La Veuve

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 Les bagnes de Guyane

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MessageSujet: La dernière bagnarde   Sam 7 Juil 2012 - 16:00

Bonjour à tous,  Wink

De retour sur le forum, je poste ce sujet qui a peut-être été évoqué ? Dans ce cas Adelayde saura ce qu'il faut modifier ou supprimer.




Ce livre est sorti en 2011.

                                                                                                                                                           Marie Bartête avait été transportée en Guyane en tant que reléguée.
Se rappeler que la relégation était prononcée pour les multirécidivistes de petits délits, du fait d'une loi de 1885. La relégation impliquait une astreinte de séjour à vie en Guyane.

La présentation de ce livre sur tous les blogs mentionne l'entretien qu'elle a eu avec le journaliste Albert Londres et relaté par ce dernier dans son célèbre livre Au bagne.. Comme beaucoup, j'ai lu et relu ce livre, mais comme je n'avais aucun souvenir de cette Marie Bartête je l'ai relu encore une fois. Et je n'ai pas trouvé cet entretien. Alors ? Un mystère de plus.

Les critiques sur ce livre sont plus ou moins favorables, une partie romancée a notamment déplu à certains lecteurs.






Dernière édition par mercattore le Sam 12 Oct 2013 - 17:22, édité 1 fois
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Boisdejustice
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MessageSujet: Re: Les bagnes de Guyane   Sam 7 Juil 2012 - 18:02

Bonjour Mercattore, bien content de vous revoir ici!
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MessageSujet: Re: Les bagnes de Guyane   Sam 7 Juil 2012 - 18:09

Bonjour, Boisdejustice, Wink

Je vous remercie.
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Le bourreau breton
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MessageSujet: Re: Les bagnes de Guyane   Sam 7 Juil 2012 - 19:16

Bonsoir Mercattore, re-bienvenue à vous sur le forum! Very Happy

Concernant la relégation, avez-vous des exemples-types de "petits délits" susceptibles d'envoyer quelqu'un au bagne?
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Gaëtane
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MessageSujet: Re: Les bagnes de Guyane   Sam 7 Juil 2012 - 19:52



Bonjour mercattore, quel plaisir de vous lire à nouveau sur le forum Wink sunny
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MessageSujet: Re: Les bagnes de Guyane   Sam 7 Juil 2012 - 20:03

Bonsoir, Smile

En fait, j'ai été restrictif sur la qualification de petits délits pour la relégation. Elle existait certes pour plusieurs petites condamnations mais aussi pour de plus importantes. Dans le cas de Mme Bartête c'était des petites condamnations.
La loi de 1885 est un peu complexe à exposer pour les petits délits accumulés. Je vous invite donc à la consulter :
http://criminocorpus.revues.org/181
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MessageSujet: Re: Les bagnes de Guyane   Sam 7 Juil 2012 - 20:07

Gaëtane a écrit:


Bonjour mercattore, quel plaisir de vous lire à nouveau sur le forum Wink sunny

Bonsoir Gaëtane, Wink

Merci. sunny et de bonnes balades pour vous, j'espère... bom
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Adelayde
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MessageSujet: Re: Les bagnes de Guyane   Sam 7 Juil 2012 - 20:08

Bonjour et bienvenue Mercattore.

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MessageSujet: Re: Les bagnes de Guyane   Sam 7 Juil 2012 - 20:23

Merci Adelayde, Wink

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CARNIFEX
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MessageSujet: Re: Les bagnes de Guyane   Dim 8 Juil 2012 - 19:06

Bonjour Mercattore. ça fait plaisir de vous retrouver. Je me demandais bien ce que vous deveniez.

Je crois que la dernière personne à me parler de vous est un Breton prénommé Jean-Jacques (vous voyez qui je veux dire? Wink )

Je bois à votre santé

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MessageSujet: Re: Les bagnes de Guyane   Dim 8 Juil 2012 - 19:28

Bonjour, CARNIFEX, Wink

Je vous remercie.
Hé ben, trinquons, bien que je sois plutôt abstinent par nécessité, à mon grand regret...
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tof1
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MessageSujet: Re: Les bagnes de Guyane   Dim 13 Jan 2013 - 18:53




http://cartes-postales.delcampe.fr/page/item/id,148430008,var,BAGNE-DE-CAYENNE-GUILLOTINE-OU-SIMULACRE--PHOTO-TIREE-A-PARTIR-DUNE-PLAQUE-DE-VERRE,language,F.html
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Gaëtane
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MessageSujet: Re: Les bagnes de Guyane   Mar 29 Jan 2013 - 20:23

L'ancien bagne aux Iles du Salut (Guyane)



http://www.youtube.com/watch?v=FOxQLQnn-Z8
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MessageSujet: Re: Les bagnes de Guyane   Mar 19 Fév 2013 - 20:23


Une évasion de forçats en Guyane

Petit Journal Illustré 1913

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MessageSujet: Re: Les bagnes de Guyane   Mar 19 Mar 2013 - 20:54


