La Veuve

Forum consacré à l'étude historique et culturelle de la guillotine et des sujets connexes
 
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 Florence Rey-Audry Maupin

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petite lucarne
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MessageSujet: Florence Rey-Audry Maupin   Jeu 27 Aoû 2009 - 14:33

Florence Rey,

Un visage de cendre qui a surgit dans l’histoire un matin d’octobre 1994, deux yeux sombres qui fixaient le spectateur glacé d’effroi par l’inimaginable massacre perpétré par deux étudiants, sans histoire ni antécédents judiciaires, au centre de Paris.

Elle est la dernière criminelle pour laquelle un ministre, qui plus est le ministre de l’Intérieur (Charles Pasqua), s’est déclaré officiellement favorable à la réintroduction de la peine de mort.

4 ans plus tard, à son procès, loin de la goule sanguinaire ou de la passionaria d’extrême gauche que l’on s’était plu à décrire, Florence Rey est apparue livide et balbutiante, le regard perdu, tel un petit animal se débattant dans la marée noire de ses actes, un oisillon tombé du nid, englué dans les questions des avocats et les témoignages des victimes face auxquels elle perdit pied. Cependant, cette fragilité, feinte ou réelle, sut émouvoir les jurés qui se montrèrent cléments.

Florence Rey, c’est aussi un silence qui a alimenté tous les fantasmes. 15 ans plus tard, la même question revient toujours : pourquoi ? Elle seule le sait. Mais elle se refuse à parler.

Détenue modèle, dont l’administration a loué le comportement, elle a été libérée au terme de sa peine et a « tourné la page ».

Comme le dit Georges Moréas, policier et célèbre blogueur, elle a aujourd’hui 34 ans, l’âge moyen de ses victimes. Elle est sortie de prison, elle peut refaire sa vie en repartant de zéro. Tenter d'oublier ce visage de cendre, cette histoire de sang. Indélébile, pourtant.

Cette affaire est exceptionnelle par les fantasmes qu'elle a nourris. Elle permet d'interroger la représentation sociale de la femme criminelle, mais aussi celle des crimes en couple. Elle met également en oeuvre la représentation de la jeunesse et de sa révolte sur fond d'engagement anarchiste. Enfin, l'affaire Rey-Maupin est aussi l'histoire d'une récupération médiatique qui est allée jusqu'au montage via l'association du jeune couple aux héros de Tueurs nés.


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fouche
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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Jeu 27 Aoû 2009 - 19:35

On pense à Philippe MAURICE, un gamin lui aussi, qui sombre dans la violence et l'absence de contrôle, que l'on veut aussi guillotiner sans penser à son age, et à ses chances de réhabilitations morales.

Tous deux, après de longues années de détention, méritent de sortir, et l'on se dit que l'on aurait tout perdu à les exécuter.

On peut parler des victimes évidemment, de la tristesse que leur drame personnel nous inspire, et tout de même penser que la Justice n'a pas à se faire l'instrument de leur désir de vengeance.
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Boisdejustice
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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Ven 28 Aoû 2009 - 2:33

Difficile de decider si les consequences des actes irresponsables doivent etre mitiges par le systeme judiciaire...

Un motocycliste qui roule beaucoup trop vite et embrasse la barriere de securite a la sortie d'un virage... est-ce injuste? Un automobiliste qui boit deux ou trois verres de trop et se plante dans un platane... est-ce-qu'on le plaint? Le narcomane qui overdose sur la cocaine et meurt d'une crise cardiaque... attire-t-il la pitie? Les actes irresponsables ont souvent des consequences mortelles.

La mort nous attend tous, la seule question c'est quand? Si on ne respecte pas la vie d'autruit a-t-on le droit de demander que la societe respecte la notre?

La peine capitale est juste et pas vraiment disproportionnee quand on la compare aux crimes commis par ceux qui la meritent...

Je ne crois pas que la societe aurait vraiment souffert si Florence Rey avait ete guillotinee pour ce crime odieux, pas plus que si les policiers avaient vise un peu mieux quinze ans plus tot. J'aurais preferer voir survivre une de ses quatres victimes... Si dans deux ou trois ans elle tue quelqu'un d'autre, qu'en penserez vous?

La justice, ce n'est pas la vengeance mais un systeme de consequences qui doit rester immuable et implacable afin de dissuader les criminels avant qu'ils commettent leur crime.

Bien sur, cette conclusion n'est valable qu'avec la presupposition qu'elle etait coupable et pas juste la victime innocente d'Audry Maupin.
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petite lucarne
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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Ven 28 Aoû 2009 - 9:12

C'est une affaire complexe. Pas facile de juger. Il y avait les faits (pas très clairs), le flou qui entouraient les mobiles, la personnalité de l'accusée, son enfance, son évolution, son attitude étrange durant le procès, l'hystérie médiatique... La peine était-elle trop lourde ou trop légère? Le délibéré a été très long. La presse était divisée à l'époque sur ce point. À la sortie aucune des parties n'étaient satisfaites, c'est peut-être le signe d'une bonne justice...

Citation :
la victime innocente d'Audry Maupin.

Je ne crois pas qu'elle était la victime d'Audry Maupin (ou alors une victime consentante). Par contre, je me demande si elle n'a pas un peu payé pour lui. Je veux dire que sa peine aurait sans doute été différente si le principal accusé avait été dans le box. Mais peut-être cela lui a-t-il permis de se défendre en rejettant une partie de la responsabilité sur lui.

En tout cas, la société n'aurait rien gagné à ce qu'elle soit guillotinée.

Elle était jeune, on peut espérer qu'elle a changé en prison. Elle a passé des diplômes, il semble qu'elle s'est bien conduite...


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CARNIFEX
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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Ven 28 Aoû 2009 - 12:24

Je regardais cette semaine l'émission "faites entrer l'accusé" consacrée à Patrick HENRY.

Comme vous le savez, après avoir échappé de justesse à la guillotine pour un crime d'enfant horrible, Patrick HENRY a été mis en liberté conditionnelle après 25 ans de détention et a retrouvé du travail auprès d'un imprimeur.

Il devait peu après replonger dans le crime en étant pris à la frontière avec 10 kg de cocaïne.

La réflexion de son employeur m'a ému. Celui-ci avait bravé des centaines de lettres de menace en embauchant malgré tout Patrick HENRY pour lui donner sa chance et le considérer comme un citoyen à part entière.

Aujourd'hui il s'estime trahi et indiquait très justement (avec une émotion visible) que Patrick HENRY continuait de tuer des enfants en vendant de la drogue...et qu'il n'avait pas changé.
No
Si les jurés avaient su qu'une condamnation à perpétuité permet de sortir de prison à partir de 15 ans (avec les remises de peine), auraient-ils rendu un même verdict?


J'appris également que Patrick HENRY avait monnayé 150.000 euros les droits d'auteur pour son livre autobiographique et je me suis rendu compte de l'horreur de la situation.
Evil or Very Mad
Cet homme avait tué un enfant pour de l'argent. L'argent qu'il n'avait finalement pas pu avoir il devait l'obtenir en racontant son crime.

Je trouve cela immoral et regrette vivement que Patrick HENRY n'ait pas été condamné à mort et exécuté.

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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Ven 28 Aoû 2009 - 19:46

Concernant Florence Rey, je suis assez d'accord sur la fait qu'elle a payé pour son complice. D'ailleurs les expertises avaient montré que de toutes les balles tirées par elle, aucune n'était mortelle. Aujourd'hui elle est sortie aprés avoir purgé sa peine. Patrick Henry c'est différent, il était en conditionelle. Il a trahi la société c'est vrai.
J'ai pu me procurer son livre avant le retrait de la vente. Si celà interesse, je pourrais en livrer quelques passages.
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petite lucarne
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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Sam 29 Aoû 2009 - 12:13

Pour tous ceux qui réclament la tête de Florence Rey, la voici! Smile

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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Sam 29 Aoû 2009 - 14:56

Leur histoire ressemble un peu a celle de Starkweather et Fugate.
On a souvent represente Caril Fugate comme la victime de Charles Starkweather. L'avait-il prise en hotage? Avait-elle peur d'etre tuee a son tour? Etait-elle soumise a son controle mental? Ou bien etait-elle sa complice volontaire? Elle avait 14 ans et lui 19 ans. 11 assassinats en 8 jours... Elle a ete liberee en 1976 apres 18 ans en prison alors que lui a fini dans la chaise electrique de l'Etat du Nebraska en 1959.
Le film de Terence Malick "Badlands" (1973) est base sur cette affaire.
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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Sam 29 Aoû 2009 - 23:22

Merci pour la comparaison avec Starkweather et Fugate. Je ne connaissais pas du tout ces criminels. Je vais essayer de trouver le film.

Sur Florence Rey, il y a une BD, Les damnés de Nanterre avec un graphisme tout en noir et rouge très expressioniste et violent. Il y a aussi un livre de David Foenkinos, mais je ne l'ai pas lu.
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Henri
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MessageSujet: Fugate et Starkweather   Dim 30 Aoû 2009 - 16:04

Bonjour.

J'ai peine a croire que quelqu'un de 14 ans puisse etre du meme niveau de criminalite qu'un adulte, personnellement. Je sais bien que la societe americaine est un peu differente de la notre, mais a 14 ans , on est un(e)
ado, et on sait que le mental des ados est celui d'un etre qui change et est en train de se construire.
Cela me rappelle ces deux gamins anglais qui il y a quelques annees, ont entraine un petit de deux ans dans un terrain vague et se sont "amuses" a le tuer a coup de brique. Evidemment ils ont ete arretes et places en etablissement pour delinquants juveniles. Les tabloides anglais ont tout de suite brandi le mot "evil" pour ces deux gosses... Et ils sont ressortis recement avec une autre identite. Certains auraient probablement vote pour qu'ils soient pendus. Leur crime est atroce et irreparable. la famille de leur victime ne se remettra jamais de ce qu'ils lui ont fait subir.
A cote de ca, leur profil familial montrait des sequelles graves. Ils avaient dans les 11/12 ans au moment des faits...
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petite lucarne
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MessageSujet: minorité   Dim 30 Aoû 2009 - 16:58

Citation :
J'ai peine a croire que quelqu'un de 14 ans puisse etre du meme niveau de criminalite qu'un adulte, personnellement. Je sais bien que la societe americaine est un peu differente de la notre, mais a 14 ans , on est un(e)
ado

C'est juste, il ne faut pas l'oublier. Condamner à perpétuité une fille de 14 ans et la garder 18 ans en prison, même si je ne connais pas les détails de ses crimes et que l'époque n'était pas la même, c'est très dur. Ce n'est presque plus de la justice.

