La Veuve

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 Le spectacle des exécutions capitales.

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MessageSujet: Le spectacle des exécutions capitales.   Mer 6 Mai 2009 - 19:51

Contagion par le spectacle des exécutions capitales.
« On a beaucoup parlé de l'influence des exécutions capitales sur le peuple; voici un fait statistique qui donne quelque poids à cette opinion: sur 177 personnes condamnées à mort et interrogées par un ministre protestant dans l'exercice de ses fonctions, il n'en trouva que trois qui n'eussent pas assisté à des exécutions. Roberts, aumônier de Bristol, rapporte que 161 condamnés sur 167 qu'il avait conduits à l'échafaud, lui assurèrent avoir été présents à des exécutions. Un prêtre belge ayant assisté 167 condamnés à mort, demandait à chacun « Avez-vous vu une exécution ? » et 161 répondaient affirmativement.

« J'ai vu mourir Campi », disait Gamahut ». Quand on voulut attacher Poncet « ne vous gênez pas, je sais ce que c'est, j'en ai vu arranger pas mal à Toulon, seulement là-bas, on ne les traite pas si bien qu'ici. Ici, on arrive et ça y est ». Quelque bizarre que semble le motif invoqué par l'auteur de l'observation suivante pour expliquer l'augmentation dans le chiffre des meurtres, nous la donnons cependant pour faire voir combien est mauvaise sur le peuple l'influence de tout cet appareil théàtral dont on entoure les derniers moments des criminels. Ne serait-il pas bien préférable de renoncer à toute cette mise en scène et de faire disparaître obscurément dans la cour de la prison ou même dans leur cachot, ces misérables qui sont heureux, souvent du moins, de pouvoir encore une fois se donner en spectacle à la populace ? Cette observation et les deux suivantes, quoique puisées à des sources différentes, nous semblent ne se rapporter qu'à un même fait.

Dans le milieu du siècle dernier (en Danemark), les criminels étaient accompagnés depuis leur prison jusqu'au lieu de l'exécution par les prêtres et par une longue procession de fidèles, chantant des psaumes. La triste cérémonie était terminée par un long sermon adressé par le prêtre au condamné, qui était immédiatement pendu. Le spectacle de tous les soins pieux dont on environnait les criminels, séduisait à un tel point l'imagination du peuple qu'un grand nombre d'individus de cette classe commirent des meurtres pour jouir de ces avantages, et le gouvernement se vit dans la nécessité de restreindre le supplice de la pendaison, afin qu'il cessât d'être l'objet de l'ambition populaire. » Quoi qu'il en soit, il subsiste un fait, c'est que sous de la pompe donnée à ces exécutions, il y eut une grande recrudescence dans le nombre des meurtres commis. Mais nous avons peine à croire que le peuple fut poussé au meurtre « pour jouir de ces avantages ». Voici cependant deux faits dans lesquels le meurtrier a été conduit au crime, par le seul désir de finir sur l'échafaud :

« Alfred Pierre, âgé de vingt-deux ans, soldat au 42ème régiment de ligne, est petit, bien constitué, mais sa physionomie dénote une intelligence peu développée. Son père a été guillotiné à Paris (1) pour avoir assassiné une femme et son enfant. Alfred Pierre trouve que c'est une mort digne d'envie, sans doute parce que, dans son esprit borné, il ne voit là qu'une fin qui sort de l'ordinaire, et non l'expiation d'un crime, aussi répète-t il souvent, qu'il veut, comme son père, mourir sur l'échafaud. Au régiment, tous ses camarades le considèrent comme idiot, c'est l'expression d'un témoin, et lui font endurer mille misères. Pour arriver à ses fins, après une tentative de suicide, il essaye de tuer son caporal. »