Chansons du bagne



http://www.ac-grenoble.fr/lycee/vincent.indy/IMG/pdf/chansons_du_bagne.pdf
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Adelayde
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MessageSujet: Voyage en Guyane   Ven 22 Mar 2013 - 16:54


Voyage en Guyane – un site à visiter sans modération


Deux liens intéressants qui ne semblent pas avoir été postés :


http://voyageenguyane.free.fr/bagnes.htm

http://voyageenguyane.free.fr/camptransportation.htm





Étymologie du terme "bagne" (extrait de l'expo du Camp de Saint-Laurent)






L’Administration pénitentiaire - qui n'était pas à une horreur près - conservait les têtes des guillotinés dans du formol


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Adelayde
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MessageSujet: La maison du bagnard   Sam 13 Avr 2013 - 13:20


La Maison du Bagnard




C'est au début des années 60 que Médard Aribot, ancien bagnard, édifia cette curieuse maisonnette aux pieds du Morne Larcher. Une maison de poupée en bois ornementé, et peinte de couleurs vives, jouissant d'un panorama magnifique sur la mer Caraïbe. En face, le rocher du Diamant et le canal de Sainte-Lucie, à gauche, les kilomètres de sable de l'Anse Diamant.

Condamné au bagne à perpétuité en 1925 pour son passé de petit voleur et sa participation supposée aux évènements de la « Guerre du Diamant », il semblerait d'après la légende, que Médard Aribot ait surtout pâti de ses talents de sculpteur.

Lors des émeutes électorales qui éclatent en 1925 à l'occasion des élections municipales, c'est un buste sculpté par Médard que brandit la foule. Le buste du Colonel de Coppens, officier à la retraite, propriétaire de la Distillerie de Dizac, et candidat à la mairie.

A l'époque, en Martinique, il n'est pas rare que les joutes politiques se finissent à coup de gourdin dans la rue. Mais là, ce 25 mai 1925, les choses vont sérieusement déraper.

De son passé militaire, le Colonel de Coppens a gardé un certain goût pour les armes. Et c'est par celles-ci qu’il entend faire valoir ses arguments. Un peu colère, les diamantinois le massacrent lui et son escorte de gendarmes : 9 morts.

Évidemment, l'affaire fait du bruit, et Médard est condamné à finir ses jours à Cayenne. Libéré en 1945 à la fermeture du bagne, il vivra en Guyane pendant quelques années avant d’être rapatrié en Martinique en 1953.


http://www.zananas-martinique.com/martinique-patrimoine/la-maison-du-bagnard.html

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benjamin
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MessageSujet: Ce que je mets en ligne progressivement...   Mar 14 Mai 2013 - 20:19

sur les bagnes de Guyane.

http://www.bagnedeguyane.fr/

Bonne lecture... Critiques bienvenues
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MessageSujet: La peine de mort en Guyane (Précisions)   Sam 8 Juin 2013 - 15:43

était "dispensée" soit par la cour d'assises de Cayenne, soit par le Tribunal maritime spécial quand cela concernait des bagnards en cours de peine.
Dans le premier cas, les exécutions avaient lieu devant la prison de Cayenne, au prolongement de la rue Arago, le bagne prêtant fort courtoisement son instrument et son "personnel" (du moins jusqu'à sa fermeture, après guerre)
Les transportés condamnés par le TMS étaient guillotinés en général à St-Laurent du Maroni, plus rarement sur l'île Royale.

Des exécutions, pendant le Second Empire, eurent lieu par "prise d'arme" (peloton d'exécution) quand elles se déroulaient dans des sites isolés comme celui de la Montagne d'Argent (au moins une référence, Michel Pierre; je dépouille peu à peu les archives de la Montage d'Argent

www.bagnedeguyane.fr
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MessageSujet: Vie et mort de Girier-Lorion   Dim 20 Oct 2013 - 18:05

En 1899 est publié un rapport sur les cas de cinq détenus (de fait six) des îles du Salut, rapport présenté par M. Joseph Reinach au Comité de la Ligue Française pour la Défense des Droits de l'homme et du citoyen et adopté à l'unanimité par ce Comité.



Source du document : MANIOC
(Bibliothèque numérique   Caraibe Amazonie Plateau des Guyanes).
         
Le rapport de M. Reinach commence ainsi :

« L'attention du Comité de la Ligue Française pour la Défense des Droits de l'homme et du citoyen a été appelée sur les dossiers d'un certain nombre de condamnés de droit commun, qui sont en réalité des condamnés politiques ; qui ont été frappés, par la justice, pour des faits précis, mais en raison de leur opinion ; qui sont au bagne et n'y devraient pas être.
. . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

_________________________________
Il concerne les cas suivants :

- François Monod, condamné par le jury de la Côte-d'Or, le 9 août 1894, à cinq années de travaux forcés et à la relégation.
 
- Théodore Lardaux et Arthur Vauthier, condamnés le 14 novembre 1894, par le jury de l'Aisne, à cinq et huit ans de réclusion et à la relégation.

- Régis Meunier, condamné par le jury de Maine-et-Loire, le 28 mai 1894, à sept ans de travaux forcés, avec dix ans d'interdiction de séjour.