Le problème, c'est de fixer une frontière à partir de laquelle une personne doit répondre de ses actes devant une justice pour adulte. À 14 ans on est clairement pas encore totalement responsable, on n'a pas la même conscience des conséquences possibles de ses actes, on est plus influençable. À 16-17 ans, c'est moins clair déjà. Faut-il tenir compte ou pas de l'excuse de minorité ? (pour P. Dils la justice n'a pas tenu compte du fait qu'il était mineur. Elle n'a d'ailleurs pas tenu compte non plus qu'il était innocent... De même, Valérie Subra et ses complices ont été condamnés à la perpétuité comme des adultes) Cela peut entraîner une terrible différence de traitement entre les complices d'un même acte, voire entre un coupable qui serait mineur et son complice majeur.

Pour Florence Rey, la question ne se pose pas. Elle était majeure, faisait des études universitaires. Elle a fait un choix de vie, la marginalité. Un choix idéologique également, l'anarchie. 20 ans pour 4 meurtres, on dira que c'est mesuré, surtout qu'elle a eu droit à une libération anticipée. Au Texas, je me trompe, où c'est typiquement le genre de cas pour lequel on applique la fameuse loi des parties, difficile à comprendre dans notre vision française de la justice (elle envoie les complices sur la chaise électrique au même titre que les auteurs principaux, sans chercher à distinguer le rôle exact des co-accusés)? Bref, elle a eu de la chance d'être condamnée en France et que le jury fasse preuve d'une pitié qu'elle et son copain n'ont pas eue pour les victimes. Et c'est tant mieux. Face à de jeunes adultes, le jury peut tenter un pari sur l'avenir...


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MessageSujet: égalité homme/femme   Mar 1 Sep 2009 - 19:03

Dans le cas de couples criminels, on peut se demander s'il y a vraiment une égalité homme/femme.

Souvent les tribunaux ne sont-ils pas influencés par des stéréotypes sexuels qui jouent en faveur des femmes (douceur, fragilité...) et n'ont-ils pas naturellement tendance à voir dans l'homme le chef et dans la femme la complice ? Il me semble que le jury croira plus facilement un avocat qui présente sa cliente comme une femme soumise et manipulée par son compagnon que le contraire. Évidemment, il y a des contre-exemples comme Sébastien et Véronique (un autre couple d'ados tueurs des années 90) où il a été montré que c'était la fille qui dominait et le garçon qui était sous son emprise.

Pour ce qui est de la peine de mort, je crois qu'après les époux Thomas, il fut habituel de gracier systématiquement les femmes alors que leurs complices masculins n'avaient pas cette chance (je me souviens d'avoir lu une anecdote racontant qu'un condamné à mort (Isidore Gautier, je crois), s'était plaint à l'aumônier de n'avoir pas été gracié comme sa maîtresse avec qui il avait accompli son crime. L'aumônier lui avait répondu qu'il devait plutôt en être fier, car c'était une marque de considération alors qu'en grâciant sa complice les juges l'avaient considérée comme une demi folle ! Il avait fini par acquiesser et par trouver que son sort à lui était plus enviable). On peut s'interroger sur cette "galanterie" qui continua jusqu'à la guerre. Tant mieux pour ces condamnées, mais, si j'avais été féministe à cette époque, j'aurais milité avec un slogan du style "À acte égal, peine égale! Chez Kant, par exemple, la peine de mort est le propre de l'Homme, elle est le revers de sa dignité.
Derrière la clémence envers les femmes n'y a-t-il pas une certaine condescendance ? Cette distinction sous-entend que seul l'homme est pleinement responsable de ses actes. La femme, à qui cette responsabilité est niée, représenterait donc une forme d'humanité inférieure, proche de l'enfance ou, pire, de l'animalité, justifiant des peines moindres.


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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Mer 2 Sep 2009 - 12:44

CARNIFEX a écrit:
Je regardais cette semaine l'émission "faites entrer l'accusé" consacrée à Patrick HENRY.

Comme vous le savez, après avoir échappé de justesse à la guillotine pour un crime d'enfant horrible, Patrick HENRY a été mis en liberté conditionnelle après 25 ans de détention et a retrouvé du travail auprès d'un imprimeur.

Il devait peu après replonger dans le crime en étant pris à la frontière avec 10 kg de cocaïne.

La réflexion de son employeur m'a ému. Celui-ci avait bravé des centaines de lettres de menace en embauchant malgré tout Patrick HENRY pour lui donner sa chance et le considérer comme un citoyen à part entière.

Aujourd'hui il s'estime trahi et indiquait très justement (avec une émotion visible) que Patrick HENRY continuait de tuer des enfants en vendant de la drogue...et qu'il n'avait pas changé.
No
Si les jurés avaient su qu'une condamnation à perpétuité permet de sortir de prison à partir de 15 ans (avec les remises de peine), auraient-ils rendu un même verdict?


J'appris également que Patrick HENRY avait monnayé 150.000 euros les droits d'auteur pour son livre autobiographique et je me suis rendu compte de l'horreur de la situation.
Evil or Very Mad
Cet homme avait tué un enfant pour de l'argent. L'argent qu'il n'avait finalement pas pu avoir il devait l'obtenir en racontant son crime.

Je trouve cela immoral et regrette vivement que Patrick HENRY n'ait pas été condamné à mort et exécuté.
entieremmet de votre avis j'a revu l'emission aussi ,et mon ecoeurement a ete total, non dilué par les années,si dans cette douce france il n'y avait*
qu'un seul qui meritait d'etre eliminé c'est bien lui ,comment voulez que
tous ces pauvres gens qui s'accrochaient aux grilles du tribunal aient encore confiance en la societe?
la vengeance est un acte ponctuel dicté par les sentiments en reaction a une situation donnée, mais la quand c'est une decision qui resulte de la loi
et donc democratiquement decidée ,moi j'appelle ça l'application d'une loi de justice.
quant aux jures a mon humble avis ils ont ete impressionnes par la plaidoirie de badinter qui a generalise sur la peine de mort, Henry passait
au second plan , ça a ete la force de la defense ,Henry y a tout gagne et la societe tout perdu
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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Mer 2 Sep 2009 - 22:36

Hurlemort a écrit:
Stéréotypes et condescendance plaident souvent en faveur des accusées de sexe féminin dans l'esprit des jurés c'est un fait... mais il existe un autre élément que vous occultez soit parce qu'il vous semble incongru ou parce qu'il renvoi à l'irrésistible partialité de la nature humaine... je veux parler de l'aspect physique. Élément que tous nous nous refusons à prendre en compte consciemment mais qui au regard de notre inconscient tient une place capitale.
Nombreuse sont les études qui mettent en évidence qu'en matière d'embauche à CV et compétence égales, désormais, "le beau" l'emporte... et ce principe peut s'appliquer à nombre de situation sitôt qu'il faut départager deux personnes et ce quel que soit les critères appliqués. Réflexe inconscient, sexiste dirons certains car celui-ci profite essentiellement au sexe féminin mais pas seulement rassurons-nous !... What a Face
S'agissant du cas de Florence Rey, pour l'avoir personnellement vu de très près lors des assises on ne peut nier que sont "joli minois " contrastait terriblement avec l'horreur de ses actes...
Cela était renforcé par cet aspect de "gamine paumée" qui inspirait plus de pitié que de haine...
Pour parler trivialement, la première chose que l'on se dit en la voyant c'est "comment une gamine comme ça à bien pu se foutre à ce point dans la merde ?"... Vous noterez que cette réflexion suggère déjà qu'elle est victime d'elle même... Peu avouerons s'être fait cette réflexion et pourtant...
Mais c'est là une réaction parfaitement humaine dès lors que par cette pensée incongrue on s'attache finalement plus à ce qui peut être encore sauvé ou doit l'être pour des raison qui nous dépassent car faisant appel à nos instincts les plus primaires plutôt qu'à ce qui est désormais irréversible, à savoir la mort des victimes.

...Et puis avouez qu'une "sale gueule" attirera moins la pitié qu'une gueule d'ange !
Coupable ou innocent, avoir une sale gueule lorsque l'on se retrouve dans le box des accusés ne facilite pas la tâche des avocats et chatouille un peu trop facilement les préjugés du public et à plus forte raison ceux des jurés... sans parler du parquet qui préfèrera éviter de s'attirer les foudres d'une opinion publique par trop compatissante avec le ou la présumé(e) coupable. qu'elle eût une sale tronche, une attitude méprisante voir de surcroit des origines "peu orthodoxes" et je ne suis pas sûr qu'elle s'en serait sorti sommes toutes, à si bon compte... (notez que je ne condamne pas... la justice se devant d'être humaine, donc forcément injuste...).

La beauté ne pardonne donc pas tout, mais elle excuse souvent pas mal.... Laughing

L'aspect compte au moins autant que l'âge et son air "d'ado paumée" aura sans nul doute joué en sa faveur de façon déterminante, comme l'on rappelé certains d'entre vous, on aura même procédé à une translation des responsabilités sur son compagnons avec d'autant plus de facilité qu'il n'était pas là pour éclairer les jurés sur le partage des fautes... (l'aurait-il fait du reste ?....)

Que l'on repense à la photo anthropométrique de F. Rey diffusée sans relache dans tous les médias et qui symbolise à elle seule toute cette affaire dans l'inconscient collectif... a-t-on l'impression d'y voir un monstre ?... non évidemment. (N'est ce qu'une impression du reste ?... il ne m'appartient pas de le dire; même si j'ai mon avis que je sais au demeurant forcément partial...).
Cette photo à elle seule aura lourdement pesé sur l'opinion du public, des jurés et même très certainement du parquet.

