La Veuve

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 Victor Prevost - le boucher de la Chapelle - 1880

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piotr
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MessageSujet: Victor Prevost - le boucher de la Chapelle - 1880   Mer 18 Mar 2009 - 22:02

http://query.nytimes.com/mem/archive-free/pdf?_r=1&res=9503E7DB1E31EE3ABC4C53DFB466838B699FDE


http://www.guillotine.dk/Media/1857.jpg
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Adelayde
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MessageSujet: Victor Prevost, le boucher de la Chapelle   Dim 12 Juin 2011 - 19:25

Victor Prévost le boucher de la Chapelle

"La cervelle du gardien de la paix", une analyse passionnante de cette affaire.

http://criminocorpus.revues.org/260

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Le cadavre de la rue du Pré-maudit

Mme Lévy, rue de la Chapelle, venait de traverser la rue du Gué, lorsqu'elle heurta du pied une masse informe qu'elle prit tout d'abord pour de la viande gâtée, mais, s'étant baissée, elle poussa un cri en reconnaissant qu'elle avait devant elle un bras d'homme.
Mme Lévy entra chez M. Pacey, marchand de vins, rue de la Chapelle, 170, et l'invita à venir avec elle pour recueillir la funèbre trouvaille.
Un individu très grand semblait les observer et, lorsqu'ils se dirigèrent vers lui, il prit la fuite dans la direction des fortifications et bientôt le bruit de ses pas se perdit dans le lointain.
La police fut prévenue immédiatement. M. Macé, averti par une estafette, arriva sur les lieux vers dix heures et donna ordre de commencer des recherches dans les égouts voisins.
Deux heures après, un cadavre presque entier était reconstitué : la tête manquait, ainsi qu'un doigt de la main gauche et une partie des intestins. Détail horrible, tous ces membres, toutes ces fractions de corps humain étaient dépouillés de la peau.
Le lendemain, jeudi, Mme Lévy arriva vers sept heures et demie au bureau de paix, dénommé poste de l'Évangile, rue de l'Évangile, 17. Elle devait fournir de nouveaux renseignements sur le fait de la veille.
En entrant, elle vit devant elle un homme dont la physionomie la frappa.
« Oh ! s'écria-t-elle en montrant cet individu, si monsieur avait une blouse et une casquette, je jurerais que c'est lui que j'ai vu hier. »
Tous les regards se tournèrent vers cet homme. Il sourit, pâlit, parut se trouver mal.
Le chef de poste envoya à son domicile soupçonné chercher sa blouse et sa casquette. On lui commanda de prendre ses vêtements. Il obéit. Alors, Mme Lévy n'hésita plus et affirma que c'était bien là celui qui avait pris la fuite à son approche.
- C'est donc toi l'assassin ? dirent ses camarades, surpris.
– Oui, dit-il en courbant la tête.
L'assassin s'appelle Prévost, il a 43 ans. C'est un ancien cent-gardes. Licencié, quand ce corps fut dissous, il se fit garçon boucher. On le dit coureur de femmes, mais, à part cette faiblesse, on n'a rien à lui reprocher dans son service.
Voici dans quelles circonstances le crime fut commis :
Mardi soir, Prévost demanda un congé de vingt-quatre heures, disant qu'il avait à aider un camarade dans son déménagement. Le lendemain, mercredi, il sortit vers dix heures et demie pour déjeuner chez un marchand de vin du voisinage.
À onze heures, un jeune homme se présentait chez le concierge du n° 75, rue Riquet, où habite Prévost, et demandait celui-ci :
« Il est allé déjeuner, lui répondit Mme Maître, la concierge.
– Dans ce cas, je vais en faire autant, dit l'inconnu et je reviendrai tout à l'heure. »
À midi, Prévost rentra ; on lui dit que quelqu'un était venu le demander.
« Je sais, dit-il, c'est pour une affaire, » et il monta.
Une demi-heure après, l'inconnu reparut, muni d'une sorte de portefeuille très épais semblable à ceux dont se servent les courtiers en bijouterie.
« Il y est cette fois, annonça Mme Maître, seulement je crois qu'il dort.
– Bah ! j'en serai quitte pour le réveiller, répliqua en riant le jeune homme au portefeuille. Puis il gravit à son tour les trois étages qui conduisent au domicile de Prévost.
Quand le jeune homme bijoutier arriva à la porte de Prévost, il frappa, et celui-ci ouvrit aussitôt.
Prévost offrit un verre de vin au jeune homme et lui avança une chaise.
Le courtier ouvrit sa boîte d'échantillons.
À ce moment, Prévost, prenant dans sa main une grosse boule de fer, arrachée à une clef dont se servent les mécaniciens de chemin de fer, en frappa violemment le jeune homme au sommet de 1a tête. La pauvre victime tomba comme une masse, étourdie, gravement blessée, mais pas morte. Prévost, saisissant alors un long couteau de boucher, le plongea tout entier dans le cœur du malheureux, qui rendit le dernier soupir. Sans perdre de temps, l'assassin dépouilla sa victime de ses vêtements et, sur le plancher, la découpa en soixante-quinze morceaux, après l'avoir dépouillée de la peau.
À cinq heures, tout était fini. La tête était cachée dans la cheminée. Les paquets étaient faits, prêts à être jetés dans les bouches d'égout. Prévost descendit chercher un seau d'eau et lava avec soin sa chambre, son couteau et jusqu'à son balai. Il vida l'eau rouge dans les lieux d'aisances.