- Auguste Courtois, dit Liard-courtois, condamné par le jury de la Gironde, le 16 novembre 1894, à cinq ans de travaux forcés.

- Girier-Lorion, dont le cas est reproduit intégralement ci-dessous.


° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° °
                 
M. Reinach : « Voici les faits :

(Toutes mes citations sont empruntées soit aux actes d'accusation qui ont été dirigés contre ces condamnés, soit aux journaux, tous d'opinion républicaine modérée auxquels j'ai emprunté le compte-rendu des débats. J'ai de parti pris écarté les articles de la presse anarchiste ou révolutionnaire).

GIRIER-LORION.

Girier-Lorion naquit à Lyon, d'une famille d'ouvriers. A treize ans, il s'y trouve malheureux, d'un de ces malheurs d'enfants qui sont terribles entre tous, que les romanciers et psychologues anglais ont si puissamment et si douloureusement étudié.
Il s'enfuit et va à l'aventure. L'une de ses premières rencontres, dans la rue, est celle d'un homme qui lui offre l'asile et ne tarde pas pas à lui faire des propositions obscènes. Ce misérable était un policier. L'enfant s'enfuit de nouveau, se cache dans une cave. Il y est pris, condamné à huit jours de prison.
Entré enfant en prison, il en sort un révolté. A quatorze ans, il est, en 1883, l'un des orateurs les plus applaudis, les plus violents sans doute, des réunions lyonnaises. Il s'y prend, un soir, de querelle avec un commissaire de police. Il est probable, on doit croire que le commissaire avait raison.

Girier est arrêté, condamné, enfermé dans une maison de correction jusqu'à dix-huit ans. Vers le milieu de 1886, Girier est relâché. Il s'embauche à Lyon. Signalé à son patron comme anarchiste, celui-ci le renvoie. Girier se jette dans une propagande toujours plus âpre, évidemment, mais d'un étonnante éloquence. Un écrivain conservateur et catholique, M. Paul Mimande (1) dans son livre Forçats et proscrits , juge ainsi cet homme qui, « avec ses allures à la Saint-just », lui parut « l'un des plus énergiques, des plus instruits, des plus éloquents. C'est au bagne, aux îles du Salut où Girier était alors déporté, que M. Mimande causa avec lui.

(1) Paul Mimande : Paul-Marie- Armand Beuverand de la Royère. Ancien directeur de l'Administration pénitentiaire en Nouvelle-Calédonie (1891-1895). Auteur de CRIMINOPOLIS (1897), ouvrage sur les bagnes en Nouvelle-Calédonie.

« Je réussis, écrit-il, à le piquer au vif par la contradiction, à le forcer de retirer, pour un instant, son masque. J'eus alors ce régal artistique d'entendre un véritable morceau d'éloquence.
Positivement, ce garçon possède à un rare degré le don de la parole. En l'écoutant, je ne savais ce que je devais admirer davantage, ou de son talent naturel et de son accent pénétrant, ou de la folie de ses paradoxes, et de l'absurde monstruosité de ses théories. Le plus joli, c'est qu'il est convaincu ; cela, je le gagerais.
»

Au cours de cette propagande, qu'il poursuit successivement dans la région du Rhône et à Paris Girier encourt une nouvelle condamnation à un an de prison pour un discours de réunion publique. Sorti de prison, il émigre dans le Nord, à Roubaix. Il y prononce un discours qui lui vaut, par contumace, une nouvelle condamnation à un an de prison.
Et que ces condamnations aient été méritées, on ne le discute pas.

M. Mimande, n'exagère certainement pas en parlant « de la folie de ses paradoxes  et de l'absurde monstruosités de ses théories ». A-t-il, en outre, au cours de cette existence vagabonde, commis, ainsi qu'il en fut accusé, quelques vols ? Cela est possible. S'il en a commis, ils ont été par la suite cruellement expiés.
Girier s'est réfugié au Havre. Il s'y dissimule. y travaille, s'est éloigné des réunions publiques. Un certain jour, il reçoit un numéro du moniteur du parti guesdite Le Cri des Travailleurs ». Il y est dénoncé comme mouchard. « Ce Lorion, écrit le rédacteur du Cri, c'est comme une énigme pour la police de Constans ; il est introuvable. Cet individu est anarchiste, mais un anarchiste de gouvernement.
Et le journal guesdite en donne pour preuve la lettre suivante qu'il a reçue d'un correspondant qui signait Boisluisant :

« Citoyen, je vous affirme que le pseudo anarchiste Lorion est bien un agent provocateur. Cet individu, a du talent et une audace sans égal. Il opère au Havre actuellement … »