Je pense même que l'ombre du couperet aura malgré sa disparition plané sur cette affaire. Je pense que quelque part dans l'inconscient collectif beaucoup se sont dit :
"voila une tête qui naguère serait sans nul doute tombée sur le champ... mais quel être humain souhaiterait de nos jours voir trancher la tête de cette gamine ?"

Je crois sincèrement que c'est la peine de mort, même si elle n'existait déjà plus au moment de cette affaire, qui aura influencé les jurés... Le seul fait de penser que vingt ans plus tôt ils auraient eu à statuer sur la vie ou la mort de cette jeune femme (femme-enfant ?) à l'aspect fragile et plutôt jolie de surcroit, aura infléchi leur sévérité.

Est-ce bien ou mal ?... une fois de plus je laisse à d'autres le soin de trancher...

On notera toutefois que cette réaction inconsciente s'inscrit dans l'évolution de notre société laquelle fait désormais plus grand cas de la beauté, de la jeunesse et de l'affect comme élément à décharge.
(La superficialité est partout !)
Cent ou cent cinquante ans plus tôt cette jolie tête serait, sans l'ombre d'un doute, tombée dans le sac... la beauté de la coupable aurait très certainement été commentée mais n'aurait pas interféré (cf. Angélique Tiquet, les enfants Ravalet...) dans les débats au pire elle aurait même plus plaider en sa défaveur, avec tout ce que le christianisme aura véhiculé et instillé dans l'inconscient...la femme "tentatrice", "sans âme", "engeance du démon", "beauté du diable" etc... c'était une autre époque, une époque à la fois rude et romantique où loin de soustraire à l'échafaud la beauté de celui ou de celle qui s'y invite ne le rendait que plus fascinant... car c'est bien de fascination plus que de justice dont il s'agit...
A cette époque la beauté ne vous permettait pas de garder la tête sur les épaule, tout au plus vous permettait-elle de faire de vous un ou une martyr(e)... ce qui à l'époque... était une promotion rédemptrice.

(je vous invite à cet égard, à vous procurer deux essais remarquables de Patrick Wald Lasowski sur le sujet "Les échafauds du romanesque" et "guillotinez-moi !" ).


Hurlemort.
tout a fait de votre avis,mais il y a150 ans il n'y avait pas de tele, ni internet,ni tous les moyens de matraquage orientes de notre epoque, les medias s'ils ne jugent pas a votre place(je parle du jury)interferent sur votre opinion jusqu'a semer le trouble en vous , il faut vraiment etre costaud pour ne pas se laisser meme inconsciement influencer,et nous ne sommes que des humains..
quant a l"element feminin meme s'il est moins criminogene que les hommes il me semble mais je peux etre dementi, qu'il a toujours , beneficie d'une certaine indulgence de par sa nature meme
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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Jeu 3 Sep 2009 - 0:27

Merci Hurlemort pour cette analyse et pour le conseil de lecture !

Je suis tout à fait d'accord avec vous. Dans l'affaire Florence Rey l'image dégagée par l'accusée a compté autant que les faits. En outre, vous avez raison, le fait qu'on ait envisagé d'envoyer la guillotine chez le rétameur rien que pour elle, a pu jouer en sa faveur et déclencher, par contre coup, un courant de sympathie envers elle.

Florence Rey a déchaîné des passions (osons le mot : des fantasmes) comme peu de criminel(le)s avant elle. Quand on relit les articles parus lors du procès, ce qui semble le plus aiguiser la curiosité des journalistes est l'apparence physique de l'accusée. Les portraits qu'ils dressent d'elle sont sous-tendus par une question obsédante et schizophrénique (dans le cas de la famille Rey c'est plutôt logique...) se ressemble-t-elle ? N'est-elle plus la même que le jour des faits ou n'était-elle pas elle-même le jour des faits ? A-t-elle changé en prison ou est-elle redevenue elle-même ? les faits ne sont-ils qu'une affreuse parenthèse meurtrière dans un parcours banal ? Cache-t-elle son jeu ? Est-elle un ange ou un démon ?

Florence Rey a écrit, de sa prison, au père d'une amie qui l'avait décrite comme une jeune fille douce et enjouée "je ne veux pas d'autre visage que celui des faits". Quels faits, ceux qu'elle ne parvient pas à endosser et dans lesquels elle semble avoir tendance à minimiser sa responsabilité ? Quel visage ? Pour la presse Florence Rey a deux visages telle une sorte de Janus promis à la guillotine (plusieurs journaux titrent "l'autre visage de Florence Rey", "les portraits non concordant de Florence Rey"). Lequel veut-on couper ? Peut-on trancher envers l'un et oublier l'autre ? Les deux images sont énigmatiques et leur juxtaposition, loin d'éclairer, renforce l'énigmaticité, la sensation d'une incompatibilité.

Chaque chroniqueur semble scruter la physionomie de l'accusée à son procès pour y trouver la confirmation ou l'infirmation des a priori déclénchés par la photographie anthropométrique. Dans une affaire dominée par le mutisme de Florence Rey, cette photographie semble "en dire long". Elle paraît chargée d'un pouvoir véridictionnel. Elle surplombe et éclaire les maigres et évasives déclarations de la jeune fille. Elle parle à l'imaginaire et semble douée d'une lourde charge signifiante. Le problème c'est qu'on peut lui faire dire n'importe quoi. On peut y voir aussi bien une gamine paumée qu'une froide tueuse murée dans sa haine. Les observateurs sont déconcertés. L'effroi face aux faits se mêle à la pitié pour l'accusée, pathétique et agaçante dans ses silences. Elle semble incapable de se défendre et c'est peut-être ce qui va paradoxalement la sauver de la perpétuité qui semblait logique au départ pour un quadruple homicide.

Si je comprends bien vous avez assisté au procès. Je serais très intéressé de pouvoir lire vos souvenirs et vos impressions sur les audiences ainsi que votre opinion sur les faits qui paraissent obscurs. Il paraît que l'avocat de Florence Rey, maître Henri leclerc, a livré à cette occasion l'une des plaidoiries les plus fortes et les plus émouvantes de sa longue carrière. On ne connaît ces affaires que par ce que les journalistes souhaitent en dire. Un témoignage vécu serait passionnant Very Happy .
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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Mar 8 Sep 2009 - 11:25

S'agissant de mes "mémoires du procès" je crains hélas d'être fort décevant... je n'ai en effet assisté qu'à une demi journée d'audience concédée par mon "patron" en guise de "classe de découvertes" pour le tout jeune clerc d'huissier que j'étais... et je ne suis pas sûr d’avoir été à l’époque en mesure d’apprécier à leur juste valeurs ces quelques heures…

Onze ans après j'en garde finalement que peu de souvenir, sinon quelques mots confus difficilement extorqués, mais surtout le regard perdu et résigné de cette fille, ... oui ça je m'en souviens bien... peut-être aussi parce qu'à l'époque je n'étais sommes toutes, guère plus vieux qu'elle... qu'elle représentait finalement le type de personne qu'il m'était quotidiennement possible de croiser ou de fréquenter...

Le qualificatif de "beauté d'échafaud" siée à merveille au cas Florence Rey... on nage en plein romantisme façon XIXème siècle dans la veine des Stendhal, Chateaubriand, Brönté et j'en passe... avec une touche de Jean Lorrain pour le sordide et l'omniprésence du couperet...
Tous les éléments sont là... elle est jeune, elle est "belle"(en tout cas elle n’est pas laide), sans histoire voir réservée, complexée par une image d'elle même qu'elle n'aime pas, bref influençable au possible... elle tombe amoureuse d'une personne qui à ses yeux semble être le prince charmant, en réalité, un "pseudo-anarcho-fumiste" à grosse tendance narcissique… c’est « le plus beau », c’est « le plus intelligent » et surtout… surtout… c’est le « premier ».
A un âge encore immature où l’on est prêt à s’enflammer pour n’importe quelle cause (politique, sentimentale…), à partir avec le premier type qui dit « je t’aime » parce que justement c’est le premier… parce qu’on y croit… parce qu’on veut le garder… certaines tombent enceinte, d’autre mettent le nez dans la poudre par imitation… d’autres encore militent au NPA ou deviennent anarchistes (*rire jaune*) et puis d’autre enfin plus faibles que les autres, plus immatures sont prêtes à tout… au pire, basculent sans s’en rendre compte dans une sorte d’aliénation mentale qui abolie tout capacité de jugement et de raison (si vous êtes sage, je vous raconterais comment mon grand-père est passé du Figaro à l’Huma pour pouvoir sortir avec ma grand-mère ! *mort de rire*)

Si le cas n’était aussi dramatique on pourrait la décrire comme une jeune fille exaltée, hypnotisée par son bellâtre au point de perdre pied avec la réalité.

Je crois vraiment que le point capital de cette affaire se trouve justement dans le mobile de ces crimes… non pas celui de Maupin, le vrai, lequel n’en est pas moins insensée… mais bien celui de Florence Rey… à quoi se résume t-il ?... Haine de la société ?... revendication politique ?... simple envie de tuer ?...
Non…. Même si elle aura été incapable de l’avouer ou plutôt de l’exprimer tant la chose est honteuse et inexplicable à ses propres yeux… sa seule motivation était de plaire à Maupin !

Sordide… Quelle peine appliquer ?

Sont-ce les actes de Rey qu’il faut condamner ou son immaturité affective ?
Personnellement sans la déclarer folle (loin de là !), je crois que l’analogie avec le crime passionnel n’est pas ici spécieuse… j’ai la conviction s’agissant de Rey (même si je ne suis pas au fait de tous les éléments du dossier) qu’il y aura eu une altération manifeste de son jugement de sa perception de la réalité. Maupin était charismatique dit-on… donc forcément manipulateur… et elle semble terriblement manipulable…. Je crois que les jurés et le public d’une manière générale l’on parfaitement ressenti. Elle devait payer pour ses crimes au regard de la loi mais il était inutile de l’accabler d’une lourde peine sachant que l’essentiel de la sentence se trouve dans l’accomplissement même de ses actes.