Le soir, à neuf heures et demie, il alla dîner chez M. Foury, marchand de vin, rue Riquet, 86. Il demanda du veau et du saucisson, mais ne mangea rien. Il paraissait troublé. À côté de lui, sur la table, était un paquet enveloppé d'un journal.
M. Foury toucha ce paquet et sentit quelque chose de mou ! C'était la peau de la victime.
Quand on lui demanda la raison de son trouble, il répondit :
« Je suis fatigué, parce que je viens de déménager un camarade. »
Le malheureux garçon, victime de cet horrible assassinat, se nommait Lenoble. Il était âgé de trente huit ans environ.
Prévost a fait la déclaration suivante en présence de M. Clément, commissaire de police aux délégations judiciaires :
« Depuis quelque temps, je connaissais M. Lenoble, courtier en bijouterie, à qui j'avais manifesté l'intention d'acheter une chaîne d'or, payable par à-comptes.
Pour conclure cette affaire, rendez-vous fut pris pour le 10 courant, entre midi et une heure de relevée, à mon domicile, rue Riquet, 75.
En donnant rendez-vous à Lenoble, j'avais conçu le projet de l'assassiner pour lui voler les bijoux et les valeurs dont il pouvait être porteur.
Dans la matinée du jour où j'ai commis mon crime, je montai dans ma chambre cinq ou six bouteilles d'eau, et je fis l'acquisition d'un grand couteau et d'un couperet ; puis j'attendis.
À midi un quart, Lenoble est arrivé. Il étala ses marchandises sur mon lit, et je fis choix d'une chaîne.
Puis, sous prétexte de prendre une plume et de l'encre pour souscrire les billets, je m'écartai un peu du lit.
Lenoble était toujours penché sur mon lit et rangeait ses marchandises.
Je m'emparai alors d'une boule de fonte pesant environ deux kilogrammes, emmanchée au bout d'une tige de fer, instrument servant à rattacher entre eux les wagons de chemin de fer, et j'en donnai un premier coup sur la nuque de Lenoble.
Celui-ci s'affaissa sur le lit. Je le frappai encore d'un autre coup.
J'avais trouvé l'instrument qui m'a servi à commettre le crime quelque temps auparavant.
Je déshabillai ensuite complètement Lenoble, je l'étendis sur une malle et je l'écorchai entièrement, pour empêcher la reconnaissance des chairs, dont j'avais l'intention de me défaire par petites fractions.
Je dépeçai ensuite le cadavre en un grand nombre de petits morceaux (environ une centaine), à l'aide du couteau et du couperet que j'avais achetés le matin.
Ma besogne, commencée à une heure, était terminée à cinq heures.
Je jetai ensuite dans le cabinet d'aisance la partie liquide ; puis, à la tombée de la nuit, je me revêtis d'une blouse, je remplis un panier des débris de Lenoble et j'allai les jeter dans les égouts, dans les terrains vagues, et partout où je croyais pouvoir m'en débarrasser sans être vu.
J'allai ensuite, vers neuf heures, manger une portion de tête de veau chez un marchand de vin du quartier, puis je retournai me coucher, et, ce matin, après m'être mis en tenue de gardien de la paix, j'allai prendre mon service, laissant chez moi la tête de ma victime, ses écrins et ses vêtements. »
Ensuite a eu lieu, à la Morgue, la confrontation de Prévost avec les restes du malheureux Lenoble. MM. Bresselles, Caubet, chef de la police municipale, Fontaine, chef adjoint, Boudet, substitut du procureur de la République, Clément, Lefébure et Macé, y assistaient.
Des débris de la malheureuse victime étaient étendus sur la table de dissection. Rien de plus affreux à voir ! Aucune expression ne saurait peindre une semblable scène.
C'était un amas de chairs pantelantes, dépouillées de leur peau et, – pour nous servir d'un terme trivial, mais qui rendra bien toute l'horreur du spectacle, – débitées comme de la viande de boucherie : pêle-mêle les fémurs recouverts de leurs tendons, le sternum, les côtes auxquelles adhèrent des fragments de la poitrine, les os des omoplates et des bras, et, un peu plus loin alors, le foie, le cœur et les viscères, ainsi que les fragments d'épiderme arrachés un à un de chaque partie qui avait été découpée !!!
Et, placée au-dessus de ces effroyables débris recouverts d'une toile grise, la tête exsangue, les yeux démesurément ouverts et portant l'expression de l'atroce souffrance que dut ressentir l'infortuné au moment où il reçut le coup qui le foudroya.
Cette tête présente, au sommet du crâne, deux entailles béantes, qui ont fendu les chairs, attaqué le cerveau et produit une effusion de sang considérable.
La plume s'arrête, impuissante à retracer cet épouvantable tableau !...
En entrant et en se trouvant en face de la tête de la victime, dont les grands yeux ouverts le regardaient fixement, Prévost a eu un moment de défaillance, naturel ou joué.
« Allons, voyons, a dit M. Clément, pas de grimaces ; vous l'avez assez vu, cet homme, quand vous l'avez découpé. Vous ne devez pas être si ému que cela. »
Prévost s'est remis et a reconnu les restes de sa victime.
Prévost est un homme de quarante ans, de haute taille ; il porte les moustaches et une large impériale châtain. Il passait pour très doux dans le quartier, il était très estimé dans le service.
La victime, Lenoble, avait une quarantaine d'années. C'était un petit homme grêle, pâle, portant une moustache assez fine. Il était marié et père de deux enfants, âgés l'un de douze ans, l'autre de cinq. Il demeurait 26, rue Saint-Sébastien.



