La Veuve

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 Le bal des Vaches

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MessageSujet: Le bal des Vaches   Jeu 9 Avr 2009 - 22:38

Curiosité.


2012-04-09 par Adelayde



LE BAL DES VACHES.

On appelle dans les quartiers populaires « bal des vaches », un bal de quatrième catégorie dont les danseuses appartiennent à la plus basse prostitution et les danseurs à l'armée du crime. On se rappelle le fameux bal des vaches qui, à un moment donné, appartenait au célèbre M. Toutée, président de la non moins célèbre neuvième chambre de la police correctionnelle.

Si le lecteur veut bien, je le conduirai dans un des établissements en question et lui en expliquerai le fonctionnement. Les bals des vaches ont lieu généralement dans les salles attenant à des boutiques de marchands de vin. Pour entrer au bal et pour en sortir, on passe à côté du zinc et l'on s'y arrête.

C'est sur les consommations, plus encore que sur les danses, que comptent généralement les patrons de ces établissements. Les danseuses des bals dont il s'agit viennent toujours danser en cheveux, ça va sans dire; quant aux danseurs, ils sont généralement vêtus de blouses et coiffés de casquettes. On voit peu de galurins dans les bals des vaches. La plupart des danseurs de ces boîtes sont des marlous, des voleurs et même des ou de futurs assassins; cependant, on y rencontre également des ouvriers qui, après quelques libations au comptoir du mastroquet, passent dans la salle de danse pour voir chahuter les mecs, et les gonzesses ou bien pour trouver une gigolette pas trop chère et bien cochonne.Les filles qui fréquentent les bals en question méritent bien le nom qu'on leur donne; ce sont des créatures ignobles, dégoûtantes. A de rares exceptions, elles arrivent au bal, sales, à peine débarbouillées. Elles y vont plutôt pour se reposer après les fatigues de la journée que pour chercher des michés.

Toutefois elles ne dédaignent pas ces derniers, si l'occasion se présente. Lorsqu'une fille de cette catégorie a aperçu entre deux quadrilles un ouvrier qui lui fait de l'oeil, elle fait signe à son marlou qu'elle va tâcher de travailler. Puis elle s'approche de l'homme qui la regardait et lui demande s'il veut lui payer une consommation. Si l'ouvrier accepte, on passe au comptoir et on cause en sirotant une boisson quelconque. Si l'homme est pressé on sort de suite (du reste il est rare qu'un bal des vaches ne soit pas accompagné d'un hôtel meublé) et la fille revient une heure après, retrouver son marlou qui l'attend. Si au contraire le miché a d'autres idées, s'il a envie de rigoler et de faire quelques tours de valse avec sa choisie, la fille se met à sa disposition, après avoir prévenu son amant de coeur qu'elle va être occupée.

Les rixes sont très fréquentes dans les bals de vaches, d'abord entre souteneurs, et ensuite entre ces derniers et les ouvriers qui voudraient faire leurs malins, faire danser une gonzesse et aller coucher avec elle sans casquer. Coucher avec un homme (autre que le p'tit chéri) pour rien déconsidère une fille aux yeux de ses égales et de la corporation des maquereaux. Elle passe pour une imbécile. Dans ce monde-là, autant sinon plus encore que dans celui de la prostitution d'un rang plus élevé, les relations entre la fille et le miché sont une lutte perpétuelle, sans merci.

La prostituée à vingt ou quarante sous sait parfaitement bien qu'un ouvrier qu'elle aura réussi à racoler n'est pas riche et qu'il est tenté de lui poser un lapin. Aussi, lui demande t-elle toujours de l'argent d'avance et plaque l'individu qui ne veut pas marcher. Mieux que ça : souvent elle le signale à son marlou qui cherche à lui faire son affaire à la sortie.
C'est pour cela qu'il y a si souvent des batailles et même des crimes de commis à la sortie de bals publics de cette espèce.


Les Bas-fonds du crime et de la prostitution, par Monsieur Jean, ancien agent des moeurs. Croquis d'après nature, par Lubin de Beauvais. Bibliothèque du journal Fin de Siècle, 1899, Paris.[/b]


Dernière édition par mercattore le Ven 10 Avr 2009 - 11:31, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Le bal des Vaches   Ven 10 Avr 2009 - 1:23

SUITE.



VOLS A L'ÉTALAGE ET VOLS A L'AMÉRICAINE.


