La Veuve

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 Les recours en grâce

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benjamin
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MessageSujet: Les affres qui précèdent l'attente de la grâce.   Ven 28 Juin 2013 - 19:07

Eugène Dieudonné, la vie des forçats
Chapitre 1er

APRÈS LE VERDICT

A Me DE MORO-GIAEFERI


  L'atmosphère de la salle des Assises est pesante, angoissée.
  Le jury a rendu un verdict affirmatif.
  Les gardes ramènent les accusés dans le box.
  Dans le lourd silence, le président laisse tomber les sentences. Sentences de mort, de bagne, de réclusion... Tout Ce qui suit, efforts suprêmes de la défense, conclusions, protestations, appels à la miséricorde, colères, faiblesses ou cynisme, tout cela semble vain comme le désespoir.
  C'est fini.
  La salle se vide des amateurs de sensations d'assises.
  Les gardes évacuent les condamnés.
 Par les degrés d'un colimaçon de pierre qui n'en finit plus, la caravane enchaînée descend à la Conciergerie.
Le froid du hall dallé tombe sur les épaules.
 Les condamnés s'arrêtent sur .un signe du directeur.
 I 'appel commence :
 « Un tel ?
 - A quoi êtes-vous condamné ?
 -A mort...
 - Un tel, un tel, un tel... »
 Chacun répond par la condamnation qui vient de le frapper, puis est dirigé vers la cellule qu'on lui a réservée.
 Les pas sur les dalles sonores, le grincement des serrures, les portes qui claquent, les ordres brefs, les réponses gouailleuses ou apeurées, l'écho qui se plaint comme s'i} ne pouvait fuir, tout contribue à parfaire l'impres­sion d'abandon définitif.
 L'appel est terminé.
 Dans chaque cellule, le déshabillage commence.  Les  gardiens  inventorient les effets civils,  puis  font  endosser  au  condamné le rude et infamant costume pénal. Tout est bien fini.
 De Profundis.

