait se coucher dans la seconde pièce et c'est alors que la porte fut forcée, tirée du dedans au dehors et que les assassins pénétrèrent de l'intérieur. Aux dires du témoin Meley, ils étaient cinq, mais Saint-Bris n'en a reconnu que quatre ; c'est à cela que l'un deux, le nommé Schmit, à dû les trois voix qui, contre quatre, l'ont fait acquitter à la minorité de faveur.
Ils entrent tous de front, porteurs d'énormes gourdins, celui dont était armé Perrot a été minutieusement décrit par les témoins : c'était une très grosse liane doublée en tresse dont la base formait une énorme masse nouée et qu'ils appellent mouton.

Perrot entre dans la deuxième chambre et dit vivement à Mentey : " Ne bouge pas, sans cela il y en aura d'autres qui te feront ton affaire ". Il revient rapidement dans la première chambre où Saint-Bris était déjà saisi par deux des accusés, les nommés Lamouche à son bras droit, et Andrieux à son bras gauche.
C'est alors qu'Althaus qui semblait surveiller l'opération dit à Perrot : "Allons, Coco, il faut en finir ". Immédiatement Saint-Bris fut frappé sur la tête de plusieurs coups de bâton et tomba, baignant dans son sang, privé de sentiment.
46 jours d'hôpital furent le résultat de l'attentat et je crois que la victime n'a dû qu'à sa robuste santé de ne pas perdre la vie que bien certainement les assassins avaient bien cru lui ravir.

Pendant tout le temps, ces hommes ont nié énergiquement qu'il y avait erreur, qu'ils n'étaient pas les vrais coupables et qu'enfin ils étaient couchés à l'heure où l'attentat a été commis.
Le crime a été commis, c'est évident.
A qui ferait-on croire que Saint-Bris, par vengeance contre les accusés, laisseraient tranquilles ceux qui ont failli l'assommer pour faire condamner des innocents.
La tentative manifestée par un commencement d'exécution n'a manqué son effet que par des circonstances indépendantes de la volonté de ses auteurs.

On peut diviser l'île des Pins en trois catégories de déportés :

1. Les fameux ou orateurs, paresseux et mécontents, toujours poussés au mal et ne se trouvant jamais là où il y a danger.

2. Les casquettes bleues ou blanches, aimant, comme les premiers, jouir de l'existence sans travailler, servant de valets à la 1ère catégorie, ayant toujours de l'argent et se le procurant par tous les moyens possibles ; leur recrutement s'opère Dans les repris de justice enchantés de la chose Parmi les jeunes gens faciles à tromper et les 4 condamnés dont nous parlons sont de ceux-ci ceux à peu près honnêtes qui fournissent aux dépenses des deux premières catégories : soit en se laissant lâchement voler, rançonner, plus nombreux qu'ils sont que les autres soit par des moyens inavoués et inavouables par ceux qui les emploient [sic].

Ces 2 premières catégories détestaient Saint-Bris ; ce sont eux qui ont décidé sa mort et qui ont tendu le guet-apens, après avoir prémédité l'attentat.
Voici pourquoi :
Saint-Brice avait pris son rôle au sérieux et voulait mettre de l'ordre là où les autres entretenaient le désordre. »


— Le gouverneur précise que Saint Bris avait fait fermé deux baraques clubs où s'élaboraient des plans de toute nature, qu'il avait dirigé les recherches des surveillants pour découvrir les gens qui avaient tentés d'assassiner un surveillant-chef, et qu'il avait menacé de faire pendre à un arbre les auteurs d'attaques diurnes et nocturnes qui avaient fréquemment lieu, surtout aux époques de paie.

— Le directeur du service de la déportation donne ensuite au Conseil des explications détaillées sur la situation des déportés à l'île des Pins, sur la liberté dont ils jouissent conformément aux dispositions de la loi du 23 septembre * 1872.

« Les quatre individus qui viennent d'être condamnés à mort par le tribunal militaire font partie d'une bande de deux cents à trois cents déportés. Cette bande (3) est un objet d'effroi et même de terreur pour le restant de la population de l'île des Pins. »

Le Gouverneur : « Nous devons réprimer les crimes, en rechercher les auteurs, et les livrer aux tribunaux militaires, mais la liberté dont doivent jouir les déportés ne nous permet pas de prendre toutes les mesures préventives que nécessiterai peut-être la réunion des bandes provenant de la sanglante insurrection de mars 1871 ».

— Le Conseil passe au vote. Il approuve l'exécution de la sentence de mort pour les quatre condamnés. Seul, le chef du Service Judiciaire ne donne son approbation que pour Perrot, estimant les trois autres condamnés trop jeunes pour subir la peine capitale.

(*) Erreur de transcription ou erreur du directeur du service de la déportation ? Il s'agit bien sûr du 23 mars.


_______________________

Tels sont les faits, selon le compte-rendu de la séance du Conseil d'administration. Mais une version différente se lit dans l'ouvrage Communards en Nouvelle-Calédonie, de Jean Baronnet et Jean Chalou qui consacrent une page à cette affaire — sans nommer les quatre condamnés à mort — et dans celui de François Jourde : Souvenirs d'un membre de la Commune — qui ne les nomme pas non plus —

1. Communards en Nouvelle-Calédonie :

« Au cours de l'année 1874, le Conseil de guerre de l'île des Pins prononce trente-huit peines de prison, onze condamnations aux travaux forcés et, surtout, quatre condamnations à mort, dans les circonstances suivantes :

Les déportés, laissés sans vêtements et sans chaussures par l'administration, allaient fréquemment réclamer à leurs délégués (1).
Un jour, certains d'entre eux, persuadés que le délégué à la IIème commune, Saint Brice, avait reçu des souliers qu'il ne délivrait pas, l'accusèrent de vouloir les détourner au profit de ceux qui avaient de quoi payer ; ils le menacèrent, s'ils étaient encore pieds nus dans une semaine, d'une correction dont il se souviendrait.

Toujours sans chaussures à quelques jours de là, ils eurent le malheur de trouver Saint Brice sur leur chemin et l'envoyèrent à l'infirmerie suffisamment blessé pour qu'on engage contre eux des poursuites sous l'inculpation de tentative de meurtre.