Un peu plus tard, M. Boisluisant écrivit au journal guesdiste qu'il s'était trompé dans sa démonstration. Mais le Cri des travailleurs ne publia pas sa seconde lettre. Girier ne connut, au Havre, que la première.
Voleur ou non, sectaire grisé de rhétorique ou simple malfaiteur, comme on voudra, Girier bondit sous l'injure. Les révolutionnaires et les démagogues ont toujours échangé entre eux ce genre d'insultes, les plus atroces. Blanqui fut dénoncé par Barbès, Vermorel par Rochefort. L'accusation portée contre Girier était aussi injuste que celle dont Blanqui resta mortellement atteint ou celle dont mourut Vermorel.
Girier était à l'abri. Il quitte son lieu de refuge, prend le train pour Roubaix et y organise une réunion publique où il convoque ses dénonciateurs
Cependant la police le guette ; il va être arrêté. Se laisser arrêter sans résistance, c'est confirmer les horribles soupçons. Il reçoit donc la police à coups de révolver, blesse l'un des agents. Il réussit à leur échapper. Au moment d'atteindre la frontière belge, il est pris. Les guesdistes continuent à l'accuser. Pour détruire cette accusation, Girier prononce devant la Cour d'assises, l'un de ses plus violents discours. Il est condamné à dix ans de travaux forcés et à la relégation. Girier a vingt-deux ans (1890). Il est envoyé aux îles du Salut.

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MessageSujet: Vie et mort de Girier-Lorion   Dim 20 Oct 2013 - 18:40

Suite du rapport De M. Reinach.

On a souvent raconté la révolte, dite des anarchistes, qui eut lieu, dans les journées du 22 et du 23 octobre 1894 (2), à l'île Royale (3) et où quatre surveillants militaires furent assassinés. Plusieurs des révoltés, les nommés Lauthier, Lebault, Mastervin, Simon, Chevenet, Boési, Garnier, Merneis, Kervaus, furent tués pendant le combat qui fut acharné .
Girier-Lorion, Mamaire, Forest, Heuzelin, Bonnacourci, Flameng, et Bernard furent saisis dans leur case et, après une prévention qui dura plusieurs mois, traduits devant le Tribunal maritime spécial de Cayenne. Girier-Lorion et Mamaire (4) furent condamnés à mort ; tous les autres furent acquittés (juin 1895).
                        
(2). De fait les 21 et 22 octobre.
(3). De fait l'île Saint-Joseph.
(4). Mamaire. De fait Mamer Bernard. Matricule 26168. Son patronyme est souvent mal orthographié dans les blogs, topics etc. consacrés à la révolte de 1894 : Mamaire etc.

Mamaire (5) mourut en prison, peu de jours après le rejet du pourvoi en cassation qu'il avait formé. La peine de mort prononcée en juin 1895 contre Girier fut commuée à la fin du mois de janvier 1896 en cinq années de réclusion cellulaire. On ignore à quelle date Girier fut avisé de sa grâce. S'il le fut aussitôt après la signature de la décision présidentielle, il reste qu'il avait attendu huit mois, en cellule, sous la menace quotidienne d'une sentence capitale pour le lendemain.
Il y a là un supplice nouveau, non prévu par le Code, digne des peuples barbares qui révolte l'humanité et la conscience.

(5). Mamert Bernard. Décédé le 11octobre 1895.




L'imagerie populaire.  
La révolte de 1894 vue par le supplément du Petit Journal.
(16-12-1894).
Source : gallica.bnf.fr.
La vie de Girier-Lorion a été une lutte violente, furieuse, sauvage contre la société. La société ; attaquée s'est défendue ; la loi, bravée, a frappé. Et les diverses condamnations qui ont été prononcées, sur le territoire continental de le la République, contre Girirer, sont incontestablement régulières et justes.   Girier, jusqu'à sa condamnation capitale en juin 1895, est un de ces phénomènes morbides, cruels, qui appellent douloureusement l'attention du penseur sur le mal dont ils sont le produit. Il n'est rien de plus.

Sa condamnation à la peine de mort, à l'occasion de la révolte de l'île Royale, a été, elle aussi, régulière.  A-t-elle été juste ? Il est permis d'en douter. Son avocat, Maitre Sévère, dans une lettre du 12 juillet 1895, écrit formellement au père du condamné : « Votre fils est innocent, cent fois innocent. Soyez courageux, Monsieur. Puisez du courage dans la conviction la plus absolue que vous ne ferez que partager avec moi et tous ceux qui ont suivi les débats, que votre enfant est innocent. Les juges eux-mêmes, qui, l'ont frappé à la simple majorité, le savent bien ; mais ils ont voulu réprimer les doctrines qu'autrefois Anthelme a soutenues avec chaleur… J'ai écrit, par le courrier, qui a quitté Cayenne le 3 juillet, à M. Goblet pour obtenir son intervention.