Meurtre de la demoiselle Blondin

L'accusé avait fait, en 1874, la connaissance de la demoiselle Adèle Blondin, qui, après avoir été au service d'un vieillard, avait, à la mort de son maître, reçu de sa famille une somme de 25,000 francs. Ce capital, joint à ses économies, avait été placé en rentes sur l'état, et produisait un revenu total de 1,450 francs. Des relations intimes n'avaient pas tardé à s'établir entre elle et Prévost, pour lequel elle paraissait ressentir une très vive passion, mais qui avait toujours refusé de l'épouser. L'accusé affectait de se plaindre du penchant de cette femme pour la boisson et de ses libéralités continuelles envers sa sœur ; mais il faisait étalage de la petite fortune de sa maîtresse et méditait de se l'approprier, fût-ce au prix d'un crime.
Au mois de février et au mois de décembre 1875, Adèle Blondin avait aliéné deux de ses titres, l'un de 50 fr., l'autre de 200 fr. de rentes, et avait ainsi réalisé un capital d'environ 5,000 qu'elle manifestait l'intention de consacrer à l'acquisition d'un fonds de commerce. Menacé de voir ainsi lui échapper la proie qu'il convoitait, Prévost, qui se trouvait à ce moment dans une position embarrassée, résolut de donner la mort à la fille Blondin, et de la dévaliser ensuite. Il savait que sa maîtresse, personne d'un naturel défiant, avait l'habitude de porter sur elle son argent et ses objets précieux ; il suffisait donc de lui donner un rendez-vous chez lui, pour trouver une occasion propice à la réalisation de ses criminels desseins. Il fut convenu qu'Adèle Blondin viendrait déjeuner, le dimanche gras, 27 février 1876, à son domicile, 22, rue de l'Évangile. Elle arriva vers une heure de l'après-midi ; peu après, se sentant indisposée, elle s'étendit sur le lit, après avoir embrassé Prévost. À peine commençait-elle à sommeiller, qu'il se précipita sur elle et l'étrangla.
Il sortit alors pour aller acheter un couteau et une scie ! puis, rentré chez lui, se mit à dépecer le cadavre de sa victime ; le sang ayant jailli sur le sommier du lit au cours de cette sinistre opération, il se hâta de recouvrir ces taches avec de l'encre. La nuit venue, il enveloppa dans un morceau de toile les débris du corps et alla les jeter dans des égouts du voisinage. Quant à la tête, il l'enfouit dans la terre d'un talus des fortifications, à peu de distance de la porte de la Chapelle. Il s'empara de l'argent trouvé dans les poches de la fille Blondin, qui lui servit à payer ses dettes, à acheter un mobilier et à vivre plus largement, ainsi que de ses vêtements et de ses bijoux, qu'il engagea clandestinement ou vendit avec prudence.
L'enquête faite à la suite de la disparition de cette fille n'amena aucun résultat : Prévost déclara qu'elle était venue chez lui, le 27 février, et s'était retirée au bout de quelques instants. La bonne renommée dont il jouissait suffisait à écarter de lui tout soupçon, et des idées de suicide, vaguement manifestées par sa victime, accréditèrent l'hypothèse d'une mort volontaire ou peut-être accidentelle. Prévost devait mettre lui-même, trois ans plus tard, la justice sur la trace de sa culpabilité par la découverte d'un nouveau forfait commis dans des conditions non moins horribles.


Les remords de Prévost

Poursuivi par le souvenir épouvantable de son premier crime, il était devenu taciturne et semblait agité par des pensées importunes. Plusieurs femmes qu'il a fréquentées à cette époque se sont montrées frappées de son air sombre et inquiet. La préméditation d'un second assassinat avait, dans ses préoccupations, une part non moins égale à celle des remords qu'avait pu lui laisser le premier. Sa pensée s'arrêtait, cette fois, sur les facilités qu'il trouverait à attirer chez lui un courtier en bijouterie, à l'assassiner et à le voler, puis à faire disparaître les traces de son crime.
De tout temps,la vue des bijoux avait excité vivement ses convoitises. Souvent, il avait reçu et même provoqué la visite de commissionnaires en bijouterie fausse. Une fois, il avait questionné l'un d'eux, le sieur Lœb, sur la valeur approximative des bijoux contenus dans la boite qu'il portait habituellement avec lui. Pendant les jours qui précédèrent la mise à exécution de son nouveau projet, il afficha plus cyniquement que jamais son indifférence en matière d'assassinat et sa confiance dans l'impunité. À la suite d'une altercation avec un de ses collègues, il dit au gardien Eigel que, si jamais son adversaire allait vider avec lui sa querelle dans les fortifications, il le découperait et le désosserait. Une autre fois, au moment des débats de la cour d'assises d'une affaire capitale, il assurait les sieurs Gérard et Plaitin que lui, Prévost, « ne se laisserait jamais prendre ; » développant sa pensée, il exposait que, s'il tuait quelqu'un, il assommerait sa victime, puis la dépouillerait comme un veau, lui couperait les oreilles et le nez, et lui arracherait les yeux pour la rendre méconnaissable, et enfin la découperait par morceaux qu'il jetterait de côté et d'autre. « Ainsi, ajoutait-il en forme de conclusion, ainsi, ni vu ni connu. » Enfin, dans la nuit du 9 au 10 septembre 1879, son collègue Astrié, étant de ronde avec lui, s'entendait apostropher ainsi : « Quelle différence ferais-tu de couper un cadavre ou un animal ? » Puis, quelques instants après, l'accusé lui faisait remarquer qu'un certain nombre de crimes, restaient impunis.