Après enquête et sur dénonciation de Saint Brice, les agresseurs furent traduits devant le conseil de guerre, quatre furent condamnés à la peine de mort. Les trois accusés eurent beau déclarer qu'ils étaient seuls et des témoins certifier que le quatrième avaient passer la soirée avec eux, rien n'y fit, le recours en grâce de cet innocent fut rejeté. Il fallait pour l'exemple quatre condamnations. En France, pour des faits identiques, les malheureux auraient été condamnés au maximum à six mois de prison. »


« Les déportés, à l’île des Pins, étaient répartis sur cinq emplacements appelés Communes ; ils devaient désigner parmi eux, pour chaque Commune, trois délégués chargés de la surveillance et de la distribution des vivres et des vêtements. L’un de ces délégués fut accusé par ses camarades d’avoir retardé la distribution des vêtements qui lui avaient été remis. Une rixe s’en suivit. Le délégué fut assez malmené et il dut être transporté à l’infirmerie. Ses blessures étaient, d’ailleurs, sans gravité, car je le rencontrai quelques jours après parfaitement rétabli.


Il fut, néanmoins, retenu trois semaines à l’hôpital. Le commandant territorial voulait faire un exemple, et il tenait à donner à l’affaire la plus grande importance.
Les quatre déportés comparurent devant le conseil de guerre et, en deux heures, l’affaire fut entendue. Quatre condamnations à mort étaient prononcées.
Cependant, l’un des condamnés était absolument innocent, ses trois camarades le déclaraient avec la plus grande énergie. Pas un témoignage n’était venu l’accuser. Il n’avait à sa charge que l’étroite amitié qui le liait aux trois coupables, mais il fallait, paraissait-il, quatre exécutions. »

2. Souvenirs d'un membre de la Commune.
François Jourde. Une des personnalités de la Commune de Paris. Délégué aux finances. D'abord condamné à mort par une cour prévôtale du 7ème arrondissement de Paris, il fut ensuite condamné à la déportation simple, le 3ème Conseil de guerre de Versailles tenant compte de sa bonne gestion et du respect de la Banque de France. Il s'évada avec Rochefort et ses compagnons].

« Les déportés, à l’île des Pins, étaient répartis sur cinq emplacements appelés Communes ; ils devaient désigner parmi eux, pour chaque Commune, trois délégués chargés de la surveillance et de la distribution des vivres et des vêtements. L’un de ces délégués fut accusé par ses camarades d’avoir retardé la distribution des vêtements qui lui avaient été remis. Une rixe s’en suivit. Le délégué fut assez malmené et il dut être transporté à l’infirmerie. Ses blessures étaient, d’ailleurs, sans gravité, car je le rencontrai quelques jours après parfaitement rétabli.
Il fut, néanmoins, retenu trois semaines à l’hôpital. Le commandant territorial voulait faire un exemple, et il tenait à donner à l’affaire la plus grande importance.
Les quatre déportés comparurent devant le conseil de guerre et, en deux heures, l’affaire fut entendue. Quatre condamnations à mort étaient prononcées.
Cependant, l’un des condamnés était absolument innocent, ses trois camarades le déclaraient avec la plus grande énergie. Pas un témoignage n’était venu l’accuser. Il n’avait à sa charge que l’étroite amitié qui le liait aux trois coupables, mais il fallait, paraissait-il, quatre exécutions. »
________________________

Le 22 janvier, l'ordre d'exécution des quatre condamnés est signé par le Gouverneur Gaulthier de la Richerie (4) :

ORDRE n° 12 du 22 janvier 1874 — Exécution de la peine capitale prononcée contre les nommés :

- Perrot Isidore Désiré, né le 29 septembre 1848 à Paris . Vidangeur. Fils de Louis Isidore et de Louise Céline Saintot. 26 ans.

- Lamouche Ernest Henri, né le 12 avril 1851 à Moiselles (Seine et Oise). Terrassier. Fils de Louis Éloi et de Sophie Virginie Quin. 23 ans.

- Althaus Henri Adolphe, né le 13 octobre 1852 à Paris. - Menuisier. Fils de Louis et de Élisabeth Berthaud. 42 ans.

- Andrieux Henri Émile, né le 1er septembre 1851 à Paris (Seine). Portefeuilliste. Fils de Émile et de Louise Élisa. 22 ans.

__________________________

Leur fin est relatée dans les ouvrages de Baronnet-Chalou et François Jourde :

1. Communards en Nouvelle-Calédonie:

« Le 26 janvier, ils furent conduits tous les quatre, à pied, au lieu de leur supplice, à quelques kilomètres de la prison, et passèrent devant les cercueils qui les attendaient, ce qu'ils firent en souriant, délivrés de la vie.

Ils restèrent 26 minutes attachés à leur poteau respectif, les yeux bandés, attendant la mort. L'exécution terminée, les autres communards demandèrent à prendre les corps et à les inhumer, mais l'administration refusa, des bagnards furent chargés de la besogne.

Ensuite, au lieu d'arracher les poteaux, on en planta deux autres, et tous les six furent peints en rouge, demeurant à la même place, menace perpétuelle, jusqu'au dernier jour de la déportation. »


2. Souvenirs d'un membre de la Commune :

« …Elles eurent lieu [les exécutions] à l’île des Pins, entourées d’un appareil formidable.
La garnison de l’île fut doublée. Une batterie d’artillerie, installée dans la plaine d’Uro, choisie pour le lieu de l’exécution, montrait à la déportation la gueule menaçante de ses canons.
La chiourme, en grande tenue, chassepot étincelant, revolver au côté, apportait son concours à cette belle fête ; dans ses rangs, serait choisi le peloton qui devait avoir les honneurs de la journée.
Les quatre condamnés arrivèrent, calmes, fermes, impassibles, saluant d’un sourire les camarades qu’ils reconnaissaient et qui étaient venus leur donner un adieu suprême.

En tête des condamnés marchait un enfant de vingt ans, celui que ses camarades n’avaient cessé de déclarer innocent. Un recours en grâce, en sa faveur, avait été rédigé par M. Dezarnaulds, avocat à Nouméa ; la demande avait été purement et simplement rejetée. Cela aurait compliqué l’affaire, et donné lieu à une nouvelle et ennuyeuse procédure, selon l’opinion gracieusement exprimée par un membre du Conseil de guerre.

Quatre poteaux étaient dressés dans la plaine. Les condamnés, sur leur parcours, avaient aperçu quatre cercueils, délicate attention du surveillant en chef Hugueny.
Adossés à leur poteau, les condamnés durent entendre la lecture séparée du jugement qui les frappait. Cette lecture dura une demi-heure. Le peloton d’exécution, l’arme au pied, attendait.
Le plus jeune des condamnés, s’apercevant de l’émotion à laquelle était en proie l’un des exécuteurs, lui dit, avec cet accent gouailleur du gamin de Paris : « Allons donc, numéro un, du sang-froid, nom de Dieu, ce n’est pas vous qu’on va exécuter » Et, souriant à la mort, il se mit crânement au poteau qui lui était destiné.