Imaginez-vous que, depuis cinq ans qu'il était en Guyane, Anthelme n'avait subi aucune punition. Le public, qui n'est cependant pas tendre aux déportés, a poussé un cri d'horreur en entendant sa condamnation. Cela vous dit ce qu'il faut en penser.. « Le Dr Jourdain, médecin aux îles du Salut, au moment de la révolte, écrit de son coté à la mère de Girier : « Mon opinion sur Anthelme est que, quoiqu'ayant des idées anarchistes bien arrêtées, il n'avait cependant pas contribué à assassiner les surveillants militaires. Mais ce n'est qu'une certitude morale, une opinion personnelle. D'autres peuvent avoir une autre opinion. Je n'ai pas de preuve de sa non-culpabilité. D'ailleurs, j'ai comparu comme témoin devant le Tribunal maritime spécial et j'ai dit mon opinion. La justice des hommes a parlé, le verdict a été rendu ; je ne puis absolument rien pour votre malheureux parent. D'ailleurs, vous ne devez pas ignorez qu'il serait bien difficile d'appeler à la commisération sur un  condamné pour menées anarchistes. »

Et l'opinion, si prudemment exprimée de M. Jourdain, la chaleureuse conviction de Maitre Sevère, devaient être bien proches de la vérité, puisque Girier, après après une enquête de huit mois fut grâcié par M. le président de la République qui commua la peine capitale en cinq années de réclusion cellulaire.
Seulement, et quelque qu'ait été la vie antérieure de cet anarchiste, il y a quelque chose qui crie plus haut que ses crimes et que ses plus farouches déclamations : c'est l'horreur du supplice qu'il a subi de juin 1895 à février 1896. Un tel supplice dépasse toute expiation. Quand une créature humaine a été soumise a une aussi effroyable torture, elle ne doit plus rien à la vindicte publique.

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MessageSujet: Vie et mort de girier-Lorion   Dim 20 Oct 2013 - 18:50

Suite du rapport de M. Reinach :

Voici quelques extraits de notes écrites au jour le jour, par le condamné à mort qui les adresse à son avocat :
       
12 octobre 1895

Tous les matins, je tends l'oreille pour percevoir dans les bruits qui me parviennent quelque chose susceptible de me faire connaître le plus tôt possible si c'est le jour, si la « machine » est montée, si on va venir m'avertir, etc. quand l'heure des supplices est passée, je me dis : « Encore vingt-quatre heures de vie ! » et le le demain je recommence. C'est atroce de ne pas savoir quand est-ce que cela doit finir ; le supplice ne me fait rien comme appréhension, mais cette incertitude, cet éveil de tout instant me tuent ; il me semble que j'ai été condamné à mort, mais pas à l'agonie, à l'agonie en pleine connaissance et d'une longueur que la nature rougirait de faire subir au plus infime des êtres.

Et si seulement un mot, un seul de vous, venait me retrouver dans mon caveau, cela diminuerait mes douleurs. Ainsi, le seul fait de la restitution de « Lamenais » qui m'a été faite il y a quelques jours, jointe à l'autorisation de vous écrire sous pli fermé, — deux choses que j'attribue à vos démarches et qui semblent m'affirmer que vous pensez à moi, — ont versé une goutte de joie dans mon cœur. Je suis si seul, tout autour de moi est si glacial qu'il ne faut pas vous étonner de l'avidité des regards que je tourne vers vous. Vous êtes la seule lumière qui soit auprès de ma tombe, et votre cœur m'a paru si bon que je voudrais pouvoir sans cesse y puiser une douce chaleur, en attendant que le couteau ait détruit le peu de vie qui reste encore en moi. Pourquoi ne le puis-je, hélas !

C'est bien pénible, Maître Sévère, de savoir qu'on va quitter l'existence. Quelque misérable que soit la condition humaine, on la préfère à la mort (ce qui n'est pas une raison qui permette de manquer à ce que l'on doit, pour conserver la vie). Seulement, bien des hommes ont tort de chercher à peindre à leur semblables les joies que fait éprouver la mort, dans le but de les entraîner au martyre. C'est agir en mystificateur et exposer des malheureux à prendre une route dont ils ne seront peut-être pas assez forts pour supporter la route. Ce n'est plus ainsi que l'on doit chercher à mener le monde. Disons-lui donc  ce qui est vrai ; la perspective de l'anéantissement de notre être est une douleur, la nature le veut d'ailleurs, et celui  qui ne l'éprouve point doit être un monstre.
Que ceux qui s'exposent aux supplices ne soient désormais que des hommes le faisant pour la défense du droit et non des mystiques croyant cueillir une joie suprême. Il y en aura peut-être moins, mais je crois que ce sera plus raisonnable.


22 octobre.

Encore une journée qui s'ouvre et rien de nouveau ! Je suis de plus en plus faible. Je puis comparer mon corps à un hippodrome où la nature et la guillotine où la nature se disputent le prix ; laquelle emportera le terrain qui doit servir de récompense au vainqueur ? Si la dernière ne se hâte pas, je crois qu'elle arrivera trop tard.
La journée s'achève, ce sera peut-être demain.


23 octobre.

Ce n'est pas pour ce matin ; encore vingt-quatre à vivre. Si ça pouvait durer jusqu'au courrier, je pourrais peut-être encore lire des nouvelles de vous et de France.

25 octobre.

Ce n'est pas encore pour aujourd'hui ; si ce n'est pas demain, j'aurai crédit pour 48 heures, comme on n'exécute pas le dimanche.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . .
4 heures du soir. — J'ai de forts soupçons que ce sera pour demain matin.
8 heures du soir. — Arrive un bateau dont j'entends le sifflet, puis j'entends crier : « voilà la chaloupe » (c'est celle qui vient d'ordinaire pour cette besogne), cela confirme mes soupçons , c'est pour demain.