Découverte du premier crime

Le sinistre sang-froid dont l'assassin avait fait preuve donna lieu de penser qu'il n'en était point à son coup d'essai et fit rechercher minutieusement ses antécédents. L'attention de la justice fut ainsi amenée sur la mystérieuse disparition de la fille Blondin. On apprit que, peu de temps après cet événement, Prévost, qui se trouvait auparavant dénué de toutes ressources, avait acheté des meubles pour une somme de 400 fr. et avait cessé de demeurer en garni ; puis l'on constata qu'il avait vendu ou offert en vente, ou engagé au Mont-de-Piété, divers objets ayant appartenu à sa maîtresse, tels qu'une descente de lit et un dessus de lit, une paire de boucles d'oreilles, une chaîne de montre, une pince à sucre, une statuette en bronze, un parapluie, etc. Il avait vendu notamment, à la dame Foury, au mois de mai 1879, un châle tartan écossais que la victime portait le jour de l'assassinat.
Malgré la gravité de ces charges, l'accusé commença par nier sa culpabilité ; mais, le 4 octobre, ayant été amené dans la chambre même où le crime avait été commis, il se détermina à faire des aveux devenus inévitables. On retrouva dans un talus des fortifications, à l'endroit où Prévost avait enfoui la tête de la fille Blondin, les fragments d'un crâne humain, à demi brisé, ainsi que des débris de main ; l'état de ce crâne permet de supposer que la victime n'avait point été étranglée, ainsi que le déclare son assassin, mais peut-être assommée, comme devait l'être plus tard le sieur Lenoble.
La préméditation n'est pas moins manifeste pour ce premier crime que pour le second. Prévost reconnaît avoir arrêté, plusieurs jours à l'avance, dans sa pensée, le dessein de tuer sa maîtresse, à laquelle il avait tendu d'ailleurs un véritable guet-apens.
Après l'interrogatoire de l'accusé, le ministère public demande l'application de la loi dans toute sa sévérité. La défense prend ensuite la parole. Me Bouchot, l'avocat, plaide en termes émus les circonstances atténuantes ; il s'adresse aux jurés et espère que, juge suprême, ils voudront appliquer la loi de la clémence.
Le Président résume ensuite d'une manière très impartiale les débats.
Le Jury se retire dans la salle des délibérations, et revient avec un verdict affirmatif sur toutes les questions.
En conséquence la Cour, sur les délibérations du jury et le verdict en résultant, condamne Prévost à la peine de mort.
L'accusé entend cette sentence sans manifester aucune émotion.
Le 19 janvier 1880, Prévost fut exécuté.