Tous quatre tombèrent foudroyés, sans que leur calme se fut démenti un seul instant.
Après l’exécution, les quatre poteaux furent peints en rouge. On les a laissés au milieu de la plaine aride, témoins muets d’un sauvage assassinat. »


________________________

Notes des renvois chiffrés :

(1) Délégués
. Chaque Commune de l'île des Pins élisait, parmi les déportés, des conseillers.
Parmi eux, le Gouverneur en choisissait un qui devenait le lien entre les déportés et l'administration. Ces conseillers- délégués étaient rémunérés pour leur fonction (vin et 2 francs par jour). Un bon moyen aussi pour se les attacher et freiner leur velléité d'indépendance envers l'Administration. Julius Praetor (Alfred Julia), déporté en Nouvelle-Calédonie, souligne, lui, dans son ouvrage Souvenirs d'un déporté en Nouvelle-Calédonie (1871) la connivence des conseillers-délégués avec les autres déportés, au préjudice du gouvernement !

(2) Baronnet Jean et Chalou Jean - Communards en Nouvelle-Calédonie, Mercure de France, 1987. 431 pages. Cartes, photos, dessin.

(3) Bande
Des bandes s'étaient constituées sur l'île des Pins et certaines d'entre elles rançonnaient et volaient. Les auteurs ci-après en expliquent les raisons. L'administration et le judiciaire avaient même, pendant un temps, fait preuve de mansuétude pour leurs exactions, ce qui les incitaient à continuer. Aux yeux du public, un amalgame se faisait donc avec les « vrais politiques », au préjudice de ces derniers.

- Georges Pisier *

« Enfin, et malheureusement, trente pour cent environ des déportés simples avaient des antécédents judiciaires. Paris avait profité de la Commune pour s'épurer.


- Henry Bauër
**

« Les Conseils de guerre avaient frappé de la déportation tous les repris de justice ayant participé de près ou de loin au mouvement de la Commune ».
Ainsi les juges militaires purgeaient Paris de ses parasites et confondaient les vaincus politiques avec les voleurs et les malfaiteurs ordinaires. C'était « la pègre » qu'on retrouve toujours dans toutes les insurrections
».

- Jacques Rougerie ***, Jean Maitron ****, historiens de la commune, confirment que l'effectif des déportés de la Commune comptait près de 1/3 d'hommes ayant des antécédents judiciaires.


RENVOIS de Pisier - Bauër - Rougerie - Maitron

* Pisier Georges - Les déportés de la Commune à l'île des Pins, Nouvelle-Calédonie, 1872-1880. Journal de la Société des océanistes, n° 31, tome 27. 1971.
- Haut fonctionnaire, notamment en Asie et en Nouvelle- Calédonie. Auteur de plusieurs écrits sur cette dernière.
Père de l'actrice Marie-France Pisier, décédée tragiquement en 2011.

** Henri Bauer, dit Henri Bauër . Écrivain, journaliste. Partisan de la Commune de Paris. Engagé dans la Garde-nationale, il combattit pendant la semaine sanglante derrière les barricades. Condamné à la déportation en enceinte fortifiée (presqu'île Ducos). Fils naturel d'Alexandre Dumas père et père de Gérard Bauër ; éditorialiste au journal Le Figaro (pseudonyme, Guermantes) pendant de nombreuses années — membre de l'Académie Goncourt —

*** Rougerie Jacques - Composition d'une population insurgée - L'exemple de la Commune
Le Mouvement social n° 48, septembre 1964.

**** Maitron Jean (à l'intérieur d'un collectif) - La Commune de Paris (1871) Colloque de Paris (mai 1871)
Les éditions ouvrières, Paris.


(4) Gouverneur Eugène Gaultier de la Richerie. Capitaine de vaisseau. Gouverneur de la Nouvelle-Calédonie et dépendances, du 26 août 1870 au 25 septembre 1874.

Dans son ouvrage * Henri Rochefort - déportation et évasion d'un polémiste, Joël Dauphiné mentionne qu'il a servi en Guyane comme directeur des établissements pénitentiaires et précise : « A ce titre, il a laissé une fâcheuse réputation parmi les Républicains déportés en Guyane au lendemain du coup d'état du 2 décembre 1851 ».

* L'Harmattan, 2004.




(1820-1886)

Il perdit son poste de Gouverneur quelques mois après cette quadruple exécution,
conséquence de la spectaculaire et dérangeante évasion d'Henri Rochefort
et ses compagnons, Paschal Grousset et Auguste Pain, qui s'enfuirent de l'île Ducos,
à la nage, dans la soirée du 19 mars 1874.




Septembre 1872. Premiers déportés simples, de la Commune de Paris.
Débarqués sur l'île des Pins par le trois-mâts La Danaë. La traversée dura cinq mois.
(Revue l'Illustation.1873).



La Danaë.



Déportés de la Commune de Paris.




Déportés de la Commune de Paris.
(Photographie d'Allan Hughan).
- Au contraire des transportés (bagnards), le port de la barbe était permis aux déportés.



19 mars 1874. Après la nage, la barque.
Évasion de Rochefort et de ses compagnons.
Rochefort est au premier plan, manœuvrant
le gouvernail. L'embarcation vogue en direction
d'un trois-mâts Australien, le P.C.E, "Peace
Comfort Ease", que l'on aperçoit au fond
du tableau. Embarquant les évadés, il atteindra le
port de Newcastle (Australie) en 7 jours.
Tableau d'Edouard Manet (1881). Conservé au
kunsthaus Zürich (Suisse)
.




(1831-1913)
Victor Henri, marquis de Rochefort-Lucay, dit Henri Rochefort.

Il est inhumé au cimetière du Nord, dit de Montmartre (Paris XVIIIème).
Lire : http://www.landrucimetieres.fr/spip/spip.php?article238
(Remarquable site, et très vivant — mais oui— de Phlippe Landru
sur les cimetières de France et d'ailleurs).

La grâce partielle accordée en 1879 et l'amnistie pleine et entière votée en 1880, permirent aux déportés de la Commune de Paris de revenir (sauf pour les déportés arabes, oubliés) en métropole. Mais 260 ne revinrent pas. Ils ont été inhumés dans le cimetière d'Ouro.

Le 25-10-1878 , le trois mâts LA LOIRE, entra en rade de Nouméa, transportant un chargement de transportés (bagnards) et de 4 déportés. Ce seront les derniers déportés de la Commune de Paris.




J'avais vingt ans quand j'ai débarqué un matin de 1872
dans cette île aux paysages paradisiaques. Je n'ai rien vu de sa beauté,
désespéré que j'étais par ma peine, l'exil et la séparation des miens.
Beaucoup de mes compagnons déportés comme moi, sont morts
sur cette terre. Ce cimetière, au pied de la colline, est leur dernière
demeure. Quand, amnistiés, nous avons quitté l'île des Pins,
nous avons construit le monument que vous voyez, au centre
du cimetière, en espérant qu'ainsi nos compagnons ne tomberaient
pas tout à fait dans l'oubli.
Vous qui passez, songez à ces hommes et à ces femmes qui sont
morts ici, loin de chez eux, sans avoir revu leur patrie.