***********

 Les gardiens ont garrotté le condamné à mort dans une camisole de force, de crainte qu'il n'attente à ses jours. Car il est condamné à avoir la tête tranchée sur une place publique, et non pas à mourir simplement, surtout pas d'une mort de son choix.
 Le condamné à mort ne sera plus jamais seul.
 Toujours, à ses côtés, deux gardiens lui tiendront compagnie, de jour et de nuit, toujours témoins de ses moindres gestes, attentifs à ses plus futiles propos, près à appeler à la moindre suspicion.
 Alors le condamné tombe dans une sorte d'engourdissement léthargique. L'effort nerveux a été trop soutenu, trop intense, trop long. Les longs mois de prévention l'ont mis à rude épreuve. Les débats des assises l'ont abruti. La condamnation l'a assommé. L'épave garrottée gît maintenant sur son grabat, insensible à tout. Les derniers bruits de la ville forcent péniblement les murs de la pri­son séculaire et bercent son sommeil, si proche, déjà, de la mort qui vient.
 Sur leurs chaises de bois dur, les gardiens surveillent...
 Soudain, des bruits. Ce n'est que le départ pour la Santé. On extrait le condamné de sa Cellule et on le monte dans la voiture cellulaire qui l'attend dans la cour. Des policiers montent avec lui dans la triste voilure pour le dernier voyage à travers la ville.
 Ces hommes rudes ont maintenant des attentions délicates pour le décapité de demain. Ils l'incitent au courage, à l'espoir.
 Ainsi devisant, on arrive à la Santé. Dans la cour, le personnel est au complet. Une sorte de solennité funèbre marque les visages. On descend le condamné avec des précautions d'infirmières. On lui enlève la camisole de force, et aussi ses vieux effets de la Concier­gerie. Il est maintenant dans une vaste cellule, tout nu, au milieu d'une douzaine d'hommes, directeur, médecin, policiers et gardiens. Nu comme il est, on n'a pas encore confiance.  Il peut receler en lui quelque poison ou quelque arme minuscule, avec quoi il pourrait mettre fin à ses jours. Pas de cela, condamné. Tu dois mourir à la guillotine, pas autrement.
 Les gardiens-infirmiers, experts en l'art de fouiller les hommes nus, commencent leur besogne.
 « Baissez-vous. Toussez. Plus fort. Relevez-vous. Toussez. Ouvrez la bouche, écartez les bras, les doigts, les jambes... »
 Les infirmiers palpent, écartent, sondent, regardent dans la bouche, sous la langue, dans les oreilles, entre les orteils, partout. Aucun orifice n'échappe à leur science. Et tout cela gentiment, comme une sœur d'hôpital à un blessé.
 On apporte ensuite un costume pénal tout neuf au condamné. On le lui endosse, non sans l'avoir au préalable examiné encore sur toutes les coutures, un tailleur complice pouvant y avoir caché quelque objet libérateur. Sa cellule est absolument nue. Mais le directeur veut s'en assurer lui-même. Il monte sur un escabeau et, ainsi juché, passe sa main sur les murs, sur les rayons, les vitres. A peu près sûr maintenant de son condamné, le directeur quitte la cellule. Gênés, les deux gardiens de faction regardent en tapinois le condamné à mort qui, hébété, ahuri, se tâte et semble s'éveiller d'un hallucinant cauchemar.
 Mais le guichet de la porte s'ouvre. Le cantinier demande au condamné ce qu'il désire manger. L'instinct reprend ses droits ; le condamné choisit son menu et mange comme un vivant. Il est tard. Le condamné s'endort pesamment et ne s'éveillera qu'au matin. Les gardiens, pour tuer le sommeil, s'acharnent à une interminable partie de belote.
 Six heures du matin. La vaste prison s'éveille à grands bruits de pas sonores, de clés ouvrant les lourdes portes, de guichets qui claquent, d'appels claironnant dans les hauts couloirs.
 Le vieux père Jean, gardien de choix, houspille les auxiliaires :
 « Eh bien ! Le café du condamné à mort ! » Les auxiliaires s'empressent. Brave père Jean ! Il n'a pas son pareil pour remonter un homme, lui redonner le goût de la vie. A l'entendre, l'espoir se fortifie. Désormais, il fera ce qu'il voudra de son condamné.
 Gentiment il lui passera les menottes pour la promenade, l'accompagnera jusqu'au préau, lui donnera des cigarettes et le laissera dehors plus que l'heure réglementaire. Mais il faut bien rentrer. Le père Jean ramène son prisonnier, lui enlève les menottes et l'enferme en douceur, sans faire claquer la porte, sans faire grincer la serrure.
 Ce sera ainsi pendant un mois, deux mois, trois peut-être.
 Le condamné s'habitue à son sort. Vingt fois par jour, on crie dans les couloirs : « Ceci, cela ou encore cela pour le condamné à mort. » II y a un registre spécial pour ses lettres, une visite médicale spéciale, des rondes spéciales du directeur, du contrôleur, du gardien-chef. Ce rappel incessant de la mort, irrite un peu au début.      
 Puis on s'y fait, comme à toutes les situations irrémédiables. D'ailleurs, les murs sont hauts, la vigilance constante, l'évasion impossible.
 Une sorte d'apaisement inonde peu à peu l'âme du condamné. Les avocats l'aident puissamment dans cette voie.
 Ce qu'il peut y avoir de dévouement généreux chez un homme, on l'apprend là, dans une  cellule de  condamné à  mort,  lorsque l'avocat vous prend les deux mains, vous regarde dans le fond des yeux et vous crie de tout son cœur angoissé : « Ils ne l'auront pas votre tête... » Et s'éloigne la vision de la guillotine, plus loin, tout là-bas, pour disparaître enfin et faire place à l'espoir tenace en la vie. On a le sentiment d'être un condamné à mort honoraire. Les jours de bonne humeur, on ne donnerait pas sa place contre celle du clochard qui vous sert de domestique et qui ne fait, lui, que quatre mois de prison.
 Cependant les jours passent, et les semaines, et les mois. Le doute envahit le condamné. Ne serait-ce que pitié toutes ces paroles de réconfort et d'espoir?
 Il lui apparaît que le silence se fait plus profond autour de lui. On ne prononce plus guère ce mot de condamné à mort dans les couloirs. Les avocats sont comme recueillis, graves, et serrent la main du condamné avec plus de chaleur comme à un agonisant. Les gardiens ne peuvent plus celer une gêne réelle. La nuit, ils vont et viennent à pas feutrés dans la cellule, et semblent écouter quelque bruit du dehors.
 Alors le condamné sait que son dernier jour, approche.
 Sera-ce demain, bu après ou dans quelques jours ?...

***************************************

 C'est pour ce matin.
 Les gardiens sont plus anxieux encore.
 Les pas feutrés dans les couloirs sont plus nombreux que d'habitude. La ville apporte dans la cellule des bruits lointains et insolites,: comme des piétinements de chevaux et de foule contenue.
 Quatre heures du matin sonnent comme un glas.
 Des pas nombreux montent l'escalier île pierre, traversent les longs couloirs et s'ar­rêtent devant une porte.
 La porte s'ouvre.
 Des gardiens, gauches et intimidés, envahissent la cellule du condamné à mort.
Lui, accoudé sur sa couchette, le cœur arrêté, les yeux fixant le trou béant de la porte ouverte, attend du noir messager qui entre l'arrêt de vie ou de mort.
 Un siècle se passe...
 Ce n'est pas la mort...
 Cependant, à côté de sa cellule, d'autres portes se sont ouvertes.
 Le rescapé écoute, frémissant.
 Des pas nombreux quittent en hâte les cellules, traversent les longs couloirs, descendent l'escalier de pierre, puis... plus rien.
 Au dehors, la guillotine fonctionne.
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TomAix
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MessageSujet: Le recours en grâce    Jeu 11 Fév 2016 - 20:37

Site très bien fait ! Bravo à son ou ses créateurs ! Étant passionné d'histoire et ayant une formation de juriste cela me passionne d'avantage.