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L’exécution

Prévost, l'assassin d'Adèle Blondin et de Lenoble, condamné par arrêt de la cour d'appel de Paris à la peine de mort, a été exécuté, ce matin à sept heures, sur la place de la Roquette.
L’assistance était peu nombreuse ; on peut l'évaluer à cinq cents personnes. Il est en effet de tradition, en matière d'exécution capitale, de ne pas accomplir le lundi l'œuvre de la justice ; cette fois, des considérations d'ordre, que chacun comprendra, avaient fait préférer ce jour au mardi, afin d'éviter le retour des scandales qui signalèrent la mort de Barré et Lebiez.
A six heures du matin, cent hommes à pied de la garde républicaine, commandés par un capitaine, et cinquante cavaliers, viennent prendre position autour de l'échafaud. Les brigades de gardiens de la paix suivent bientôt, ayant à leur tête MM. Janige et Deraz, officiers de paix du quatrième arrondissement, Siadodoux du onzième, Brochelon du douzième et GaiIIot du vingtième.
Une demi-heure après, selon l'usage, MM. Baron, commissaire de police ; Macé, chef de la police de sûreté ; Wagon, greffier à la cour d'appel ; l'abbé Crozes, aumônier de la prison, et Beauquesne, directeur de la Roquette, pénètrent dans la cellule de Prévost, qu'ils trouvaient éveillé.
On fit alors connaître à Prévost que son pourvoi en cassation et son recours en grâce ayant été rejetés, il devait se préparer à mourir.
M. Beauquesne ajoute :
« Vous êtes un ancien militaire, montrez que vous savez mourir sans faiblesse. »
Le condamné remercie le directeur de ses paroles bienveillantes et lui répond qu'il est décidé à finir dignement et qu'il saura marcher sans être soutenu. »
Prévost s'est ensuite levé et s'est habillé sans aide, en présence de l'abbé Crozes qui lui prodiguait les conseils de son ministère. Il voulait mettre une chemise blanche, on l'en a dissuadé ; ce soin de propreté lui paraissait cependant indispensable, mais il n'a pas insisté. Au moment de se chausser, le condamné a demandé s'il ne pourrait pas conserver ses pantoufles, « ses pieds gonflés et douloureux pouvant difficilement supporter le contact des bottines. » Puis, il s'est tourné vers l'abbé Crozes et lui a fait diverses recommandations relatives à son linge et à ses vêtements qu'il désirait laisser à son frère, en souvenir de lui.
Quelques instants après, M. Deibler, l'exécuteur des hautes-œuvres et ses aides, pénètrent à leur tour dans la cellule et veulent mettre à Prévost les entraves qu'il est de règle d'attacher aux jambes des condamnés à mort. Celui-ci proteste alors contre cette nécessité, qu'il déclare inutile, et le fait avec une douceur et un sang-froid qui frappent ces hommes habitués à voir ce genre de spectacle.
L'heure de la toilette est arrivée il faut traverser toute la Roquette pour se rendre à la salle où elle doit a voir lieu ; Prévost s'avance sans forfanterie, soutenu par les aides ; à ses côtés, l'abbé Crozes continue à l'exhorter à mourir en chrétien « Soyez certain, réplique-t-il, que je saurai expier mes fautes. »
Bientôt le col de la chemise et les cheveux du condamné tombent sous les ciseaux ; Prévost supporte ces terribles apprêts sans murmurer.
A ce moment il se tourne vers le directeur et témoigne d'un profond repentir ; « Ce sont, dit-il, les seuls mauvais faits que j'aie commis Cette malheureuse administration que j'ai tant compromise ! »
Il renouvelle enfin à l'abbé Crozes et à M. Beauquesne les recommandations relatives à ses effets.
Sept heures sonnent, Prévost se lève énergiquement, prêt à marcher au supplice ; l'abbé Croze achève les prières des agonisants ; les dernières formalités de levée d'écrou sont remplies : la porte s'ouvre, et le cortège se met en marche. De la cour de la prison le condamné voit l'échafaud et le regarde sans faiblesse -il marche plutôt qu'il n'est soutenu. Trente mètres le séparent encore de la fatale machine : il les franchit courageusement.
Le moment de mourir est arrivé. Prévost se jette dans les bras de l'abbé Crozes et l'embrasse avec effusion. Il baise le crucifix que l'aumônier approche de ses lèvres, et lui dit à haute voix :
- Dites bien à mon frère que ma dernière pensée à été pour lui.
Les aides le saisissent, et l'exécution est bientôt consommée.
Les quelques rares curieux se retirent en silence, tandis qu'un fourgon des pompes funèbres vient recueillir les restes du supplicié pour les transporter au cimetière.
La famille de Prévost n'a pas réclamé son corps. M. Vulpian, doyen de la faculté de médecine, va donc pouvoir se livrer à de curieuses observations phrénologiques sur le cerveau de cet homme qui eut son heure de triste célébrité.
Nous aurons soin de faire connaître les particularités intéressantes qui pourraient être signalées dans le rapport qui va suivre ces recherches scientifiques.
Un mot encore sur Prévost.
On a pu voir, par les recommandations que faisait le condamné à cette heure suprême, que ce qui le préoccupait le plus, c'était de mourir proprement vêtu et de ne pas mettre de chaussures pouvant lui causer quelque douleur.
Prévost était, en effet, une nature bornée, pleine d'appétits bestiaux, et d'une avarice sordide ; l'idée que ses vêtements n'iraient pas à sa famille l'inquiétait. On l'a vu, au milieu des exhortations dont il était l'objet de la part du vénérable prêtre qui l'assistait, se soucier plus du salut de son linge que de celui de son âme.
Prévost n'avait pas fait sa première communion. Cette cérémonie a eu lieu, il y a huit jours environ, à la Roquette.

La Presse, n°19 du 20 janvier 1880
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MessageSujet: Victor Prevost, le boucher de la Chapelle   Mer 20 Juil 2011 - 21:35




Le procès de Victor Prévost - audience du 8 décembre

L'assassin Prévost. - C'est aujourd'hui que l'assassin Prévost comparaît devant la cour d'assises de la Seine. Rien de plus épouvantable que les deux crimes qui l'amènent devant la justice.

On se rappelle l'émotion que causa dans le public la nouvelle de l'assassinat du courtier en bijouterie Lenoble. Cette émotion se compliqua d'horreur quand on apprit que Billoir lui-même avait été surpassé, quand on sut l'affreuse dissection du cadavre. A peine Prévost avait-il été arrêté et reconnu coupable qu'il n'y eut qu'un cri, un sentiment : ce misérable mérite d'expier son crime par Ia peine capitale. On songe bien que l'aveu fait par Prévost de son premier crime, de l'assassinat de sa maîtresse Adèle Blondin, a été loin de modifier ce premier sentiment de l'indignation publique, en sorte que cet immonde assassin, qui n'inspire aucune pitié, semble voué dès à présent à l'échafaud.
Mais que lui importe ?