Un déporté

- Ce post est ma dernière participation au topic « Les exécutions capitales en Nouvelle-Calédonie ». D'autres étaient en préparation. Ils resteront en l'état.
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MessageSujet: Fusion fils de discussion   Sam 13 Avr 2013 - 14:20


Des mêmes messages, des mêmes images ont été postés sur les fils "Les exécutions capitales en Nouvelle-Calédonie" et "Les bagnes de Nouvelle-Calédonie"… Des messages qui se rapportent aux exécutions capitales ont été postés sur le fil Bagnes et réciproquement…

Pour une meilleure lisibilité, les fils sont fusionnés.

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MessageSujet: Nouvelle-Calédonie - Le bagne oublié   Sam 13 Avr 2013 - 15:15


Nouvelle-Calédonie - Le bagne oublié




Allan Hugues - Mine - Musée Balaguier, La Seyne-sur-Mer

Le 2 septembre 1863, l'Empereur signe au palais de Saint-Cloud le décret ouvrant le territoire de la Nouvelle-Calédonie à l'exécution de la peine des travaux forcés. Le premier convoi, composé de 250 condamnés, part de Toulon le 2 janvier 1864 sur l'Iphigénie, pour arriver en rade de Port-de-France le 9 mai. Quatre mois sont nécessaires pour effectuer le voyage ! Les premiers arrivants sont reçus par le Gouverneur Guillain : « Ouvriers de la Transportation, vous êtes envoyés en Nouvelle-Calédonie pour participer aux travaux importants à exécuter dans la colonie, je vous attendais impatiemment. Votre conduite ici peut faire oublier les funestes égarements ... ». Devant ce bel enthousiasme, accueillis quasiment comme des colons libres, les forçats croient eux aussi au miracle. Dirigés vers l'île Nou, ils sont immédiatement mis au travail pour construire les infrastructures du bagne en devenir. Le deuxième convoi aussitôt décidé part de France le 6 janvier 1866 avec 200 nouveaux condamnés.





É. Giffault - Île Gorée, mine de plomb - Musée Balaguier, La Seyne-sur-Mer
Le voyage

D'abord effectué sur des grands voiliers de commerce, le voyage s'effectue ensuite sur des navires mixtes, à vapeur. Les quelques 12 000 milles marins nécessitent entre 4 et 5 mois de navigation sur la moitié des mers du globe. Partis d'un port français (Toulon, mais aussi Brest, Rochefort ou l'île d'Aix), les navires descendent l'Atlantique Sud, avec une première escale à Dakar ou Gorée. Ensuite deux possibilités : la traversée vers Santa-Catarina pour y faire des provisions de vivres et trouver des vents favorables jusqu'au cap de Bonne-Espérance, ou la route directe vers le Cap et l'océan Indien, qui sera utilisée lorsque des épidémies de fièvre jaune séviront au Brésil. A une vitesse moyenne de 6 nœuds (10km/h), il faut compter entre 105 et 147 jours de mer pour couvrir la distance. Les conditions de vie à bord sont dures, sans être inhumaines : sous les ordres du commandant, les condamnés sont soumis au régime disciplinaire de la marine. Leur nourriture est la même que celle des matelots, mais il sont enfermés dans de grandes cages à l'entrepont, ne bénéficiant que d'une promenade par jour. Invariablement, la partie la plus dure du voyage est la navigation dans les mers australes où les condamnés, mal équipés, souffrent généralement du froid. Le premier convoi met 123 jours pour relier Toulon à Nouméa. Avec les navires à vapeur et le passage par le canal de Suez, les derniers voyages sont beaucoup plus courts : 58 jours pour le 75e et ultime convoi, parti de Saint-Martin-de-Ré en décembre 1897.





Léon Devambez - Le camp Brun - Archives nationales d'Outre-mer
Organisation de la transportation

En 1867, la situation sanitaire en Guyane est toujours aussi catastrophique. Il est donc décidé que seuls les condamnés coloniaux continueront à être envoyés vers le Maroni. Conséquence de cette restriction pour la Nouvelle-Calédonie : les effectifs explosent. Dans le même temps, il faut trouver du personnel pour surveiller ces forçats du bout du monde. Désormais, plus besoin d'être ancien sous-officier de la coloniale ou de la marine, il suffit seulement d'être âgé de 25 à 40 ans, de savoir lire et écrire et de justifier d'une bonne conduite. De nouveaux lieux sont affectés à l'accueil des condamnés : l’îlot Brun, Ducos, Bourail, où un « couvent » (en fait un pénitencier tenu par les sœurs de Saint-Joseph-de-Cluny) est installés pour recevoir les femmes destinées à devenir les épouses des futurs colons. Les concessions rurales (agricoles) et urbaines (artisans) se multiplient. Le travail forcé se retrouve sur tous les centres mais également sur les mines, au camp forestier de Prony, à la conserverie de Ouaco ou à la ferme de Koé.


http://criminocorpus.cnrs.fr/expositions/16620/?start=0

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MessageSujet: Nouvelle-Calédonie - Le bagne oublié   Sam 13 Avr 2013 - 15:16




Charles Nething - Le camp de Montravel - Collection particulière
Entre 1864 et 1872, ce sont environ 4 000 condamnés aux travaux forcés qui sont acheminés. Ces derniers sont divisés en 4 classes : La quatrième est la plus dure, elle est dite « de correction ». Y sont incorporés les nouveaux arrivants aux dossiers impressionnants, les punis, les évadés, qui peuvent même être enchaînés. La 3e classe sert de transition pour les fortes têtes en cours d'amendement. A eux aussi les travaux les plus durs. La seconde comprend les transportés qui n'ont pas fait l'objet de punitions depuis plus d'un an. Ils reçoivent un pécule pour leur salaire et travaillent le plus souvent dans les champs ou aux constructions légères. La 1re classe enfin reçoit les condamnés les plus « méritants », en qui l'administration a toute confiance et qui travaillent dans des familles ou comme ouvrier d'art. De 1866 à 1877, les « chapeaux de paille » (surnom des forçats) participent largement à l'urbanisation de la ville de Nouméa (construction de quais, arasement de la butte Conneau en 1876, percement de voies...). Un certain nombre d'édifices, encore visibles aujourd’hui, sont l’œuvre des bagnards : le kiosque à musique, la cathédrale Saint-Joseph et le temple protestant. Dans les années 1880, ils sont utilisés au développement du réseau routier et ferroviaire de l’île. L'administration pénitentiaire, la Tentiaire, représente à son apogée 700 agents encadrant 10 500 condamnés et 4 600 libérés dépendant de l'administration.