Les voleurs à l'étalage entrent dans la catégorie des voleurs subalternes. C'est un métier qui ne rapporte pas lourd par le temps qui court.
Les étalages des bazars et des boutiques sont gardés par des employés malins qui ont de l'oeil et il faut avoir un talent supérieur pour échapper à leurs griffés. Et puis, même si on a de la chance, on n'arrive qu'a voler des objets de peu de valeur que les receleurs n'achètent qu'avec dédain et presque pour rien.Le métier de voleur à l'étalage est donc un fichu métier. Il demande beaucoup d'adresse, présente de très grands risques et ne rapporte que des bénéfices absolument minimes.

La plupart de ceux qui s'adonnent à ce travail ne le font, pour ainsi dire, qu'en attendant. Lorsqu'ils arrivent à se nipper, à se payer des frusques à peu près convenables, ils se lancent dans l'art « américain » ou se font pickpockets...
Disons tout de suite qu'il ne faut pas confondre le vol à l'américaine avec le vol dit « au charriage » ou à « l'enfouissement », vols faciles, s'opérant a l'aide de boniments grossiers auxquels les imbéciles de la dernière catégorie, seuls, se laissent prendre encore.

Les vols au charriage nécessitent le concours de trois compères. Le premier remplit le rôle de « leveur », de « jardinier » : c'est le « charrieur ». Sa mission consiste a trouver le « pigeon » pourvu d'argent et qu'il croit bon à dévaliser. Le second joue le rôle d'un voyageur étranger. Il doit avoir l'air prévenant; les manières engageantes et un costume de voyage complété d'une sacoche pendue en bandoulière.

Le troisième compère est invisible; il se contente de suivre les deux autres : on l'appelle « utilité ». Le « voyageur » suit le « charrieur » jusqu'au moment où celui-ci est en possession de son « pigeon ». Lorsqu'il s'aperçoit que ce dernier paraît suffisamment lié avec le premier, il s'approche de celui-ci, le salue poliment et le prie de lui indiquer soit une église, soit un consulat, soit une institution quelconque aussi éloignée que possible de l'endroit où ils se trouvent.

Le « charrieur » indique au « voyageur » les rues qu'il faut traverser pour s'y rendre, mais le faux étranger paraît ne pas comprendre et, sortant de son gousset une pièce d'or étrangère, il l'offre au « charrieur ». Le pigeon » accepte et l'on se met en route. La course terminée, le « voyageur » qui était entré dans une église, dans un consulat ou un ministère, pendant que ses compagnons l'attendaient dans la rue, et qui en est ressorti quelques instants après, invite le « pigeon » et le « charrieur » au café.

On boit, on cause, on reboit. Finalement le « voyageur » déclare qu'il voudrait... s'amuser un peu avec des demoiselles. Le « rieur » sourit en dessous au « pigeon » qui, allumé par la boisson, approuve l'idée du « voyageur ». Alors le « charrieur » annonce a ses compagnons qu'il connaît un endroit où l'on peut s'amuser à bon marché avec des jeunes, personnes très jolies et prêtes a toutes les exigences des messieurs.

On sort du café, on monte en voiture et l'on se rend dans une maison publique des fortifications. Avant d'y pénétrer, le « charrieur » se frappe tout à coup le front avec sa main et s'écrie, en s'adressant au « voyageur » :
— Nom d'un chien, je n'y pensais plus. Si vous avez de l'argent sur vous, il vaut mieux le mettre en lieu sûr avant d'entrer dans cette maison. Vous comprenez, les pensionnaires en sont charmantes, mais dame, je ne réponds pas de leur honnêteté. Le « voyageur » trouve l'objection de son copain fort juste et lui demande de lui indiquer un endroit où il pourrait cacher les valeurs qu'il porte sur lui.
— Mais c'est fort simple, répond le « charrieur ». Nous n'avons qu'à les enfouir dans un des fossés des fortifications attenant aux bureaux de l'octroi. Nous reviendrons les chercher tout à l'heure. Cette idée est acceptée par le « voyageur ».