Étant à Ivry, mon père a entendu raconter le fait suivant à M. le colonel Manselon : « Une nuit, on arrête dans le fort un soldat de ligne qui venait de faire une tentative d'assassinat sur la personne d'un officier du régiment de lanciers caserné à Ivry. Cet homme s'était introduit furtivement chez l'officier et pendant qu'il dormait, il lui avait appliqué le canon de son fusil sur l'oreille. Il allait faire feu, lorsque l'officier, réveillé par le contact du fer, se dressa tout à coup sur son lit et détourna l'arme. « Interrogé immédiatement après par le colonel, sa réponse fut celle-ci : « A telle époque, j'assistai à Vincennes avec mon régiment, à l'exécution d'un camarade condamné à mort, j'en éprouvai une vive émotion, et, à partir de ce moment, J'eus l'idée de me faire fusiller et de mourir comme mon camarade.
« C'est insensé, dit le colonel, vous aviez d'autres motifs pour tuer le lieutenant ?...
— Aucun absolument. Étranger que je suis à son régiment, je ne le connais pas môme de vue. J'ai pris la première personne qui me tombait sous la main. » II est inutile de faire ressortir la frappante analogie qui existe entre ces deux observations. Dans un cas, un aliéné, ou tout au moins un individu sur la frontière de la folie, désirant finir sur l'échafaud; dans l'autre, un individu poursuivi par l'idée fixe de se faire fusiller. Même ressemblance dans les moyens employés pour arriver à un même but dans un cas, le meurtre d'une personne contre laquelle l'on peut avoir une très légère rancune, si même il y avait rancune dans l'autre, cette excuse ne peut même pas être alléguée, il s'agit en effet d'un inconnu. Enfin le point de départ est le même une exécution. L'un sans doute en a entendu raconter maintes fois les détails par sa famille. Il y a certainement pensé souvent, l'instruction le prouve, et cette idée semble même être devenue son idée favorite. L'autre assiste à une exécution et depuis ce moment son esprit a une véritable obsession.

Après l'un des crimes de Whitechapel (ceux de Jack l'éventreur) les propriétaires de la maison dans la cour de laquelle le corps de la victime a été trouvé, faisaient payer one penny aux personnes qui voulaient voir le lieu du crime (septembre 1888). En 1887 l'exécuteur des hautes œuvres en Angleterre a été destitué. Il parcourt depuis la Grande-Bretagne avec son instrument de supplice, et, devant le public, il fait le simulacre d'une pendaison. La victime est représentée par une statue de cire c'est le portrait d'une jeune femme, fort jolie, dont le procès et le supplice ont fait grand bruit dans ce pays. En 1888 (mars à décembre), James Berry, le bourreau le la cité de Londres, fait dans les conférences publiques le récit de l'exécution du matin. Il a même projeté d'aller en Amérique, entre deux sessions criminelles, parler des meurtriers qui lui ont passé par les mains, et exhiber quelques souvenirs. Le même fait vient de se passer en Allemagne, Krauts, l'ancien bourreau, qui une première fois avait été engagé à l'Ostend theater de Berlin pour paraître en scène avec sa hache, s'étant vu interdire cette exhibition par la police, a monté une baraque foraine dans laquelle il montre au public le billot et la hache dont il s est servi pour ses récentes exécutions, entre autres celle de Hœdel, auteur de l'attentat contre Guillaume ler.

Rappelons pour mémoire la curiosité malsaine des demi-mondaines, et même des mondaines, pour les procès célèbres de Cartouche, de Troppmann, et plus près de nous de Pranzini, etc. On sait que certains présidents ne craignaient pas de composer la salle. A un moment donné même le scandale a été si grand que le garde des sceaux s'est vu contraint de mettre un terme à cette façon d'agir. Ce goût des affaires criminelles d'ailleurs n'est pas récent, car Madame de Sévigné raillait les « curieuses de supplices » dont elle faisait partie; plus tard et dans un monde moins select, nous avons eu les lugubres tricoteuses.