Allan Hughes - Le boulevard du crime, 1877 - Musée Balaguier, La Seyne-sur-Mer.

On doit à Allan Hugues, capitaine au long cours et photographe, les plus beaux clichés sur le bagne de Nouvelle-Calédonie. On voit ici le camp de l'île Nou, constitué de grandes cases bien alignées de part et d'autre d'une grande allée centrale baptisée ironiquement le Boulevard du crime. Il s'agit de dortoirs d'environ 20 mètres de longs dans lesquels sont entassés 80 forçats.





Léon Devambez - Le Diahot - Chez un concessionnaire - Archives nationales d'outre-mer

Les concessions

Lorsque la France annexe l'archipel en 1853, elle n'est peuplée que d'environ 40 000 Kanak. Il faut donc trouver des colons pour la mettre en valeur. Ainsi, le gouverneur Guillain accorde 300 hectares de terre à titre gratuit à tout nouvel arrivant. Une vingtaine de paysans bretons constitueront ce que l'on appellera « la phalange océanienne ». Mais le plus gros de l'effort de colonisation est mené pour et par l'Administration Pénitentiaire. Dans un souci de réussite, ils sont triés sur le volet, on choisit les « meilleurs éléments » (du moins les moins pires !) et l'objectif clairement avoué est d'obtenir le même succès que les Anglais en Australie. Les condamnés de 1ère classe peuvent, avant même d'être libérés, obtenir des concessions de terrains agricoles (ou des concessions urbaines). Toutefois les bagnards ne sont pas forcément des paysans. C'est pourquoi, dans l'optique d'une réhabilitation, l'Administration Pénitentiaire crée des centres agricoles de formation. Mais la première erreur va être de les garder dépendant de l'administration, tant pour leur approvisionnement que pour la vente de leurs produits, limitant ainsi tout esprit d'initiative. D'abord cantonnés à l'île Nou, les concessions agricoles se multiplient et s'agrandissent : Bourail, Ducos, Téremba (près de la rivière La Foa), Canala…


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MessageSujet: Nouvelle-Calédonie - Le bagne oublié   Sam 13 Avr 2013 - 15:18




Marinette Delannée- Cimetière des déportés de la Commune - Ouro, Île des Pins

Les déportés ne sont pas soumis au travail forcé. Certains parmi les intellectuels ou les artisans, trouvent un travail dans les entreprises ou commerces de Nouméa, les autres, équipés d'un lot d'outils de base, se voient attribuer des lopins de terre à défricher et cultiver. Un accord tacite semble être établi entre l'administration pénitentiaire et les déportés jusqu'à ce qu'une évasion particulièrement remarquée ne vienne tout remettre en cause. Le 22 mars 1874, Henri Rochefort et cinq autres camarades s'évadent de Ducos en embarquant sur une goélette australienne qu'ils ont rejointe à bord d'un canot. Franc-maçon, Rochefort a convaincu le commandant du navire, franc-maçon lui même, de les prendre à bord et de les emmener jusqu'aux côtes de Newcastle en Galles du Sud. Lorsque leur disparition est remarquée, l'affaire fait grand bruit. Pendant ce temps en France de nombreuses campagnes d'opinion œuvrent en vue de l'amnistie des communards. Républicains et radicaux s'opposent sur le sujet à l'Assemblée nationale pendant plusieurs années. La droite de Mac-Mahon résiste, mais la victoire de la gauche au Sénat en 1879, va accélérer les choses et finalement, l'amnistie plénière de tous les déportés est décidée le 12 juillet 1880. Il ne restait plus qu'à les rapatrier...





Charles Reutlinger - Henri Rochefort - Musée de l'histoire vivante, Montreuil
Journaliste et homme politique, Henri de Rochefort (1831-1913) s’engage, à l’image de Victor Hugo, dans le combat contre l’Empire de Napoléon III. Ses engagements, ses choix politiques et ses écrits polémistes le mèneront à maintes reprises au cours de sa vie à l’exil ou en prison. Condamné à la déportation suite à ses implications sous la Commune. Il est interné au Fort Boyard, puis à la citadelle de Saint-Martin-de-Ré, pendant un an. Sa notoriété lui vaut un régime de faveur, une chambre individuelle, où il écrit son roman Les Naufrageurs. Il quitte la France pour la Nouvelle-Calédonie durant l’été 1873. De retour en France, la carrière politique de Rochefort est houleuse, marquée par de nombreux points noirs. Il apporte entre autres son soutien au Général Boulanger ou se révèle antisémite lors de l’affaire Dreyfus. Son engagement maçonnique fut bref, puisqu’il fut initié le 17 novembre 1870 à la loge Les Amis de la Patrie à l’Orient de Paris, mais semble prendre ses distances avec l’ordre à son retour d’exil du bagne.





Eugène Appert - Louise Michel - Musée de l'histoire vivante, Montreuil

Enseignante et militante anarchiste, Louise Michel (1830-1905) est condamnée pour sa participation à la Commune. Déportée en Nouvelle-Calédonie en 1873, elle y crée le journal Petites Affiches de la Nouvelle-Calédonie et édite Légendes et chansons de gestes canaques. Elle cherche à instruire les autochtones kanaks et, contrairement à certains communards qui s’associent à leur répression, prend leur défense lors de leur révolte en 1878. En 1879, elle est autorisée à s’installer à Nouméa et à reprendre son métier d’enseignante, d’abord auprès des enfants de déportés, puis dans les écoles de filles. Elle revient en France en 1880 après 7 ans de déportation.

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MessageSujet: Nouvelle-Calédonie - Le bagne oublié   Sam 13 Avr 2013 - 15:19




Marinette Delannée - Cimetière musulman de Nessadiou
L'arrivée des « Arabes » à Caledoun


Alors que s'écrivait dans le sang l'histoire de la Commune, en Algérie aussi se jouait un drame qui allait avoir des conséquences importantes sur l'histoire de la Nouvelle-Calédonie. Au cours de l'année 1870, la dépossession des terres ancestrales et le manque de respect pour les coutumes locales provoquent une réaction dans les tribus de Grande Kabylie. Ce sentiment d'injustice est renforcé par la promulgation du décret Crémieux accordant la nationalité française aux seuls juifs algériens. Ce faisant, les chefs des grandes familles s'unissent contre l’occupant et le 23 janvier 1871 éclate la grande insurrection kabyle. La réponse de la France est particulièrement sévère et répressive. Des dizaines de milliers d'hommes, en colonnes équipées d'artillerie, s'opposent aux mutins. Les combats sont farouches, des villages sont rasés ou incendiés. En janvier 1872, l'arrestation de El Mokrani met fin à l'insurrection.