26 octobre.

J'ai bien dormi, il est 6 heures. Encore rien de nouveau.

3 novembre.

On introduit dansa cellule l'officier d'administration, délégué du commissaire du gouvernement.
Il me donne notification du rejet de pourvoi en cour de cassation contre la décision du Conseil de révision de Cayenne.
Je lui en donne reçu et il se retire. Je ne puis m'empêcher de réfléchir.
Un rejet de pourvoi ne se notifie dans l'usage qu'au dernier moment, et je ne sais pourquoi cette notification  officielle, d'une chose que je savais déjà avec certitude, résonne dans mon oreille comme le glas funèbre. Il faut que le courrier ait apporté un ordre d'exécution pour que cette notification, qu'on pouvait me faire depuis si longtemps, me soit faite aujourd'hui.
Plus que jamais, c'est pour demain — ou après.


17 novembre (M. Reinach écrit ci-après que le dernier écrit de Girier s'arrête au 15 novembre ?).

Ça va mal aujourd'hui ; à force de se prolonger, le sentiment de ma situation me devient plus poignant, j'éprouve un malaise au cœur ; toujours seul, le vide qui m'entoure est horrible, les hommes qui y paraissent ne sont pour moi que des ombres, tout cela me glace.

15 novembre.

Je ferme ce pli, je n'ai plus de papier, je souffre trop ; si je laissais ce pli avant d'aller à la guillotine, on ne vous l'enverrait peut-être pas.
Si vous saviez ce que l'on me fait souffrir, c'est atroce.
Adieu pour la dernière fois, personne n'est si malheureux que je le suis…. C'est odieux.
Une seule et dernière chose : si par malheur survenait une commutation, Maître Sévère, je vous en conjure, tirez-moi du bagne où mon agonie y sera atroce et ma mort horrible.
Ne m'oubliez pas.


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MessageSujet: Vie et mort de Girier-Lorion   Dim 20 Oct 2013 - 21:46

Suite du rapport de M. Reinach.

Le journal de cet effroyable cauchemar s'arrête au 15 novembre. De cette date à l'époque où Lorion-Girier a été informé de sa commutation de peine, il s'est écoulé, au moins, deux mois et demi.
Qu'est devenu depuis 1896, ce misérable ?
D'abord on l'a cru fou. Un courageux écrivain, M. Henri Leyret (6), qui, le premier, dans trois beaux articles du Journal, a invoqué la pitié humaine en faveur de cet infortuné, cite, à la date d'avril 1897, une lettre officielle où il est affirmé que « Girier a été enfermé à l'asile des aliénés de Cayenne, après avoir subi un long traitement à l'hôpital des îles du Salut. » M. Leyret éprouve un doute : il n'existe pas d'asile d'aliénés à Cayenne ; en aurait-on improvisé un, spécialement, pour Girier ?

(6). Henri Leyret
Journaliste et écrivain (1864-1944). En plein faubourg, Le Président de la République, son rôle, ses droits, ses devoirs, La République et les politiciens, La Tyrannie des politiciens, Les Tyrans ridicules etc.
Dans son ouvrage En plein faubourg, Leyret raconte une expérience singulière qu'il a vécu. Afin d'observer de très près la vie du monde ouvrier autour d'un comptoir, il s'établi comme bistrotier dans le quartier populaire de Belleville.
Un aperçu ici :
http://les.nuits.rouges.free.fr/spip.php?article20
et ici :
http://www.des-gens.net/Un-journaliste-devient-bistro

Puis, le 13 juin, « la situation de Girier se précise ». Une lettre du forçat, échappée à la surveillance administrative, mise à la poste à Cayenne le 1er mai, est arrivée à Paris. M. Leyret publie cette lettre :

Ma très chère cousine,

Vous recevez cette lettre, dites au monde que le soleil brûlant des tropiques, sur un rocher de l'océan, dans de sombres corridors, derrière de sinistres barreaux, sur la dalle des cachots, Girier innocent agonise.
Dites à l'humanité que c'est à elle qu'il en appelle de ces souffrances, que les preuves de son innocence existent encore et qu'elle a le devoir de les entendre. Dites-lui que le bagne m'enserre chaque jour davantage de ses gifles fangeuses et qu'il me mange.
Dites aux hommes que les requins m'attendent dans la rade et que, si l'on m'abandonne, je leur serai bientôt servi : DIX DES NOTRES ont déjà servi aux repas de ces squales.
Et je ne suis coupable que l'amour envers l'humanité, je ne  souffre que de ne pouvoir plus lutter pour elle : ma conscience le sait.
Au secours.


Anthelme Girier.


Mme Séverine, qui a appuyé la campagne de M. Henri Leyret en faveur de Girier, terminait en ces termes l'un de ses articles : Tout anarchiste qu'il soit, ô modérés, c'est tout de même un homme ! »
Il ne s'agit ici ni de modérés, ni de radicaux, ni d'anarchistes.
La politique a son domaine ; la justice a le sien ; et la pitié n'a point perdu le sien. Il n'y a place ici que pour l'éternelle parole du poète :
Homo sum, nihil humani a me alienum puto. (7).