Ainsi, non contente d'autoriser les exécutions capitales en public, la police donne toute licence pour graver ces scènes lugubres dans l'esprit du public avec tout le réalisme possible, dans les exhibitions théâtrates. Quels sont les spectateurs habituels de ces productions malsaines? Sont-ce des esprits pondérés, des gens qui ne ressentiront aucune conséquence fâcheuse de ces scènes? Quelques-uns. peut-être, mais la grande majorité est formée sans aucun doute par ces esprits mal équilibrés. ces dégénérés qui sont attirés là, comme le fer est attiré par l'aimant. Maintenant l'idée est jetée dans leur esprit, elle va germer, ils s'y accoutumeront. Vienne une circonstance occasionnelle, ils la saisiront, quelque faible qu'elle soit; ils deviendront criminels, alors que peut-être, si leur esprit avait été moins bien préparé, il leur eût fallu, pour les jeter dans le crime, un choc plus considérable. Veut-on savoir quelles sont les salutaires réflexions faites, en attendant les exécutions capitales, par la foule qui s'y presse ?

« Depuis plusieurs jours, certains de nos confrères annoncent que la triple exécution de Doré, Berland (guillotinés le 27 juillet 1891) et de la mère (elle sera graciée) de celui-ci aura lieu le lendemain matin. Aussi les curieux de ce terrible spectacle gratuit sont-ils nombreux dès minuit sur la place de la Roquette et dans les débits du voisinage. Pour charmer leurs loisirs, ils imaginent entre amis un petit jeu on reproduit l'assassinat de la veuve Dessaigne. Pas un détail n'est oublié. On piétine en douceur pour la galerie, qui se tord sur le corps du copain qui fait la victime et pousse des hurlements à faire mourir de rire. A la même exécution, un spectateur a surpris ce dialogue « Le fils Berland à mort puisque c'est sa mère qui l'a poussé à ça. Est-ce qu'on va les tuer tous maintenant ? Et tout ça pour une vieille! »

A côté de la publicité des exécutions et des représentations dont nous avons parlé, nous devons rapprocher les jeux de certains enfants. Nous venons de voir qu'en attendant l'exécution de Doré et Berland une bande d'individus s'amusaient à mimer le crime. Quelques enfants dans des quartiers populaires se livrent couramment à ce jeu. Dans une spirituelle chronique, Lucien Descaves raconte qu'il n'a plus besoin de lire les faits divers, qu'il sait par les enfants de ma rue le crime du jour. De sa fenêtre il les voit répéter le drame qui vient de se commettre. Quelquefois même ils inventent et créent de toutes pièces un nouveau crime.

(1) PIERRE : Aucune trace de ce condamné à mort, ni aux Archives nationales, ni au Palmarés ?

Docteur Aubry Paul La contagion du meurtre - Étude d'anthropologie criminelle , Félix Alcan, éditeur, Paris, 1894.
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Titus_Pibrac
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MessageSujet: Re: Le spectacle des exécutions capitales.   Mer 6 Mai 2009 - 23:19

Le sujet plaisait beaucoup au XIXème - au point que plusieurs académiciens ont écrit dessus sans compter les monstres sacrés comme Totor.

On a cependant l'impression que les réflexions sont plus sensationnelles, plus quantitatives que qualitatives, voire marquées par les passions et les convictions - comme d'ailleurs tout ce qu'on peut lire sur la PdM y compris aujourd'hui, quand ce n'est pas enfantin.

Il vaut mieux rester sur du bon sens, i.e. que seul un demeuré profond pouvait réver de finir sur les planches (ou sur la planche après Crémieux).
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Titus_Pibrac
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MessageSujet: Re: Le spectacle des exécutions capitales.   Ven 8 Mai 2009 - 23:08

Une chose entre autre que m'a raconté mon grand-père (fisl du "colonel bourreau" de l'Humanité pour des mutineries vietnamiennes) est qu'assister à une exécution capitale au début du 20ème Siècle n'a jamais été considéré comme une chose très bourgeoise (ou petit-bourgeoise si on veut). Pluto^t comme un spectacle pour les amateurs de sensation forte.