Un condamné a t'il déjà vu sa grâce refusée puis finalement acceptée juste avant l'exécution  ?

Désolé pour la petite erreur de frappe.

A part Boyer bien sûr car c'était deux présidents (Doumer et Lebrun )
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Adelayde
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MessageSujet: Re: Les recours en grâce   Jeu 11 Fév 2016 - 21:18

Bonjour TomAix, bienvenue parmi nous.   queen

Sylvain Larue, alias "Nemo", est le fondateur du site Guillotine. Écrivain, historien et chercheur, il est parmi les plus grands spécialistes de l'étude du monde criminel.

http://www.amazon.fr/Sylvain-Larue/e/B004MJY32Q

Je n'ai pas d'exemple de grâce refusée dans un premier temps puis acceptée mais cela s'est peut-être produit.

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Nemo
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MessageSujet: Re: Les recours en grâce   Ven 12 Fév 2016 - 12:34

Le cas Joseph Robin répond à ces critères (en 1948).

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"C'est par ma seule volonté que mon esprit se meut. C'est par l'élixir de Sapho que ma pensée s'accélère. Les lèvres se tachent, les taches deviennent mise en garde. C'est par ma seule volonté que mon esprit se meut."
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baboune55
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MessageSujet: Re: Les recours en grâce   Ven 12 Fév 2016 - 12:50

A propos de grâce accordée au dernier moment, j'ai souvenir d'un cas (lu dans je ne sais plus quel livre) d'une exécution stoppée à l'ultime seconde (le condamné était déjà plaqué contre la bascule) à cause d'une erreur de cellule... Le prisonnier fut ramené dans la prison et le lendemain matin ses cheveux avaient blanchis !

Peut-être un membre du forum connait les détails de cette histoire ?
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TomAix
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MessageSujet: Re: Les recours en grâce   Ven 12 Fév 2016 - 12:54

Merci Sylvain !

Oui il me semble avoir lu cela dans le livre d'Henri Charrière (Papillon ) en Guyane .

Le condamné a été gracié
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TomAix
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MessageSujet: Re: Les recours en grâce   Ven 12 Fév 2016 - 13:39

L'auteur parle d'un savoyard horloger ,pas de nom
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benjamin
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MessageSujet: Re: Les recours en grâce   Ven 12 Fév 2016 - 16:56

baboune55 a écrit:
A propos de grâce accordée au dernier moment, j'ai souvenir d'un cas (lu dans je ne sais plus quel livre) d'une exécution stoppée à l'ultime seconde (le condamné était déjà plaqué contre la bascule) à cause d'une erreur de cellule... Le prisonnier fut ramené dans la prison et le lendemain matin ses cheveux avaient blanchis !

Peut-être un membre du forum connait les détails de cette histoire ?

Bonjour,

Il s'agit d'une légende, on situe cette histoire à St Laurent du Maroni, dans le camp de la transportation (bagnards)

C'est un des innombrables bobards (de Charrière alias papillon entre autres). J'ai parlé avec la "victime" en 1982 (il avait 86 ans) et il en souriait. Un jour d'exécution, un gardien a ouvert sa porte et... l'a refermée en une seconde. Comme il était juste emprisonné pour indiscipline dans le quartier disciplinaire (où quelques cellules étaient affectées aux condamnés à mort quand il y en avait) il m'a assuré ne pas avoir eu spécialement peur, et avoir gardé ses cheveux, de leur couleur d'origine.

Cordialement

www.bagnedeguyane.fr (mon site en construction)


Dernière édition par benjamin le Ven 12 Fév 2016 - 18:00, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les recours en grâce   Ven 12 Fév 2016 - 17:54

Merci pour cette précision, Benjamin.

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benjamin
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MessageSujet: Re: Les recours en grâce   Ven 12 Fév 2016 - 18:36

Et pour les recours dans le cadre "normal", le bourreau et ses assistants ne se dérangeant que quand le chef de l'état a expressément refusé la grâce, on ne voit pas comment on pourrait, par erreur, commencer le processus... Le condamné étant réveillé par tout un aréopage dont un magistrat, il est douteux que tout cet enchainement de circonstances se produise.
Le condamné est réveillé par la formule "votre recours est rejeté" qui précède l'exécution, ou il est informé que la grâce étant accordée, il est condamné à perpétuité
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TomAix
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MessageSujet: Re: Les recours en grâce   Ven 12 Fév 2016 - 22:06

Merci beaucoup pour vos informations!!

On peut évoquer le contraire aussi ;dans ce cas là c'est horrible ! L'AFP avait évoqué que Ranucci était gracié et finalement c'était une erreur d'un journaliste
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TomAix
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MessageSujet: Re: Les recours en grâce   Ven 12 Fév 2016 - 22:06

Merci beaucoup pour vos informations!!

On peut évoquer le contraire aussi ;dans ce cas là c'est horrible ! L'AFP avait évoqué que Ranucci était gracié et finalement c'était une erreur d'un journaliste
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MessageSujet: Re: Les recours en grâce   

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