La presqu'île de Kuto, siège de l'administration pénitentiaire sur l'île des Pins (1877) - Archives territoriales de Nouvelle-Calédonie, Nouméa

La relégation


Transportés et déportés, dans le jargon de l'Administration Pénitentiaire, cela correspond à différentes catégories de condamnés, les travaux forcés et les politiques. En 1885, une nouvelle catégorie vient compléter le dispositif : les relégués. Il s'agit en fait de la mise en place d'une loi particulièrement controversée qui traite de la récidive. De tout temps le récidiviste a correspondu à un casse-tête pour les pénalistes. Que faire d'un individu qui ne peut, ou ne veut, s'amender et rentrer dans le rang ? A l'époque des bagnes portuaires, la récidive était punie par la perpétuité. La IIIe République réinvente alors le bannissement : quiconque a commis un certain nombre de délits, même mineurs, dans un temps donné, est condamné à la peine de prison correspondant au dernier délit et à l'exil loin de la France. Aucune colonie, on s'en doute, ne voyait d'un bon œil l'arrivée de multirécidivistes, que seule une grâce pouvait renvoyer en métropole ! Si la Guyane, à Saint-Jean-du-Maroni, est le lieu principal désigné pour l'accueil des relégués, durant dix ans de 1887 à 1897, c'est près de 10 000 récidivistes (dont 457 femmes) qui viennent en Océanie, principalement dans la baie de Prony, à l’extrême sud, et dans l'île des Pins, désertée par les déportés. En 1894, la relégation (collective ou individuelle) est qualifiée de « robinet d'eau sale » par le gouverneur Paul Feillet, considérant que la métropole se débarrasse à bons frais des petits délinquants et vagabonds jugés incorrigibles. Cela crée pour les populations civiles un sentiment d'insécurité auquel se greffe l'épineux problème des libérés, livrés à eux-mêmes après leur départ du bagne et souvent obligés de voler pour survivre....





Léon Devambez - Mine de cuivre Pilou - Archives nationales d'outre-mer

Les « contrats de chair humaine » sur les mines


Du nord au sud, la Grande terre est un pays minier. Dès 1863, avant même l'installation du bagne, des aventuriers trouvent l'or dans le Nord. Mais d’autres minerais vont être plus largement exploités : le cuivre, le nickel, le cobalt, le chrome, le fer et le charbon. La société SLN (nickel) emploiera par contrats jusqu'à 2000 condamnés pour une redevance dérisoire de 22 sous par jour. Ces contrats dits de « chair humaine » ne cessent qu'au début du XXe siècle.


http://criminocorpus.cnrs.fr/expositions/16620/?start=0

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MessageSujet: Nouvelle-Calédonie - Le bagne oublié   Sam 13 Avr 2013 - 15:20




Charles Nething - Gardiens sous un banian - collection particulière

Les gardiens du bagne sont souvent insuffisants et surtout ils n'ont aucune formation les préparant à gérer une population difficile. Par décret du 22 avril 1854 « le nombre de surveillants est fixé au maximum à 5 pour 100 condamnés ». En 1878, on compte 311 gardiens pour 8 393 condamnés, et seulement 2 gardiens pour surveiller une corvée de 150 forçats. Une partie des surveillants participent à des trafics de toutes sortes et sont aidés dans cette tâche par des bagnards privilégiés. « L'effectif des gardes comprend des surveillants qui ne valent pas mieux que les surveillés », gouverneur Guillain, 1865





Émile Giffault - Pénitencier-dépôt (île de Nou), mine de plomb - Musée Balaguier, La Seyne-sur-Mer

Émile Giffault (1850-1895) est condamné en 1872 aux travaux forcés et transporté à l’île Nou pour « complicité d’incendie en fournissant les matières pour consommer le crime ». Il a 22 ans. Après l’amnistie en 1880, il est rapatrié par La Creuse. Membre des associations des journalistes parisiens, il corrige les épreuves des Légendes et chants de gestes canaques de Louise Michel. Dessinateur géographe, collaborateur d’Élisée Reclus pour la Nouvelle Géographie. En 1891 il se voit décerner le prix Erhard par la Société de géographie.





Édouard Massard - Les trois types habitants l'île des Pins - Dessin extrait de Léonce Rousset, Album de l'île des Pins - Archives territoriales de Nouvelle-Calédonie, Nouméa

La fin du bagne


Agriculture florissante, industrie minière en pleine expansion, melting pot réussi, la Nouvelle-Calédonie semble en bonne voie pour réussir son pari en cette fin de XIXe siècle. Cependant, le bagne devient de plus en plus gênant et le Gouverneur Paul Feillet multiplie les démarches auprès du Ministre des colonies pour faire arrêter l'envoi de condamnés sur son sol. « Après 30 ans de colonisation pénitentiaire, la Nouvelle-Calédonie n'a pas encore de ponts, pas de jardins, pas de pépinières publiques, les places et les rues de Nouméa sont des cloaques, la ville n'a pas d'égouts, sa caserne d'infanterie laisse aller ses déchets sur la voie publique (...) et la colonie possède douze à quatorze mille travailleurs forcés ! », Léon Moncelon, 1896. Sur les 2 681 concessions qui ont été accordées, il y a eu 1 403 dépossessions, soit 52 % d'échecs. Ce qui sera le 75e et dernier convoi arrive en 1897. Au fil des ans les condamnés sont libérés. Les lieux dévolus à la relégation deviennent des bourgades libres et ceux affectés à la transportation accueillent l'ensemble des derniers condamnés, toutes catégories confondues (décret du 29 janvier 1913 désignant l'île Nou comme lieu de la relégation). Néanmoins, il faut encore attendre 1931 pour qu'un décret désaffecte définitivement l'île de son rôle de colonie pénitentiaire.