On cherchait dans la mesure du possible à empe^cher les petits bourgeois à voir le show jugé à la fois cruel et surtout pour le milieu, l'atmosphère de paumés, misfits, voyeurs, qui auraient pu avoir une influence sur le reste des spectateurs.

Mon texte ne fait que reproduire ce que me dit mon aieul mais je ne pense pas déformer sa pensée.

Ce qui jamais ne l'empe^cha de soutenir la "Veuve" bien au contraire.
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MessageSujet: les spectateurs   Dim 15 Déc 2013 - 21:44

Bonsoir,
je me pose une question qui n'a pas encore été traitée, à savoir l'analogie entre les spectateurs d'une exécution et les habitués des procès. Moi même j'ai connu des gens qui étaient fascinés par le procès, par le moment de juger, par les affaires criminelles... Les spectateurs des exécutions recherchaient une sensation, une volonté de voir celui qui avait commis l'irréparable expier son crime. Certains auraient dit qu'il y avait un effet cathartique dans ce lot d'exécutions. Pensez-vous qu'il en soit de même chez ceux qui sont impressionnés par le domaine du procès au point d'aller assister régulièrement à des procès? Que se passe t-il chez ces gens là? Et si on remettait en place la peine de mort et la publicité des exécutions, y aurait-il là aussi des habitués?

Bien à vous.
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Nemo
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MessageSujet: Re: Le spectacle des exécutions capitales.   Lun 16 Déc 2013 - 13:01

C'est une question philosophique que celle-ci.

"Quelle raison pousse certaines personnes viennent assister de façon régulière aux procès ? Agiraient-ils de même si on leur proposait d'assister à une exécution capitale ?"

Comment expliquer ces questions sans aborder la notion de voyeurisme ?

Personnellement, je suis un voyeur.

Je ne suis pas homme à ralentir sur la route quand un accident a lieu mais je me complais dans l’étude du crime, de son accomplissement à sa sanction.

J'ai déjà été spectateur de deux procès d'assises. Pas en leur intégralité - quoique je devrais profiter de mon non-emploi actuel pour cela - mais assez pour trouver la chose intéressante. Mon avis est certes partial au vu de mes activités. Mais, au fond, un procès n'est qu'un spectacle ; réel, je vous l'accorde, mais pas très éloigné d'une pièce de théâtre, et il peut être aussi palpitant qu'un captivant roman policier, ou bien qu'un thriller tenant le public d'un cinéma en haleine.

L'étude de la justice quand elle concerne une atteinte à la vie restera un sujet dont je ne me lasserai jamais. Je ne suis pas le seul car, au fond, les faits divers demeurent la partie la plus appréciée des journaux, quels que soient les médias qui les diffusent.

Je ne saurais vraiment expliquer cet intérêt pour des choses aussi sordides. Poussant plus loin le vice, j'ai vu certaines images et certaines vidéos ignobles, poussé par une sans doute malsaine curiosité : la dépouille de la victime du Japonais cannibale, le crime de Rocco Luka Magnotta ou bien le meurtre d'un clochard russe à coups de marteau. J'ai interdit à mes proches - ma compagne en particulier - de céder à ce genre de sirène.
Je n'ai pas été traumatisé ou choqué outre mesure, car je connais mes propres limites, riches de vingt ans de méfiance profonde envers mon prochain. Pour autant, je ne m'estime pas mithridatisé complètement, et l'horreur de certains crimes me laissera pantois jusqu'à mon dernier souffle. Mais je sais que derrière mon prochain, n’importe lequel, peut se cacher le plus impitoyable des meurtriers et partant de ce principe, je peux assister à un procès avec un esprit neutre, sans haine véritable envers le criminel.

Et qu’en serait-il d’une exécution capitale ?