On creuse le trou et, au moment où le faux étranger y place sa sacoche, le « pigeon » manque rarement de vouloir y joindre son portefeuille, d'autant plus que le « charrieur » lui-même y dépose son porte-monnaie. Ensuite on laisse à l'endroit où le magot a été enfoui un signe quelconque et l'on va « rigoler », Au moment de payer les consommations servies dans la maison de filles, le « voyageur » s'aperçoit qu'il est dépourvu d'argent. Il s'en désole et finit par remettre au « pigeon » une petite clef, le priant de se rendre sur les fortifications et de retirer de sa sacoche un des rouleaux d'or. Le « pigeon », très flatté de cette marque de confiance, se rend à la cachette et y aperçoit... un trou vide : c'est le troisième compère de la bande, « l'utilité,» qui a rempli son office, en déterrant les objets cachés et s'en emparant.

La victime court prévenir ses compagnons, mais ceux-ci ont disparu. Il ne lui reste plus qu'à porter plainte au plus proche commissariat de police. Comme on le voit, le vol au charriage est très simple et il faut vraiment être doué d'une forte dose de bêtise pour s'y laisser prendre.


A suivre...
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MessageSujet: Re: Le bal des Vaches   Ven 10 Avr 2009 - 11:18

SUITE.



LE VOL A L'AMÉRICAINE.

Le vol à l'américaine est beaucoup plus compliqué. Son fonctionnement mérite d'être connu; on ne se figure pas ce qu'il est. La direction en est confiée à l'aristocratie de la haute pègre. C'est un bouquet de malfaiteurs dans lequel toutes les nationalités sont représentées, même le vide-gousset anglais, qui ne travaille d'ordinaire qu'avec ses compatriotes. L'association est vaste, parfaitement organisée, et les résultats sont plus importants que ceux obtenus par la fleur des pickpokets.

Les voleurs à «l'américaine» de profession se tiennent a l'affût aux abords des grandes gares, où arrivent les étrangers qui se disposent à rentrer dans leur pays natal pour s'y établir avec leurs économies gagnées à force de travail et de privations. Les victimes sont en général des gens ignorants, des manoeuvres, des paysans, satisfaits de revenir après bien des années d'absence. L'organisation corporative de ces grands malfaiteurs est telle que ses principaux membres ne font que les voyages des deux Amériques en Europe : cela leur permet d'entrer en connaissance avec les passagers et le personnel des bateaux ; c'est ainsi qu'ils parviennent à se renseigner exactement sur les personnes qui peuvent être volées avec facilité.

Le plus souvent, ils n'effectuent pas le trajet en entier; à l'aide des renseignements qu'ils ont obtenus, une dépêche chiffrée est envoyée à leurs associés, elle contient le signalement de la future victime et toutes les données nécessaires pour la dépouiller. Les indications sont si précises que le vol se pratique quelquefois par l'emploi de deux sacoches pareilles dont l'une, avec une dextérité remarquable, est substituée à l'autre; et le volé, arrivé à destination, découvre, à la place de son argent, des cailloux et des rouleaux d'étain.

Quand la personne signalée par dépêche débarque du bateau ou descend de chemin de fer, elle voit s'avancer, selon sa nationalité, un Italien, un Anglais, un Allemand ou un Français, qui se charge de gagner sa confiance. Il porte le costume du voyageur attendu et se présente comme un compatriote : c'est ce qui explique que, dans le vol à l'américaine, les malfaiteurs de tous les pays sont alliés, mêlés, pour opérer son exploitation sur une grande échelle.

Le principe de ce vol est la confiance : tout repose sur elle. Il faut que le guide qui s'offre au voyageur ne néglige rien pour l'obtenir. Il se fait habituellement passer pour un homme riche, bienfaisant, désireux de le protéger; il lui parle, dans sa langue nationale du pays, du village, de la famille et l'émeut en faisant vibrer les cordes sensibles que lui ont fait connaître ses complices d'outre-mer. La future victime, contente de rencontrer une providence inespérée, est convaincue par le langage, par la tenue,qu'elle a trouvé un compatriote, presque un frère,ou tout au moins un homme doué des meilleurs qualités; elle devient comme les enfants du peuple, expansive, elle raconte son passé, ses projets d'avenir qui doivent en se réalisant lui procurer le repos, le bonheur et la tranquillité.

A ce moment, un agent de la Sûreté serait mal reçus en voulant avertir le malheureux du piège dans lequel il va tomber, tellement le bandeau qui lui couvre les yeux devient impénétrable aux rayons de la vérité. Pour justifier leur présence à Paris, ou dans les ports de mer, les voleurs, qui tous ont soi-disant fait leur fortune dans le commerce, l'industrie, la banque, déclarent y être venus pour recueillir un héritage. Les inventaires sont longs et les formalités à remplir n'en finissent pas. C'est ainsi qu'ils endorment petit à petit leur homme. A l'hôtel, où il a été chaudement recommandé, ses dépenses sont payées comme le sera le prix du dernier transport qui doit le ramener au milieu de ses parents.