Prévost a eu soin de témoigner lui-même à plusieurs reprises de sa profonde indifférence pour la peine suprême qui l'attend. Un jour, n'a-t-il pas dit à un de ses amis qui faisait allusion aux souffrances endurées par les suppliciés :
- Couper la caboche à un homme, qu'est-ce que cela ? Mais c'est du chocolat, du velours !
Une autre fois, parlant d'un camarade avec lequel il avait eu une altercation violente, il s'écria :
- Qu’il ne recommence pas, ou je le découperais, je le désosserais !
Et enfin pour en finir avec ces citations dégoûtantes, ne fera-t-il pas cette question à un de ses collègues, nommé Astru, – précisément dans la nuit du 9 au 10 septembre 1879 – la veille de l'assassinat de Lenoble :
- Quelle différence ferais-tu de couper un cadavre ou un animal ? Astru lui ayant répondu qu'il voulait plaisanter :
- Possible, possible, ajouta Prévost, mais si je tuais quelqu'un – une supposition n'est-ce pas - eh bien, écoute : je le dépouillerais comme un veau, je lui couperais les oreilles, je lui arracherais les yeux et enfin je le taillerais en morceaux ; et alors, mon vieux, ni vu, ni connu !
Et que l'on ne croie pas à une exagération quelconque de notre part : ces citations sont textuelles ; elles sont prises dans l'acte d'accusation lui-même.
Tel est cet ignoble personnage sur lequel la curiosité est axée aujourd'hui.
Nous l'avons entendu parler ; voyons-le agir.


Assassinat du courtier Lenoble

Nous commençons par cet assassinat, parce que c'est celui dont il a été le plus parlé. C'est du reste celui qui a amené l'arrestation de Prévost. Avant cette narration, que nous ferons très courte puisque les faits sont connus du plus grand nombre des lecteurs, deux mots sur la vie de ce misérable.
Tout le monde sait qu'il appartenait au corps respectable des sergents de ville ; mais ce qui est ignoré de beaucoup, c'est qu'il fut d'abord et pendant longtemps garçon boucher. On a ainsi la clef des horribles paroles que nous avons rapportées et aussi l’explication de l'adresse qu'il mit dans sa sanglante et criminelle besogne. Une chose curieuse à relever dans la statistique criminelle : les bouchers ou garçons bouchers sont en très grand nombre parmi les condamnés pour assassinat. Est-ce la vue du sang, l'habitude de trancher dans la chair des animaux ? - Je le dépouillerai comme un veau disait l’ancien garçon boucher Prévost. Nous posons la question sans la résoudre.
Prévost s'engagea ensuite dans l'armée. Libéré du service militaire en 1869, il fut nommé presque aussitôt sergent de ville.
Son caractère à ce moment paraissait doux et tranquille. On le trouvait poli, réservé. Plus tard seulement on devait s'apercevoir de son méchant naturel, de son hypocrisie, et finalement de sa perversité.

Arrivons au crime.
Depuis longtemps Prévost s'était dit qu'un moyen bien facile de se procurer de l'argent était de faire venir chez lui un courtier en bijouterie et de l'assassiner pour le voler.
Le 10 septembre, il mettait son projet à exécution. Prévost habitait alors rue Riquet, 15. C'est là qu'il donna rendez-vous au courtier Lenoble, un parfait honnête homme, un père de famille que la maison Secretin avait intéressé à ses affaires.
A l'heure fixe, à onze heures du matin, le malheureux Lenoble arrivait chez Prévost. Les bijoux sont étalés sur le lit : des montres avec leurs chaînes, des médaillons, etc. Prévost choisit une montre avec sa chaîne et un médaillon, le tout d'une valeur de 240 fr.
Et comment ma payerez-vous, fit le courtier quand le choix de Prévost fut arrêté.
En billets, répondit Prévost tenez voici ce qu'il faut pour les rédiger.
A peine Lenoble s'était-il installé à une table que Prévost lui assénait sur le crâne un coup terrible d'une de ces masses de fer qu'on appelle boule de tender. Lenoble tomba sans pousser un cri. Prévost porta alors le cadavre sur le couvercle de sa malle et il se livra aussitôt à l'horrible opération du dépeçage, de midi jusqu'à 6 heures du soir, dit l'acte d'accusation. Le corps était coupé en 80 morceaux ; 78 ont été retrouvés.

On sait comment il fut arrêté.
Le soir même il se mit en mesure de faire disparaître les traces de son crime. Il commença par aller jeter la peau et les intestins dans un fossé près de la poterne des Poissonniers puis il revint chez lui, prit un panier, le remplit des tronçons du cadavre et sortit une seconde fois. Il entra d'abord chez un marchand de vins-restaurateur où il demanda à dîner. Il mangea de très bon appétit, trouvant seulement que la viande servie avait une odeur échauffée, puis reprenant son panier qu'il avait posé près de lui, il s'en alla. C'est alors qu'il fut reconnu malgré sa blouse bleue et sa casquette grise par deux femmes au moment où il jetait des morceaux du cadavre dans un égout.

Le commissaire de police devant lequel il fut conduit et à qui plusieurs personnes étaient venues déclarer que Prévost, sergent de ville, ne pouvait être l'auteur du crime, eut une interrogation qui peut assurément passer pour un trait de génie. Aussitôt qu'il aperçut Prévost :
- Et la tête, lui demanda-t-il brusquement ?
Prévost interloqué, hésite, se trouble, et enfin, pressé de questions, se reconnaît coupable.