Moi, j’y assisterais. En auteur, avec l’œil du journaliste si vous le voulez. Au nom de l’expérience, sans pousser d’indécents cris de joie à la chute du couperet. Sans doute avec la sensation qu’une bonne chose a été accomplie – si tant est que le meurtrier soit de ceux qu’on peut qualifier d’irrécupérables : des hommes comme Fourniret ou Dutroux ne m’incitent nullement à la clémence.

Est-ce que je récidiverais ? Peut-être.

D’autres l’ont-il fait par le passé ? Sans doute. Evidemment, il faut se rappeler qu’au début du XXe siècle, l’exécution n’avait de publique que le nom, puisque des haies de soldats empêchaient la foule d’approcher trop près du lieu du supplice. Mais il est certain qu’au milieu de ce peuple, des gens étaient prêts à revenir à chaque usage de la guillotine dans leur région. C’est évident.

Comment être aussi péremptoire ?

Regardez les vidéos de supplice sur Youtube. Il y en a pas mal de vraies : pendaisons, décapitations… Celle de Weidmann, par exemple. Regardez le nombre de visionnages. Parmi les gens qui ont vu ces images – et j’en fais partie –, il y en a un pourcentage certain qui se déplacerait à l’aube pour voir la mort d’un criminel en live. Et tous ne seraient pas choqués outre mesure – à la différence de Gérard Jaeger voyant la vidéo de la double exécution indochinoise et se disant bouleversé et soulagé de savoir que ce genre de situation ne se reverra jamais plus, ou bien du père d’Albert Camus, pris de nausée après l’exécution d’un triple meurtrier à Alger en 1910.

Oui, ils seraient des millions devant leur poste si la guillotine devait fonctionner sous l’objectif des caméras du journal télé.

Car il y a une part inhérente de voyeurisme en chacun de nous. C'est un fait.

Certains adorent lire la presse à ragots scrutant le moindre des faits et gestes des people.

D'autres raffolent du sang et des titres racoleurs de la presse criminelle.

Point commun dans les deux cas : un intérêt, une fascination pour une partie du monde qui nous est fondamentalement étrangère. Un point que l’on retrouve également dans notre attachement aux œuvres de fiction : on aime les films romantiques parce qu’ils dépeignent l’utopie d’une histoire d’amour, les films d’horreur parce qu’on sait bien que les zombies cannibales ne sont pas réels, les films d’action parce qu’on ne sera jamais confrontés au choix crucial de couper un fil bleu ou un fil rouge pour arrêter une bombe thermonucléaire prête à exploser dans moins d’une minute.

On aime cela parce que ce n’est pas vrai, parce que c’est loin de notre réalité.

Alors, si ça nous plaît quand c’est purement fictionnel, comment ne pas être intéressé quand cela touche de véritables personnes ?

Beaucoup de gens se passionnant pour le bling-bling et la vie secrète des stars savent que jamais ils n'auront l'occasion de les fréquenter, ni de mener un jour le train de vie qu’ils ont. Et c'est toujours rassurant de se dire que l'actrice à la mode a autant de chances, malgré son argent et sa beauté, de se faire tromper par son mari que sa propre voisine de palier ou de contracter le cancer. Ici, on humanise la différence. "Au fond, malgré leur luxe, ils sont comme nous."

Pour le crime, c'est l'inverse.

Ce qui est étrange dans un crime de sang, c'est qu'il est difficile - si on n'est pas soi-même concerné par l'affaire - de croire complètement à ce que l'on nous rapporte. On doute, on reste stupéfait. Le meurtre est perçu comme un geste non pas simplement interdit, mais proprement incompréhensible.

Voyez quand on arrête un meurtrier, souvent un serial killer, la réaction de son entourage : "Jamais on n'aurait pensé qu'il pouvait faire des choses pareilles."

Et les gens derrière leur poste de télévision de se dire : "Il faut être inhumain pour agir de la sorte."