La future victime, ensorcelée par tant de bons offices, commence à se laisser entraîner. Le faux bienfaiteur en profite et pousse la sollicitude jusqu'à lui dire : « Prenez garde aux voleurs, Paris en foisonne, on vous surveille, des malfaiteurs peuvent se jeter sur vous et prendre votre argent. Ils sont,rarement arrêtés et vous n'avez plus qu'à dire adieu à vos économies, car si la Police retrouve quelquefois les voleurs, soyez persuadé qu'ils n'ont plus rien sur eux. Agissez donc comme bon vous semblera, vous êtes averti; je vous parle en compatriote, en ami. Croyez-moi, vous ferez bien de me confier votre argent, vous n'en avez pas besoin puis que je solde vos dépenses et que je ne vous quitte pas.»

Le voleur touche presque à son but, il se voit déjà le maître de la sacoche si longuement convoitée; il a, par persuasion, semé l'inquiétude dans l'âme de sa victime ; il va frapper le coup décisif en continuant à l'émouvoir par des histoires de vols exécutés avec une audace exceptionnelle.
— Moi, dit-il, en voyant le bonhomme terrifié, on ne m'en remontre pas ; grâce aux précautions que je prends, j'ai su éviter dans mes nombreux voyages la visite des escrocs et des voleurs. Emu, troublé par une variété de sentiments différents, les valeurs sortent enfin des mains de son légitime propriétaire et passent doucement, sans secousses, dans celles de l'habile voleur. Celui-ci n'a plus qu'un mobile : terminer par la fuite ; c'est alors qu'il remet vingt francs à sa dupe en la priant, pour gagner du temps, de choisir des cigares, de bons londrès, noirs, secs, tachetés de blanc, puis il monte dans la première voiture et disparaît.

Ces vols à l'américaine sont si étranges, que le public les attribue a l'imagination féconde des journalistes. L'Italien, comme dans beaucoup d'autres manières de voler, occupe le premier rang. IL l'emporte en finesse et en stratagème; c'est avec une adresse qui lui est toute personnelle qu'il dirige ce vol, sans se départir une seule minute de l'imperturbable sérieux qui le caractérise, même dans les farces les plus drôles. Il possède la verve, je dis le mot : la blague nécessaire pour mener à bonne fin une pareille entreprise. L'Italien a toujours eu le génie de l'intrigue joint à une souplesse presque orientale. Quand il tient le sujet bon à dévaliser, il faut le suivre et le voir manoeuvrer avec ses complices.

Leur tactique est admirable. Ils commencent par s'échelonner le long des rues, et guettent en même temps la police et le pilote abouché avec le pigeon. Le moindre geste, convenu d'avance, est compris et transmis rapidement; aussi le meneur en chef prépare son plan, ne fait aucun signal sans connaître le parti pris par le voyageur qui, souvent, ne quitte une gare que pour en reprendre une autre le jour même.

Les auteurs des vols à l'américaine, constamment en route, échappent presque toujours à l'action de la justice. Une police internationale bien comprise pourrait seule paralyser leurs nombreux méfaits ; elle suivrait aussi de près les opérations des pickpockets et finirait par connaître à fond le mystérieux travail des chloroformistes*.

* Technique de vol, surtout pratiquée dans les trains, anesthésiant le voyageur par la pose d'un tampon de chloroforme sur son visage. Le redoutable Camille Mauclair, et sa bande, exécuté à Marseille en avril 1934, pratiquait, entre autres, ce genre d'opération.


A suivre...
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MessageSujet: Re: Le bal des Vaches   Sam 11 Avr 2009 - 12:37




A SAINT-LAZARE.

« Dans le langage des filles, la prison de Saint-Lazare s'appelle « Saint-Laz ». On sait que la fille publique prise en flagrant délit de racolage est arrêtée et, après avoir été dirigée tout d'abord sur le Dépôt de la préfecture, est envoyée ensuite à Saint-Lazare. Du reste, on aurait tort de se figurer que Saint-Lazare est réservé spécialement aux filles. Loin de là, c'est une prison pour les femmes en général, et le fait d'avoir séjourné à Saint-Lazare n'est pas du tout infamant. Ainsi, une femme qui tirera un coup de revolver sur son amant, fait délictueux, mais point déshonorant, ira à Saint-Lazare, et y attendra, durant plusieurs semaines ou plusieurs mois, sa comparution et sa condamnation, ou son acquittement, en cour d'assises.