Hurlemort.
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MessageSujet: La question de la féminité au coeur du procès   Lun 21 Sep 2009 - 3:16

Merci pour ces souvenirs Very Happy .

Je n’ai jamais assisté à un procès. Mais j’imagine que ce doit être impressionnant. Autant par l’enjeu que par le cérémonial dont s’entoure la justice.

J’ai commencé à lire les articles de presse parus en 1994 et au moment du procès. C’est assez passionnant et je vous livre quelques réflexions en vrac (en espérant ne pas trop divaguer dans des interprétations à deux balles). Il me semble que ces aticles permettent de mesurer le véritable séisme que provoqua l’affaire dans le grand public (j’étais jeune et je ne me souvenais pas qu’elle avait pris des proportions aussi inconcevables. On en parle jusque dans la presse américaine, anglaise, italienne…).

« Stupeur, c’est une fille que je découvre » (J. Bensimon, l’un des otages de Florence Rey)

La criminalité féminine, et particulièrement celle des jeunes femmes, a toujours fasciné parce qu’elle va à l’encontre des représentations sociales habituellement admises du féminin et de son rôle traditionnel dans nos sociétés. La femme meurtrière trahit le stéréotype de la petite fille qui joue à la poupée pendant que ses frères jouent à la guerre, transgresse celui de la mère qui donne la vie, qui représente la douceur et le refuge des valeurs domestiques. Ce ne sont que des lieux communs, mais ils ont inconsciemment encore une grande influence dans notre appréhension du réel. Dans nos sociétés judéo-chrétiennes, la représentation de la femme est ambivalente. Derrière Marie, la pure, se profilent la sombre figure oubliée d’Ève, la tentatrice à la fois coupable et victime, celle de Judith, la castratrice, ou de Lilith, le démon, d’autant plus démoniaque qu’il est attirant par sa beauté. La criminelle est trouble, elle réveille ces images menaçantes de la féminité qui l’entourent d’un parfum diabolique (il suffit de penser à l'engouement autour des figures présentées comme maléfiques de Violette Nozière ou de Valérie Subra). Si elle n’est pas une victime, c’est-à-dire un être dont la pureté et la fragilité ont été abusées (en d’autres termes un ange déchu, mais un ange quand même), elle ne peut être que la sorcière de nos terreurs enfantines, l’effroyable Carabosse (refoulée derrière l’image idéalisée de la belle princesse qu’elle menace d’emporter). Ceci explique que les affaires mettant en cause des femmes soient souvent plus médiatisées (l’affaire Rey-Maupin aurait-elle connu le même impact dans la presse et dans l’imaginaire collectif si Audry Maupin avait seul survécu ?). La criminelle provoque la sensation d’une plus grande anormalité (par exemple dans le procès Fourniret, Monique Olivier a attiré presque plus l’attention que son mari. Si il est communément admis qu’un homme puisse être un pervers, on s’étonne qu’une femme puisse l’être également et participer à la satisfaction de ses pulsions pédophiles, voire avoir elle-même des pulsions qu’elle satisferait au travers des crimes de son mari).

Si tout crime crée un désordre dans la société (ce qui implique que la justice tente de rétablir un certain ordre en reconnaissant le dommage fait aux victimes et en punissant le coupable), le crime d’une femme crée un double désordre, non seulement celui de l’acte délictueux, mais également un désordre dans l’ordre symbolique. La criminalité féminine relève de l’impensable et elle révèle un impensé. La tendance à la sublimation de la femme s’inverse dans la suspicion d’une perversité ontologique qui entoure la criminelle quel que soit son geste ou ses circonstances. Son délit est surdéterminé de la sensation d’une trahison, chez elle, de son essence ou de ce qui aurait dû être le fondement de son être. Le plus inconcevable des crimes, dans cette optique, est l’infanticide qui réveille la figure mythique de Médée. Comme en témoignent les articles de la rubrique des faits divers, le premier réflexe, face au crime d’une femme est toujours d’y sentir une part d’incompréhensible surtout quand elle s’en prend à celui qu’elle a porté.

Mais, par un étrange mouvement de balancier, une indulgence, mêlée de curiosité, voire même une sympathie inavouable peut entourer la « mauvaise fille », la déviante. À partir du moment où le crime commis par une femme semble relever d’une part d’inconcevable, la question est de comprendre ce qui a pu rendre l’impossible possible et de le chercher soit dans un mauvais fond, soit dans des éléments extérieurs, voire dans la contingence. Or, il n’y a qu’un pas entre l’envie de comprendre et la tentation de trouver des excuses. Si la question du « pourquoi » est la première qui se pose face à tout acte criminel, elle se pose en quelque sorte en amont chez la femme. Il s’agit moins de comprendre le mobile d’un crime particulier que les raisons mystérieuses du surgissement du Mal dans un parcours. L’explication de l’acte semble ainsi résider, au-delà d’une cause ponctuelle, dans une question d’âme sur laquelle le délit se détache. En outre, dans nos civilisations judéo-chrétiennes, la figure de la repentante est culturellement valorisée. La noirceur de la criminelle s’offre à être dépassée ou adoucie dans la figure sublime de Marie-Madeleine, la pécheresse repentante et sanctifiée vers laquelle la coupable peut évoluer. Même Manon Lescaut finit par retrouver la voie de la pureté au désert et Violette Nozière, repentie et appaisée, avait envisagé d'entrer chez les Carmélites. C’est pour cela que l’on envoyait les « mauvaises filles » au couvent pour qu’elles se rachètent (au XIXeS la prison des femmes de Rennes qui est la plus grande prison pour femmes de France est, d’ailleurs, construite sur le modèle d’un monastère avec un cloître. Au départ, on y remettait les « mauvaises » aux mains des « bonnes » sœurs pour les guider et les rééduquer…). L’espoir était qu’il reste, en elles, une étincelle de vertu et qu’elles puissent par la contrition redevenir elles-mêmes, les femmes qu’elles auraient toujours dû être (par contre l'absence de remords d'une Albertine Sarrazin, la fierté avec laquelle elle revendique son mode de vie paraît son véritable délit). Il s’agit en quelque sorte moins d’une peine, au sens habituel et laïc du terme, que d’une pénitence, voire d’un exorcisme pour arracher le mal qui parasite leur âme et empêche la réalisation pleine de leur être de femme. Marie n’est-elle pas la « seconde Ève », celle qui lave la part du diable versée dans l’âme de la première et la sauve ? Dans ce contexte, il est frappant qu’on ne parle jamais de la récidive féminine, comme si elle apparaissait tout à fait hors des frontières de l’imaginable. Qu’une femme sombre dans le crime est déjà stupéfiant, qu’elle puisse récidiver vulgairement, comme un homme, paraît improbable. Tout se passe comme si dans notre esprit, le crime qu’elles ont commis les avait libérées de leur part démoniaque, les avait purgées de leur violence. Elles auraient en tuant tués le crime en elles, tués ce qui les y a amenées. Ce type de raisonnement est plus fréquent qu’on ne le croit dans les comptes-rendus de procès. Par exemple dans une tribune publiée dans Libération après le verdict du procès de Florence Rey, la fusillade est évoquée comme une sorte de « catharsis ». Le délit contiendrait en lui-même la peine et aurait en quelques sortes eu l’effet d’une décharge de tout ce que la jeune fille avait refoulé, des traumatismes de l’enfance. Il aurait résolu ses problèmes et assurerait sa non-récidive (cette idée d’un crime à vertu thérapeutique fait référence à l’idée de Freud d’une culpabilité originaire qui se cristallise et s’évacue dans le passage à l’acte). De même, The Independent voit dans la folie de la fusillade de la Nation la secousse qui a remis paradoxalement Florence Rey dans le droit chemin au moment où elle en sortait. En tuant, elle aurait tué la criminelle en elle et même la coupable. À quoi peut donc servir la peine puisqu’elle a déjà changé ? Elle ne peut plus être celle des 25 minutes: “All of this happened in the space of a crazy, murderous 25 minutes on the evening of 4 October 1994: an insane interlude in what had previously been - and what has since become again in prison - a studious, warm-hearted, self-effacing life. In prison, she writes poetry and plays; she is a model inmate; she helps to calm the wilder spirits among the other girls”.

Dans ce contexte, la maternité de la femme criminelle perturbe toutes nos catégories de pensée. D’une part, le fait d’être mère est la circonstance aggravante par excellence aux yeux du grand public (comment une mère peut-elle …), d’autre part le fait de se comporter comme une vraie mère ou de le devenir peut apparaître comme le signe d’un retour à la normalité qui permet de rejeter la forme néfaste de la féminité exprimée dans l’acte criminel. La figure de la mère est en effet survalorisée dans les prisons de femmes. Les détenues ont à cœur de montrer qu’elles peuvent toujours être de bonnes mères ou qu’elles pourront encore l’être et elles s’évaluent entre elles par rapport à ce critère. Les mères sont particulièrement considérées par leurs co-détenues (à l’opposé, les infanticides reçoivent le même sort que les pédophiles dans les prisons d’hommes). Elles ont droit à la bienveillance des gardiens et à des avantages. Les mères de jeunes enfants (moins de deux ans) ont même droit à des conditions de détentions meilleures. La figure de la mère apparaît donc comme l’exacte opposé de la figure de la femme criminelle et peut-être comme son antidote.

Bref, la criminalité féminine est perçue au travers d’un prisme de références culturelles hautement connotées. Elle active, au-delà de la surprise, des stéréotypes profondément ancrés qui peuvent jouer soit en la faveur (par exemple dans le cas d'Henriette Caillaux), soit en la défaveur de la délinquante (par exemple dans le cas de femmes qui ont joué les appâts). Pour le cas de couples criminels, les faits sont ainsi lus au travers de tous les stéréotypes portant sur les relations hommes-femmes.

Florence Rey, un démon androgyne ?