On se rassure, d'une certaine façon, en se disant que ces gens-là sont inhumains.

C'est là le souci, car au fond, c'est tout le contraire.

Nombreux sont ceux qui ont eu, un jour ou l'autre, l'envie de tuer leur prochain. Quasiment nul, le chiffre de ceux qui osent passer à l'acte.

Mais comment agirions-nous en période de trouble ? Par la règle du "manger ou être mangé". Voyez cet excellent épisode de « La quatrième dimension », « The shelter », où craignant une attaque nucléaire, les amis d’un homme disposant d’un abri anti-atomique deviennent des monstres poussés par l’instinct de survie. Intéressez-vous au passé, aux guerres, aux révolutions. Voyez l’expérience de Milgram. Conditionnés par une force supérieure – les ordres d’une instance supérieure, divine ou humaine, ou bien les besoins de la nature -, on peut être poussés à tuer, et ce sans manifester d’hésitation ou presque. En bref, nous sommes tous capables de tuer dans les "bonnes" circonstances. Le hasard fait juste que certains vont avoir la malchance d'être confrontés auxdites circonstances, et pas d'autres.

Assister à la déchéance de l'autre, c'est se dire avec soulagement qu'on y a échappé soi.

Peut-être n'est-ce que temporaire.

Mais le voyeurisme a cet effet : celui de rassurer. L'accident dont on n'a pas été la victime, la pulsion meurtrière qu'on a réussi à réprimer, l'adultère qui ne nous est pas arrivé.

Les gens qui assistent aux procès présentent clairement ce besoin d’être rassurés : le monstre à tête humaine doit être puni, parce que s’il ne l’est pas, qui sait s’il ne recommencera pas ? Peut-être viendra-t-il chez ma femme, ma sœur ou mon cousin, pense M.Quidam ? Il faut une sanction, si possible sévère.

Et assister à la prononciation de la sanction ou à l’exécution de la sentence, c’est autre chose que de se fier à ce qu’on raconte après coup.

Aussi, oui, assister à un procès ou à une exécution capitale a un rôle de catharsis.

Quant à parler de son efficacité…

C’est une autre question.



 Embarassed 

J’ai été hors sujet, non ?

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MessageSujet: Re: Le spectacle des exécutions capitales.   Lun 16 Déc 2013 - 13:22

Très intéressant, Nemo.

Merci de votre franchise.

Pour ma part je pense que j'aurais été fasciné de suivre un procès d'assises du temps où existait la peine de mort et où le crime était passible de mort.

La dimension du procès devait être toute autre. Les avocats savent "qu'on ne joue pas". Alors que de nos jours il ne se passe rien de spécial quand un accusé est condamné à perpétuité (il retourne en cellule après le procès et y reste des années), jadis tout le monde savait que cela pouvait aboutir à une "cérémonie" sinistre, à l'aube.

La dimension émotionnelle devait être très forte.

Alors, oui, on peut considérer que j'y serais allé en partie par l'émotion, même si une fois m'aurait sans doute suffit.

Par contre, je me serais interdit d'assister à une exécution capitale, non par répulsion (quoique; on ne doit pas en sortir indemne) mais ayant toujours considéré que le condamné devait affronter son destin dans l'intimité et qu'on lui devait cette marque de respect en se dispensant d'aller assouvir son voyeurisme.

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MessageSujet: Re: Le spectacle des exécutions capitales.   Lun 16 Déc 2013 - 20:13

Bonsoir,
merci Nemo, je suis d'accord avec votre analyse et vous n'avez pas été hors sujet. Cependant, j'entendais une fois une jeune magistrate dire des habitués des procès "ce sont des fous"...
Moi même j'ai toujours été fasciné par le milieu de la justice. Et je ne vous cache pas que j'ai toujours eu honte d'aimer assister à des procès.Phénomène de culpabilité, sans doute.
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