(7). Je suis un homme, et rien de ce qui touche un homme ne m'est étranger.

Il y a des raisons de cœur que la véritable raison ne doit pas ignorer.
Aujourd'hui, et depuis que ce lamentable dossier nous a été transmis, Girier est mort *, ni la pitié ni la justice des hommes ne peuvent rien pour ce cadavre. Mais trop d'enseignements se dégagent de cette histoire pour que nous n'ayons pas jugé utile de la retracer. Il faut que la police renonce à l'abominable pratique des agents provocateurs, cause de tant de malheurs et d'injustices. Il faut que la presse médite sur les maux irréparables qui peuvent sortir d'une information, hasardeuse peut-être, mensongère assurément, comme celle qui fut comme lancée par le Cri des travailleurs et qui jeta Girier dans le crime.                                                  
Il faut que l'administration pénitentiaire des colonies renonce à des pratiques odieuses renonce à ces pratiques odieuses, barbares, indignes d'un peuple civilisé. Il était nécessaire d'écrire ces pages rien que pour provoquer de la part du  gouvernement de la République, une réforme radicale de pareilles sauvageries, et de la part du Parlement, si le gouvernement hésitait à faire son devoir, une enquête sérieuse et sévère ».

M. Reinach.

Fin du rapport.
______________________________________

* Girier est décédé le 16 novembre 1898.

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MessageSujet: Vie et mort de Girier-Lorion   Dim 20 Oct 2013 - 22:10

Remarques sur les noms des transportés tués mentionnés par M. Reinach :

— Lauthier. Il s'agit de Léauthier.
— Lebault. Il s'agit de Lebeau
— Merneis. Il s'agit de Meyrueis.                                                                          
— Kervaus. Il s'agit de Thiervoz.
Boési ? Il est mentionné sur de nombreux blogs mais ne figure pas dans la Base de données des dossiers individuels des condamnés au bagne ?
Mastervin ? Il est mentionné sur de nombreux blogs mais ne figure pas dans la Base de données des dossiers individuels des condamnés au bagne ? Liard-Courtois le mentionne (il écrit Maservin), ainsi que Boési (il écrit Boésie) dans son ouvrage Souvenirs du bagne (1903) :
« Léautier, Lebault et Maservin furent découverts quelques instants après. Prévenus par le bruit de la fusillade, sous laquelle venait de succomber Simon, que tout espoir était vain et sentant toute résistance inutile, ils voulurent mourir en braves. Après s'être embrassés, ils déchirèrent leurs vareuses et présentant aux balles leurs poitrines nues, ils se prirent par la main et tombèrent en poussant ce cri qui rendait toute leur pensée et résumait les aspirations de toute leur vie : « Vive la liberté ! Vive l'anarchie ! »
Dervaux, Chévenet dit Chalabert, Boésie et Garnier furent tués au hasard de la rencontre
».

Le relation de Liard-Courtois est de seconde main — il n'est arrivé aux îles qu'en 1895— ce qui peut expliquer les erreurs d'orthographe de certains patronymes : Léautier, Lebault, Mermès, Kervaux etc.
On comprend moins les erreurs d'orthographe dans le rapport de M. Reinach.

Liard-Courtois mentionne également un nommé Mathey, abattu dans sa case  : …………. « Quelques-uns [gardiens] pourtant, moins pusillanimes ou plus avides de sang, poussèrent jusqu'aux cases des forçats. Celles-ci étaient aux trois quarts vides. Un condamné nommé Mathey, qui n'avait pas bougé, y fut tué par un surveillant de deux coups de revolver à bout portant. ».

Une version différente, et plus sanglante encore, a été donnée par Eugène Degrave, ex bagnard au îles du Salut, dans son livre   Le bagne . Il nomme la victime, Matéi :
« En arrivant au camp, les soldats firent un feu de salve à travers la porte grillée du huitième peloton parce qu'il y avait du sang sur les barreaux. Ils blessèrent un Italien, nommé Matéi, qui n'était pas anarchiste et n'était pour rien dans la révolte. Celui-ci se mettant au milieu de la case leur dit : « Vous tirez sur des hommes sans défense, lâches, à travers les barreaux d'une grille. Vous voulez voir mourir un homme? Regardez. » Il prend son couteau et s'ouvre le ventre, puis s'arrachant les intestins avec les mains, il tombe en disant : « Ah !  qu'il est doux de mourir ! »

Il s'agit très probablement d'Eugène Mattei porté dans la Base de données des dossiers individuels des condamnés au bagne avec la mention : décédé le 21 octobre 1894.

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MessageSujet: Vie et mort de Girier-Lorion   Dim 20 Oct 2013 - 23:57

Des blogs libertaires, des topics consacrés à la révolte de 1894, des livres etc. mentionnent le chiffre de douze  transportés tués, d'autres en indiquent onze. Quel est le chiffre exact ? Liard-courtois écrit : «…… quinze homme trouvèrent la mort ». Inclut-il les surveillants tués ? Le chiffre de quatre surveillants tués est mentionné le plus souvent. (Paul Mimande, dans son livre forçats et proscrits n'en mentionne que deux ?) Eugène Degrave mentionne douze transportés tués.