Pour ce qui est de Florence Rey, son crime apparaît tout d’abord atypique par rapport à la conception majoritairement répandue de la criminalité féminine, conception que confirment les statistiques (Toutefois, cette différence apparente entre la criminalité des hommes et des femmes semble résulter moins de critères innés que de données liées à la culture et à l'organisation sociale, ce qui explique que la criminalité féminine quitte progressivement les domaines où elle était cantonnée. Ses champs d'expression s'élargissent au fur et à mesure que se modifie la place qui est accordée aux femmes dans la société. La délinquance financière suppose ainsi l'ouverture du marché du travail et la possibilité pour les femmes d'accéder aux fonctions de chef d'entreprise). Quoi qu'il en soit, il est rare qu’une femme verse dans le grand banditisme, généralement leurs crimes prennent place dans la sphère familiale. Leurs victimes sont des proches, leurs mobiles sont passionnels, les « armes » employées sont plus discrètes, sournoises peut-être. Quand on pense « meurtrières », spontanément on pense d’abord à une empoisonneuse, comme Simone Weber. Qu’une femme prenne un riot gun et braque une banque ou tire en pleine rue, cela dépasse le sens commun. L’aura qui a entouré Florence Rey tient donc tant à son sexe, qu’à son jeune âge et à la nature de l’acte lui-même. Son crime semble un « crime d’homme », pas un « crime de femme ». Un peu comme pour les tueuses d’Action Directe (à l’époque le fait que des femmes puissent verser à ce point dans le fanatisme politique et se montrer plus dures et déterminées que des hommes avait fait sensation. Qu’une femme tue pour des sentiments, passe encore, qu’elle tue pour des idées, voilà qui est inconcevable.).

Ce qui est étonnant quand on relit les articles de 1994, c’est de voir que Florence Rey est délestée, sous la plume de beaucoup de journalistes dans les premières semaines qui suivent les faits, de tout caractère féminin ou d’une partie d’entre eux, comme si la monstruosité des actes, n’en faisait plus une femme, mais supposait une forme d’androgynéité monstrueuse que semble confirmer la photographie anthropométrique. Florence Rey a les cheveux « coupés à la garçonne », une frange « taillée à la diable » (curieuse métonymie !). Le «visage pointu d'adolescente androgyne» «les lèvres serrées», le «regard buté» (Le Parisien) sont la signature du carnage.

La presse hésite pour la qualifier entre « un démon » ou juste « sale gosse » (France Soir). Elle est une bête « sauvage », un « fauve agressif » selon un témoin. Son visage et son regard évoquent un monstre, la Gorgone, et Charles Pasqua se déclare prêt à jouer les Persée. Dans ce contexte, lorsque l’on évoque la « jeune fille », « l’adolescente », c’est dans une sorte d’oxymore, pour faire ressortir sa violence et sa cruauté inimaginable qui semblent faire douter qu’elle soit réellement une femme. Dans le même ordre d’idée, mais pour la soutenir, on rapporte que des rappeurs, qui introduisent une chanson en son honneur, parlent avec admiration d’une « femme qui en a ». Un journaliste hollandais qui suit le procès (http://www.ravagedigitaal.org/archief_1999/7899ar06.htm) rejoint cette impression lorsqu’il affirme que sur la photographie elle semblait « een prachtige garçonne » et qu’il se la représentait comme « een meisje met ballen » (pas besoin de traduction)... Jacky Bensimon, l’un des otages, se montre tout aussi perplexe dans son livre de souvenirs publié en 2003 « Un petit visage d’enfant, celui d’une jeune fille toute jeune, toute blonde. Je ne peux m’empêcher de penser « putain, elle a des couilles ».

À quel genre peut-on donc rattacher Florence Rey ?

Elle est un de ces « Apaches » qui terrorisent les villes. Elle appartient au genre sexuellement indéterminé des voyous, terme qui n’a pas de féminin. Même le surnom qu’on lui donne rapidement, « la tueuse » (comme si il n’y avait qu’une tueuse), semble faire ressortir l’étonnement, l’anormalité du fait que ce soit une femme qui ait commis de tels actes. C’est autant le crime que le sexe que met en évidence ce surnom, ce qui laisse entendre que le fait qu’elle soit une tueuse renforce le caractère scandaleux et horrible de l’acte. Elle n’est même plus un être humain, puisqu’elle est « née de la haine », comme le titre Paris Match ; elle est une machine à tuer, un « monstre » qui porte la violence dans ses gènes. Sur les photographies où elle apparaît seule, elle est désignée par le pluriel de « tueurs nés », comme si Audry et elle ne formaient plus qu’un seul être, confondus dans leur crime, et qu’il ne fallait pas faire de différence entre eux et entre leurs actes. Ils sont le « couple diabolique ». Florence Rey finit même par être le couple à elle toute seule, tant elle éclipse dans un premier temps Audry (on parle de l’affaire Rey-Maupin, voire simplement de l’affaire Florence Rey). Il est vrai qu’à l’époque dans les journaux elle est décrite comme le chef. « C’est la fille qui commandait », assure France Soir. On rapporte qu’elle a abattu à bout portant le chauffeur de taxi en lui criant « tout cela c’est de ta faute », qu’elle a achevé les policiers, que c’était elle qui ordonnait à Audry de tirer (des éléments qui sont soit très contestés, soit parfaitement faux, mais à un moment la machine médiatique et fantasmatique semble fonctionner toute seule, dans la surenchère. Les reporters en viennent même à créer des preuves qui leur donnent du grain à moudre comme l'affiche de Tueurs nés qu'ils amènent dans le squat).

Les journalistes soulignent le regard inhumain de Florence Rey, ils lisent « l’excitation meurtrière » dans ses yeux. Ce n’est plus une jeune fille, c’est Lilith réincarnée.

Florence Rey, un ange déchu ?

Toutefois, la vision de Florence Rey a progressivement évolué dans la presse vers une plus grande compréhension envers elle qui s’accompagne de la mise au premier plan de son caractère de femme. Un article du Nouvelobs est très éclairant à ce sujet : Florence Rey est redevenue une femme à la surprise générale. Après avoir décrit le visage monstrueux de « vampire » de la photographie anthropométrique, le journaliste dit qu’il a suffit de quelques nuits de repos et d’un shampooing pour que ce visage effrayant « se métamorphose en visage de jeune fille. Un visage d’ange diront les enquêteurs stupéfaits pour se rassurer ». Si la dialectique de l’ange ou du démon sera utilisée dans Télérama à l'ouverture du procès puisque l'hebdomadaire titre "ange ou démon ? les deux visages de Florence Rey", le journaliste du Nouvel Observateur la refuse, par contre : « un ange c’est peut-être un démon déguisé. On est encore dans le surnaturel », il dégonfle définitivement le mythe de la tueuse née pour lui substituer la vision d’une femme ordinaire empêtrée dans une affaire qui n’a rien d'ordinaire « l’ennemie publique n°1 (…) n’est plus qu’une grande fille toute simple qui s’est fourrée dans un sacré pétrin. On ne devrait jamais donner de shampooing aux monstres. On prend le risque de les humaniser (…) Elle s’est dédiabolisée ». Ceci culmine au procès où maître Leclerc dit que « Florence n’est pas un monstre, c’est une petite fille », il évoque en souriant la jeune fille qui « déjà, comme une parfaite petite épouse, rangeait le squat » ; maître Cligman parle de son « veuvage » qui l’a transformée… La mère d’Audry dit qu’elle ressent ce que ressentent toutes les mères et que Florence vit ce que vivent toutes les femmes qui ont perdu leur compagnon dans la fusillade.

Tout le travail des avocats, des proches de Florence Rey et des parents d’Audry a donc été d’adoucir son image dans le grand public, de la dédiaboliser en insistant sur la jeune femme qu’elle était, sur la femme qu’elle devient en prison. Ils n’ont pas hésité pour ce faire à jouer sur les stéréotypes attachés inconsciemment à la féminité et à son rapport à la masculinité forcément dominante (ce qui dans ce cas semble, au moins partiellement, être fondé, mais qui est également la grille de lecture la plus commode que l’on puisse plaquer sur les faits pour défendre Florence Rey quitte à oblitérer certains pans du dossier). C’est dans ce but que les avocats ont choisi de faire réaliser une autre photographie, plus féminine, d’elle qu’ils ont fait diffuser à la veille du procès (jusque-là, Florence Rey s’était opposée à la diffusion de toute autre image d’elle. Manifestement selon Olivia Cligman, elle ne voulait pas non plus que ses avocats s’expriment dans la presse. Pour la défendre, il fallait, paraît-il, aller contre sa volonté). Elle y apparaît souriante, les cheveux longs, les yeux légèrement maquillés. Le but recherché était de tenter de compenser le poids de la photographie anthropométrique dans le grand public. Cependant, certains journalistes jetaient déjà, à ce moment, un tout autre regard sur cette photographie. Une fois le choc de l’événement passé, beaucoup n’y voient plus un monstre froid, mais une gamine perdue qui vient de voir mourir dans ses bras celui qu’elle idolâtrait.

le monstre et la petite fille: un combat d’image au centre du procès

En somme, au moment du procès deux visions s’opposent et s’entremêlent, celle de « la tueuse » androgyne dépourvue de sentiments et celle de « l’amoureuse », l’une défendue par exemple dans France Soir ou dans le Figaro, l’autre notamment dans Libération. Dans la perspective, de Florence-l’amoureuse, c’est le fait qu’elle soit une femme qui explique ses actes. Sa sentimentalité féminine est mise en évidence parce qu’elle semble la clef de l’énigme qui permet, à défaut d’excuser sa dérive, de la comprendre. Dans ce contexte, le récit de sa première nuit d’amour semble autant éclairer la fusillade que le récit des témoins, voire même plus. Un journaliste raconte ainsi comment, alors qu’elle était allée réviser le bac chez sa meilleure copine, une bataille de polochons s’est finie sous la couette entre les bras d’Audry. « Pour Florence, c’était la première fois » note le journaliste avec une certaine tendresse. C’est l’aveuglement de la passion pour son premier amour qui en a fait une criminelle. Même sa dureté le soir de la fusillade peut être expliquée par sa fragilité, par son désir d’exister aux yeux de son amant, par son incapacité à s’opposer à sa volonté, par sa terreur à l’idée de le voir mourir qui l’aurait poussé à le suivre jusqu’au bout et à tirer pour le protéger. Elle en devient une victime menée dans un engrenage fatal par le petit bout du cœur par un amant irresponsable (un maître (?) puisque son frère dit qu’elle le suivait comme un petit chien). Si pour les tenants de Florence-la-tueuse-née, il n’y a pas lieu de distinguer les deux membres du couple qui ne forment qu’un dans la folie sanguinaire (et c’est dans ce sens qu’ira l’avocate générale), dans la vision « romantique » de l’affaire, le point crucial est précisément de situer la jeune femme dans le couple et d’expliquer sa relation à Audry. Le mobile de l’attaque passe au second plan, quitte à oblitérer certains éléments qui ne cadrent pas avec l’image de la petite fille soumise et en dessinent un portrait plus agressif et actif.