Il est bon d'ajouter toutefois que les filles ramassées par la police sur la voie publique représentent la majorité des pensionnaires de Saint-Lazare.
— Ah ! comme on pourrait bien travailler à Paris,me disait un jour une vieille garde de la prostitution, si «Saint-Laz » n'existait pas. En effet, un séjour à Saint-Lazare, de si courte durée qu'il soit, nuit toujours énormément à une fille. Elle s'absente de son quartier, perd sa clientèle, ne peut s'acquitter envers son propriétaire et ses fournisseurs, étant exposée pendant ce laps de temps à un repos forcé.

Tout Je monde sait quel rôle énorme joue la guigne dans l'existence humaine. Tel homme, très intelligent, très travailleur, n'arrive à rien parce qu'il a la guigne; telle retapeuse, jeune, jolie et roublarde, ne fait cependant pas d'argent. A qui la faute? A la guigne. Une autre se fait périodiquement prendre dans des rafles, tandis que ses camarades y échappent. Encore la guigne. J'ai connu une fille de quarante ans qui, en vingt ans, a séjourné cinq cents fois à Saint-Lazare, ce qui fait une moyenne de deux fois par mois.
— On me connaît à Saint-Laz, disait-elle. J'y suis comme chez moi. J'y fais la pluie et le beau temps. Si l'envoi à Saint-Lazare d'une fille lui fait un grand tort dans l'exercice de son commerce, il frappe également d'une façon très cruelle (sic) le souteneur de la dite dame.

Le marlou qui, tant que sa marmite travaille, s'adonne, la plupart du temps, aux délices de la paresse et ne fait un mauvais coup que lorsqu'il y est absolument forcé, devient, au contraire, un malfaiteur des plus dangereux lorsque l'arrestation de sa maîtresse lui enlève ses moyens d'existence. En partant de là, on arriverait à ce résultat qui paraît bizarre au premier abord : en sévissant contre la prostitution on augmente le nombre de crimes et délits. Dans la conversation entre les filles, deux mots se répètent à chaque instant, deux mots magiques : la rousse et Saint-Laz'. En effet, la police et la prison de Saint-Lazare jouent un rôle réellement prépondérant dans la vie d'une femme publique. Elle voudrait parvenir à les écarter, et elle ne peut pas y arriver. L'agent de moeurs et la prison la guettent au passage et s'en emparent.

Sans faire du sentimentalisme, avouons qu'une grande partie des filles qu'on envoie à Saint-Lazare sont dignes de pitié. Elles font leur triste métier sans grand plaisir, vraiment. Et pour ce que ça leur rapporte la plupart du temps, elles feraient mieux, franchement, de se mettre domestiques au lieu de s'adonner à la « noce ». Mais voilà ! Une fois qu'on a embrassé la carrière du déshonneur, on n'a qu'à continuer... Les pauvres filles continuent donc leur métier... jusqu'au jour où elles sont envoyées à Saint-Lazare. Le départ d'une fille pour Saint-Lazare présente quelquefois un côté vraiment dramatique. Elle pleure, supplie les agents de la laisser tranquille, se lamente. Les agents, de par leur métier, doivent rester inflexibles. Aussi, emballent-ils la fille, malgré ses protestations et ses cris. L'amant de. coeur, assis chez le troquet du coin, se lamente, lui aussi, et noie son chagrin dans une Alerte.

Rien de curieux comme les abords de Saint-Lazare. Ils sont remplis de souteneurs qui attendent la sortie de leurs marmites. Et avec quelle joie l'homme et la femme se rencontrent après quelques semaines ou quelques mois de séparation! La pauvre fille se jette dans les bras de son Alphonse ; souvent, elle pleure à chaudes larmes, telle une petite fille rentrant chez ses parents, de pension.
C'est que, il ne faut pas l'oublier, neuf fois sur dix, la fille aime réellement son marlou. L'âme de la prostituée est basse, mais en même temps très sentimentale, oscillant entre la dépravation la plus immonde et les rêves les plus naïvement idylliques.
Vous vous rappelez la célèbre chanson de Bruant : A Saint-Lazare, où l'héroïne du poète dit à son amant en lui écrivant de prison :

J'unis ma lettre en t'embrassant
Adieu mon homme.
Malgré qu'tu soy'pas caressant
Ah ! j't'ador'comme
J adorais l'bon Dieu, comm'papa
Quand j'étais p'tite,
Et qu'j'allais communier à.
Sainte-Marguerite.