Marinette Delannée - Ruines du bagne, île des Pins

Puis vient le temps de l'oubli. Des sites sont débaptisés (l’île Nou devient Nouville) et une grande partie sont laissés à l'abandon, livrés à la végétation. Si les témoins matériels tentent à disparaître, le bagne trouve un écho particulier dans la démographie calédonienne. En effet, « métisse ou non, la descendance des transportés constitue l'une des clés de la colonisation pénale et les efforts faits pendants des années pour en minimiser la portée montre bien qu'il s'agissait d'un domaine fondamental de la colonisation calédonienne » précise l'historien Louis-José Barbançon (in L'archipel des forçats, 2003, p. 11).
De cette histoire si chargée qui s'est achevée il y a près d'un siècle que reste-t-il aujourd'hui ? Quelles en sont les traces, les stigmates, sur le sol de ce territoire aux antipodes de la France ? C'est l'objet du reportage photographique de Marinette Delanné. L'image contemporaine dévoile un univers dont l'aspect inanimé et le rendu noir et blanc se voudrait intemporel mais souligne pourtant le caractère fragile de ce patrimoine oublié.

http://criminocorpus.cnrs.fr/expositions/16620/?start=0

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MessageSujet: Re: Les bagnes de Nouvelle-Calédonie   Mer 24 Juil 2013 - 11:13

Un musée en prévision:

http://actu.orange.fr/france/en-nouvelle-caledonie-l-histoire-du-bagne-sort-de-l-oubli-afp_2476564.html
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MessageSujet: Re: Les bagnes de Nouvelle-Calédonie   Sam 2 Nov 2013 - 15:05


Une page riche en infos qui contient plusieurs liens en rapport avec les déportations en Nouvelle-Calédonie

-- Augustin LAMBRÉ : de Belleville à Nouméa ou le destin d'un communard, par Patricia et Bernard GUINARD (voir l'article).

-- Nous sommes là aussi pour débloquer des situations, par Lionel JANIN, article paru dans le Journal de Saône-et-Loire, édition de Mâcon du mardi 11 octobre 2005 (voir l'article).

-- Le Mariage : Le mariage et ses dispositions au cours du temps, par Patricia et Bernard GUINARD (voir l'article).

-- L'assassinat du docteur Aimé GUINARD, chirurgien des Hôpitaux de paris, le 12 juin 1911 à l'Hôtel-Dieu, par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- Antoine LAVENIR Matricule 5128, ou l'histoire d'un capelin dans la tourmente calédonienne, par Patricia Echtlé et Bernard Guinard (voir l'article).

-- Les convois de déportés de la Commune vers la Nouvelle-Calédonie, par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- La Danaé, premier convoi de déportés vers la Nouvelle-Calédonie, par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- La Guerrière, second convoi de déportés vers la Nouvelle-Calédonie, par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- La Garonne, troisième et douzième convois de déportés vers la Nouvelle-Calédonie, par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- Le Var, quatrième et treizième convois de déportés vers la Nouvelle-Calédonie, par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- L'Orne, cinquième et quatorzième convois de déportés (qui transporta entre autres Achille Ballière) vers la Nouvelle-Calédonie, par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- Le Calvados, sixième et onzième convois de déportés (qui transporta entre autres le stéphanois Joanès Caton) vers la Nouvelle-Calédonie, par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- La Virginie, sèptième (qui transporta entre autres Henri Rochefort, Henri Messager, et Louise Michel) et dixième convois de déportés vers la Nouvelle-Calédonie, par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- La Sybille qui, suite a une voie d'eau fut remplacé par l'Alceste, huitième convoi de déportés vers la Nouvelle-Calédonie, par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- Article concernant des documents divers faisant partie du carton des dossiers de navires dans la série H 30 au CAOM, par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- La Loire effectua les neuvième, seizième et vingtième convois de déportés vers la Nouvelle-Calédonie, par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- Le Rhin effectua le quinzième convoi de déportés vers la Nouvelle-Calédonie, mais il avait auparavant effectué en janvier 1873 un convoi de forçats qui transportait quelques déportés (dont Jean Allemane), par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- Le Tage effectua le transport du dix-huitième convoi de déportés de la Commune vers la Nouvelle-Calédonie, par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- Le Navarin effectua le transport des dix-septième et dix-neuvième convois de déportés de la Commune vers la Nouvelle-Calédonie, par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- La Libération de Paris racontée par Marguerite VARCOLLIER (voir l'article).

-- Ernest Gustave André DORMOY : Épopée d'un communard, par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- Jean Hugues Marmorat, un charolais dans la tourmente de la Commune de Paris, par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- Claude Bessy, un ligérien déporté en Nouvelle-Calédonie, par Bernard GUINARD (voir l'article).

-- Le bombardement de l'église Saint-Gervais à Paris le 29 mars 1918, par Bernard GUINARD (voir l'article).

http://www.bernard-guinard.com/arcticles%20divers/Articles%20divers.html

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MessageSujet: Les convois de déportés vers la Nouvelle-Calédonie   Sam 2 Nov 2013 - 15:42


Les convois de déportés vers la Nouvelle-Calédonie
Au départ, la déportation des forçats s'effectuait en Guyane. Mais un décret du 23 mars 1872, paru au Journal Officiel le 3 avril, désigne la Nouvelle-Calédonie comme lieu de déportation. Ainsi les Communards condamnés aux travaux forcés seront internés à l'Île Nou, ceux condamnés à la déportation en enceinte fortifiée seront internés à la presqu’île de Ducos. Enfin ceux condamnés à la déportation simple seront conduits à l'île des Pins, où ils seront libres de leurs mouvements, mais "assignés à résidence" si l'on peut dire.

La marine française est en pleine évolution depuis la Guerre de Crimée, avec le remplacement progressif de la voile par la vapeur. Un décret de 1857 stipulant que tout navire non pourvu de machine cessera d'être un navire de guerre. Ainsi des navires déjà en constructions durent être transformés. On les coupa en deux pour les allonger d'une quinzaine de mètres, afin de loger les machines. Ainsi à partir de 1860, de nombreux vaisseaux et frégates sont déclassés et transformés en transport de troupes ou en transport-écuries. Les canons sont enlevés, et les sabords protégés par des grillages pour la sécurité. Les batteries seront destinées au logement des troupes transportées.
Fin août 1871, trois navires sont en armement à Brest, quatre à Cherbourg, deux à Rochefort, et douze à Toulon. A partir de septembre 1871, les premiers condamnés à la déportation commencent à arriver dans les ports, en attente d'embarquement pour la Nouvelle-Calédonie. Selon le rapport Appert, au total 3846 Communards seront effectivement déportés. Tous n'arriveront pas en Nouvelle-Calédonie, car quelques uns décèderont lors du voyage et seront inhumés en mer, comme pour un marin. De mai 1872 à 1878, il y aura ainsi 20 convois qui se succèderont afin d'assurer le transport des déportés vers la Nouvelle-Calédonie et l'Île des Pins.