Comme tu le soulignes, la défense de Florence Rey a tout fait pour ramener son crime à une sorte de crime passionnel. Ils se sont efforcés de dissiper le parfum de motivations politiques (à un journaliste qui lui demande si sa cliente appartenait à une mouvance politique, son avocat répond « elle n’a jamais appartenu qu’à Audry ») ou bassement crapuleuses (faire des braquages de banque avec Audry parce que « l’argent c’est la liberté »). Dans le fond, cette stratégie de défense correspond peut-être à la réalité. Deux personnes peuvent commettre les mêmes actes pour des motifs différents, voire opposés. Audry le révolutionnaire charismatique et Florence l’amoureuse hypnotisée ? L’être solaire et son satellite ?

Faute de déclarations de l’accusée, ses avocats l’ont « mise en récit » en s’inscrivant dans ses non-dits en déployant le poids qui grevait ses silences. En lisant les articles de l’époque, j'ai l'impression qu’ils ont plus livré une sorte de témoignage qu'une plaidoirie classique sur les faits. Ils ont plutôt tenté de les mettre en perspective, d'humaniser Florence Rey, c'est-à-dire de la restituer dans son identité de femme. On peut même parler d’une sur-féminisation de l’accusée qui s’oppose à l’asexualité du monstre. Ils ont raconté son histoire, ils ont joué sur l'émotion pour susciter l'empathie face à ce moignon de vie. Ils ont fait ressortir les "bascules" de son parcours. Ils ont essayé de créer une identification : ç’aurait pu être vous à 19 ans, ce pourrait être votre fille, votre copine de classe, votre petite sœur. Dans leurs bouches, Florence Rey, loin de la goule sanguinaire, est devenue un Pierrot lunaire et lunatique prêt à tout pour satisfaire l’amant exigeant dans l’ombre duquel elle vivait. C’est ce que tu sembles d’ailleurs avoir ressenti. On a alors envie de se dire « c’est trop bête, mais il faut bien la punir… », « Six vies détruites pour ça ! (parce que la sienne est partiellement gâchée aussi)… »

Bien entendu pour les parties civiles et l’accusation tout ceci n’est qu’une mise en scène et de la sensiblerie. Florence Rey n’est pas une petite fille : elle joue à la petite fille pour se dédouaner. Elle cache le véritable but de l’attaque de Pantin ainsi que de possibles complices. Elle n’avoue que ce qui l’arrange et n’a pas de vrai sentiment de culpabilité… Ses silences apparaissent dans cette perspective comme stratégiques et non plus comme le signe d’une souffrance indicible. Les avocates des policiers la décrivent comme un « fauve » et opposent à son comportement d’« enragée » du soir des faits son « regard de chien battu » tout au long du procès (on en revient à l’indétermination sexuelle et au registre de la non humanité. D'ailleurs Florence Rey confiera à son avocate qui lui reproche de ne pas parvenir à répondre qu'elle se sent regardée comme une bête curieuse) ; pour les enquêteurs, elle est un « garçon manqué » à la voix hargneuse qui escalade la grille de la préfourrière la première, recharge son fusil avec sang-froid, agit avec détermination et n’hésite pas à enfoncer son canon dans les reins d’un otage, puis se montre d’une insensibilité totale tout au long d’une garde à vue où personne n’arrive à la faire craquer ; pour le docteur Monnier, elle est une « guerrière », une « amazone », une « sauvageonne » ou une « coupeuse de tête », c’est-à-dire des figures limites de la femme ; on verse dans un registre presque diabolique lorsque les avocats du chauffeur de taxi la voient comme un « être vénéneux », qui aurait proliféré comme un champignon dans la vie d’Audry. Dans ce cas, l’insistance très adroite sur sa féminité sert à montrer que comme une sorte d’Ève elle se sert perversement et peut-être inconsciemment de sa douceur et de son charme pour tenter Audry, flatter ses rêves les plus fous et le pousser sur la mauvaise pente de l’abandon de ses études, de la désocialisation et de la marginalité. Elle serait son « mauvais génie » et aurait eu une influence néfaste dans chacun des choix d’un jeune homme fragile, ce qui est la vision diamétralement opposée à celle défendue par les avocats de la défense. Les parties civiles dans leurs plaidoiries avertissent le jury de ne pas se laisser tromper par les apparences. L’accusée est, pour elles, un démon caché dans un corps de jeune fille et d’autant plus pervers que ce caractère est dissimulé (Jacky Bensimon utilise dans son livre la jolie expression de « petit démon au visage d’ange »). On en revient à la sorcière.

C’est pourtant la vision des avocats de Florence Rey qui triomphera devant un jury majoritairement féminin. Ceux-ci avaient en effet récusé les jurés masculins, signe que la question (de la reconnaissance) du caractère féminin de l’accusée étaient au cœur du procès à leurs yeux. Je ne crois toutefois pas que le fait que le jury soit plutôt composé d’hommes ou de femmes puisse influer de manière déterminante sur la décision. Il faudrait voir pour les cas d’infanticides. J’ai l’impression qu’un jury féminin pourrait même être moins compréhensif. Toutefois, ils espéraient, je suppose que des femmes seraient plus sensibles à la personnalité de l’accusée et se focaliseraient plus sur son histoire d’amour. Maître Leclerc a terminé sa plaidoirie en mettant les jurées face à leur écrasante responsabilité : « Vous condamnerez une jeune fille, mais c’est une femme qui fera la peine ». Peu avant, il avait joué sur la corde sensible en rappelant l’événement majeur qui, dans une vision traditionaliste, est vu comme celui autour duquel s’organise la vie d’une femme, son aboutissement suprême qui marque la réalisation de sa nature : la maternité : « laissez-lui une chance d’avoir un jour des enfants ». C’est en quelque sorte la carte ultime. Il dresse de sa cliente le portrait d’une femme tout ce qu’il y a de plus normale, qui s’est engagée dans une voie dont elle ne pouvait pas imaginer qu’elle la mènerait au crime et qui n’avait et n’a toujours que les projets de vie de n’importe quelle femme.

Vous condamnerez une adolescente, mais c'est une femme qui fera la peine (maître Henri Leclerc)

C’est bien connu, contrairement aux petites filles, les monstres n’évoluent pas. Ils sont définis par leurs caractéristiques monstrueuses ; ils sont leurs actes et ne peuvent rien faire d’autre que ce pour quoi ils sont programmés. Ils ne grandissent pas, ils empirent. Il est évident que pour les familles des victimes les belles paroles sur l’évolution de Florence Rey sont irrecevables et paraissent même indécentes. Les veuves des policiers sont en effet condamnées à perpétuité. Il est plus étonnant de voir la presse populaire épouser sans réserve ce point de vue au point de nier toute possibilité de changement chez une personne de 19 ans qui se trouve enfermée définitivement dans la monstruosité de son acte. C’est France Soir qui se montre le plus dur à la veille du procès en prétendant mettre en garde ses lecteurs. « On vous dira que Florence Rey a changé, on vous dira qu’elle est devenue une jeune fille… » martèle-t-il en Une. À l’opposé, par l’insistance sur la jeune fille qu’elle était (déjà) à l’époque des faits, ses avocats tentent de désincarcérer Florence Rey des 25 minutes de la fusillade. Ils cherchent, en ne réduisant pas l’accusée à son acte, à attirer l’attention sur l’amont et l’aval de cette fracture dans sa vie. Ils réintroduisent ainsi une profondeur de champ (peut-être une illusion d'optique) qui restitue l’acte criminel à la fois dans son caractère météoritique d’accident imprévisible, mais en même temps dans ses racines psychologiques et dans la tragique cohérence d’un parcours qui fait de Florence Rey, à leurs yeux, plus une victime du Destin qu’une coupable. Ils dressent d'elle le portrait d'une jeune fille touchante (forcément touchante aurait bougonné Duras). Ce n'est pas l'âme noire d'une damnée qu'il faut juger, ce qui serait aisé, mais simplement un coeur trop romantique qui venait de battre pour la première fois. La fusillade devient le gouffre par delà lequel un chemin de vie –de vie de femme- tente péniblement de se renouer pour retrouver un peu de cohérence. En ce sens, même l’attitude « décevante » de l’accusée dont se plaint maître Leclerc peut s’intégrer dans cette mise en récit. Pour l’accusation, il s’agit de la preuve d’une absence de prise de conscience et d’un caractère dissimulateur qui fait qu’elle s’enfonce dans la négation des évidences, puis dans le silence lorsqu’elle est acculée. Pour la défense, elle est, au contraire, la preuve que le procès vient simplement trop tôt dans le parcours entamé par l’accusée pour que l’on puisse réellement bien la juger. Son apparente involution au fil du procès, où elle semble progressivement revenir à l’état qui était le sien lors de la garde à vue, peut indiquer de manière négative une évolution positive sur le long terme, c’est-à-dire qu’elle est en train de franchir une nouvelle étape dans une prise de conscience plus profonde et plus douloureuse de ses actes. La stratégie de défense des avocats, tourne donc autour de la volonté d’ouvrir un espace pour un devenir à Florence Rey. Ils montrent aux jurés ce devenir en marche, mais soulignent également la fragilité des efforts réels qu’il ne faudrait pas ruiner par une sévérité contre-productive. Ils tentent ainsi dans un coup de force argumentatif à les inciter à accorder à la jeune tueuse des circonstances atténuantes à titre presque probatoire (à bien y réfléchir, il s’agit du mouvement inverse de ce que l’on tente normalement de faire dans un procès où il s’agit de montrer d’abord que les faits méritent des circonstances atténuantes, ce qui par conséquent permettra à l’accusé d’avoir la possibilité d’un avenir qui pourrait être bénéfique. Ici les avocats ne discutent pas les faits, leur charge ne se porte pas sur eux. Ils s’en tiennent quasiment en tout point à l’acte d’accusation. C’est l’avocate générale qui s’en écartera et donnera à la presse une impression assez généralisée de mauvaise foi).