Assassinat d’Adèle Blondin

Cet assassinat remonte à 1876.
Adèle Blondin était, depuis plusieurs années, la maîtresse de Prévost.
Sortie de service après la mort d'un vieillard qu'elle avait soigné avec dévouement, la famille du défunt lui avait fait donation d'une somme importante. Cette somme, Prévost la convoitait.
Un jour du mois de février 1876, il la fit venir chez lui, déjeuna joyeusement en sa compagnie. Et après le repas, profitant d'un malaise qui l'avait saisie et obligée à s'étendre sur le lit, il se rua sur elle et lui plongea dans la poitrine un énorme couteau de cuisine qu'il avait acheté la veille. Il coupa le corps en morceaux, jeta ces morceaux pantelants dans les égouts voisins et alla enfouir la tête dans le fossé des fortifications. C'est là qu'on l'a retrouvée depuis, sur les indications de Prévost lui-même.


Prévost au banc des accusés – Son interrogatoire

Maintenant que nous connaissons les crimes reprochés à ce misérable, voyons son attitude et suivons le dans son interrogatoire.


Physionomie de l’audience

A dix heures et demie, toutes les banquettes sont garnies. La neige n'a pas retenu les curieux. Quelques dames apparaissent dans l'auditoire. Le banc de la presse est au grand complet. En somme, beaucoup de monde. On nous dit que le service d'entrée s'est fait assez difficilement, et que le garde occupé de ce soin a exagéré sa consigne. Petit détail : A onze heures un quart, Prévost n'a pas encore paru et des mouvements d'impatience se manifestent dans la salle d'audience.


Les pièces à conviction

La table des pièces à conviction est chargée d'objets épouvantables : on voit dans un bocal, des fragments de crâne la masse de fer dite boule de tender avec laquelle Prévost a frappé Lenoble, une petite hache à manche court, un couteau-poignard, un couteau de boucher, des tapis souillés de sang, une culotte sale, celle qu'il portait lors de son horrible besogne de dépeçage, et enfin, jusqu'à un devant de cheminée dont le sujet est assez curieux : il représente une partie de billard jouée par deux femmes et deux hommes.


L’attitude de l’accusé

A onze heures, Prévost est introduit. Il est vêtu d'un paletot noir à collet de velours. Il porte une chemise blanche très propre. Sa barbe est nouvellement faite. Sa physionomie - et c'est chose qui nous surprend au premier abord - ne respire nullement la cruauté. Ses yeux sont enfoncés dans leur orbite, et le regard droit et fixe cause, il est vrai, une impression pénible mais ce regard même a quelque chose d'éteint et d'humide. Vraiment ces assassins seront toujours des problèmes. Quand M. le président lui demande ses noms et prénoms, Prévost se montre très ému, sa voix tremble.
Après avoir répondu il s'assied et, à ce moment, il nous semble voir des larmes dans ses yeux. Au reste, M° Bouchot, son défenseur, que nous avons interrogé sur ce que faisait et disait son client, nous a répondu :
- Vous dire au juste ce que pense Prévost, c'est bien difficile. Je l'ai vu avant hier je l'ai trouvé très affecté, très ému. Je crois que la frayeur de la mort lui ôte toute son intelligence.


L'acte d’accusation – L’interrogatoire

Pendant la lecture de l'acte d'accusation, – et l'on peut juger de ce qu'elle a dévoilé quand on se rappelle ce que nous avons dit plus haut, Prévost tient la tête baissée ou bien il regarde le fameux tableau de Bonnat représentant le Christ sur la croix.
Décidément, il pleure ; de temps en temps son corps est secoué par des frissons et par des sanglots.
Cette lecture faite, M. le président interroge l'accusé :