En reprenant les noms des tués cités plus haut, et contrôlés dans la Base des données individuels des condamnés au bagne, on atteint le chiffre de dix tués (les indications en lettrage bleu proviennent de la Base de données des dossiers individuels des condamnés au bagne) :
                                                             
- Chevenet Benoît. Matricule 25673. Anarchiste. Tué dans la révolte des îles du Salut le 21 octobre 1894.
                                                         
- Garnier Jules Stanislas Joseph Amboise. Matricule 19057. Tué dans la révolte des îles du Salut le 21 octobre 1894.
                                                         
- Léauthier Léon Jules. Matricule 26548. Tué dans la révolte des îles du Salut le 21 octobre 1894.

- Lebeau Luis. Matricule 26156. Tué dans la révolte des îles du Salut le 21 octobre 1894.    
       
- Mattei Eugène dit Vulgo. Matricule 24658. Décédé le 21 octobre 1894.

- Mazarguil Julien. Matricule 26176. Décédé le 21 octobre 1894.

- Meyrueis Henri Pierre. Matricule 26183. Anarchiste. Tué dans la révolte des îles du Salut, le 21 octobre 1894.  

- Marpaux Edmond  Aubin. Matricule 26564. Décédé 21 octobre 1894.

- Simon Charles Achille, dit Biscuit. Matricule 25607. Condamné aux travaux forcés à perpétuité.   Anarchiste, a participé avec Ravachol aux attentats contre le président de la cour d'assises de la Seine, Benoit, et le substitut Bulot. Tué le 21 octobre 1894 dans la révolte des îles du Salut.

- Thiervoz Maxime François. Matricule 25800. Décédé le 21 octobre 1894. Tué dans la révolte des îles du Salut.

Il manquerait donc les noms d'un ou deux tués ?

Mme Valérie Pontet dans son Mémoire de maîtrise de sociologie politique, Les anarchistes dans les bagnes de Guyane 1887 à 1914 : comportement et perception du monde concentrationnaire * écrit :

« Les transportés Simon, Léauthier, Lebault et Maservin sont fusillés, leurs derniers mots seront " Vive l'anarchie ! ". Dervaux, Chévenet, Boésie, Garnier, Mermès, Kerveaux et Marpeaux subissent le même sort ».

Là aussi  on trouve les mêmes erreurs d'orthographe que celles vues précédemment.

* Année 1994-1995, sous le direction de Marc Lazar, Paris : Université Paris X - Nanterre, 1995.

Voir : http://www.atelierdecreationlibertaire.com/alexandre-jacob/2009/04/revolte-d’anarchistes-en-guyane/

_________________________
Relevé dans Petit Parisien, du 29-07-1895.
(Source : galica.bnf.fr)

LES ANARCHISTES DE LA GUYANE

On nous écrit de Cayenne :
Le procès des transportés anarchistes est terminé.

L'administration du bagne, dérogeant à ses habitudes, grâce à un directeur d'esprit libéral, a accordé a chaque accusé un défenseur, choisi en dehors du corps des surveillants militaires et du cadre administratif. Dans cette cause tous les avocats occupèrent gracieusement, bien entendu.

On s'attendait à un procès retentissant, à grandes révélations, on n'a eu qu'une cause puérile. A l'exception de Girier, véritablement anarchiste convaincu, et dont la tenue d'ailleurs fut très bonne, on n'a entendu que d'assez vilains personnages, au casier judiciaire très chargé, Monière, Pisto, Lopèze, etc.
Girier et Monière * ont été condamnés à la peine de mort.
La condamnation qui a frappé Girier a paru inique.
Cet accusé, qui s'est déclaré innocent, a néanmoins refusé de signer son recours en grâce.

* Monière = Mamer.

________________________________
Note sur Girier-Lorion.

Liard-Courtois a pu le rencontrer, très peu de temps avant sa mort, grâce à sa persévérance et à l'obligeance d'une religieuse avec laquelle il avait sympathisé :

« Il n'était plus que l'ombre de lui-même ; toute tentative pour le sauver eût été vaine. Son corps était couvert de plaies ; et la fièvre, la dysenterie, le scorbut, avaient laissé sur son épiderme d'horribles stigmates qui, en se joignant, y formaient d'épouvantables marbrures.
. . . . . . . . . . .  .  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Quelques heures après l'entrevue Girier-Lorion s'est éteint.
Le lendemain au soir, son corps fut jeté à mer…
».

_______________________________________


Girier Jean-Baptiste, Anthelme, Eugène, dit Lorion.  
Né à Lyon le 21 avril 1869.
(matricule 24636 au bagne de Guyane).



Couverture d'une brochure en mémoire de Girier-Lorion
Source : Éphéméride anarchiste
http://www.ephemanar.net/novembre16.html
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