Pour ce qui est des itinéraires, trois possibilités avec quelques variantes, s'offrent aux commandants : par le cap de Bonne Espérance, par le cap Horn, par le canal de Suez. Les escales étaient destinées au ravitaillement en produits frais et surtout en eau douce.
L'itinéraire le plus utilisé sera celui emprunté en 1500 par Pédro Alvares Cabral lors de son voyage aux Indes. Ainsi le navire part de Brest ou de l’île d'Aix. Il dirige vers les côtes du Sénégal et fait escale à l'île de Gorée, face à Dakar, ou bien aux Canaries. Il se dirige ensuite vers le Brésil et fait escale à l'île de Santa-Catarina, puis sur Cap Town en Afrique du Sud. Il descend ensuite jusqu'au îles Kerguélen, puis sur le détroit de Bass, entre l'Australie et la Tasmanie, pour enfin arriver à Nouméa, après un voyage de 16700 milles marins (30928 kms).
Le second itinéraire, après l'escale de Gorée, va directement en Afrique du Sud en longeant les côtes africaines par l'ancienne route des négriers, soit 13460 milles marins (24928 kms).
Le troisième itinéraire est celui du cap Horn, avec escales à Gorée et Santa Catarina, puis le détroit de Magellan par Punta Arénas et remontaient les côtes du Chili jusqu' au Tropique du Capricorne avant de filer vers Nouméa en longeant le tropique. Cet itinéraire n'était praticable seulement pendant l'été austral entre, fin novembre et mars, et représentait un périple de 13200 milles marins (24446 kms).
Les autres itinéraires utilisaient le canal de Suez, mais furent peu empruntés. Le départ se faisait de Rochefort ou de Toulon, avec escales à Port Saïd, Singapour, puis le voyage se continuait par le Wetar passage, dans la mer de Timor, puis le détroit de Torrès, entre la Nouvelle-Guinée et l'Australie, et enfin la Nouvelle-Calédonie. Cet itinéraire était de 10611 milles marins (19652 kms) à 12018 milles marins (22257 kms), selon que le départ se faisait de Rochefort ou Toulon, et selon la variante d'itinéraire.

- Premier convoi, 5 mai 1872 - 29 septembre 1872, par la Danaé, 147 jours au départ de l'île d'Aix.

- Deuxième convoi, 13 juin 1872 - 2 novembre 1872, par la Guerrière, 142 jours au départ de Brest.

- Troisième convoi, 9 août 1872 - 5 novembre 1872, par la Garonne, 88 jours au départ de Rochefort.

- Quatrième convoi, 10 octobre 1872 - 9 février 1873, par le Var, 122 jours au départ de l'île d'Aix.

- Cinquième convoi, 16 janvier 1873 - 4 mai 1873, par l'Orne, 109 jours au départ de Brest.

- Sixième convoi, 18 mai 1873 - 27 septembre 1873, par le Calvados, 132 jours au départ de l'île d'Aix.

- Septième convoi, 10 août 1873 - 8 décembre 1873, par la Virginie, 120 jours au départ de l'Île d'Aix.

- Huitième convoi, par la Sybille le 1er février 1874, puis 9 avril 1874 - 9 août 1874, par l'Alceste, 122 jours au départ d'Arzew (Algérie).

- Neuvième convoi, 9 juin 1874 - 16 octobre 1874, par la Loire, 129 jours au départ de l'île d'Aix.

- Dixième convoi, 29 août 1874 - 4 janvier 1875, par la Virginie, 128 jours au départ de Brest.

- Onzième convoi, 5 septembre 1874 - 18 janvier 1875, par le Calvados, 135 jours au départ de l'île d'Aix.

- Douzième convoi, 5 décembre 1874 - 12 mars 1875, par la Garonne, 97 jours au départ de l'île d'Aix.

- Treizième convoi, 5 mars 1875 - 23 juillet 1875, par le Var, 140 jours au départ de l'île d'Aix.

- Quatorzième convoi, 4 juin 1875 - 22 septembre 1875, par l'Orne, 110 jours au départ de l'île d'Aix.

- Quinzième convoi, 6 septembre 1875 - 30 janvier 1876, par le Rhin, 146 jours au départ de l'île d'Aix.

- Seizième convoi, 17 mars 1876 - 21 juin 1876, par la Loire, 96 jours au départ de l'île d'Aix.

- Dix-septième convoi, 1er août 1876 - 6 janvier 1877, par le Navarin, 158 jours au départ de l'île d'Aix.

- Dix-huitième convoi, 28 décembre 1876 - 22 avril 1877, par le Tage, 115 jours au départ de l'île d'Aix.

- Dix-neuvième convoi, 11 octobre 1877 - 24 janvier 1878, par le Navarin, 105 jours au départ de l'île d'Aix.

- Vingtième convoi, 15 juillet 1878 - 25 octobre 1878, par la Loire, 102 jours au départ de Rochefort.

http://www.bernard-guinard.com/arcticles%20divers/Convois%20de%20deportes/Convois_de_deportes.html

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MessageSujet: Re: Les bagnes de Nouvelle-Calédonie   Ven 27 Juin 2014 - 12:03

Si vous avez la chaîne "Histoire",il y a en ce moment l'histoire du bagne de Nouvelle Calédonie au travers les histoires de 4 forçats.

rediffusion dimanche 29 juin à 14H30 et jeudi 3 juillet à 11H40.

http://www.programme-tv.net/programme/culture-infos/r240343-l-archipel-des-forcats/4695291-l-archipel-des-forcats/
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MessageSujet: Louise Michel en Nouvelle Calédonie   Ven 4 Nov 2016 - 19:14

Louise Michel en Nouvelle Calédonie

Aujourd’hui, Franck Ferrand nous emmène sur les traces de l’une des figures tutélaires de la Commune : la célèbre Louise Michel. En compagnie de Michel Pierre, spécialisé dans l’histoire pénale, Franck Ferrand revient sur un épisode capital de sa vie : sa déportation en Nouvelle-Calédonie, de 1873 à 1880.C’est l’occasion d’évoquer cette fameuse colonie pénitentiaire, mais aussi les beautés et les trésors de la Nouvelle-Calédonie.

http://www.europe1.fr/emissions/au-coeur-de-l-histoire/acdh-lintegrale-031116-louise-michel-en-nouvelle-caledonie-2890025

Bonne écoute !    queen

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MessageSujet: affaire Albert-Sevin (1861)   Ven 11 Nov 2016 - 7:35

Bonjour.Je recherche des informations precises sur l affaire Albert-Sevin.Il s agit de deux anciens soldats des bataillons d Afrique,affectes dans les compagnies a fort numero (9emes et 10emes compagnies des 1er,2eme et 3eme BILA) comme tous les cas juges dangereux.Le decret imperial du 28 mai 1860 dissout ces 9emes et 10emes compagnies et cree le corps disciplinaire colonial,surnomme les "cocos":depot a la citadelle d Oléron,ou un de mes parents faisait le "chaouch",et 4 compagnies,fortes chacune de 250 hommes.Les 4 compagnies sont reparties sur la Nouvelle Caledonie,la Guadeloupe,le Senegal et La Reunion.Le ministre de la Guerre Randon envoie en Nouvelle Caledonie les "cocos" d une dangerosite moyenne.Albert et Sevin sont fusilles en 1861.Cordialement.
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