Étrange procès où l’avocate de la défense lance aux juges «plus que la peine c'est l'image que vous avez d'elle qui compte» «le plus important ce n’est pas ce que vous pensez des faits, c'est ce que vous pensez d’elle, ce que vous pensez qu’elle est ». Vous avez dit procès de rupture ? La défense semble simplement demander de rajouter une question à toutes les questions qui seront soumises aux jurés, mais une question antérieure à elles qui déterminera toutes les autres réponses. « Qui est Florence Rey à vos yeux ? »

Résolument, les avocats opposent à l’immuabilité du monstre, à l’ontologie de la tueuse née, l’évolution « naturelle » de la jeune fille qui a pour vocation de devenir une femme et de le devenir même de plus en plus. C’est au nom de cela, du devenir-femme qui écartera la criminelle de plus en plus de ses actes, qu’une peine trop sévère n’aurait pas de sens. Maître Leclerc ne nie pas que la condamnation est nécessaire à l’évolution de l’accusée, mais il demande une peine qui « la ramènera vers nous », c’est-à-dire dans la communauté dont elle s’est malencontreusement exclue en voulant juste naïvement fonder un couple. Implicitement, il fait sentir aux jurées que si elle est encore en prison au-delà de 35 ans, toute sa vie sera alors gâchée, puisqu’elle ne pourra même plus penser à avoir des enfants. Je n’ai lu que les petits extraits de ces plaidoiries qu’ont retranscrits les journalistes, mais je crois que les avocats ont magnifiquement joués et qu’ils sont parvenus in extremis à renverser tous les a priori qui pesaient sur Florence Rey.

Qui aurait pu croire au soir du 4 octobre 1994 qu’elle serait sortie de prison dans 15 ans ?

Cette vision de la jeune femme, mélangée à une conception chrétienne de la peine, me semble très présente dans les articles qui couvrent la libération de Florence Rey. Le thème de la rédemption y est omniprésent. Déjà à l’époque du procès une journaliste du Temps (quotidien suisse) disait que en prison « la repentante » avait retrouvé spontanément « la vertu ».

On ne sort pas de l’ange et du démon. La vérité, elle, reste fuyante. Sans doute intermédiaire.


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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Lun 21 Sep 2009 - 17:39

Bonsoir, petite lucarne !
Vous évoquez M° Leclerc...Un vrai cador des Assises ! Un seigneur, l'honneur du barreau français, et Dieu sait que je ne suis pas d'accord avec lui à 100 %!
Si vous en avez le loisir, la fréquentation des salles d'audience, plus spécialement des Assises, est un bon complément de nos échanges sur ce forum.Alors, si vous voyez passer dans la presse locale les noms qui suivent
pour plaider dans votre région, quelle que soit l'affaire, n'hésitez pas à y aller, je limite cette liste aux avocats que j'ai réellement vus en audience :Maîtres J.L. Pelletier, E. Dupont-Moretti, Françoise Cotta, Lef Forster, J.Y. Liénard, F. Spizner, C. Libmann, et j'en oublie!
Bonne soirée.
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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Jeu 24 Sep 2009 - 16:47

Maître Leclerc est une référence. Le type dont on se dit "si un jour je suis devant un tribunal..."

Parfois il semble réaliser des miracles. Par exemple dans l'affaire Viguier, qui était sacrément mal embarquée, il sort de sa poche un mouchoir taché de sang. Étonnement dans l'assistance. Il raconte alors que ce mouchoir contient plus de microtraces de sang que celles retrouvées dans la salle de bain des Viguier. Cela signifie-t-il qu'il ya eu un crime ce matin dans sa salle de bain? Non. Simplement qu'il s'est rasé ! La preuve de l'accusation soudain se dégonfle dramatiquement.

Manifestement notre président est en train de lui servir sur un plateau l'occasion de tonner au procès Clearstream...

Par contre, ce que je ne comprends pas c'est son attitude dans l'affaire Raddad où il a plaidé contre le jardinier face à un Vergès lymphatique. Étrange attitude de la part d'un président de la ligue des droits de l'Homme qui considère qu'il faut condamner un homme parce qu'il n' y a pas d'incompatibilité à ce qu'il soit le coupable, ce qui inverse la charge de la preuve.

Dans le cas de Florence Rey un quotidien Le Soir (Belgique) souligne, après le réquisitoire, que Maître Leclerc devra faire l'une des pladoieries les plus difficiles de sa longue carrière. Le journaliste a une jolie phrase "il faudra qu'il soit la voix d'un mort et celle d'une tombe". Image frappante d'une Florence Rey qui aurait mangé le mort, son mort. Elle continue, dit-on, à parler de lui au présent comme s'il vivait en elle, comme si il était la seule part encore vivante en elle. Reléguée à l'état de spectre au fond de sa prison intérieure, hantée par des spectres terrifiants et bien plus réels que ceux qui persécutaient son père, elle traverse en filigrane le procès où se joue sa vie. Plus réellement vivante, pas encore morte. Il paraît, suivant Libération, qu'elle a fini par parvenir à enterrer Audry et tourner la page. À se rendre à la vie peut-être, aurait-on envie d'ajouter.

On voudrait mordre à l'hameçon de cette histoire d'un romantisme fiévreux. Les avocats sentaient sans doute qu'une partie de l'opinion et de la presse était en train de se retourner (après les excès des premiers mois) et était prête à les suivre dans cette voie. Dans le fond c'est le rôle des avocats, non pas de déformer les faits, mais de les éclairer d'une manière favorable qui fera ressortir des aspects cachés et en transformera la perception. Or, l'affaire Rey-Maupin porte naturellement vers le romanesque elle a tous les ingrédients du polar. Les dérives fantasmatiques qu'elle peut entraîner sont un élément du jugement.(comme le disait Barthes le fait divers est de la littérature. Il s'apparente au conte et à la nouvelle pour son immanence. On ne juge jamais des faits bruts, mais la manière dont on les perçoit à travers le prisme des différents récits qui en sont faits dans le prétoire, récits qui se recoupent partiellement ou se révèlent incompatibles).

Par contre, maître Leclerc semblait ne pas être au courant de la libération de Florence Rey quand on lui a demandé de réagir sur ce sujet. Il faut, d'ailleurs, noter que dans l'émission Café Crime de J. Pradel, son autre avocat, maître Cligman confie son incompréhension face à l'attitude de Florence Rey après son procès puisqu'elle révèle qu'elle a brutalement rompu tout contact avec ceux qui l'avaient défendue. On a l'impression que l'avocate se sent blessée et déconcertée, mais qu'en même tant elle a de l'affection pour sa cliente et qu'elle s'inquiète de ce qu'a pu être son évolution. Elle ajoute "encore un mystère qui s'ajoute à tous les autres".


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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Jeu 24 Sep 2009 - 21:03

curieuse réaction...

Un avocat n'est pas un ami, à peine un confident... C'est un professionnel du droit dont le devoir absolu est de se détacher affectivement de son client et de ses affaires pour garder son objectivité et donc son efficacité. Sinon, comment fait il pour s'endormir le soir ?
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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Dim 27 Sep 2009 - 3:42

Cette interview de l’avocate de Florence Rey, Olivia Cligman, m’a fait sursauter lorsque je l’ai entendue. Elle semble effectivement s'être attachée à sa cliente et s'être investie dans sa défense avec une passion qui n'est pas banale et doit faire vivre la condamnation comme un douloureux échec (j'ai une connaissance qui est juriste et qui a arrêté son métier d'avocat pour cette raison parce qu'il n'arrivait pas à mettre la distance nécessaire). Ici il semble qu'elle a voulu ou qu'elle a dû pendant un temps jouer un rôle qui dépasse celui qui est stricto sensu celui d'un avocat.

http://www.europe1.fr/Radio/ecoute-podcasts/Decouvertes/Les-best-of-de-Cafe-Crimes/Emission-du-06-juillet-l-affaire-Florence-Rey-et-Audry-Maupin

Cette bien belle émission est assez révélatrice de la mise en récit qu’impose le mutisme de Florence Rey. Chacun à leur niveau et avec leurs buts, les enquêteurs, la presse et les avocats s’engagent sur cette pente. Ils n’ont pas d’autres choix que de compenser les silences de l’accusée, de relier entre elles les bribes éparses de ses déclarations, de combler les non-dits qui les crèvent pour éclairer les faits, eux-mêmes confus, et leur rendre une cohérence à défaut de trouver la certitude.

Chose étrange, l’avocate ne parle pas de « ligne de défense » mais carrément de « ligne de vie » (!). Comme s’il s’agissait moins de défendre une criminelle que d’essayer de l’aider à survivre, de lui donner une explication à ses actes, de la soutenir et de la guider dans l’épreuve de l’incarcération ! Cependant, Florence Rey déçoit l’attente. L’adolescente qui, selon les psychiatres s’est épuisée, à cause de la faiblesse de son narcissisme, à coïncider avec l’image que lui renvoyait Audry, se révèle ne pas coïncider non plus avec l’image que ses avocats avaient d’elle.

Cette interview de l’avocate peut être comparée à celle qu’elle avait donnée dans faites entrer l’accusé. Ici, Olivia Cligman choisit de révéler que sa cliente a rompu les ponts juste après le procès. Elle se demande si Florence Rey n’a pas voulu s’écarter de la « ligne de vie » que ses avocats avaient tracée en fonction de ce qu’ils ressentaient d’elle. Elle envisage deux possibilités pour expliquer la brutalité de ce rejet. Soit Florence Rey n’a plus voulu les voir parce qu’elle a voulu oublier définitivement tout ce passé et a expulsé de sa vie, de manière ingrate aux yeux de l’avocate, tout ce(ux) qui pouvai(en)t le lui rappeler ; soit elle a décidé radicalement de « changer de ligne de vie » . L’avocate laisse entendre de manière stupéfiante que pour « trouver un sens à ses actes », Florence Rey aurait pu choisir de coïncider avec « l’image plus politique » qui avait été donnée d’elle et des faits.