En ces quelques vers, Bruant a su jeter une véritable lumière sur l'âme de la fille. Si vous désirez avoir un document humain réellement intéressant, cher lecteur, allez assister à la sortie de Saint-Lazare d'une femme publique, attendue à la porte par son amant. Vous ne regretterez pas votre dérangement. »





2012-04-09 par Adelayde
La prison Saint-Lazare, rue du Faubourg Saint-Denis, au début du XXème siècle.Elle fut démolie dans sa presque totalité entre 1935 et 1940.





2012-04-09 par Adelayde

Cellules à barreaux dans le quartier dit « La ménagerie »




http://www.numishop.eu/fiche-fnc_242631-mo_nec-1-PRISON_SAINT_LAZARE_25_Centimes_n_d_.html
2012-04-09 par Adelayde

Jeton de nécessité de la prison. Ces jetons ont été fabriqués à diverses époques troublées où la monnaie officielle se raréfiait.
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huerta
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MessageSujet: Re: Le bal des Vaches   Dim 23 Mai 2010 - 15:26

Bonjour : j'ai sous les yeux le livre "Les bas-fonds du crime et de la prostitution par Monsieur Jean ancien Inspecteur Principal de la Sûreté aves illustrations et croquis d'après nature par Lubin de Beauvais Librairie P. Fort (1901) dont les illustrations sur ce site sont tirées. Je le vends. J'ai un peu cherché pour voir si ce commentaire était contraire à une "charte" de La Veuve et je n'ai rien vu... si cela n' était pas conforme j'espère que cela serait considéré comme véniel par les exécuteurs et que la symbolique (aujourd'hui) bascule à Deibler me serait épargnée....
César ,un ancien came (attention y'a pas d'accent aigü sur le e )
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Nemo
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MessageSujet: Re: Le bal des Vaches   Dim 23 Mai 2010 - 15:35

Non, non, non ! Pas de problème, Huerta !

Le forum n'a pas pour but premier d'être une zone de commerce, mais je ne vois pas pourquoi je m'y opposerais.

Aux intéressés d'entrer en contact avec vous !

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"Je suggère qu'on lui coupe la tête sans ménagement dès dimanche prochain, mais si possible après 17 heures, afin que j'aie le temps d'aller aux vêpres. (Pierre Desproges)"
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MessageSujet: Re: Le bal des Vaches   Dim 23 Mai 2010 - 15:46

Bpnjour Huerta,

Pas toujours facile à vendre les bouquins quand ils sont mis en ligne sur Gallica.
Bien sûr, il y a une grosse différence entre avoir un book dans sa bibliothèque et l'avoir en pdf sur le net, mais aujourd'hui, avec la crise, il y a des réticences à se procurer la version papier, même si on est amoureux des livres. Enfin, j'espère que vous trouverez un acquéreur, mais je sais par expérience, ayant vendu moultes bouquins, que ce n'est pas facile, ou alors on veut bien vous les prendre mais c'est seulement pour une bouchée de pain (même des livres ayant une certaine valeur et rares).
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huerta
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MessageSujet: Re: Le bal des Vaches   Dim 23 Mai 2010 - 16:45

Merci Sywan et Mercattore de vos réponses, autorisations, avis...pour les jurés-exécuteurs je suis actuellement dans l'éducation nationale après avoir travaillé longtemps comme commerçant non sédentaire (Monsieur Jean dit qu'un sur deux est malhonnête), pour avoir commis quelques oeuvres plastiques je me verrais bien aplliquer la qualification d'artiste au lieu de celle de condamné à mort (qui pourtant stricto sensu s'impose...)
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MessageSujet: Re: Le bal des Vaches   Mar 25 Mai 2010 - 12:51

Bonjour huerta et bienvenue!

pour ne plus être "condamné à mort" il vous faudra poster un certain nombre de commentaires ou articles (désolé, je ne sais pas combien exactement What a Face )

_________________
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MessageSujet: Re: Le bal des Vaches   

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