-Ainsi, Prévost, vous êtes accusé de deux assassinats avec préméditation et guet-apens. Vous avez perdu vos parents ?
- Oui, tout jeune.
- Vous êtes entré comme garçon boucher à quel âge ?
- A quatorze ans.
- Et puis après ?
- Après, je suis parti pour un de mes frères. J'ai été soldat, cent-garde, sergent de police.
- Tout le monde, lorsque vous étiez dans cette dernière position, vous considérait comme un parfait honnête homme. Et pourtant... Voyons, vous avez été l'amant d'Adèle Blondin ? Elle vous aimait ?
- Elle en avait l'air.
- Comment elle en avait l'air ? Mais elle voulait vous épouser ! Elle était dans une position meilleure que la vôtre, puisqu'elle possédait une somme importante. Et vous l'avez tuée. Racontez comment.
- Je suis bien embarrassé de vous le dire.
- Oh ! vous n'êtes pas susceptible d'une grande émotion.
Après un silence :
- Je l'ai tuée. Oui… son inconduite… Je ne voyais que cela pour m'en débarrasser.
- Comment l'avez-vous tuée ?
Prévost pleure. Après un long silence :
- Elle est venue. Elle était malade, prise de boisson elle se coucha. Alors, je l'ai tuée.
- Elle portait son argent, des bijoux sur elle, car elle était très méfiante.
- Ce jour-là je l'ignorais.
- Alors vous l'avez tuée seulement pour vous en débarrasser ?
- Oui. Non pour la voler.
- Et après ?
- Après je suis allé chercher une scie, un couteau, et puis… je l'ai découpée… vous savez tout.
- Après avoir tué Adèle Blondin, vous avez pris une nouvelle maîtresse tout de suite ?
- Oui.
- Et cette femme, dont on connaît le nom, la femme Bérat a dit qu'elle ne comprenait pas vos terreurs. La nuit vous vous éveilliez en sursaut.
- C'est vrai. Le remords me poursuivait, il me poursuit encore.
- Voyons. Après être resté un mois avec cette femme, vous l'avez renvoyée; puis vous avez pris une nouvelle maîtresse. Dans le quartier, on disait que vous étiez très fat avec les femmes ? Vous n'en manquiez pas de maîtresses ?
- Oh !
Enfin, après avoir assassiné Adèle Blondin, votre argent dépensé, vous avez conçu le projet d'un nouveau crime ?
Non, non ; le courtier est venu de lui-même.
Allons Prévost ! Ne dites pas que vous ne préméditiez pas votre second crime. Comment s'expliqueraient ces paroles :
« II y a beaucoup de crimes impunis, on peut tuer en somme sans être pris. Tiens, disiez vous à un ami lors du procès de Gide et d'Abadie, ce sont des imbéciles; ils n'ont pas su s'y prendre. Et à un autre, en faisant des signes sur le corps, vous disiez encore : C'est là qu'il faudrait passer le couteau ! » Et comme on ne connaissait pas vos antécédents, comme on vous croyait très doux, on trouvait votre conversation originale !
Prévost ne répond pas.
M. le président. - Voyons parlons de Lenoble.
M. le président rappelle les faits que nous connaissons, puis :
- Dites-nous au moins comment vous avez tué Lenoble.
Eh bien, oui. Il s'est assis à ma table. J'ai pris la masse de fer. Je l'ai frappé par derrière, sur la tête. Il est tombé - pas un cri, monsieur le président…
- Et puis ?
- Je l'ai encore frappé à terre de deux autres coups. Après je l'ai coupé. J'avais monté de l'eau dans des bouteilles, dans des carafes, pour laver le parquet puis je suis allé jeter les morceaux.
- Oui ; et vous étiez d'un sang-froid imperturbable. Un ami vous rencontre portant le panier sanglant. Alors vous lui dites : - Je déménage un ami.
- Oh non. Je n'avais pas mon sang froid.
- Et qu'avez-vous fait de la tête ?
- Elle était dans un linge.
- Qu'en avez-vous fait ? Vous l'avez brisée ?
- Oh ! je n'aurais pas eu ce courage-là. (Murmures dans l'auditoire.)
M. le président. - Voici les faits. Vous les reconnaissez tous.
Prévost : - Oui, monsieur le président.
- C'est bon, asseyez-vous.


Audition des témoins

Adolphe Lefebure, commissaire do police, est le premier témoin entendu. Il donne des renseignements sur les habitudes de Prévost, comme sergent de ville. Il était un peu mou, dit-il, mais très aimable avec le public, obséquieux même. Sa sobriété était remarquée. Mais il avait un caractère renfermé on ne l'aimait pas beaucoup, bien qu'il fût bon camarade mais il était excentrique, mal équilibré, bête en un mot. Il tapait du pied, remuait les doigts d'une étrange façon.

M. le président. - Dites-nous ce qui s'est passé quand vous avez reconnu que Prévost était coupable.
Le témoin. - Déjà les morceaux avaient été réunis presque complètement. Dans une salle voisine de mon cabinet, on avait installe une table; et sur cette table les morceaux étaient placés. Prévost est entré dans cette salle son premier mouvement a été un frisson d'horreur, de dégoût. Il n'a pas pu résister plus de trois minutes devant ce tableau.
- Venez, m'a-t-il dit en m'entraînant dans un couloir. Oui, oui, je suis coupable, c'est moi qui l'ai tué !
- Qui ?
- Lenoble.
-Pourquoi ?
- Pour le voler.
Où est la tête que nous n'avons pu retrouver.
- Chez moi, rue Riquet.
Alors, j'allai chez Prévost. Je découvris !a tête, les bijoux, les instrument du crime.
Cette déposition produisit une assez grande impression.
L'audience continue.

La Presse, n°340 du 9 décembre 1879
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MessageSujet: Re: Victor Prevost - le boucher de la Chapelle - 1880   Sam 21 Jan 2012 - 17:04

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MessageSujet: Re: Victor Prevost - le boucher de la Chapelle - 1880   Sam 21 Jan 2012 - 17:16

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MessageSujet: Re: Victor Prevost - le boucher de la Chapelle - 1880   Sam 21 Jan 2012 - 17:26

Une très belle photo qui permet de poser un visage sur le nom de Victor Prevost.

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MessageSujet: Re: Victor Prevost - le boucher de la Chapelle - 1880   Mar 27 Déc 2016 - 17:09

Jacques Pradel et son invité Bruno Fuligni, écrivain et historien, reviennent sur les crimes de Victor Prevost.

http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/victor-prevost-le-gardien-de-la-paix-assassin-7786297969

Bonne écoute !       queen

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MessageSujet: Re: Victor Prevost - le boucher de la Chapelle - 1880   

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Victor Prevost - le boucher de la Chapelle - 1880
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