Olivia Cligman souligne le mystère qui entoure Florence Rey et ébranle le plaidoyer qu’elle et maître Leclerc avaient mis en place pour la défendre. Ils avaient justement prétendu « expliquer » l’énigme Florence Rey aux jurés, voire la dégonfler. Ils l’avaient décrite avec assurance comme une jeune fille toute simple et sans histoire au parcours tragiquement limpide, mais en l’évolution de laquelle on pouvait avoir toute confiance. « J’ai peur que vous ne compreniez pas ce visage » avait lancé maître Leclerc. 15 ans plus tard, l’avocate jette l’éponge et avoue qu’elle ne peut faire que des supputations. « Pour le savoir il faudrait le lui demander et ça je sais bien que c’est impossible ». Elle pourrait se contenter de dire qu’elle ne sait pas, botter en touche… Elle s’exprime franchement et elle instille le doute sous la forme d'une prétérition.

La première hypothèse qu’elle avance nuance, voire trouble, l’image de la jeune femme douce et repentante. Elle jette un point d’interrogation sur son évolution, au moment où l’on s’attendrait à de la réserve ou au couplet traditionnel chez les avocats de la défense sur la possibilité de réinsertion de leur ancien client, sur la dureté de la prison, sur le besoin de lui laissr le temps de reconstruire... On sent une crainte : n’est-elle pas retombée dans ses travers évoqués au procès (déréalisation, immaturité, instabilité, tendance au repli sur soi et à la fuite en avant, ce qui donnerait raison a posteriori à l’accusation pour qui elle n’avait pas de réelle prise de conscience et de sentiment de culpabilité profond) ? Ses avocats s’étaient acharnés à contrebalancer l’attitude d’une accusée qu’ils avaient qualifiée de « décevante » à l’audience. 15 ans après les faits, alors que la peine touche à sa fin, l’avocate semble ne pas exclure qu’elle n’ait pas non plus été à la hauteur durant la suite de sa détention. Toutefois, ceci pourrait encore cadrer avec l’image de la jeune fille faible et dépassée.

La seconde hypothèse, sur laquelle l’avocate s’attarde le plus, serait bien plus dévastatrice pour sa cliente si elle s’avérait. Il est, d’ailleurs, étrange de la voir évoquée par quelqu’un qui avait tout fait pour réduire les faits à une simple affaire passionnelle en reléguant au second plan toute motivation anarchiste. À demi-mot, maître Cligman avance que Florence Rey s’est peut-être radicalisée en prison après le procès. Cela sonne presque comme une (anticipation de) défense de la sincérité de sa plaidoirie qui s’en trouve malgré tout ébranlée. Florence Rey serait allée non dans la direction souhaitée par ses avocats, mais se serait tournée vers une image que l’on avait donnée d’elle dans la presse, qui n’était pas elle (en tout cas qui n’était pas ce que ressentaient ses avocats), mais qui était peut-être plus simple pour endosser les faits, donner un sens à sa participation à la fusillade et à son incarcération. L’auditeur peut être enclin à penser que si c’est l’ancienne avocate de la défense qui le dit, ce ne sont pas des paroles en l’air. Il peut également se demander si Florence Rey n’a pas bien caché son jeu en dissimulant sa véritable adhésion idéologique et la dimension politique réelle de ses actes tant que ça l’arrangeait. La justice est moins douce envers les terroristes qu’envers les amoureuses éperdues, Nathalie Ménigon et Joële Aubron peuvent le confirmer.

Au-delà de la frustration de ne pas savoir, l’avocate ne cache pas, face à Jacques Pradel, sa déception envers l’attitude de son ancienne cliente. Le moment choisi n’est pas innocent. Je suppose qu’elle sait bien lorsqu’elle donne cette interview que la libération de Florence Rey n’est qu’une affaire de mois. En outre, les anarchistes autonomes viennent de faire un retour spectaculaire dans l’actualité avec la détention de Julien Coupat. Au premier abord, l’avocate semble juste réfléchir tout haut, mais l’insinuation qu’elle lance ressemble à une petite queue de poisson. Elle pourrait, sans avoir l’air d’y toucher, réveiller l’ouragan médiatique autour de Florence Rey et rappeler son existence aux milieux anarchistes. Or, il n’est peut-être pas dans son souhait et certainement pas dans son intérêt d’avoir des « supporters » dont l’encombrant soutien pourrait même gêner l’obtention de sa libération.

L'avocate veut-elle se venger ? A-t-elle eu vent d’éléments qui vont en ce sens ? si oui est-ce pertinent de lancer une rumeur à ce moment de la peine ? cherche-t-elle à piquer au vif Florence Rey pour l’obliger à réagir et renouer ainsi le contact qu’elle fuit ? Je délire peut-être, mais il y a une grande densité psychologique dans ces quelques secondes d’interview. Ceci rappelle ce qu’est la justice dans son essence, une affaire d’hommes, d’humanité à vif, de confrontations de personnalité, de croisements de vie.

Clairement, l’avocate reconnaît que l’affaire est atypique et elle ne décrit pas son rôle comme celui d’une avocate classique face à un client normal. Elle insiste dans l’interview sur la première rencontre avec Florence Rey peu après les faits et sur sa surprise en découvrant une « jeune fille toute menue, toute timide, toute fragile, qui ne savait pas parler ». On peut se demander si la jeune avocate dont c’était sans doute la première affaire de ce calibre ne s’est pas attachée de manière inhabituelle à sa cliente. Si elle ne s’est pas sentie dans la position de la « grande sœur » ? Je ne crois pas exagérer. Au procès, elle ne cache pas l’affection, mêlée de pitié, qu’elle lui porte. Elle se présente autant comme une avocate que comme une sorte de confidente qui rend visite chaque semaine depuis 4 ans à l’accusée. Son témoignage est la caution du chemin parcouru par celle-ci. Elle est celle qui l’a vue changer progressivement et l’a aidée à le faire (parfois, dit-elle en la secouant). Elle parle d’abord d’une gamine muette au bord du gouffre ; puis, d’une adolescente rêveuse qui parle d’Audry au présent ; ensuite d’une jeune femme qui a mûri, qui regrette et est devenue une détenue modèle ; enfin d’une prévenue hébétée dans le box qui est telle qu’elle l’a rencontrée le premier jour. Incapable de s’exprimer, attendant que son avocate comble les silences et achève les phrases pour elle. Elle confie dans plusieurs journaux qu’elle a tout tenté pour pousser Florence Rey à s’exprimer et à se défendre durant le procès « la tendresse, la douceur, la dureté et même la cruauté, en vain ». Par la suite, dans chaque interview, elle répète que ce procès est un souvenir douloureux, qu’elle s’est sentie impuissante et qu’elle a l’impression que tout le travail accompli en 4 ans n’a servi à rien. Dans faites entrer l’accusé, elle considère que le jury n’a pas pu réellement ressentir qui était Florence Rey (quelques années plus tard elle semble moins catégorique ou du moins se pose des questions. Elle dit: ce que nous ressentions qu'elle était).

Lorsqu’elle évoque son rôle, elle dit qu’elle a eu moins l’impression de défendre Florence Rey que de la protéger. Du monde carcéral, d’elle-même, des faits. Son rôle s’apparentait, semble-t-il, à ses yeux, presque à une mission qui consistait à sauver une jeune fille en perdition submergée par les faits qu’elle avait commis et qui ne parvenait pas à les endosser, au point de faire plusieurs tentatives de suicides.

Bon j’ai à nouveau tartiné, mais cette interview et la manière dont l’avocate parle du dossier ne sont pas courantes. Cela confirme le caractère très passionnel de l’affaire à tous les niveaux. Les relations entre les avocats et leur client sont parfois incroyables. Certains avocats deviennent ainsi complices, glissent dans le milieu qu’ils ont si souvent fréquentés… Est-ce que vous auriez des exemples en ce sens ? Y a-t-il des cas connus d’avocates qui seraient tombées amoureuses de leur client, qui l’auraient fait évader, comme dans un roman de gare ?…


Dernière édition par petite lucarne le Dim 11 Oct 2009 - 18:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Mer 30 Sep 2009 - 18:38

Citation :
petite lucarne a écrit :

Y' a-t-il des cas connus d’avocates qui seraient tombées amoureuses de leur client, qui l’auraient fait évader, comme dans un roman de gare ?…

Bonjour,
Si mes souvenirs sont bons, une avocate de Mesrine (là, je sèche sur le nom) avait procuré à ce dernier un flingue pour son évasion de la Santé avec Besse.
Elle devait avoir un petit penchant pour lui, à moins que sa motivation était l'argent, mais la première hypothèse me parait séduisante.
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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Jeu 1 Oct 2009 - 21:23

Une avocate de Philippe MAURICE a fait celà, ne supportant pas l'idée que son client soit exécuté (à l'époque, PM était un candidat sérieux pour la Veuve). Il tenté une évasion avec le pistolet qu'elle lui a passé au parloir de la Santé.

Celà a échoué.

Philippe MAURICE a été gracié, et a été libéré il y a quelques années avec un Doctorat d'Histoire Médiévale.

L'avocate a été radiée du barreau, a fait un peu de prison, et je ne sait pas ce qu'elle est devenue.
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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Dim 4 Oct 2009 - 1:15

Trouvé sur la toile au sujet de l'avocate de Philippe Maurice :

Dans son premier roman, Brigitte Hemmerlin évoque un univers qu'elle a connu, celui de la prison pour femmes. Avocate au barreau de Paris de 1978 à 1981, Brigitte Hemmerlin est aujourd'hui journaliste et essayiste (Paroles d'innocents, Le Pré-aux-Clercs, 1992 ; Maman solo, Hors Collection, 1994).

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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   Dim 4 Oct 2009 - 9:58

Merci pour cette recherche, Sywan.
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MessageSujet: Re: Florence Rey-Audry Maupin   

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